Ingérences étrangères : Sébastien Lecornu veut renforcer la protection du débat démocratique
Publié le 11/06/2026 Modifié le 11/06/2026
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a reçu les partis politiques, jeudi 11 juin 2026, afin d’élaborer une stratégie commune contre les ingérences étrangères, en vue de la prochaine élection présidentielle.
Ce jeudi 11 juin 2026 s'est tenue une réunion, présidée par le Premier ministre et avec les formations politiques, consacrée à la protection du débat démocratique contre les ingérences étrangères. Sébastien Lecornu a présenté les moyens pour mieux lutter contre elles.
Le risque d’ingérence « a été significatif sur les municipales, sans effet majeur », ce qui « laisse à entrevoir les perspectives de menaces lourdes sur l’élection présidentielle », a-t-il déclaré pendant la conférence de presse.
Retrouvez la prise de parole du Premier ministre en vidéo
Réunion avec les formations politiques consacrée à la protection du débat démocratique contre les ingérences étrangères
Transcription
Sébastien LECORNU, Premier ministre, chargé de la Planification écologique
(…) j'avais planifié de longue date, quelques semaines après les élections municipales. Je choisis de maintenir le format en début d'une actualité, on le sait, douloureuse, difficile. Vous pouvez bien m'excuser, mais je vais vraiment concentrer la conférence de presse sur ce que nous allons vous dire, parce que ce sont des sujets assez graves qui, d'ailleurs, concernent aussi très clairement la profession journalistique, c'est-à-dire le bilan des ingérences numériques étrangères sur les élections municipales, les différents modes opératoires nouveaux ou anciens qui ont pu être constatés. C'est un sujet qu'on suit depuis de nombreuses années.
Le président de la République avait demandé aux gouvernements successifs de déployer des moyens, de les organiser. D'ailleurs, on est objectivement le premier pays démocratique en Europe à avoir intégré autant ce sujet, ayant travaillé sur beaucoup de menaces dites hybrides. On va y revenir, d'ailleurs, parce qu'elles peuvent être d'origine étatique comme non étatique. Et au fond, l'ensemble des premiers dispositifs, des premières équipes, le Secrétariat général pour la défense nationale, derrière l'ANSSI sur des sujets d'avantage de sécurité pure, VIGINUM sur les ingérences numériques étrangères nous ont permis d'avoir malheureusement, si j'ose dire, un premier état des lieux de ce que ça pourrait donner l'année prochaine pour les élections présidentielles et législatives au regard de ce que nous comprenons déjà des élections municipales.
Donc, je vais laisser les équipes vous présenter au fond ce qui s'est passé. Ce que vous allez voir et entendre correspond à tout point à ce que nous avons dit à la classe politique que j'ai réunie il y a quelques instants à Matignon, chefs de parti, présidents de groupe, les présidents des Assemblées. Je crois que tout le monde est ressorti avec l'idée que tout le monde était concerné, même si vous allez voir, certaines formations politiques ou candidats ont été concernés de manière ciblée sur les élections municipales, il n'en demeure pas moins au regard des pratiques et des enjeux que l'ensemble de la classe politique peut être concerné.
Si je devais quand même, d'un mot, qualifier le risque, il a été significatif sur les municipales, sans effet majeur, ça vous sera documenté et expliqué, il laisse entrevoir les perspectives de menaces lourdes sur l'élection présidentielle pour des raisons qu'on développera. Et peut-être aussi à court terme, vous redire que l'ensemble de cette vigilance s'étend aux élections provinciales de Nouvelle-Calédonie, qui ont lieu à la fin du mois, par rendez-vous électoral, qui laissent à penser une vulnérabilité particulière au regard de la situation dans le Pacifique, au regard des ingérences étrangères non numériques ou numériques, telle que le territoire a déjà pu la connaître ces dernières années et qui nous amène donc à une grande vigilance et à une grande mobilisation des services de l'État, que je remercie.
Monsieur le secrétaire général.
