Prise de parole de Sébastien Lecornu sur le suivi de la crise agricole
Publié le 15/10/2026
SCRIPT. Prise de parole du Premier ministre, chargé de la planification écologique, sur le suivi de la crise agricole, le 15 octobre 2026 à l'Hôtel de Matignon.
Sébastien Lecornu
[...] pour une réunion importante sur le suivi de la crise agricole. Vous savez que le monde agricole, les agriculteurs de France ont subi ces dernières semaines les effets de deux crises majeures.
La première, géopolitique : à l'Ukraine s'est évidemment ajouté le Proche et le Moyen-Orient. C'est vrai évidemment pour le coût des carburants, mais peut-être encore de manière plus sensible sur le coût des intrants, des engrais.
Et puis évidemment, une crise climatique qui ne cesse de se confirmer avec la rencontre à la fois des phénomènes d'incendies dans un certain nombre de régions et de sécheresses.
Pour nous, c'est un des dossiers majeurs de la rentrée depuis la fin du mois d'août, qui mobilise l'ensemble des membres du Gouvernement, avec plusieurs séries de réponses : déjà, objectiver évidemment les pertes. À la fin du mois d'octobre, on sera en fin de période de récolte. On va être capable de quantifier filière par filière et région par région les différentes pertes et on va pouvoir commencer à les chiffrer avec beaucoup plus de précision. Ça nous a permis de déclencher une première réponse avec un plan d'urgence pour 1,3 milliard d'euros. La première partie de cette réunion de ministres a d'ailleurs été consacrée à faire un suivi très précis de la consommation des crédits. Pour être complètement transparents, un certain nombre de guichets d'aide fonctionnent très, très bien, d'autres ont pris du retard. Donc, on a objectivé tout ça et les ministres, évidemment, y reviendront.
La deuxième réponse que nous allons apporter, le ministre Serge PAPIN en dira un mot tout de suite, c'est évidemment une discussion avec la distribution parce que, par définition, notre modèle agricole repose aussi sur un marché de consommation sur lequel il n'est pas question de faire n'importe quoi, évidemment, en matière d'augmentation des prix, d'inflation des produits agricoles. On a déjà une inflation importée à cause des produits énergétiques, donc ce n'est certainement pas le Gouvernement qui va organiser le n'importe quoi en la matière, mais justement nous préemptons le sujet et le ministre PAPIN y reviendra dans un instant. On va organiser une discussion assez inédite dans une forme de pacte de responsabilité, justement, entre l'amont de la filière et l'aval de la filière.
Troisième volet de réponse, évidemment, c'est le plan de relance qui, pour le coup, lui, va venir progressivement s'insérer dans les discussions budgétaires au Parlement. Certains outils sont déjà dans le budget, d'autres vont faire leur apparition par amendements, avec au fond des axes qui ont été travaillés par la ministre Annie GENEVARD, et je la remercie. Sur le volet adaptation au changement climatique, cela correspond aussi aux travaux menés par le ministère de Monique BARBUT, mais notre capacité à être beaucoup plus indépendants et souverains, on le dit toujours, mais je le redis sur engrais, on voit bien qu'on a une difficulté majeure. La décision que j'ai prise de libérer, avec le président de la République, 10 millions de barils de gazole nous permet d'avoir un impact évidemment positif sur le coût du GNR, ce qui est vrai d'ailleurs pour l'agriculture, ce qui est vrai également pour la pêche.
Le deuxième volet de ce plan de relance, c'est l'adaptation au changement climatique de la production agricole, soit parce que les productions vont devoir s'adapter aux changements du climat, soit parce qu'on peut adapter ces productions, justement. On a tous été marqués par des images épouvantables l'été dernier, d'équarrissage de volailles en Bretagne, par exemple, parce que les bâtiments d'élevage en Bretagne n'étaient pas adaptés pour des raisons qu'on imagine et qu'on comprend, à des chaleurs aussi extrêmes. Comment fait-on pour que, de manière très pragmatique, l'été prochain ne ressemble pas à l'été que nous avons connu ? C'est la question évidemment des stockages d'eau, notamment des citernes. Bref, autant de sujets sur lesquels il faut avancer, plus aussi des sujets assurantiels, parce que malheureusement, la question agricole, le monde agricole n'est pas toujours convenablement assuré, soit parce que c'est difficile d'accéder à l'assurance, soit parce que les produits d'assurance ne sont pas toujours adaptés, évidemment, aux problématiques que nous connaissons.
