Cellule interministérielle de crise : point de situation du Premier ministre
Publié le 19/10/2026
SCRIPT. Sébastien Lecornu, Premier ministre, chargé de la planification écologique, s'est exprimé après la Cellule interministérielle de crise du lundi 19 octobre 2026, sur les événements du 17 octobre 2026.
[...] évidemment, une question de sécurité qui continue d'être suivie. Dans ce contexte, nous avons décidé plusieurs choses.
La première, évidemment, c'est une réponse pénale particulièrement importante, massive. On est sur un nombre de gardes à vue (enfin : d'interpellations ayant donné lieu à des gardes à vue), qui désormais se transforment avec un taux de poursuite, une réponse pénale élevée, avec pratiquement 80 %. Le garde des Sceaux s'est exprimé ce matin. Il est actuellement en déplacement où il voit les procureurs généraux. Il s'exprimera de nouveau ce soir au journal de 20h, mais enfin, il va sans dire que là, on a deux tiers de majeurs, on n’a pratiquement que des hommes, on a des gens qui sont déjà souvent connus des services de police, et donc évidemment, la judiciarisation va nous permettre aussi de calmer les choses pour mettre un certain nombre d'individus hors d'état de nuire.
Le deuxième mouvement de judiciarisation, c'est celui-ci qui va se faire à froid. Il ne vous a pas échappé que sur les réseaux sociaux, beaucoup de pilleurs sont des « génies », donc ont la bonne idée de ne pas mettre de cagoule ou de masque. Et donc là, on a une opération judiciaire très importante, massive, qui démarre aujourd'hui. Je crois que sur la plaque parisienne, c'est pratiquement 200 enquêteurs pour la seule préfecture de police de Paris qui vont analyser les images, les films. Et d'ailleurs, le préfet de police y reviendra avec le ministre de l'Intérieur dans les heures qui viennent sur des outils aussi nouveaux pour permettre à nos concitoyens de participer, de venir alimenter ces enquêtes. Ça, c'est pour le volet judiciaire, mais le garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur y reviendront.
La deuxième décision que j'ai prise dans cette cellule interministérielle de crise, c'est qu'on a une situation qui est géographiquement très disparate. C'est sûr que les Françaises et les Français, derrière leur télévision, se disent : c'est le « bordel » partout. Heureusement non, on a un « bordel », pour être trivial, pardon de ce mot, qui est très localisé sur des centres urbains. Aussi, j'ai demandé aux préfets de déclencher un certain nombre de couvre-feux pour ce soir, couvre-feux partiels dans lesquels les préfets vont faire ce travail de discussion, non seulement avec les maires, mais enfin aussi avec les chambres de commerce et d'industrie, parce que l'un des enjeux de ce couvre-feu, c'est la protection des personnes, mais aussi des biens, et singulièrement des commerces. Là, on n'est pas sur, comment dire, une délinquance générale classique, on est véritablement sur une délinquance générale très précise, très spécifique, de pillage, de revente d'ailleurs d'un certain nombre de ces biens pillés. Et il n'est pas question que les choses s'installent comme ça dans la durée, c'est le moins qu'on puisse dire. Et donc j'ai donné cette instruction aux préfets d'engager des couvre-feux. Ils seront partiels, ils peuvent être très localisés. Et donc, dans le courant de l'après-midi, le ministère de l'Intérieur pourra vous donner une cartographie assez précise de ce que les préfets auront décidé, parce que je leur laisse le temps d'avoir une discussion notamment avec les maires des communes concernées, mais aussi le monde économique, parce qu'on va y revenir dans un instant. On va mettre de l'argent public sur la table : c'est normal, enfin, ça n'a pas de sens si, à un moment donné, on n'est pas capable de rétablir l'ordre dans les meilleurs délais.
