Synthèse nationale

La France en grand angle

« La France en grand angle », ce sont plus de 10 000 personnes interrogées en ligne et 150 acteurs du quotidien rencontrés dans chaque région. Une enquête qui permet de prendre de la hauteur en puisant l'information à sa source, afin de mieux comprendre la façon dont nous vivons.

(Jusqu’)ici, tout va bien…

Source : Gouvernement

La France en Grand Angle - découvrez les résultats de l’enquête

Territoires de vie

De la capitale aux villages de 200 habitants, d’un marché de centre-ville à une maison France services, le dispositif « La France en grand angle » s’est construit au plus près des Français. Plus de 10 000 interviews pour la phase quantitative, complétés par 150 entretiens avec des commerçants, des enseignants, des soignants, des responsables associatifs ou des journalistes locaux : ces « vigies », dont la fonction ou le rôle leur permet de voir et de comprendre la façon dont vivent leurs concitoyens.

Un dispositif à la fois précis et sensible, solide et détaillé, qui mêle la rigueur des chiffres et la force des récits. Une enquête qui permet de prendre de la hauteur tout en descendant au plus près du quotidien, là où se dessinent les écarts, les attentes et les points communs d’un pays qu’on observe autrement, à partir de ses territoires de vie.

Un optimisme local affirmé, prenant racine dans un profond attachement territorial

S’approcher au plus près des Françaises et des Français, comme nous l’avons fait dans cette vaste enquête[1], permet d’abord de confirmer le décalage entre un optimisme individuel et local et un récit national à l’inverse largement teinté de pessimisme. Seul un Français sur cinq se déclare optimiste quant à la situation de la France... environ 6 personnes sur dix envisagent positivement leur propre avenir ou celui de leur commune. L’étude illustre ainsi ce paradoxe français : l’addition de perceptions locales favorables conduit pourtant à une vision négative lorsqu’elle se projette à l’échelle nationale. « Moi je pense quon vit plutôt bien ici. Mais dès que tu parles avec les gens, tu vois quils sont inquiets pour la France » (Aide-soignante, Auvergne Rhône-Alpes), « Je suis dans une sorte de bulle, autour de moi je vois bien que le climat actuel est plombant, il ne donne pas confiance en l’avenir, mais j’ai choisi de mettre des œillères pour mettre du positif dans mon quotidien » (Puéricultrice, Strasbourg).

[1] Voir note méthodologique en fin de page.

1er schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

1er schéma issu du sondage national.

1er schéma issu du sondage national. - Service d'information du Gouvernement

Transcription

Si une majorité de Français affichent leur optimisme vis-à-vis de l’évolution de leur situation personnelle et au niveau local (commune, région), ils sont en revanche largement préoccupés concernant le futur du pays et de la situation internationale. 

Le « territoire » est entendu ici comme « l’ensemble des lieux… qui constituent le cadre de vie, d’activité, de travail et de loisirs autour de la résidence principale ».

L’attachement et la valorisation de leur territoire est indéniablement un des moteurs de cet optimisme « resserré ».

67 % des répondants (78 % des Bretons pour 56 % dans les Hauts-de-France) n’associent ainsi à leur territoire que des termes positifs parmi les 15 qualificatifs proposés (8 positifs et 7 négatifs), quand seulement 13 % ne citent que des termes négatifs.

« Agréable à vivre » est – de loin – le qualificatif le plus souvent choisi (53 %), quelle que soit la région étudiée, suivi de « sûr, tranquille » (26 %), « convivial » (23 %) ou d’adjectifs valorisant le dynamisme du territoire (« dynamique » : 22 %, « attractif » : 22 %).

2e schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

2e schéma issu du sondage national.

2e schéma issu du sondage national. - Service d'information du Gouvernement

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Lorsqu’il s’agit de qualifier leur territoire, les Français l’associent d’abord de manière assez nette au fait qu’il soit agréable à vivre. Les autres qualificatifs les plus utilisés ont également une connotation positive : tranquille, convivial, dynamique ou encore attractif.

Dans toute la France, les mots des Français pour parler de ce bon vivre local mettent souvent en avant la tranquillité, l’apaisement : « Ici, c’est tranquille. On a de l’espace, le climat est doux. Et puis les gens sont simples, ils ne se prennent pas la tête » (Gérant de commerce, Marmande), « Je pense qu'il fait bon vivre ici, c'est calme. J’ai fait le choix de venir ici pour les enfants » (Femme, cadre à Cholet).

