Processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur

Publié le 05/11/2026 Modifié le 05/11/2026

SCRIPT. Prise de parole du Premier ministre, chargé de la planification écologique, Sébastien Lecornu au Sénat le 4 novembre 2026, sur l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur.

Monsieur le président du Sénat, Mesdames et Messieurs les présidents de groupe, Mesdames et Messieurs les sénateurs, permettez-moi de commencer, en y associant évidemment les collègues ministres, en ayant un mot pour les enseignants de ce pays, mais aussi les proviseurs et plus largement l'ensemble de la communauté éducative qui ont été victimes de violences au cours des dernières semaines.

Il y a eu des revendications légitimes, on va y revenir, c'est l'objet de ce débat, évidemment, mais il y a eu aussi des violences inacceptables, inimaginables même, il y a encore quelques années, quelques mois peut-être même, qui ont touché 198 personnels, dont 77 chefs d'établissement ou adjoints.

Depuis la journée de lundi, le ministre Édouard GEFFRAY a communiqué dessus aujourd'hui, dans l'immense majorité des lycées de ce pays, les cours ont repris, la rentrée scolaire se passe bien, dans le calme, on les respecte tous, c'est une bonne nouvelle. Et avant tout, évidemment, une bonne nouvelle pour les lycéennes et lycéens.

Quelques lycées sont encore concernés par des blocages, avec des violences, de graves violences, très localisées et qui, manifestement, visent avant tout précisément les personnels de l'Éducation nationale, en particulier les chefs d'établissement. Je le disais, 26 ont été blessés au cours des trois derniers jours. Et pour la première fois, Mesdames et Messieurs les sénateurs, il y a eu plus de blessés chez les personnels de l'Éducation nationale que parmi les forces de l'ordre. C'est inédit, c'est alarmant. Et je veux, au nom du Gouvernement, depuis cette tribune, leur apporter le soutien et la reconnaissance de la nation que nous leur devons pour la mission de service public qu'ils assument. Je veux aussi les remercier d'être toujours présents devant leurs élèves, décidés à remplir leur mission. Ils nous trouveront toujours à leurs côtés. Il y a donc les violences, mais il y a aussi les revendications.

Depuis un mois, des lycéens et des étudiants nous interrogent sur la place que notre pays leur prépare. Nous leur avons apporté les premières réponses, et ce débat doit permettre cet après-midi à chacun de les compléter, de préciser les nouvelles mesures concrètement et de dire que s'il est prêt à construire, est-ce qu'il est prêt à voter pour demain. Nous devons à cette génération de lui permettre de réaliser ses ambitions. Elle a des capacités, des idées, une volonté d'agir. Notre responsabilité est de lui donner prise précisément sur son avenir.

C'est pourquoi nous avons écouté avec méthode, sans filtre. Plus de 100 000 contributions venues de près de 3 000 lycées ont été recueillies sur la plateforme du ministère de l'Éducation nationale. Elles enrichissent et complètent le dialogue avec les organisations représentatives et les élus lycéens. 71 % des contributions évoquent l'organisation du temps scolaire, 56 % l'état des bâtiments, 31 % les difficultés de remplacement.

Derrière ces chiffres, il y a des demandes précises auxquelles il faut répondre jusque dans chaque établissement. Certaines dépendent du Gouvernement ou du Parlement, d'autres dépendent des conseils régionaux.

Les mesures que nous avons annoncées avec les ministres la semaine dernière forment une réponse à l'ensemble de ces attentes. Elles vont du professeur que l'on retrouve devant sa classe à la place que l'on trouve dans l'enseignement supérieur, du temps nécessaire pour déjeuner le midi, à la bourse qui permet de poursuivre ses études dans de meilleures conditions. Elles prennent au sérieux ce que les jeunes nous disent de leur quotidien, autant que leurs aspirations. Cette cohérence compte. Un élève qui a confiance dans son avenir est un élève qui apprend dans de bonnes conditions.