Troisième décision qui a été prise, c'est précisément les mesures d'accompagnement. Je le dis parce que je vois aussi le débat monter, il est bien légitime : c'est avant tout ceux qui ont cassé qui doivent payer. Ça explique le projet de loi, évidemment, qui est le nôtre, y compris ce projet de loi qui arrive au Parlement, qui va permettre d'aller saisir des allocations sociales pour ce faire. Cela a fait quand même des années que tout le monde en parle, il aurait fallu que mon Gouvernement « s'y colle » et je pense que ça tombe malheureusement à pic, malheureusement à pic. Mais enfin, on a déjà aussi une responsabilité civile qui existe et dans les instructions qui ont été données par le garde des Sceaux, c'est de permettre sur l'ensemble des personnes dont la judiciarisation est faite, si elles sont condamnées, d'être appelées à la responsabilité civile. Je le dis y compris d'ailleurs pour le maire de Limoges parce que pour un certain nombre de destructions, avant même que l'argent public ne soit sollicité, il est quand même bien logique que la responsabilité individuelle de celles et ceux qui ont cassé soit respectée. En tout cas, nous le ferons.
La deuxième des choses, pour les commerces, pour nous (le ministre Papin, le ministre du Budget est là aussi, le collègue de l'Économie rentre actuellement d’un déplacement à l'étranger) il va sans dire qu'il faut permettre aux commerçants de redémarrer très vite. Redémarrer très vite, c'est ne pas abîmer évidemment les emplois, et les commerces de France sont évidemment de grands employeurs et c'est pour ça qu'avec Jean-Pierre Farandou, on a décidé de déclencher le chômage partiel dès demain, c'est-à-dire qu'on va le faire par une instruction ministérielle et sans attendre les délais que nous connaissons, et on ne va pas le faire à 70 %, on le fait tout de suite à 100 %. Ce n'est pas une mesure de continuité de l'activité en tant que telle, c'est une mesure de protection de l'emploi. Il n’est pas question qu'il y ait de la casse sociale dans cette affaire après avoir connu la casse tout court. Ensuite, nous allons débloquer un fonds de soutien spécifique pour l'ensemble de ces commerces. Il y a un débat entre exonération sociale et fiscale ou fonds de soutien. Je crois comprendre du terrain qu'il y a davantage une envie de fonds de soutien pour faire du cousu main. En tout cas, je me range à ce que les ministres décideront dans les concertations qu'ils vont mener sur le terrain entre cet après-midi et demain. Mais enfin, il y a un besoin de trésorerie. Bon nombre de commerçants avaient déjà fait leurs stocks, y compris pour Noël. Bon ! Pas question de paumer la saison. Donc ça, pour le coup, on va y répondre de manière, évidemment, très précise et très directe.
Puis, troisième chose, évidemment : les assurances, dans lesquelles une discussion a déjà démarré avec elles depuis ce week-end. Capacité à accélérer les différentes expertises, éviter d'emmener nos commerçants dans des tracasseries de procédures qui n'en finiraient pas, être capable évidemment très vite d'ouvrir les guichets, être capable de verser des acomptes sur évidemment les sommes d'accompagnement pour les assurer. Il y a un gros travail évidemment qui est en cours, sur lequel aussi les ministres reviendront.
Cette réunion de ce matin me permet évidemment d'avoir plusieurs rendez-vous dans la semaine. Tout à l'heure, avec le ministre de l'Intérieur, on fera un point spécifique avec tous nos services de renseignement parce que désormais, il est démontré qu'on a quand même un mouvement de l'ultra-gauche qui a envie d'organiser un désordre, pour ne pas dire plus, un désordre profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle. Je crois que ça nous a été dit clairement par les services de renseignement ce matin. Il y a toute une nébuleuse qui même peut s'activer pour remettre en cause le calendrier même de l'élection présidentielle et la tenue de l'élection présidentielle. Je l'ai dit à de nombreuses reprises ces derniers temps, je n'ai pas toujours eu le sentiment d'avoir été entendu et cru, donc je le dis de manière beaucoup plus directe. Ça pose donc plusieurs questions pour nous.