Selon l’endroit où ils vivent, ils valorisent tantôt « une ville à taille humaine, belle, avec une « offre culturelle assez riche » (Éducatrice, Strasbourg), « une ville dynamique grâce au tertiaire, aux écoles dingénieur et duniversité énormes, attirant une population d’étudiants énorme qui rend la ville vivante. » (Commercial, Clermont-Ferrand), tantôt le fait « d’avoir tout ce qu'il faut à portée de main, beaucoup d'activités pour tous les âges, tous les commerçants qu'il faut » (Restauratrice, Pontivy), « le meilleur compromis, pas d'embouteillage, tous les commerces de proximité, pharmacie, médecin, dentiste, supermarché, banque, sans avoir les inconvénients de la ville » (Professionnelle de santé, Châtillon-sur -Indre) ou encore « la belle nature, le littoral, un patrimoine historique… » (Fonctionnaire retraitée, Rouen).

Des îlots de satisfaction, à l’épreuve de fractures territoriales

Les représentations spontanées du territoire, recueillies dans le cadre d’une question ouverte, confirme que le lieu de vie (privée et professionnelle) est avant tout associé à des évocations positives. La prédominance des termes « calme » et « tranquille » dans les mots spontanément exprimés désignent ce « territoire » comme un havre de calme encore plutôt préservé. Mais les Français s’empressent pourtant souvent de compléter leur propos par des qualificatifs (« pour l’instant », « encore » …) qui soulignent la précarité de cette situation

Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

Schéma issu du sondage national.

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Lorsqu’ils évoquent spontanément leur territoire, les Français mettent en avant le calme et la tranquillité qui y règnent, notamment liés au cadre rural.

Certaines régions, comme les Hauts-de-France, la Corse ou la Bourgogne-Franche-Comté, présentent davantage de fragilités perçues que d’autres. Leurs habitants expriment ainsi plus fréquemment des qualificatifs négatifs pour décrire leur territoire : « en déclin », « défavorisé », « oublié », « isolé » ou « fragile ».

Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

Schéma issu du sondage national.

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Les Bretons se distinguent par un optimisme plus marqué que la moyenne concernant l’évolution de la situation au niveau local, les habitants des Hauts-de-France et de la Corse étant au contraire plus mitigés concernant le futur de leur région

Dans les territoires les plus ruraux ou isolés, les habitants parlent aussi souvent de la transformation de leurs lieux de vie en évoquant une perte, un déclin : « Ici, aujourd’hui, c’est plus ce que c’était. Avant, y avait du monde, des commerces… Maintenant, tu passes dans le centre, t’as que des rideaux baissés. Les jeunes partent à Bordeaux ou Agen, y a plus rien qui les retient ici » (Ouvrier, Gironde).

Dans le même élan, dans les zones où les mouvements de population interrégionaux ou intrarégionaux provoquent l’arrivée de nouveaux résidents, si cette dynamique peut être vue comme un signe de vitalité et d’attractivité, elle suscite aussi, chez certains, la crainte de transformations profondes, voire une menace pour l’équilibre local (de la hausse des loyers et des prix, difficulté à se loger) ou pour l’identité même des lieux et de ses habitants. Les dynamiques à l’œuvre vont jusqu’à créer des antagonismes chez les habitants d’une même commune : « Il y a un vrai fossé entre les anciens du village et les jeunes familles. On ne se fréquente pas. Les anciens veulent que ça reste comme avant. Nous, on veut juste qu’il y ait un peu de vie » (Employée de 28 ans, Lot-et-Garonne).

Une géographie des perceptions et attentes

Pour autant, les habitants de toutes les régions étudiées évaluent globalement leur territoire comme bien doté en équipements et services, avec des jugements majoritairement positifs dans tous les domaines étudiés. Même dans le domaine jugé le plus fragile – le logement – 53 % des habitants estiment encore leur territoire « bien pourvu ».

Cinq atouts ressortent particulièrement : l’accès au numérique (85 % des Français interrogés en estiment leur région bien pourvue), la qualité du cadre de vie (83 %), l’accès aux commerces (81 %), les activités culturelles et sportives (79 %), et les infrastructures de mobilité (73 %). Cependant, un tiers à la moitié des habitants expriment une insatisfaction notable concernant des secteurs sensibles tels que l’accès à un logement (47 %), à un emploi (43 %) ou aux soins (36 % d’insatisfaits).

Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

Schéma issu du sondage national.

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Dans l’ensemble, les principaux atouts associés à son territoire sont similaires entre les différentes régions.