[Autres intervenants]
Sébastien LECORNU
Merci infiniment. Je vous propose de prendre quelques questions sur ce sujet précis, qui nous permettra aussi peut-être de revenir sur ce que nous pouvons imaginer pour la suite, évidemment, et pour l'organisation des élections en cours en Nouvelle-Calédonie, à venir élections sénatoriales, présidentielles, et peut-être législatives, s'il y avait une dissolution de l'Assemblée nationale.
Journaliste
Bonjour Monsieur le Premier ministre. [inaudible] pour Paris Match. J’ai cru comprendre de vos échanges de tout à l’heure avec les formations politiques que vous avez évoqué des conditions du cadre législatif. Et si oui, à quoi pensez-vous ?
Sébastien LECORNU
Merci beaucoup. Déjà à court terme, le maintien de ce qui existe et de ce que nous avons commencé à faire.
Aucune raison de faire moins pour les élections en Nouvelle-Calédonie à la fin du mois de juin ou pour les élections sénatoriales que ce qui a été fait sur les élections municipales. Vous rendre compte avec autant de transparence permet de voir déjà à quel point il y a quand même déjà des résultats et en tout cas, de l'efficacité, et que la réactivité des équipes a permis quand même en temps réel de détecter, et donc par définition de documenter, d'informer et d'éviter que ça prenne évidemment de l'ampleur. Avec ce qui a été dit d'ailleurs, pour chaque candidat à une élection, je dois passer par là, toujours ce dilemme. Vous êtes diffamé, est-ce que vous portez plainte et auquel cas vous risquez vous-même de faire exister d'ailleurs la fausse information diffamante, ou est-ce que vous ne dites rien et vous laissez passer, ça a été aussi un sujet de conversation tout à l'heure qui n'était pas complètement inintéressant ?
Deuxième des choses, comment on fait rentrer du droit dans cette affaire ? Et du droit aussi de protection de la liberté, parce que tout ça aussi, notre cadre de référence, c'est quand même un cadre démocratique, de liberté d'opinion, de liberté de la presse, plus d'un siècle de jurisprudence et de construction juridique de tout cela. Comment on fait ? Donc la première des réponses, en tout cas, moi, je vais prendre ma plume et je vais écrire à toutes les formations politiques, à l'ensemble des présidents de groupe, à l'Assemblée nationale et au Sénat, c'est de leur faire un certain nombre de propositions, de voir et de tester le degré de compromis ou de consensus possible.
J'ai ressenti tout à l'heure instinctivement que c'était possible sur un certain nombre de mesures, notamment la création de nouveaux référés pendant la période électorale. J'insiste, pendant la période électorale. Vous constatez un contenu de cette nature. Aujourd'hui, vous êtes dans une zone qui n'est pas confortable pour le juge, qui n'est pas confortable pour le plaignant. Et donc, comment on est capable de déclencher un référé devant le juge judiciaire pendant la campagne ? Vous avez en tête, pendant la campagne électorale, je parle du droit actuel, le juge judiciaire est compétent. Quand la campagne électorale est terminée, le juge pénal est compétent, si c'est du pénal, mais c'est le juge administratif pour l'ensemble des élections locales qui est compétent pour juger de la sincérité du scrutin, et évidemment le Conseil constitutionnel pour les élections présidentielles, mais aussi les élections législatives et sénatoriales. Donc la question d'un tel référé, par exemple, pour donner cet exemple, est sur la table. Évidemment, la question du durcissement des peines, je crois pouvoir dire sur le contrôle des sachants qu'aujourd'hui, il existe des choses, mais ça n'a rien de dissuasif pour dire les choses de manière un peu diplomatique. Donc la question aussi, elle est posée.
