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Décodage - Source : Service d'information du Gouvernement

Suicide chez les jeunes : « les idées suicidaires relèvent du soin »

Publié le 12/12/2025 Modifié le 12/12/2025

DÉCODAGE. Face à la hausse des pensées suicidaires chez les jeunes, le pédopsychiatre Charles-Édouard Notredame rappelle l’urgence de parler, d’écouter et d’accompagner les familles. Briser le tabou est essentiel pour repérer la détresse et prévenir le passage à l’acte.

Chaque année, environ 400 adolescents meurent par suicide en France. Si la tendance est globalement en baisse depuis une dizaine d’années, les pensées suicidaires et les tentatives augmentent nettement. Selon l’étude EnCLASS 2022 (Santé publique France), environ un lycéen sur dix a ainsi déjà fait une tentative de suicide au cours de sa vie. Entre 2019 et 2021, leur nombre a augmenté de 30 % chez les 11-17 ans, selon l’Observatoire national du suicide (2022).

Dans ce contexte, comprendre comment parler des pensées suicidaires avec un enfant ou un adolescent est devenu un enjeu de santé publique. Pédopsychiatre au CHU de Lille, Charles-Édouard Notredame est l’un des spécialistes français des conduites suicidaires chez les jeunes.

Il est coordinateur national adjoint du 3114, le numéro national de prévention du suicide, et a participé aux travaux du réseau Papageno, qui étudie l’impact des représentations du suicide. Pour lui, briser le tabou, ouvrir le dialogue et être accompagné sont essentiels pour repérer la détresse à temps et éviter qu’elle ne conduise à un passage à l’acte.

Il n’existe pas de « fausses » tentatives de suicide. Un jeune qui fait une tentative ne sait pas s’il mourra ou non, et il peut mourir. L’ambivalence est au cœur de ces gestes.

Charles-Édouard Notredame

  • Pédopsychiatre au CHU de Lille
Charles-Édouard Notredame

Après une tentative de suicide ou le suicide d’un jeune, l’entourage culpabilise de ne rien avoir vu. Existe-t-il des signes d’alerte ?

Quand on est proche d’un adolescent qui ne va pas bien, on le sent souvent. Il peut s’isoler, se replier sur lui-même, être irritable, consommer des substances. Ce ne sont pas des signes spécifiques et ils ne prédisent pas toujours un passage à l’acte, mais ils doivent alerter.

Ces signaux sont difficiles à identifier dans le flux du quotidien. Pour autant, quand on perçoit une souffrance, l’essentiel est d’ouvrir le dialogue. Les adolescents ont du mal à demander de l’aide, souvent parce qu’ils ne veulent pas inquiéter leurs parents. Toute la difficulté, pour ces derniers, est de s’inquiéter sans paniquer.

Si on le sent particulièrement mal dans sa peau, peut-on aborder directement la question du suicide ?

Oui, absolument. Les adultes craignent de poser la question parce qu’il est difficile d’imaginer un adolescent aller si mal. Pourtant, demander « tas envie de mourir ? » ne donne pas d’idée suicidaire et ne déclenche pas le passage à l’acte. Ce qui est problématique est de poser la question et de ne rien faire ensuite.

Et s’il nous répond oui, que doit-on faire ?

On répond en substance : « On va en discuter ensemble, on va consulter, je suis avec toi ». Il faut aller voir le pédiatre, le médecin, les urgences, appeler le 3114 et être accompagné par des professionnels. Les idées suicidaires relèvent du soin, les parents ne doivent jamais rester seuls face à la détresse de leurs enfants.

En cas de détresse ou de crise, contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. La ligne est disponible pour la personne en souffrance ou ses proches. 

Le harcèlement est souvent cité comme étant à l’origine des suicides chez les jeunes. Est-ce une cause directe ?

Cela peut être un facteur de risque important mais ce n’est pas le seul et il n’y a pas de fatalisme. Tous les jeunes qui se suicident ne sont pas harcelés et tous les harcelés ne se suicident pas.

D’autres facteurs de risque sont connus, comme des antécédents de suicide dans la famille, des violences subies dans l’enfance, des troubles psychiatriques, la consommation de substances ou encore une tentative précédente.

Après un passage à l’acte, on entend souvent qu’il ne voulait pas mourir, qu’il appelait à l’aide. Est-ce vrai ?

Il n’existe pas de « fausses » tentatives de suicide. Un jeune qui fait une tentative ne sait pas s’il mourra ou non, et il peut mourir. L’ambivalence est au cœur de ces gestes. Au-delà de la mort, ce qu’ils cherchent est surtout d’abréger une souffrance devenue insupportable. L’erreur serait de minimiser cette souffrance.


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