Santé mentale des jeunes : les chiffres qui alertent

Publié le 16/06/2026 Modifié le 16/06/2026

Dépression, anxiété, pensées suicidaires : plusieurs indicateurs montrent des souffrances mentales persistantes chez les jeunes. Voici les signes à repérer et les ressources à connaître.

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Image d'illustration - Source : Adobe Stock

L’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte sont des périodes de construction sociale, affective et identitaire. Les dernières données de Santé publique France montrent que le bien-être et la santé mentale des jeunes, qui se dégradaient continuellement depuis 2018, s’améliorent sur certains points.

Ainsi, la majorité des jeunes se perçoit globalement en bonne ou excellente santé, avec un bon niveau de bien-être mental. Après des années de baisse, ce dernier indicateur est en hausse de 11 points chez les collégiens et de 12 points chez les lycéens par rapport à 2022.

Ce rebond ne doit cependant pas masquer le fait que des signaux persistants de souffrance psychique existent chez les jeunes, avec notamment des symptômes dépressifs et des pensées suicidaires. Le mal-être peut être passager, mais il ne doit pas être minimisé.

Conscient des enjeux, le Gouvernement, qui a fait de la santé mentale la Grande Cause nationale en 2025 et en 2026, a notamment annoncé la mise en place, dès la rentrée 2026, d’un dispositif d’orientation prioritaire pour les élèves présentant des signes de souffrance psychique. 

Des chiffres parlants

Dans le détail, 15 % des collégiens et 20 % des lycéens déclarent ressentir un sentiment de solitude, selon les données de Santé publique France pour 2024. Un chiffre qui s’améliore par rapport aux 21 % pour les collégiens et 27 % pour les lycéens en 2022. Ce léger mieux s’accompagne cependant d’un risque dépressif accru : 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression, contre 15 % en 2022. 

Les indicateurs relatifs au suicide confirment la gravité de la situation. Parmi les lycéens, 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Ce chiffre est en baisse de quatre points par rapport à 2022, mais le nombre de passage à l’acte augmente de deux points : 15 % des lycéens indiquent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie. Ces chiffres montrent que la souffrance psychique des jeunes ne relève pas seulement d’un ressenti diffus : elle peut conduire à des situations de crise, nécessitant une prise en charge rapide et adaptée.

Le recours aux traitements médicamenteux constitue un autre marqueur de cette évolution. En 2023, 936 000 jeunes âgés de 12 à 25 ans ont bénéficié d’au moins un remboursement de psychotropes, c’est-à-dire de médicaments utilisés dans le traitement des troubles psychiques, selon les données de l’Assurance maladie. Ce volume représente une hausse de 18 % par rapport à 2019, alors que la population de cette tranche d’âge n’a augmenté que de 3 % sur la même période. Il peut cependant aussi résulter d’une meilleure prise en charge de la souffrance psychique.

Cette dégradation touche particulièrement les filles et les jeunes femmes. D’après l’Assurance maladie, elles représentent 62 % des jeunes de 12 à 25 ans ayant eu une délivrance de psychotropes. Elles contribuent également pour une large part à la hausse globale observée. Cette surreprésentation invite à porter une attention spécifique aux facteurs de vulnérabilité qui les concernent, qu’ils soient liés à la santé, à la scolarité, aux violences, aux usages numériques ou aux pressions sociales.

Les données hospitalières confirment cette tendance. Selon la Fédération hospitalière de France, le nombre de prises en charge de femmes en psychiatrie, en hospitalisation comme en ambulatoire, a fortement progressé depuis l’année 2019 : 23 % chez les 10-14 ans, 47 % chez les 15-19 ans et 49 % chez les 20-24 ans. Cette augmentation, particulièrement marquée à l’adolescence et au début de l’âge adulte, souligne l’importance d’un repérage précoce et d’un accès facilité aux soins.

Enfin, l’évolution des hospitalisations pour tentative de suicide chez les adolescentes et les jeunes femmes est particulièrement préoccupante. La hausse atteint 118 % chez les 10-14 ans et 76 % chez les 20-24 ans.