Puis ensuite, à la fin, c'est une question peut-être davantage organique, mais là, il faut encore en discuter, c'est, pour l'élection présidentielle, quel est le rôle de chacun dans cette affaire : Conseil constitutionnel, la commission déjà nationale qui suit l'organisation de l'élection présidentielle, qui emprunte d'ailleurs à d'autres institutions. Et là, le schéma de discussion n'est pas complètement abouti, il faut que je prenne du temps pour cela. En tout cas, je crois avoir compris que la question d'un outil de référé, pour le coup, est quelque chose qui, à la main des candidats, permet aussi d'avoir un chemin. Voilà, parce que, pour le coup, il faut aussi qu'on s'adapte en conséquence. Voilà, pour répondre précisément.
Magali BOISSIN
Bonjour, Monsieur le Premier ministre. Magali BOISSIN, France 2. Sur l'ingérence étrangère spécifique qui a, pendant les municipales, visé des candidats de La France insoumise. Manuel BOMPARD, tout à l'heure, à Matignon, nous a déclaré que vous aviez affirmé avoir demandé des comptes au gouvernement israélien sur ce point. Puis-je vous demander quelle a été la réponse du gouvernement israélien ? Est-ce qu'il vous en a apporté, notamment sur les commanditaires ? Est-ce qu'ils ont des précisions ? Puisque VIGINUM, dans son rapport, n'a pas pu identifier les commanditaires précisément. Et puis, deuxième question, lorsque l'ambassadeur israélien en France dit : « n'importe qui sauf MÉLENCHON en 2027 », est-ce que c'est de la liberté d'expression, selon vous, ou est-ce que c'est une ingérence étrangère ?
Sébastien LECORNU
Merci beaucoup. Il faut qu'on soit précis sur les ingérences étrangères. Le droit le dit : donc il y a la diplomatie, la bataille politique, les batailles d'opinion, de gouvernement à gouvernement. Tout ça existe. Là, on parle vraiment d'ingérence. Ça a été rappelé d'ailleurs. Les quatre critères ont été longuement rappelés par le secrétaire général pour la Défense et le secrétaire national, donc je n'y reviens pas.
Sur ce qui s'est passé avec Israël, je crois, est intéressant. C'est intéressant parce qu'on ne sait pas au fond quel est le commanditaire, ça a été dit. Ça veut dire au fond qu'on est en train d'assister à une forme de mercenariat numérique. Si vous voulez, jusqu'à présent, au fond, il y avait un mercenariat numérique russe dans lequel l'adhérence entre les groupes russes qui se livraient à ce genre d'action était quand même très clairement en proxi des services russes. Et d'ailleurs, les Russes le faisant plutôt en masse, la guerre en Ukraine s'avançant, les Russes ne prenaient même plus la peine toujours de se cacher pour le faire. La difficulté de ce mercenariat, c'est qu'on ne sait pas à qui il profite. On peut très bien profiter aussi des intérêts privés, parce qu'un candidat prend telle ou telle position dans le débat public, sur la fiscalité, sur un grand sujet économique, sur une grande orientation internationale, puis vous pouvez aussi toucher à des intérêts économiques qui sont particuliers, donc vous pouvez avoir un acteur économique étranger qui commence aussi à s'en prendre à un candidat pour l'entraver.
Vous voyez la différence entre une municipale et une présidentielle. C'est pour ça aussi que je fais cette conférence de presse, parce que la nature même de l'organisation ou de cette ingérence peut complètement changer de nature. Je vous rappelle que la plupart des vols de données, pour prendre un autre problème, sont souvent liés à une prédation économique plus que politique. Je le mets là parce que tout de suite on pense à la politique parce qu'il s'agit d'élections. Je redoute davantage à date ou en tout cas tout autant une pression, une ingérence aussi à des fins économiques ou en tout cas commerciales. Et je ne parle même pas de certains grands géants internationaux qui peuvent évidemment avoir des facilités pour le faire.