Les revendications des lycéens sont cohérentes, je le disais à l'Assemblée nationale. C'est donc un tout qui se tient. C'est pourquoi nous plafonnerons les classes de seconde générale et technologique à 28 élèves dès 2027 dans la moitié des lycées les moins favorisés, puis en 2028 dans tous les lycées publics de France. Nous créerons 500 postes supplémentaires de professeurs et poursuivrons l'effort pour que chaque professeur absent soit remplacé. Des amendements en ce sens seront déposés par les ministres dans le projet de budget pour 2027.

Pour cela précisément, la France doit avoir un budget. Il serait impensable que ces engagements n'y trouvent pas une place d'une manière ou d'une autre, je le dis ici assez clairement. Par ailleurs, les emplois du temps sur un autre registre seront revus, une pause déjeuner d'une heure garantie et la place du contrôle continu réexaminées. La santé mentale continuera à être une priorité continue grâce à la création de 500 postes de psychologues, d'infirmiers et d'assistants sociaux dès 2027. 1 milliard d'euros d'investissements de l'État, Monsieur le ministre de l'Enseignement supérieur, sera consacré au bâtiment des universités. Quatre milliards d'euros de prêts à taux préférentiel aideront les conseils régionaux à rénover leurs établissements scolaires, avec une attention encore peut-être plus particulière pour les territoires d'Outre-mer. Nous ouvrirons 15 000 places supplémentaires dans le supérieur en 2027 et en 2028 : 10 000 en BTS, 4 000 en IUT, 1 000 dans les formations de santé. Mais cette répartition est bien sûr à discuter, notamment et en priorité avec les partenaires sociaux. Dès la rentrée 2027, il est proposé que les bourses suivent l'inflation pour ne pas rogner le pouvoir d'achat. Nous proposons aussi de renforcer dans les instances qui animent le système scolaire, de l'établissement au Conseil supérieur de l'éducation, la représentation lycéenne, notamment celle de la voie professionnelle.

Faire confiance aux jeunes doit avoir des conséquences en leur donnant une vraie place dans les enceintes où les décisions qui les concernent sont prises. Parcoursup, Mesdames et Messieurs les sénateurs, sera remplacé pour la campagne 2028, c'est entendu. Mais dès la campagne 2027, c'est-à-dire celle qui sera accessible aux élèves au mois de décembre 2026, les critères d'admission devront être compréhensibles et chaque refus, expliqué et motivé. La transition sera donc organisée pour les prochains bacheliers.

L'orientation, c'est un long processus qui commence dès la 5ème avec la découverte des métiers. Ce processus doit être plus soutenu au lycée, et ce dès la seconde. Et finalement, ce processus doit enjamber le baccalauréat pour viser la réussite des jeunes dans le supérieur, s'assurer qu'ils auront des débouchés et, le cas échéant, leur offrir la possibilité de se réorienter en cours de cursus. Se tromper de voie à 18 ans ne doit pas condamner la suite d'un parcours.

Mais ce chantier exige une clarification politique. Ce débat doit permettre à chaque groupe de dire les propositions qu'il soumet et qui, éventuellement, ne seraient pas encore dans le débat public. Le Gouvernement, je le redis ici, est ouvert au débat, car c'est un beau débat politique que nous devons à notre jeunesse. Il s'est tenu en partie la semaine dernière à l'Assemblée nationale et je veux vous en rendre compte au sein de cet hémicycle pour peut-être aller plus loin ensemble.

Il y a d'abord la question de la sélection dans le supérieur. Le sujet ne date pas d'hier, mais Parcoursup a fait office de révélateur où, paradoxalement, la question a été parfois, j'ose le dire, camouflée. Certains veulent, pour l'accès aux études supérieures universitaires, une sélection plus affirmée, d'autres veulent au contraire la supprimer intégralement. Au fond, et pour faire simple, les députés ont dénoncé tous ensemble un système pour ensuite réclamer deux systèmes qui s'opposaient profondément. Les uns souhaitent un système de sélection dès l'entrée à l'université pour s'assurer que les formations demeurent des formations du meilleur niveau. Les autres proposent l'accès pour tous à l'enseignement universitaire sans condition. Si ce n'est, et c'était la proposition d'ailleurs assez singulière de La France insoumise, les seuls, celle de la sectorisation territoriale, c'est-à-dire, excusez du peu, une nouvelle forme de ségrégation sociale, d'assignation à résidence qui nie les mérites et empile les difficultés plus qu'elle ne les résout.