Cette hiérarchie se reflète aussi dans les priorités d’amélioration pour leur territoire. Au niveau national, les réponses spontanées mettent en exergue les questions de sécurité (18 % de citations), de transports (12 %) et de santé (12 %), suivis du pouvoir d’achat (9 %), de l’emploi et de l’économie (8 %), du logement (8 %) et de l’environnement (8 %). Sur ces sujets, des divergences régionales significatives apparaissent : la sécurité domine en Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Grand-Est, Ile-de-France, Occitanie, Pays-de-la-Loire, Provence-Alpes-Côte-d’Azur ; la santé est la principale préoccupation en Corse, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire et Normandie ; enfin, l’emploi et le développement économique dominent dans les Hauts-de-France.

Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

Schéma issu du sondage national.

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Si la sécurité apparait comme le domaine prioritaire d’action dans son territoire dans une majorité de régions (notamment en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur), d’autres thèmes sont davantage mis en avant ailleurs comme la santé en Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val de Loire.

Les Français interrogés témoignent d’une inquiétude partagée quant à la sécurité des biens et des personnes, alimentée tant par leurs expériences individuelles, les sujets de conversation partagés que le « bruit médiatique » autour des faits divers. Ainsi, 42 % déclarent avoir constaté, au cours des 12 derniers mois, « une forte insécurité ou des infractions répétées sans présence visible ou intervention des forces de l’ordre ». Cet sentiment est encore plus marqué en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (48 %), où près d’une personne sur deux est concernée.

De nombreux témoignages confirment cette réalité, comme celui d’une assistante-maternelle de Quimper : « Mon mari est fonctionnaire de police. Avec les collègues, il remarque le changement aussi depuis quelques temps. Il y a la délinquance, la drogue. Il y a eu des coups de feu quand même dans le secteur de Kermoysan ».

D’autres évoquent, l’existence, moins frontale, d’un « climat d’insécurité » : « A titre personnel, je n'ai pas l'impression qu'il y ait plus d'insécurité ou de faits divers maintenant qu'avant. Moi, j'ai grandi dans le vivre ensemble et ça se passait très bien, ça se passe toujours très bien. Mais il y a quand même cette idée dans la tête des gens qu’il y a plus d’insécurité. » (Agent de conduite, Vierzon).

La présence des forces de l’ordre constitue un facteur déterminant de cette perception. Plusieurs témoignages soulignent une proximité appréciée (« La gendarmerie à côté qui est très à l'écoute et qui a déjà pris mes plaintes. Et ça, c'est vraiment rassurant » - Retraité, Saint-Jean-de-Monts) quand d’autres regrettent leur absence dans l’espace public (« Il y a quelques années, on voyait pas mal de policiers même se promener dans la rue […] maintenant, on n’en voit plus – Gestionnaire de paye, Nantes).

La difficulté d’accès aux soins a été évoquée dans la quasi-totalité des 150 entretiens individuels réalisés. Ce sujet est particulièrement préoccupant dans certaines régions : 58 % des habitants de la région Centre-Val-de-Loire, et 55 % des Corses disent avoir dû renoncer, pour eux ou pour un proche, à des soins faute de rendez-vous ou de professionnels situés à proximité, contre 49 % en moyenne en France.

Ce problème se fait encore plus aigu pour les populations éloignées des centres urbains, comme ce professionnel de l’immobilier de Rostrenen qui décrit « un désert médical total. Moi, la dernière fois que j'ai eu un secrétaire médical au bout du fil, il m'a donné un rendez-vous et quand il s'est aperçu que je ne faisais pas partie de sa patientèle, il m'a retiré le rendez-vous qu'il venait de me mettre ».

La tonalité est identique ailleurs, dans l’Indre : « On peine de plus en plus à se faire soigner en fait. Je pense vraiment que c'est un gros point noir pour le département de l'Indre. On n'a plus qu'une maternité dans le département. Puis après, je ne vous parle pas des ophtalmos, des rhumato, etc... Il y a encore 5 ans, quand on appelait pour faire une radio du poignet, on avait rendez-vous au pire la semaine d'après. Là, c’est au mieux un mois » (Enseignante, Buzançais). En Ariège, la nécessité de franchir les frontières départementales pour être pris en charge entretient « une peur, de ne pas être correctement pris en charge localement » (Employé, Foix).