La troisième chose, et n'y voyez pas un esprit tordu de ma part, mais là où il y a du mercenariat, on peut aussi donc avoir des actions de recel de ce mercenariat. C'est-à-dire que vous pouvez, et je vous reprends après sur Israël, mais je repars du problème global parce qu'il y en aura, malheureusement, je suis désolé de vous le dire comme ça, je pense qu'il y en aura pour tout le monde, pour tous les candidats, pour tous les partis et venant de toutes formes d'horizons différents. Je crois que la démonstration l'a montré. Ce qui est arrivé à La France insoumise est simple à comprendre, c'est pour ça que c'est intéressant de repartir de cela. Mais on n'est pas à l'abri aussi demain qu'un candidat, un parti politique français décide d'activer un mercenariat numérique à l'étranger pour nuire à un autre candidat en France. Bon, ce n'est plus une ingérence numérique étrangère. Elle passe par l'étranger.
Donc, au moment où nous nous trouvons, tout ça donne un peu le vertige parce qu'on voit bien que là, on touche à la notion même de frontières et de sécurité numérique dans le cadre d'une organisation de campagne électorale qui a toujours été bien rodée chez nous. Et le CSA devenu Arcom, et les temps [ph] de parole, et le juge constitutionnel qui regarde l'équité. Là, tout d'un coup, le système peut se faire percuter par cette affaire. Sur le sujet israélien, j'ai peu communiqué, le Gouvernement, l'Élysée, on a peu communiqué sur le sujet, parce que, justement, on voulait aussi de l'efficacité.
Vous comprendrez que je ne réponds pas à toutes les questions que vous m'avez posées là, mais dès lors que les services ont vu que, depuis le sol israélien, je précise, le sol israélien, ces ingérences, évidemment, arrivées pendant l'élection municipale, il va sans dire que nous avons effectivement demandé des explications de l'aide aussi. Ça peut être un groupe privé en Israël, qui échappe à la vigilance ou au contrôle des autorités gouvernementales ou étatiques israéliennes. Il va sans dire qu'évidemment, on leur a demandé concours/explication. Je ne doute pas à ce moment que si un groupe privé français, depuis le sol français, s'était livré à une ingérence numérique étrangère en Israël, ils en auraient fait de même avec notre ambassadeur sur place.
Magali BOISSIN
Vous demandez leur collaboration, mais est-ce qu'ils vous ont aidé ?
Sébastien LECORNU
Ça, c'est la part plus discrète. Je vais quand même garder mes réflexes d'ancien ministre des Armées. Vous comprendrez de ne pas trop commenter cela. Mais bien sûr, nous, on est là pour préserver nos intérêts. Et les intérêts, c'est quand même que le peuple français, lorsqu'il est convoqué à une élection, ne soit pas manipulé par toutes sortes de natures d'intervention et singulièrement une ingérence numérique étrangère. Donc on demande concours, mais comme on pourrait demander un concours judiciaire sur d'autres affaires dans le cadre de collaborations internationales. Et si je suis honnête avec vous, si on fait transparence, parce que je suis arrivé avec le président de la République à l'intime conviction aussi que c'est rendre compte de tout ce qui s'est passé avec beaucoup de transparence qui aide aussi à la collaboration, si vous voyez ce que je veux dire.
Anne RENAUD
Bonjour Monsieur, Anne RENAUD de l'AFP. Comme la frontière est très très très ténue entre ingérence et influence, je me permets de poser cette question. Votre ministre des Affaires étrangères a fait le constat qu'une propagandiste patentée du Kremlin, j'en prends ces mots, séjournait sur le sol français. Un candidat à la présidentielle, Édouard PHILIPPE, dont la visite en Ukraine a été critiquée par cette personne, s'est demandé pourquoi elle avait obtenu une prolongation de son titre de séjour. Et le ministre de l'Intérieur assure que cette prolongation, qui a été délivrée par son prédécesseur à Beauvau, Gérald DARMANIN, était automatique. Ma question, c'est : est-ce qu'une propagandiste dite patentée du Kremlin pourra toujours séjourner sur le territoire français pendant la campagne présidentielle ?
