Corse
La France en grand angle
Un ancrage puissant.
La France en Grand Angle - découvrez les résultats de l’enquête : CORSE
Un ancrage puissant mais au fort sentiment d’isolement
Le rapport des Corses à leur territoire est exceptionnel: 62% des habitants sont nés sur l’île (contre 41% en moyenne nationale), un record en France. Parmi eux, 36% n’ont jamais cherché à partir (contre 29% en moyenne nationale), signe d’un attachement profond. En revanche, 14% indiquent «ne pas avoir réussi à en partir» (deux fois plus que la moyenne nationale) traduisant les contraintes liées à l’insularité, par exemple pour les étudiants devant poursuivre leur formation sur le continent.
Si la fierté et l’amour du territoire dominent, 21 % le qualifient néanmoins d’« isolé » (contre 5 % sur le continent). Cet isolement est perçu tout autant comme une force (préservation, identité) que comme une faiblesse : 6 % seulement estiment leur territoire « très bien pourvu » (contre 29 % en moyenne nationale). Les difficultés d’accès aux commerces, aux services de proximité, à la mobilité ou à la santé sont particulièrement ressenties.
Directrice générale - Agence régionale de santé
Santé : défi majeur, au cœur des préoccupations
La demande d’amélioration des soins de santé sur l’île est massive : 18 % des Corses citent la santé comme priorité (contre 12 % en France), et ils ne sont que 43 % à considérer celle-ci bien pourvue en termes d’accès aux soins (64 % pour l’ensemble du pays). Le transfert médical vers le continent reste incontournable et concerne un habitant corse sur huit chaque année. Par ailleurs, le vieillissement de la population, la répartition irrégulière des professionnels de santé et l’adaptation annuelle aux pics estivaux amplifient ces tensions.
Une démographie atypique et sous pression
Avec environ 350 000 habitants, la Corse reste la région la moins peuplée de France métropolitaine mais affiche la croissance démographique la plus élevée depuis 2015 (plus 1 % par an exclusivement grâce au solde migratoire). Elle est aussi la région la plus âgée (indice de 117 seniors pour 100 jeunes de moins de 20 ans ; 40 % de seniors annoncés à horizon 2040 !). L’été, la population réelle est multipliée par huit avec 3 millions de nuitées touristiques recensées entre avril et septembre 2023.
Un marché immobilier sous très forte tension
La variabilité démographique se retrouve dans l’habitat : la Corse détient le record de résidences secondaires, avec seulement 59,9 % de résidences principales contre plus de 75 % sur le continent. Cette pression des résidences secondaires et de la location saisonnière entraîne une grave pénurie de logements accessibles pour les Corses eux-mêmes : « Vous pouvez rester un an, deux ans sans trouver un logement », témoigne un habitant. Les prix explosent, accentuant la précarité déjà forte sur l’île.
Emploi et économie : saisonnalité et précarité
Si la saison estivale fait vibrer l’économie (jusqu’à 19 % des emplois sont liés au tourisme, le taux le plus haut des régions françaises), l’emploi local révèle aussi une forte précarité : 36 % des Corses disent avoir renoncé à un emploi pour des raisons pratiques (contre 24 % en moyenne nationale), et seuls 38 % estiment leur territoire bien pourvu en perspectives professionnelles (contre 57 % en moyenne). Les dispositifs d’accompagnement (France Travail) atteignent moins d’un habitant sur quatre, avec des contraintes réglementaires jugées peu adaptées à la saisonnalité locale.
Une dépendance à la voiture et une difficulté à circuler
La mobilité est un problème de fond : seuls 46 % des Corses se considèrent bien desservis en transports (contre 73 % en moyenne nationale). L’offre de transport public reste très polarisée sur quelques villes (Bastia, Ajaccio), laissant le reste de l’île sans alternative à la voiture individuelle : 66 % doivent l’utiliser faute de transports publics (contre 46 % au national). Enfin, les déplacements vers le continent sont perçus comme coûteux, longs et éprouvants.
Un rapport paradoxal à l’État
La relation à l’État est elle aussi contrastée : si 30 % des Corses jugent n’obtenir « aucun soutien » de l’État (contre 4 % en moyenne nationale), 97 % des insulaires déclarent pourtant connaitre au moins un dispositif public financé par ce dernier, soit le score le plus élevé du pays. Ainsi, le sentiment de distance, de manque de reconnaissance ou de lisibilité de l’action publique est omniprésent, malgré une couverture réelle et un recours élevé aux dispositifs publics (82 % de bénéficiaires déclarés contre 65 % en moyenne sur le continent).
Publié le 03/11/2025 Modifié le 12/12/2025