Bien sûr, au cœur de ce débat, il y a le nombre de places supplémentaires que le Gouvernement propose d'ouvrir l'année prochaine. Nous en proposons 15 000 de plus. C'est un effort important, peut-être pas assez diront certains, en tout cas celui-ci est concret. Certains souhaitent aller plus loin, nous l'entendons, et nous sommes prêts à en discuter pourvu que les ouvertures de places soient crédibles, c'est-à-dire faisables budgétairement, mais aussi, le ministre y reviendra sans doute, logistiquement, concrètement, dans le réel. D'autres avancent le chiffre de 250 000 places supplémentaires. Nous y reviendrons, il faut être crédible. Mais ouvrir des places ne suffit pas à garantir une place adaptée à chaque jeune, car notre difficulté n'est pas seulement quantitative, elle tient aussi à la cohérence entre les formations proposées, les aspirations des étudiants bien sûr, mais aussi les besoins des territoires et, disons-le, les perspectives réelles d'insertion professionnelle pour aujourd'hui mais aussi pour demain.

Nous avons aujourd'hui des filières très demandées, et dans le même temps, des capacités d'accueil qui ne sont pas pleinement utilisées. Ajouter massivement des places sans tenir compte de ces réalités ne résoudrait pas les difficultés. Cela risquerait même de déplacer la sélection vers les premières années d'études, au prix d'échecs et de réorientations que nous devons précisément, je crois, chercher à éviter. Notre responsabilité n'est donc pas seulement d'ouvrir davantage de places, mais le débat est ouvert ; elle est d'offrir à chaque jeune une formation dans laquelle il puisse réussir, s'épanouir, acquérir des compétences reconnues et construire son avenir professionnel.

Mesdames et Messieurs les sénateurs, il faut maintenant entrer dans le détail et c'est l'objet de ce débat. Pour le Gouvernement, les exigences doivent être connues et les décisions explicables. Les revenus des parents, le lieu de résidence ou le manque d'information ne doivent pas décider à la place du travail et des aspirations d'un jeune, c'est entendu et je pense que c'est consensuel. Nous venons chercher des propositions et des engagements précis, pas des slogans ou des promesses sans fondement sérieux. La méthode pour les semaines qui viennent est désormais fixée.

La semaine dernière, les ministres ont réuni les représentants lycéens et les conseillers régionaux sur la question des bâtiments : quelles urgences, quels travaux, quel calendrier ? Les régions ont la responsabilité des lycées depuis 1983. L'État les accompagnera, mais, c'est un ancien président de département qui le dit, en respectant toujours la décentralisation. Il est aussi financier, certes, et c'est pour cela que l'État met de l'argent sur la table avec quatre milliards de prêts à taux préférentiel financés par la Banque des territoires. Mais de toutes les évidences, les lycéens d'ailleurs le disent, les équipements fournis sont très inégaux d'une région à l'autre, c'est d'ailleurs assez normal, quand bien même les régions ont des capacités de financement qui sont parfois importantes. D'ailleurs, certaines ont bien fait le travail, il faut le dire, loin de toute démagogie, et on le ressent dans les remontées. Et je veux particulièrement, toute opinion politique mise à part, le dire pour la région Île-de-France.

Mais soyons pragmatiques, la plupart des remontées n'invitent absolument pas à construire des prix d'architecture. Au contraire, les demandes les plus pressantes, beaucoup d'élus locaux ou d'anciens élus locaux ici dans cet hémicycle, sont les plus simples : propreté, état des sanitaires, disponibilité du papier toilette. Pardon de cette trivialité, mais on est bien loin justement de programmes en milliards d'euros, mais davantage dans un art d'exécution. Faut-il donc clarifier certaines organisations ou fonctions de gestion entre Éducation nationale et conseils régionaux ? Le Gouvernement, là aussi, est disponible et écoutera le Sénat. De nombreux rapports d'ailleurs existent déjà sur ce sujet.