Sébastien LECORNU
Merci beaucoup. C'est intéressant, cette question, parce que j'ai évidemment entendu le débat plus que ça. Il y a quelques temps, quand j'étais ministre des Armées, j'ai écrit un livre qui s'appelle Vers la guerre ?, dans lequel j'essaie d'expliquer à nos compatriotes qu'au fond, on est dans une situation sécuritaire assez inédite, grise, dans laquelle on n'est certainement pas en guerre, on n’est pas en guerre et on n'est pas en guerre avec la Russie, mais on n'est pas en paix. Et cet état-là est un état de contestation, en quelque sorte, de compétition, et de temps en temps de confrontation, mais qui ne rentre pas dans le champ de la conflictualité directe comme la guerre.
C'est un enjeu juridique et politique, y compris pour vous, journalistes, redoutablement complexe, parce que tout ce qu'on peut connaître par ailleurs dans notre droit, depuis toujours, l'intelligence avec l'ennemi, la collaboration avec une puissance étrangère dans le cadre de tout ce que vous connaissez par ailleurs, là, n'a pas lieu de s'appliquer, puisque, par définition, nous ne sommes pas en guerre. Deuxième des choses, est-ce que c'est si inédit que cela ? Le problème, c'est que la classe politique, elle n'aime pas trop l'histoire-géographie, et encore moins l'histoire, parfois, que la géographie. Bon, enfin, ça s'appelle la guerre froide. Je crois déjà que pendant la guerre froide, il y a eu beaucoup de sujets quand même sur la relation avec Moscou, sur l'URSS. Je ne ciblerai aucun parti politique en particulier ou aucun journal en particulier, mais enfin, ça a déjà largement occupé, je crois, le débat politique. Je ne parle même pas de ce qui pouvait se passer pendant la guerre d'Alger. De toute façon, cette question-là, elle a toujours existé, et ne faisons pas semblant de découvrir qu'elle est nouvelle devant nous.
Trois, parce que [inaudible] pour la défense nationale l'a dit, l'ingérence correspond à quelque chose de précis et l'influence ou la propagande correspond à autre chose de précis. Mais ce n'est pas la même chose. Et comme notre système politico-médiatique aplatit tout et n'use pas toujours des bons vocabulaires, j'essaie de le faire devant vous, l'influence ou la propagande a toujours existé. Alors est-ce que c'est interdit ? S'il faut interdire tous ceux qui font de la propagande avec des idées avec lesquelles on n'est pas d'accord, on va interdire beaucoup de monde. C'est un changement de société. J'invite quand même à y réfléchir à deux fois.
En tout cas, il y a quand même des lignes rouges. La première ligne rouge, elle est entendue. Pour rien au monde, un propagandiste ou une propagandiste ne doit porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. C'est une grille... Je ne suis ni juge, ni DGSI. Mais vous voyez qu'en vous répondant, et comme je suis plutôt maître de mes propos, je donne le cadre. Ne pas porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, ça me semble entendu, mais c'est dit. Et puis la deuxième des choses, c'est que par définition, comme dans tout système médiatique ou démocratique, il doit y avoir par définition de la contradiction. Il faut présenter les gens pour ce qu'ils sont, pour qu'ils s'assument. Il faut qu'ils s'assument, ils ont le droit de penser ce qu'ils pensent, mais il faut qu'ils s'assument. Et par définition, il faut aussi que la contradiction leur soit garantie. C'est ça le vrai débat d'opinion et d'idées qui permet à tout le monde de se forger une idée. D'autant plus que mes engagements pour l'Ukraine, je crois comme ancien ministre des Armées, sont largement connus et indéfectibles. Mais il y a un combat politique à mener. C'est incontestable. Et quelque chose me dit que dans les mois qui vont venir, ça va rentrer davantage en intensité. Mais ce n'est pas la même chose que les ingérences numériques étrangères. Il faut qu'on soit précis parce que sinon, ce n'est pas complètement le même pays, sinon.
Journaliste
[inaudible]
Sébastien LECORNU
Les ministres se sont exprimés. Je n'ai pas de commentaires à faire sur le sujet.
