Avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur

Publié le 28/10/2026 Modifié le 28/10/2026

SCRIPT. Le Premier ministre, chargé de la Planification écologique, Sébastien Lecornu, s'est exprimé, le 28 octobre 2026 à l'Assemblée nationale, sur l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur.

Depuis plus de 3 semaines, des lycéens, des étudiants nous interrogent sur la place que notre pays leur prépare. Nous leur devons des réponses et ce débat doit permettre à chacun de dire lesquelles, très concrètement, il est prêt à construire et qui est prêt à voter les mesures indispensables. Ces jeunes ont grandi avec l'épidémie du covid, l'isolement, un nouveau contexte géopolitique marqué par des guerres nouvelles, l'éruption de l'intelligence artificielle dans nos vies et bien sûr, l'anxiété climatique. Ils entendent parler de crise, mais rarement des opportunités qui s'ouvrent à eux.

Elles existent pourtant. À l'approche de l'élection présidentielle, certains sentent instinctivement qu'une décision majeure pour leur avenir se prépare sans avoir le sentiment de pouvoir y prendre part d'une manière ou d'une autre. Cette inquiétude mérite mieux que des leçons. Elle mérite aussi mieux que les calculs de celles et ceux qui parfois trouvent un intérêt électoral à entretenir.

À force de courir derrière la jeunesse pour recueillir sa colère, une partie de la classe politique finit par lui refuser toute autre perspective, avec facilité, et parfois même opportunisme, comme si elle avait au fond davantage besoin de son désarroi que de sa réussite. Certes, des choses ont été faites, sûrement insuffisantes.

Mais ne mentons pas aux jeunes : jamais la nation n'a investi autant dans l'Éducation nationale et l'Enseignement supérieur. Ce sont d'ailleurs deux des rares ministères qui verront encore leur budget augmenter l'année prochaine. Des efforts ont été faits pour réduire le nombre d'élèves par classe, même s'il est évident qu'il faut désormais aller plus loin et plus vite, nous y reviendrons. Et les réformes du baccalauréat comme de Parcoursup ont permis en leur temps, en son temps, de sortir de situations qui étaient problématiques pour de nombreux lycéens qui finissaient, je le rappelle, tirés au sort dans des formations qu'ils n'avaient pas demandées. On l'a oublié parfois un peu trop vite dans le débat récent.

Cela ne doit pas nous empêcher de faire notre introspection, de corriger les erreurs et surtout, surtout, d'écouter les jeunes qui ont de toute évidence des choses à nous dire et des ambitions légitimes pour leur avenir. Nous devons à cette génération de lui permettre de réaliser ses ambitions. Elle a des capacités, des idées, une volonté d'agir. Et notre responsabilité est de lui donner prise précisément sur son avenir.

C'est pourquoi nous avons écouté avec méthode et sans filtre. Plus de 100 000 contributions venues de près de 3 000 lycées ont été recueillies sur la plateforme du ministère de l'Éducation nationale. Elles enrichissent et complètent le dialogue avec les organisations représentatives et les élus lycéens. 71 % des contributions évoquent l'organisation du temps scolaire, 56 % l'état des bâtiments, 31 % les difficultés de remplacement. Derrière ces chiffres, il y a des demandes précises auxquelles il faut répondre jusque dans chaque établissement. Certaines dépendent du Gouvernement ou du Parlement, Mesdames et Messieurs les députés, d'autres, enfin, des conseils régionaux.

Il y a 3 semaines, devant les Français, j'avais fixé une échéance des décisions à la fin du mois d'octobre. Nous y sommes précisément. Les mesures que nous avons annoncées avec les ministres lundi dernier forment une réponse à l'ensemble de ces attentes. Elles vont du professeur que l'on retrouve devant sa classe à la place que l'on trouve dans l'Enseignement supérieur, du temps nécessaire pour déjeuner le midi et à la bourse qui permet de poursuivre ses études dans de meilleures conditions. Elles prennent au sérieux ce que les jeunes nous disent de leur quotidien autant que leurs aspirations.