Les Français considèrent en moyenne leur territoire plutôt bien équipé en infrastructures de transports. Certains constatent même des évolutions positives ces dernières années : « A la fin de l'année, il y a une gare qui va rouvrir au nord de Tours qui avait été fermée il y a 30 ans. Donc, il y a déjà des choses qui sont lancées. Il y a de plus en plus de trains. Tout ça va dans le bon sens. Ça coute cher mais c’est vraiment ça qu’il faut faire » (Responsable de la communication, Tours).

Cependant, les réalités se montrent contrastées : près de la moitié des interrogés (46 %) déclarent avoir dû « utiliser [leur] voiture ou ne pas être en capacité de se déplacer par manque de transports publics » au cours des 12 derniers mois. Ce manque d’alternative alimente un sentiment de résignation : « Quand on habite ici, on sait qu'on va tout le temps avoir besoin de la voiture. On l’a intégré, quoi. » (Professionnelle de santé, Châtillon-sur-Indre). En Corse, ces difficultés sont encore plus marquées (66 %).

Lorsqu’ils sont disponibles, la régularité et la fiabilité des transports en communs restent des sources de frustrations : 47 % disent avoir pâti de retards et/ou de suppressions au cours des 12 derniers mois. « Même la gare, ils ont réduit les horaires. T’as plus qu’un train le matin et un le soir, et encore, faut qu’il ne soit pas supprimé » (Employée, Marmande).

Enfin, la cohabitation des différents modes de déplacement, là où elle existe, génère parfois des tensions : « « On développe le transport en commun, le vélo, par contre, la circulation automobile… c’est un peu compliqué. C’est parfois l’enfer et la cohabitation entre vélos, trams, trottinettes, voiture n’est pas simple » dit cette ancienne Nantaise qui a choisi de déménager à Cholet.

La question du logement en ville devient de plus en plus préoccupante. Beaucoup partagent le sentiment d’un marché immobilier en pleine transformation, en défaveur des résidents les plus anciens. Cette le relève une enseignante du Buzançais : « Ici, il y a peu d’offres, on entend fréquemment des gens qui veulent venir s’installer mais qui ne trouvent rien à louer. Des gens achètent des logements, ici et dans les petits villages autour, pour les rénover, en faire des résidences secondaires ou les louer en Airbnb, ce qui réduit l’offre locative à long terme ».

Dans les villes les plus attractives, comme Bordeaux, l’arrivée de nouveaux arrivants a provoqué une flambée des loyers et rendu le logement inaccessible pour beaucoup : « depuis le Covid, beaucoup de Parisiens et de Lyonnais sont venus s’installer à Bordeaux en télétravail. Les loyers ont flambé, c’est devenu compliqué de se loger. On voit bien qu’il y a des endroits où on ne peut plus vivre, on n’a plus les moyens, c’est clair » (Conseillère emploi, Bordeaux). La tonalité est la même à Toulouse : « Les loyers ont explosé ces dernières années. Avant on trouvait encore des trucs accessibles dans certains quartiers, maintenant même les coins populaires deviennent chers » (Buraliste, Toulouse).

Dans des communes comme Cormes Royal, la pression des locations touristiques et des résidences secondaires se fait fortement sentir : « Ici, dès qu’une maison se libère, elle part pour du Airbnb ou pour des résidences de vacances. Les jeunes, ils partent parce qu’ils ne trouvent rien ou que c’est trop cher » (Homme, Cormes Royal).

Le rôle de l’État à clarifier

La perception de l’État est marquée par le flou entourant la répartition des compétences et la difficulté à identifier les bons interlocuteurs. L’organisation territoriale apparait être source de confusion : « Au niveau de l'organigramme, c'est toujours compliqué de savoir qui fait quoi et qui gère quoi. Quand il y a des choses qui sont mises en place, ou qu'on essaie de créer quelque chose, on va nous renvoyer « Ah, mais non, ça, ce n'est pas nous, c'est le département. Ça, ce n'est pas nous, c'est la région » (Éducateur sportif, Dijon) ; « Alors, je sais pas quel échelon, j'en sais rien. C’est un peu compliqué tout ça. Je sais pas trop quoi vous dire, je vois pas ce qui est fait par le département ou la région » (Commerçante, Essoyes). Mais aussi un frein à certaines perspectives : « le millefeuille territorial qui va de la commune jusqu’à l’Union Européenne rend tout changement compliqué » (Architecte, Strasbourg).