Journaliste
[inaudible] au niveau de l’État ou des sanctions…
Sébastien LECORNU
J'ai demandé un certain nombre d'explications. Elles m'ont été données.
Hugo BABAY
Bonjour Monsieur le Premier ministre, Hugo BABAY de BFM Business. Dans ces deux rapports de VIGINUM, vous pointez une entreprise responsable d'un côté, des auteurs d'un autre et même une responsabilité des plateformes. Comptez-vous prendre des mesures, engager des procédures contre ces auteurs identifiés ? Et si à l'avenir un État est impliqué, quel peut être l'arsenal juridique possible dans ce cas-là ? Une autre question. La France insoumise vous demande la création d'une instance de surveillance de la campagne présidentielle de 2027 avec des représentants des candidats. Est-ce que vous y êtes favorable ?
Sébastien LECORNU
Alors : plusieurs questions à votre question. Je démarre par la fin. Il y a déjà une commission qui permet de suivre l'élection présidentielle. Il faut sans doute la renforcer et il faut sans doute qu'on imagine le fait d'associer évidemment les représentants des candidats. Après, vous connaissez bien le problème par cœur, la vraie campagne officielle, le dépôt des 500 signatures, enfin ce qui fait qu'on a vraiment... Il y a beaucoup de candidats à la présidentielle, j'ai l'impression. Alors qu'on fasse attention à ce qu'il n'y ait pas plus de candidats que d'électeurs, parce que ça marquerait une démocratie vivante, mais qui pourrait quand même nous poser d'autres difficultés.
En tout cas, à date, évidemment, il faut qu'on soit capable de pré-associer les pré-candidats et avoir quelque chose qui soit très transparent, très solide. Et ça, je m'y engage vraiment, dès lors que les candidats sont validés par le Conseil constitutionnel. Enfin, c'est un système d'auto-confiance qui doit se faire dans les services de l'État. Moi, je suis Premier ministre aujourd'hui, il y a des services de l'État qui le font. Demain, il y aura d'autres Premiers ministres, d'autres ministres. Ce sont toujours les mêmes services de l'État, comme la police, comme la justice. Évidemment, ça, il faut faire attention. Je laisserai peut-être la parole aux équipes pour parler de la relation aux plateformes, parce que c'est intéressant aussi de la manière...
Quand même, quelques bonnes pratiques sont apparues récemment. Ça ne résout pas tout, mais je vous en prie, faites-le peut-être maintenant. Allez-y !
[Autres intervenants]
Hugo BABAY
Et donc sur la question de l'arsenal juridique. Si un État est impliqué, qu'est-ce que vous pouvez faire ?
Sébastien LECORNU
Ce n'est pas un sujet juridique pour le coup. Là, on revient dans quelque chose qui est entendu d'entrave, d'espionnage, de contre-espionnage. Pour le coup, il y a un cadre de référence. On vit une forme de nouvelle guerre froide de ce point de vue, mais avec des outils numériques hautement plus puissants et des frontières qui sont encore plus floues que jadis, voilà. Mais ça, pour le coup, après, on est dans quelque chose qu'on connaît bien, singulièrement depuis 2022, et on revient à l'ensemble des doctrines qui ont été arrêtées dans les conseils de défense et de sécurité nationale successifs avant 2022, et ça s'est accéléré depuis 2022. Comment vous détectez, comment vous voyez que vous êtes en train de vous faire attaquer ou manipuler ? Comment vous entravez ? Comment vous mettez fin très vite à cela ? Comment vous attribuez ?
Je peux vous dire, en 3-4 ans qu'on s'occupe de ces sujets, sur la détection, on a considérablement progressé, et mieux que cela, on file même beaucoup de coups de main à beaucoup de pays étrangers amis, parce qu'on a des équipes solides et des équipes numériques solides pour le faire. Pareil pour l'entrave, y mettre fin. Après le travail, mais comme pour toute enquête de police, en quelque sorte, le travail de l'attribution, d’être capables de savoir vraiment qui est derrière tout ça, est toujours un travail beaucoup plus difficile. Après, je vais vous dire une chose, il n'y a pas besoin d'être très fort en géopolitique pour voir d'où ça peut venir.