Cette cohérence compte. Un élève qui a confiance dans son avenir est d'abord un élève qui apprend dans de bonnes conditions. Les revendications des lycéens sont cohérentes. C'est un tout, au fond, qui se tient. C'est pourquoi nous plafonnerons les classes de Seconde générale et technologique à 28 élèves dès 2027 dans la moitié des lycées les moins favorisés, puis en 2028 dans tous les lycées publics de France. Nous créerons 500 postes supplémentaires de professeurs et poursuivrons l'effort pour que chaque professeur absent soit remplacé. Des amendements en ce sens seront déposés dans le projet de budget pour 2027. Les emplois du temps seront revus, une pause déjeuner d'une heure garantie et la place du contrôle continu réexaminée en profondeur. La santé mentale continuera à être une priorité grâce à la création de 500 postes de psychologues, d'infirmiers et d'assistants sociaux dès 2027. Un milliard d'euros d'investissements de l'État sera consacré aux bâtiments des universités. Quatre milliards d'euros de prêts à taux préférentiels aideront les conseillers régionaux à rénover leurs établissements scolaires, avec une attention toute particulière pour les territoires d'outre-mer. Nous ouvrirons 15 000 places supplémentaires dans le Supérieur en 2028, 10 000 en BTS, 4 000 en IUT, 1 000 dans les formations de santé. Cette répartition est à discuter désormais avec les partenaires sociaux. Dès la rentrée 2027, les bourses suivront l'inflation pour ne pas rogner précisément le pouvoir d'achat.

Nous proposons aussi de renforcer dans les instances qui animent leur système scolaire, de l'établissement au Conseil supérieur de l'Éducation, la représentation lycéenne, notamment celle de la voie professionnelle. Faire confiance aux jeunes doit avoir des conséquences en leur donnant une vraie place dans les enceintes où les décisions qui les concernent sont prises. Parcoursup sera remplacé pour la campagne 2028, c'est entendu. Mais dès la campagne 2027, c'est-à-dire celle qui sera accessible aux élèves dès ce mois de décembre 2026, les critères d'admission devront être compréhensibles et chaque refus expliqué et motivé.

La transition sera donc organisée pour les prochains bacheliers. L'orientation, c'est un long processus qui commence dès la 5ème avec la découverte des métiers. Ce processus doit être plus soutenu au lycée, et ce dès la Seconde. Et finalement, ce processus doit enjamber le baccalauréat pour viser la réussite des jeunes dans le Supérieur, s'assurer qu'ils auront des débouchés et, le cas échéant, leur offrir la possibilité de se réorienter en cours de cursus. Se tromper de voie à 18 ans ne doit pas condamner la suite d'un parcours.

Mais ce chantier exige une clarification politique. Derrière les critiques de l'outil Parcoursup, certains veulent, pour l'accès aux études supérieures universitaires, une sélection plus affirmée. D'autres veulent, au contraire, la supprimer intégralement. On peut, en effet, dénoncer ensemble un système et vouloir ensuite deux systèmes profondément opposés.

Il faut maintenant rentrer dans le détail, Mesdames et Messieurs les députés. C'est l'objet, précisément, de ce débat ce soir. Qu'attendez-vous du système d'enseignement supérieur français ? Quel rôle voulez-vous lui confier ? Quels critères d'admission proposez-vous ? Quelle place pour le baccalauréat et le contrôle continu ? Comment répondre lorsque les demandes dépassent les places disponibles ? Comment accompagner ensuite les étudiants vers la réussite, y compris professionnelle ? Pour le Gouvernement, les exigences doivent être connues et les décisions explicables. Les revenus des parents, le lieu de résidence ou le manque d'information ne doivent pas décider à la place du travail et des aspirations d'un jeune.

Ce débat, organisé formellement sur la base de l'article 50-1 de la Constitution, doit permettre d'identifier une voie de passage au Parlement. S'il faut une loi, sur quelles règles pouvons-nous réunir une majorité ? Pour quelle évolution de l'orientation et de l'accès au Supérieur ? Nous venons chercher des propositions et des engagements précis, pas des slogans ou des promesses sans fondement sérieux. La méthode pour les semaines qui viennent est fixée. Dès demain, jeudi, les ministres réuniront les représentants lycéens une nouvelle fois et les conseils régionaux sur la question des bâtiments. Quelles urgences ? Quels travaux ? Pour quel calendrier ? Les conseils régionaux ont la responsabilité des lycées depuis 1983. L'État les accompagnera, mais en respectant la décentralisation.