Également, cette complexité administrative amplifie l’attachement aux échelons les plus proches, certains pointant « décalage entre la bonne volonté des élus locaux d’un côté et l’administratif et la paperasse de l’autre » (Architecte, Strasbourg) ou affirmant « compter plus sur la mairie que sur l’État. Je ne sais pas ce qu’ils font » (Commerçante, Toulouse).

Corolaire de cette difficulté à identifier les « bons » acteurs : 67 % estiment que leur territoire ne bénéficie pas d’une attention ou d’un soutien particulier de la part de l’État. Se conjuguent ici le sentiment d’un éloignement des centres de décision et celui d’une rétractation des services publics. Les personnes rencontrées critiquent ainsi une façon d’agir souvent plus systémique que pragmatique. Ils illustrent leur propos en parlant d’un « effet domino », d’une « spirale négative » : comment la disparition d’un service public (école, bureau de poste) conduit rapidement à la fermeture d’autres services et à la dévitalisation d’une commune ou d’un bourg : « J’ai l'impression que tous les services de l'État se réduisent, que la réduction elle est partout, l’État veut faire des économies. » (Fonctionnaire, Rouen) ; « L’État devrait, je pense, mieux accompagner certains territoires. Parce qu’on sent qu’on est un peu les oubliés. Ils ont l’impression qu’on se débrouille tout seuls, mais à force, ben on y arrive plus » (Comptable, Foix).

Là encore les écarts entre certaines régions sont plus que des nuances, et distinguent les Franciliens (dont 43 % des habitants se satisfont de l’attention portée à leur territoire) et la Provence-Alpes-Côte-d’Azur (38 %) de la Bourgogne-Franche-Comté qui semble se sentir particulièrement oubliée (21 %).

Au fil des conversations, même si les critiques à l’égard de cet État flou ne sont jamais loin, les propos peuvent toutefois se montrer encourageants : « Il y a plein de trucs qui sont faits. Par contre, je pense que ce n'est pas assez mis en valeur et qu'il y a encore assez trop de méconnaissances. Les jeunes n'ont pas conscience qu'il existe autant de choses et de toutes les aides que peut apporter l'État » (Conseillère en insertion professionnelle, Lille).

Malgré ces zones de flou et le déficit de perception, l’État demeure un échelon référent lorsqu’il s’agit de dire qui, en priorité, doit prendre en charge le problème jugé prioritaire sur le territoire. 30 % citent en premier lieu l’État (les autres échelons étant en deçà de 20 %) et 51 % estiment qu’il doit être partie prenante de la solution au problème identifié sur le territoire, solution à laquelle les collectivités locales sont assez systématiquement associés.

Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

Schéma issu du sondage national.

Schéma issu du sondage national. - Service d'information du Gouvernement

Transcription

Tous domaines prioritaires d’amélioration confondus, le département et la région sont les acteurs les plus cités pour répondre à l’enjeu en question, même si l’État est le plus souvent choisi en premier
Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement

Schéma issu du sondage national.

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Si l’on observe la responsabilité attribuée aux différents acteurs selon le thème de l’enjeu prioritaire cité, le Département et la Région arrivent le plus souvent en tête, à l’exception de la sécurité et de la justice où l’on attend davantage de l’État et des enjeux de cohésion et vivre ensemble, pour lesquels ce sont d’abord les citoyens eux-mêmes qui sont perçus comme les premiers responsables.

Une action publique appréciée, là où elle est concrète

Les actions mises en œuvre par l’État n’en sont pas pour autant ignorées des Français. L’action de l’État est ainsi à la fois visible et appréciée s’agissant des infrastructures publiques structurantes : accès au numérique (60 % voient bien ce que l’État fait), transports (61 %), culture et sport (59 %), patrimoine (55 %). L’action publique demeure visible mais est davantage critiquée dans des secteurs qui concentrent des attentes élevées : santé, accès aux services publics, sécurité. Enfin, elle est un peu moins identifiée – et souvent moins apprécie – dans des domaines d’action plus catégoriels (soutien à l’activité économique, politiques sociales) ou ponctuels (justice, emploi).

Pourtant, l’information existe et certains pointent une méconnaissance plutôt qu’un manque d’action de l’État : « Je ne dis pas qu'on manque d'informations. C'est moi qui ne me suis pas informée. Si on recherche, c'est très facile de savoir qui finance quoi. La Région, par exemple : on reçoit une revue chaque trimestre, donc on peut savoir très facilement ce qu'ils financent :  les travaux de rénovation pour le patrimoine, les innovations qu'ils font … » (Professionnelle de santé, Châtillon-sur-Indre).

Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement.

Schéma issu du sondage national.