Hugo BABAY
Merci beaucoup.
Oscar TESSONEAU
Bonjour Monsieur LECORNU. Oscar TESSONEAU pour Rightbrain Magazine. Emmanuel MACRON a indiqué que le 16 avril, un projet de loi serait présenté. Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus sur son contenu et quelles ont été les propositions des autres acteurs politiques que vous avez pu rencontrer, notamment La France insoumise, qui, par l'intermédiaire de Manuel BOMPARD, vous invite, ou propose en tout cas, de créer une instance qui permettrait de rassembler un ensemble d'acteurs présents aujourd'hui, notamment Viginum et d'autres ? Et peut-être un tout dernier point, est-ce que vous prévoyez de renforcer les pouvoirs de l'ARCOM qui doit identifier en tout cas, de nombreuses campagnes d'ingérence sur les réseaux sociaux qu'on a déjà pu identifier ?
Sébastien LECORNU
Merci beaucoup. Plusieurs questions, déjà ARCOM, Commission nationale des comptes de campagne, vous avez déjà beaucoup d'acteurs qui suivent tout ça, sont déjà dans l'imbrication et le fonctionnement de ce qui vous a été présenté. Il y a un timbre Viginum qui est très visible par son chef, que je remercie. Derrière, le fameux réseau de protection des élections, on a inventé encore un acronyme pour l'occasion, mais il embarque justement la plupart de ces acteurs, mais peut-être que Nicolas ROCHE pourra y revenir, tous, évidemment, et c'est pour ça aussi que ça fonctionne.
Deux, une loi, oui, c'est le sens du courrier que je vais annoncer. Le président de la République en avait parlé, parce que tout ça, évidemment, avril, on était au lendemain des élections municipales, on commençait déjà à deviner ce qui s'était passé, c'est le moins qu'on puisse dire, et donc on a pris le temps nécessaire, avec les équipes de l'État, de regarder ce qui pouvait être fait, ce que je vous annonçais tout à l'heure sur la question, par exemple, de référé, la capacité à interagir. Je vais donc mettre ça par écrit. Potentiellement, ça peut donner lieu à une saisine du Conseil d'État. Potentiellement, en tout cas, je le souhaite, un Conseil des ministres qui permettrait d'arrêter un projet de loi qui pourrait être injecté dans l’agenda parlementaire de l'automne. Ce n'est pas des lois très longues, en vérité.
Et surtout, si j'ai fait cet après-midi cette réunion avec la formation politique, c'est que si vous créez du compromis et du consensus, en tout cas, disons du compromis à défaut du consensus, encore plus, je pense que le consensus est possible, derrière, vous aurez une navette parlementaire qui peut être très rapide sur le sujet et surtout qui nous amène dans les temps avant la campagne présidentielle. Donc oui, c'est possible.
Oscar TESSONEAU
Merci, en tout cas.
Journaliste
Bonjour. Une petite question d'actualité, Monsieur le Premier ministre.
Sébastien LECORNU
Sur les ingérences numériques étrangères ?
Journaliste
Non, un petit peu à côté, par rapport à ce qu'a dit Jordan BARDELLA cet après-midi, et Olivier FAURE hier, qui appellent à la démission de Gérald DARMANIN. Est-ce que le ministre de la Justice a tout votre soutien ? Est-ce qu'il peut encore rester à son poste malgré cette pression politique ? Merci beaucoup.
Sébastien LECORNU
Non, mais je me suis exprimé déjà 4 fois cette semaine à l'Assemblée nationale et au Sénat. Enfin, Je crois qu’il y a la vie politique. Ce sont des chefs de parti. Ils font de la politique. Moi, là, l'urgence, vraiment, c'est ce qu'on a annoncé avec les parquets généraux, l'ensemble des services d'enquête de police et de gendarmerie, le criblage des 70 000 plaintes. L'urgence, c'est les réunions interministérielles qui se tiennent en ce moment même dans la discrétion pour regarder tout ce qui peut être amélioré encore sur le projet de loi de protection de l'enfance. L'enjeu pour moi, et je vais m'y employer à partir de maintenant jusqu'à la semaine prochaine, c'est de recevoir les acteurs engagés sur ce sujet, associations parlementaires.
