Normandie
La France en grand angle
Mieux-vivre sous contrainte.
La France en Grand Angle - découvrez les résultats de l’enquête : NORMANDIE
L’attachement régional, rempart contre le pessimisme global
Les Normands sont parmi les plus pessimistes du pays concernant l’avenir national et international, marqués par une mémoire historique vive et une sensibilité aux crises mondiales. Pourtant, plus on se rapproche de l’échelle locale, plus l’optimisme renaît : 61 % se disent confiants pour leur avenir personnel. Le territoire apparaît comme un refuge protecteur face à l’adversité ambiante : 59 % jugent la région agréable à vivre (6 points de plus par rapport à la moyenne nationale) et 32 % la perçoivent comme sûre et tranquille.
Préfet de la région Normandie
Une identité discrète mais profonde
L’identité normande se vit davantage qu’elle ne se revendique. Constituée d’attachements locaux, elle s’agrège en identité régionale surtout en opposition aux « autres », notamment aux Franciliens. Cet enracinement se traduit par une forte stabilité résidentielle (47 % des habitants sont originaires de la région ; un tiers n’a jamais envisagé de partir) et un attachement à la nature, aux paysages et à la qualité de vie (85 % citent la qualité du cadre de vie comme un atout régional majeur).
Une économie locale résiliente
Au-delà de ressources agricoles et énergétiques abondantes qui nourrissent un sentiment d’autosuffisance, la région bénéficie de nombreux bassins industriels (Rouen, Le Havre, Caen). Ainsi, malgré un coût de la vie perçu en hausse, la Normandie reste économiquement dynamique avec un chômage au plus bas (6,7 %) et un taux élevé en matière de création d’entreprises (+ 25 % entre 2014 et 2020).
La santé, au centre des préoccupations locales
L’accès aux soins est un enjeu central : seuls 54 % s’estiment bien pourvus (10 points de moins par rapport à la moyenne nationale). La pénurie de médecins, les délais d’attente et les inégalités territoriales entre villes et campagnes nourrissent un sentiment d’abandon dans les zones rurales.
Des initiatives locales - comme les maisons de santé pluridisciplinaires - sont saluées, mais jugées encore trop inégales dans leur déploiement. Le vieillissement de la population, particulièrement marqué dans l’Orne et la Manche, accentue ces tensions, tout comme les difficultés d’accès aux soins spécialisés (psychiatrie, pédiatrie, gynécologie).
François Mengin Lecreulx
Directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS) de Normandie
Une insécurité montante dans les métropoles
Le sentiment d’insécurité est en hausse, notamment dans les grandes villes comme Rouen, Caen ou Le Havre (4 points de plus dans les villes de plus de 100 000 habitants par rapport à la moyenne régionale). Il est alimenté par la perception croissante d’incivilités du quotidien, mais aussi par une visibilité accrue des violences. Cela renforce une demande d’une plus forte présence des forces de l’ordre sur le terrain.
Mobilité : une dépendance subie à la voiture
En dehors des grands centres, les transports collectifs sont jugés insuffisants, avec des horaires inadaptés et un manque de desserte fine : 47 % des Normands se disant contraints d’avoir utilisé la voiture ou renoncé à certains déplacements dans l’année passée. Le manque d’alternatives à la voiture individuelle limite l’accès aux soins, à l’emploi, aux loisirs. Cette contrainte pèse particulièrement en zone rurale ou périurbaine.
Pouvoir d’achat et tensions résidentielles
Si le pouvoir d’achat n’est pas la première priorité déclarée, il traverse tous les sujets évoqués : coût du logement, alimentation, transports, services. Sur ce point, l’arrivée croissante de Franciliens alimente un ressentiment latent : flambée des prix de certains produits du quotidien, concurrence sur les logements, etc.
L’action publique : prime à la proximité
L’État est perçu comme responsable des grandes décisions, mais aussi comme distant et de moins en moins incarné dans les territoires (en raison notamment de la perception d’un retrait des services publics). Il est identifié comme ayant un impact positif en matière d’infrastructures numériques (59 %), culturelles et patrimoniales (55 %). Les attentes se tournent toutefois davantage vers les acteurs de proximité (départements et mairies), jugés plus concrets, à l’écoute et actifs, car tenant compte de réalités locales que les habitants pensent invisibles aux yeux d’instances publiques plus lointaines. La région reste peu identifiée dans ses compétences. Dans les zones les plus rurales, la solidarité locale prend parfois le relais de l’action publique pour pallier les carences du quotidien.
Zoheir Bouaouiche
Sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Seine-Maritime
Publié le 03/11/2025 Modifié le 15/12/2025