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Près de 2/3 des Français indiquent avoir entendu parler du déploiement de la fibre internet ou de l’installation d’une antenne 4G ou 5G dans leur territoire et un peu moins de la moitié d’entre eux de l’installation d’infrastructures en faveur de la transition écologique. Pour le reste des situations présentées, seuls 1/3 ou moins de la population indique en avoir eu connaissance près de chez soi.

La perception s’améliore lorsque le contact est direct ou que les dispositifs sont accessibles. En effet, plusieurs Français témoignent de leur expérience au cours de déplacements dans des maisons France services : « On m’a vraiment aidée pour mes papiers. Heureusement qu’ils sont là » (Employée, Gruissan) ; « Pour les habitants, cela signifie qu'ils peuvent toujours accéder à de l'aide. On peut aller les voir. Ils expliquent un peu les démarches à faire par exemple pour refaire une carte d’identité ou une carte vitale » (Commerçante, Essoyes) ; « Quand on arrive à parler à quelqu’un, ça se passe bien en général. Les gens sont à l’écoute, ils essaient de faire ce qu’ils peuvent. Le problème, c’est de réussir à joindre quelqu’un » (Employée, Aujac).

Ainsi, si les outils numériques permettent de palier ou de compenser parfois, tous avouent ne pas être suffisamment à l’aise avec cette approche, comme cet ancien agriculteur de Mende : « Internet, c’est une galère. Quand on n’a plus de guichet, on est largués. ». Un résident âgé d’une commune de Vendée confirme ce type de difficultés et l’effet que cela induit : « Je ne dis pas que l’État n’est pas là, mais on ne le voit pas directement. Il n’y a plus de guichets, plus de point d’accueil. Tout passe par Internet ».

Le rapport des Français à l’État ne se limite ainsi pas à ce qui est « vu ». L’expérience même des services proposés est singulièrement plus fréquente que l’image de distance que peuvent parfois en donner les Français. Ainsi, interrogés sur 17 dispositifs étatiques, 65 % des répondants indiquent qu’eux-mêmes ou un proche ont bénéficié d’au moins l’un d’entre eux. Un quart des répondants se déclarent même bénéficiaire d’au moins 6 dispositifs sur 17 ! L’analyse des résultats révèle en outre un lien réel entre des expériences positives et le regard porté sur l’État. Plus l’expérience est concrète et réelle, plus les Français bénéficient d’un nombre élevé de dispositifs, plus la visibilité et la satisfaction envers l’action étatique augmentent.

Schéma issu du sondage national. - Source : Service d'information du Gouvernement.

Schéma issu du sondage national.

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Transcription

Près de 2/3 des Français indiquent qu’ils (ou un de leurs proches) ont bénéficié d’au moins 1 dispositif financé par l’Etat parmi ceux proposés.

Conclusion

De cette enquête ressort l’image d’une France en quête de tranquillité, attachée à son cadre de vie, mais consciente et parfois inquiète des transformations et des fragilisations qui traversent ses territoires.

Au dynamisme positif de certains territoires s’oppose ailleurs, parfois à quelques kilomètres seulement, la crainte d’un déclin local, d’un isolement croissant ou d’un effacement progressif de repères collectifs qui faisaient autrefois le tissu commun du pays.

Le rapport à l’État s’inscrit dans cette tension. Il reste souvent perçu comme distant, complexe, difficile à saisir. Mais dès lors qu’il se traduit par des expériences concrètes – un service public accessible, une aide perçue, une démarche facilitée – cette image se nuance. Dans ces moments, l’État cesse d’être une abstraction pour redevenir un acteur tangible du quotidien, un motif de réassurance plus que d’inquiétude.

Note méthodologique

Enquête réalisée en ligne du 15 au 27 mai 2025.

Échantillon de 10213 personnes âgées de 15 ans et plus réalisé dans l’ensemble des régions de France métropolitaine. Au moins 800 interviews ont été réalisées dans chacune des régions (200 interviews pour la Corse).

La représentativité a été assurée pour chaque région par la méthode des quotas. Chacun des sous-échantillons régionaux est représentatif des habitants de la région en termes de sexe, d’âge, de catégorie socio-professionnelle et de département.

150 entretiens ont été réalisés auprès de personnes « témoins » de la vie dans la région. Les profils recrutés et rencontrés étaient diversifiés du point de vue du genre, de l’âge, de la fonction, de la taille de commune et de la région de résidence.

Publié le 05/12/2025 Modifié le 21/01/2026