La première, c'est : comment protéger justement ce cadre démocratique qu'est l'élection présidentielle. Pas question que des minorités violentes imposent un agenda de violence et nous empêchent évidemment de tenir cette élection. Ça pose la question pour moi de la sécurité des candidats, leur sécurité personnelle. Ça pose la question de la sécurité des meetings, quelles que soient les formations politiques. Ça fait partie des points que je vais voir avec le ministre de l'Intérieur cet après-midi, parce que je vois bien que l'agenda démocratique va être percuté par cet agenda de désordre tel qu'il est imaginé par ces différents groupuscules. Ça pose aussi des questions de liberté syndicale. Moi, j'en suis un très, très grand défenseur, [qui vient de] ma culture politique comme gaulliste.
Enfin, il n'y a pas de schéma dans lequel désormais la liberté de manifester peut être à ce point abîmée par des mouvements de casseurs. On a déjà connu ça pendant le quinquennat du Président Hollande, pendant les lois Touraine. On se rappelle de ce qui s'est passé pendant la réforme des retraites, etc. Enfin là, ça fait partie des choses dont je veux discuter, moi, avec les formations et les organisations syndicales pendant cette semaine. Elles ont elles-mêmes déposé un préavis pour une manifestation le 5 novembre 2026. C'est leur droit. Mais justement, il faut qu'à haut niveau, c'est-à-dire : Premier ministre, ministre de l'Intérieur, on puisse, avec elles, regarder les conditions de la sécurité, de l'expression de ces mouvements de manifestation, parce qu'on ne peut pas mettre en danger évidemment les salariés, les Françaises et les Français, parfois des mineurs, qui ont manifesté. Et beaucoup de gens ont manifesté dans le calme, il faut le redire quand même, samedi dernier. Et ce sont parfois les… Ils ne sont pas d'accord avec la politique que le Gouvernement peut mener, mais enfin, c'est le rôle du Gouvernement de leur donner un cadre d'expression, comme la campagne présidentielle. Donc, c'est quand même aussi la question des libertés qui est posée.
Puis enfin, je réunirai les différentes formations politiques, non pas tellement que pour leur parler de violence. J'ose espérer que chacun sait où il habite, même si, comme je l'ai dit samedi, il faut désormais choisir son camp ; c'est plutôt un moment de clarification. Avec le ministre de l'Intérieur, je veux leur parler de police. J'ai vu que depuis maintenant trois semaines, on nous explique que la police tue ou la police blesse. Puis depuis deux jours, on nous dit, que fait la police ? C'est une schizophrénie de notre débat politico-médiatique. Je ne l'ai pas découverte ce week-end. Mais enfin, on ne peut pas avoir une instrumentalisation de la police dans le débat électoral de cette élection présidentielle. Ce n'est pas possible dans un sens comme dans un autre. Donc, tout le monde parle de doctrine de maintien de l'ordre. [Il n'est] pas sûr que tout le monde la connaisse bien parmi la classe politique. Je ne suis pas certain que, si on interrogeait d'ailleurs les responsables politiques, ils soient bien informés de comment cette doctrine de maintien de l'ordre a été imaginée, comment justement elle est appliquée sur le terrain.
Enfin, je veux aussi le redire : samedi, si on a eu des scènes très difficiles sur des violences sur les biens, il n'y a pas eu de personnes tuées et c'est un « miracle » que le bilan ne soit pas plus lourd, il faut le redire. Donc, ça veut dire aussi que les policiers et gendarmes font leur travail dans un cadre qui est très difficile et justement avec une doctrine qui est connue. Est-ce qu'il faut faire évoluer cette doctrine ? J'entends que beaucoup en parlent. Eh bien, ça fera partie justement des points que je souhaite aussi évoquer avec les formations politiques en disant : « puisque tout le monde en fait un objet politique, traitons-le de la manière la plus sérieuse possible. Et de la manière la plus technique possible, parce qu'une fois de plus, moi, j'ai porté l'uniforme comme officier de réserve dans la gendarmerie et je vis très, très mal les remises en cause des policiers et des gendarmes telles qu'on a pu les connaître ces derniers temps ».
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