Je reverrai avec les ministres les représentants des lycéens et des étudiants dans moins de 15 jours. Nous ferons le point sur les engagements pris, les difficultés à lever pour les mettre en œuvre et les décisions suivantes. Nous établirons, mesure par mesure, ce qui relève du règlement, notamment pour l'organisation des enseignements et des modalités du contrôle continu, ce qui exige des crédits votés dès le budget pour l'année prochaine, 2027, et ce qui nécessiterait une modification de la loi pour l'accès au Supérieur, avec, pour chaque mesure, un responsable et une échéance précise.

Le comité de réforme associant désormais lycéens et enseignants autour des ministres présentera de premières recommandations courant novembre, nourries, je l'espère, de vos propositions opérationnelles ce soir.

Mesdames et Messieurs les députés, ce Gouvernement, vous le savez, je l'ai répété à de nombreuses reprises, n'est candidat à aucune élection dans aucune échéance électorale. Il n'a aucune raison, donc, de faire des promesses intenables. Sa crédibilité se mesurera à l'aune de décisions précises, finançables et applicables dès la rentrée prochaine. Une grande partie de ces mesures sera traduite par des amendements gouvernementaux au projet de loi de finances. Chacun pourra les améliorer et devra assumer ses propositions, leurs coûts, ses votes, ainsi que la manière de le financer.

Voilà pourquoi, une nouvelle fois, j'ai souhaité ce débat en transparence. Il n'est pas question de refaire le match de la création de Parcoursup. Son remplacement est déjà décidé. Maintenant, il faut dire ce que nous voulons construire. Les questions peuvent sembler techniques ; les réponses engagent notre conception de l'égalité, du mérite, de la liberté, tout cela confronté au réel : comment départager les candidats, point d'interrogation. Par une sélection assumée, point d'interrogation ? En acceptant de revenir au tirage au sort, point d'interrogation ? Cette sélection doit-elle concerner toutes les formations ou bien certaines seulement ? Et comment éviter de dévaloriser les autres ? Là aussi, point d’interrogation. Voulons-nous ou non classer les candidats ou les orienter plus fortement ? Jusqu'où garantir leur libre choix, point d'interrogation ? Et quels prérequis pour exiger leur admission ? Gardons-nous une plateforme nationale commune ? Question posée. Ou acceptons-nous la multiplication des procédures locales et le risque d'une opacité accrue ? Quelle place donner aux besoins du pays et de ses métiers sans étouffer les aspirations individuelles ? Le même dispositif doit-il accueillir les nouveaux bacheliers, ceux qui se réorientent, mais aussi ceux qui reprennent leurs études plus tard ? Le baccalauréat doit-il rester le premier grade de l'enseignement supérieur ou bien devenir seulement le diplôme qui clôt le lycée ? Comment prendre en compte la révolution de l'intelligence artificielle, qui va détruire des emplois et en créer d'autres ? C'est aussi notre responsabilité de ne pas former des cohortes entières de jeunes à des métiers qui n'existeront plus bientôt, et à l'inverse, de nous assurer que les jeunes Français soient bien formés pour relever les nouveaux défis qui nous attendent.

Et bien sûr, il y a le défi démographique qui est devant nous. Il touche actuellement l'enseignement scolaire, mais ne manquera pas de toucher les universités à horizon de 10 ans. Comment nous assurer que nous formerons suffisamment d'ingénieurs, de soignants, d'artisans ou d'enseignants pour répondre aux besoins de notre population et faire tourner l'économie de demain ? C'est sur ces choix que nous attendons chaque groupe politique : du concret, du précis, du sérieux, loin des postures faciles.

Les ministres de l'Enseignement supérieur, Philippe BAPTISTE, et de l'Éducation nationale, Édouard GEFFRAY, vont préciser ces engagements. Aux jeunes qui nous écoutent, nous attendons beaucoup de vous. Vous avez le droit d'attendre beaucoup de nous. À nous de vous donner des raisons concrètes de croire que vos efforts ouvriront réellement des portes.

Je vous remercie.


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