Puis enfin, un volet aussi de simplification, notamment sur le volet fiscal, avec aussi une nouveauté. On connaissait le pacte Dutreil pour les transmissions d'entreprises dans le milieu familial. On connaissait le pacte Papin depuis maintenant quelques semaines sur la transmission vers les salariés. Et donc aussi, on va compléter nos dispositifs par le pacte dit Genevard, qui permet justement d'avoir des mécanismes de transmission des exploitations pour faire en sorte qu'aucune exploitation ne trouve pas un repreneur.
On va continuer de travailler avec une concertation assez précise et assez territoriale sur ce plan de relance, sur des sommes qui sont importantes. Le plan d'urgence, c'est 1,3 milliard d'euros, vous disais-je. Le plan de relance, en fonction de ce que la concertation va donner, des discussions parlementaires : on est quand même quelque part entre 500 et 700 millions d'euros qu'on va réinjecter dans les discussions budgétaires. Certains sont déjà dans la copie, d'autres vont faire l'objet d'amendements du Gouvernement dès l'Assemblée nationale et dès le Sénat. Au moins quatre amendements d'ailleurs du Gouvernement vont être intégrés, mais on a globalement 15 jours devant nous qui vont nous permettre justement de mener une concertation efficace.
Dernier point, la vraie relance passe aussi par les décrets d'application de la loi d'urgence agricole. Heureusement, on ne part pas de rien. Heureusement que le Gouvernement a décidé cette loi. Elle a été décriée sur le terrain politicien. Enfin, je note qu'aujourd'hui, plus personne n'ose la contester, parce que, et pour cause, au regard de la situation dans laquelle on se trouve, si on n'avait pas emmené la loi jusqu'à son adoption finale et jusqu'au Journal officiel au mois d'août dernier, on serait dans une grosse difficulté. Donc là, pour le coup, les ministres mènent un travail important pour que l'ensemble des décrets d'application de cette loi soit pris avant Noël. Publication fin août au Journal officiel de la loi, l'ensemble des décrets d'application : la prédation, l'eau, les simplifications de construction, de travaux dans les bâtiments d'élevage, beaucoup de sujets qui sont attendus, sur lesquels on doit aller vite.
Et puis bien sûr, en toile d'écran, peut-être moins connue du grand public, mais une discussion importante actuellement avec l'ensemble des pays membres de l'Union européenne sur le budget de l'Union européenne et donc aussi sur la politique agricole commune. Et ce n'est pas qu'une affaire de montants, c'est aussi une affaire de critères, de capacité à transformer aussi nos exploitations agricoles. Et désormais, l'adaptation au changement climatique, on le voit bien, n'est pas seulement le sujet de quelques régions du sud de de la France, mais aussi du nord de la Loire, sans oublier évidemment aussi nos outre-mer, qui méritent aussi toujours une attention particulière.
Voilà, pour donner quelques points en transparence sur un sujet qui parfois occupe beaucoup l'espace médiatique lorsque nous sommes définitivement en crise, je me permets de le dire, et c'est pour ça qu'on cherche, nous, régulièrement, avec beaucoup de transparence, à rendre compte de ce qui est fait, parce que c'est beaucoup d'argent public, c'est une question de souveraineté importante, savoir d'où vient notre nourriture. C'est aussi une question évidemment de pouvoir d'achat parce qu'un choc avec cette sécheresse, pardonnez-moi, par définition, peut aussi avoir un impact sur le pouvoir d'achat des Français. Et donc, c'est ce qu'on cherche à régler très en amont, justement, de ces discussions budgétaires. Peut-être laisser la ministre de l'Agriculture préciser 2 ou 3 éléments.
- Discours
- · Agriculture
- › Production et filières
Discours récents
-
Point presse du Premier ministre et du Gouvernement à Mayotte
Discours · DROM
-
Discours du Premier ministre à l’Assemblée de Mayotte
Discours · DROM
-
Reconstruire et adapter les territoires après les incendies
Discours · Urbanisme
-
Déplacement de Sébastien Lecornu en Gironde
Discours · Transition écologique
À lire aussi
Prise de parole du Premier ministre sur le suivi de la crise agricole
Actualité · Production et filières
Publié le 15/10/2026
Narcotrafic : comment l’État agit contre les points de « deal » ?
Actualité · Sécurité intérieure
Publié le 15/10/2026
Congé de paternité : règles, démarches et évolutions récentes
Actualité · Famille
Publié le 14/10/2026
Santé mentale : immersion au cœur d’un service de psychiatrie gériatrique
Actualité · Santé publique
Publié le 08/10/2026