Quand je dis « je », les ministres ou votre serviteur. Et voilà, il y a la vie politique, je ne m'en offusque pas parce que je la connais, et quelque chose me dit que plus on va avancer vers l'élection présidentielle, plus les acteurs politiques feront de la politique. Moi, vous savez, si j'ai souhaité tenir depuis le début le Gouvernement loin des affaires partisanes, loin de l'élection présidentielle, j'ai toujours été clair sur mon propre agenda. Je n'en ai pas. C'est précisément pour ne pas être perturbé par tout cela.
Donc, en revanche, je vous le redis autrement, ce qui me permet de redire évidemment la confiance dans l'action que le garde des Sceaux est en train de mener dans les chantiers que je suis en train de vous donner là, concrets. C'est bien que le Gouvernement, justement, se tienne loin des affaires politiciennes.
Journaliste
Une autre question d'actualité. Vous aviez abordé dans une conférence de presse il y a peu un scénario noir en fonction des évolutions de la guerre en Iran, au Moyen-Orient, avec les dernières déclarations de Donald TRUMP aujourd'hui, qui dit que ce soir, il va frapper vite, fort l'Iran. Il parle même de la prise de contrôle d'installations d'hydrocarbures. Est-ce qu'on se dirige, selon vous, vers ce scénario noir ? Merci beaucoup.
Sébastien LECORNU
Merci beaucoup.
Je ne sais pas répondre à votre question dans la mesure où chaque déclaration du président américain, il fallait en tirer une conclusion complètement opérationnelle, immédiate. J'essaie de ne pas le faire, mais je ne vais pas cacher au peuple français lors de cette conférence de presse sur le carburant et l'analyse géopolitique qu'il fallait avoir autour que la grande instabilité et l'irrationnalité de certains nombres de facteurs créent effectivement des perspectives de retour au conflit. J'avais commencé par là, d'ailleurs, parce que ça existe. La deuxième des choses, la diplomatie française, le président de la République, évidemment, en premier lieu. Enfin, ça fait quand même depuis maintenant de nombreux mois que nous disons : « ne laissez pas, ne laissez pas au pluriel à l'ensemble des acteurs de la région, ne laissez pas la question libanaise de côté ».
Et vous voyez, si on reprend ce qui s'est passé ces derniers mois, uranium, plutonium, programme d'enrichissement, programme nucléaire iranien, plus personne n'en parle, mais c'était quand même l'objet de tout ça. Derrière, on a pu parler Ormuz, circulation maritime, et pour cause, mais en fait, depuis le début, nous, on dit qu'il faut tout prendre dans la réflexion, ne pas dire que dans la négociation, tout soit facile, mais la perspective de laisser le Liban de côté, et, par définition, quelque chose qui ne pouvait pas permettre une résolution, en tout cas concrète, à court terme, du conflit. Et nous voilà rattrapés par la question libanaise, évidemment.
Et ça, c'est le rôle de la France, par la singularité de notre diplomatie, par notre habitude, par la connaissance de ce terrain, par les nombreux capteurs que l'on peut y avoir. On est le seul pays européen à comprendre, au fond, le fonctionnement libanais, les tensions internes. Le fait qu'il y ait un président libanais désormais, il y a un gouvernement, il y a un soutien important apporté aux forces armées libanaises, un soutien humanitaire important, il y a des sujets qui tiennent aux chrétiens. Bref, on voit bien que la question libanaise, le président de la République l'a très vite dit, mille fois d'accord avec lui, évidemment, elle fait partie de l'équation de la solution au conflit, et nous y sommes.
Merci beaucoup. Merci infiniment.
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