Pourquoi cette période de vie est déterminante

La moitié des troubles psychiatriques débute avant 15 ans et une part importante apparaît entre 15 et 25 ans. Cette phase de transition, à la fois physique, psychologique, sociale et identitaire, est une période clé pour prévenir, repérer et intervenir tôt.

Les troubles les plus fréquents à ces âges sont notamment : 

  • les troubles anxieux, 
  • les dépressions, 
  • les troubles du comportement alimentaire, 
  • les addictions.

Pour mieux comprendre les troubles mentaux :
Troubles de la santé mentale : connaître les différents troubles

La crise sanitaire du Covid 19 a pu amplifier certaines fragilités, mais elle ne les explique pas à elle seule. Pressions scolaires accrues, insécurité affective et sociale, violences intrafamiliales, isolement numérique, crises géopolitiques et écologiques anxiogènes : les déterminants de cette dégradation sont multiples.

Les réseaux sociaux sont également susceptibles d’affecter négativement la santé mentale des jeunes, en particulier en présence de vulnérabilités préexistantes. Face à ce constat, le Gouvernement a renouvelé son engagement à mettre en œuvre une majorité numérique d'accès aux plateformes sociales fixée à 15 ans en 2026.  Une initiative qui s’inscrit dans les efforts mis en œuvre par le Gouvernement contre les risques associés à l’exposition des enfants aux écrans.

Les déterminants jouant sur la santé mentale ne doivent pas être vus comme des relations causales et déterministes, mais plutôt comme des éléments permettant d’identifier des situations de fragilité et de guider des actions de prévention. 

Les signes à repérer

Un changement durable dans le comportement d’un jeune doit alerter, surtout s’il s’installe ou s’aggrave. Les principaux signaux sont : 


  • isolement ou repli sur soi, 
  • perte d’intérêt pour les activités habituelles, 
  • tristesse persistante, anxiété, irritabilité, 
  • troubles du sommeil (insomnie notamment) ou de l’alimentation, 
  • fatigue inhabituelle, 
  • baisse des résultats ou décrochage scolaire, 
  • conduites à risque, 
  • scarifications, 
  • propos inquiétants,  pensées suicidaires ou évocation de la mort. 

Un seul signe ne suffit pas toujours à caractériser une situation de souffrance psychique. Mais face à un doute, mieux vaut ouvrir le dialogue et orienter vers un professionnel.

Que faire en cas de mal-être ?

La première aide consiste à écouter sans juger. Il est important de prendre au sérieux ce que dit le jeune, même lorsque les mots paraissent flous ou ambivalents. Une phrase simple peut aider : « Je vois que ça ne va pas. Je suis là. On peut chercher de l’aide ensemble. »

En cas de détresse, des ressources existent.

  • En cas d’urgence ou de danger immédiat : appeler le 15 ou le 112.
  • En cas de pensées suicidaires ou d’inquiétude pour un proche : appeler le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, accessible 24h/24 et 7j/7 partout en France.
  • En cas de mal-être persistant : consulter un professionnel de santé, comme le médecin traitant. Il est aussi possible de se tourner vers une Maison des Adolescents, un centre médico-psychologique proche de chez soi ou un centre de Protection maternelle et infantile.
  • Avec Mon soutien psy, il est possible de bénéficier de jusqu’à 12 séances d’accompagnement psychologique par année civile chez un psychologue partenaire. Le dispositif s’adresse à toute personne dès 3 ans qui se sent angoissée, déprimée ou en situation de mal-être. Sur le même modèle, Santé Psy Étudiant propose un accompagnement psychologique réservé aux étudiants.

De nombreuses ressources existent en ligne pour mieux comprendre la santé mentale et trouver une écoute.

Ne pas rester seul face à la souffrance psychique

Parler de santé mentale, ce n’est pas dramatiser. C’est permettre à chacun de repérer plus tôt les signes de mal-être, d’oser demander de l’aide et d’être orienté vers les bons interlocuteurs.

Face à un jeune en souffrance, il n’est pas nécessaire d’avoir toutes les réponses. Le plus important est de rester présent, de ne pas banaliser les signaux d’alerte et de l’accompagner vers une aide adaptée.


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