Mesdames et Messieurs les sénateurs, je reverrai avec les ministres les représentants des lycéens et des étudiants la semaine prochaine. Nous ferons le point sur les engagements pris, les difficultés à lever pour les mettre en œuvre et d'éventuelles nouvelles décisions. Nous établirons mesure par mesure ce qui relève du règlement ou des instructions ministérielles, notamment pour l'organisation des enseignements et les modalités du contrôle continu, sujets sur lesquels les ministres reviendront, ce qui exige des crédits votés aussi parfois dans le budget 2027, et enfin ce qui nécessiterait une modification de la loi, si besoin en était, je me suis déjà exprimé sur le sujet, pour l'accès au supérieur, avec pour chaque mesure un calendrier et un responsable.

Par ailleurs, le premier comité de réforme de Parcoursup se réunira dès lundi prochain, associant lycéens et enseignants autour des ministres. Il présentera les premières recommandations courant novembre, nourries, je l'espère, par vos propositions.

J'estime qu'il est important également que les organisations syndicales et patronales soient présentes à ce comité. Elles y seront donc associées, car elles ont des propositions à faire remonter quant à l'orientation des jeunes, leur formation et leur accès au monde professionnel. Des parlementaires des deux Chambres et de chaque groupe seront également associés à ce comité de réforme.

Enfin, pour mettre en œuvre les décisions qui émaneront précisément de ce comité, le Gouvernement pourra présenter un projet de loi en Conseil des ministres, car certaines dispositions, je le disais, pourront faire l'objet de mesures d'ordre législatif.

Mesdames et Messieurs les sénateurs, pour conclure, je veux vous le redire, vous le savez, ce Gouvernement n'est candidat à aucune élection. Il n'a aucune raison de faire des promesses intenables, c'est aussi sa liberté. Sa crédibilité se mesurera donc à l'aune des décisions prises, précises, donc finançables et applicables. Voilà pourquoi j'ai souhaité ce débat. Il n'est pas question de refaire le match sur la création de Parcoursup, son remplacement est déjà décidé.

Maintenant, il faut dire ce que nous voulons construire. Les questions peuvent sembler techniques, les réponses en réalité engagent notre conception de l'égalité, du mérite, du travail, de la liberté, et tout cela dans le réel. Il y a la question de la sélection, nous en avons parlé. Mais d'autres questions se posent sur lesquelles les lycéennes et les lycéens souhaitent, je le crois, nous entendre collectivement. Quelle place donner aux besoins du pays et de ses métiers, sans étouffer pour autant les aspirations individuelles ? Le même dispositif doit-il accueillir les nouveaux bacheliers, ceux qui se réorientent, et ceux qui, plus tard, reprennent leurs études ? Le baccalauréat doit-il rester le premier grade de l'enseignement supérieur, ou à l'inverse, devenir simplement le diplôme qui clôt le lycée ? Comment prendre en compte la révolution de l'intelligence artificielle, qui va détruire des emplois et en créer d'autres ? C'est aussi notre responsabilité de ne pas former des cohortes entières de jeunes à des métiers qui n'existeront plus demain, parfois très rapidement. Et à l'inverse, de nous assurer que les jeunes Français soient bien formés pour relever les prochains défis. Et bien sûr, parmi ces défis, il y a le défi démographique, il est devant nous. Il touche actuellement l'enseignement scolaire, mais ne manquera pas de toucher les universités à horizon de 10 ans au moins. Comment nous assurer que nous formerons suffisamment d'ingénieurs, de soignants, d'artisans, d'enseignants pour répondre aux besoins de notre population et faire tourner notre économie et nos services publics ?

C'est sur ces choix que nous attendons, chaque groupe politique, du concret, du précis, du sérieux, loin des postures faciles qu'on a pu entendre dans certains médias.

Les ministres Philippe BAPTISTE et Édouard GEFFRAY ont beaucoup travaillé sur ces sujets, je les en remercie d'ailleurs publiquement, et ils préciseront dans un instant ces engagements et répondront bien sûr à vos questions. Aux jeunes qui nous écoutent, Monsieur le président du Sénat, nous attendons beaucoup de vous. Vous avez le droit d'attendre beaucoup de nous, le Gouvernement, mais aussi l'ensemble de la classe politique. À nous de vous donner des raisons concrètes de croire que vos efforts ouvriront des portes.

Pour tout cela, je vous en remercie.


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