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Décodage - Source : Service d'information du Gouvernement

Jeunes : hyperconnectés, mais seuls

Publié le 02/12/2025

Directrice de l’équipe Inserm portant le projet Mentalo, la professeure Karine Chevreul revient sur les liens existants entre sentiment de solitude et risques sur la santé mentale. Avec une conviction : pour aller mieux, il faut déjà reconnaître quand ça ne va pas.

On est tous un jour moins en forme mentalement. Être fort, c’est reconnaître le fait que notre santé mentale est dégradée et ne pas en avoir honte. En parler, ce n’est jamais révéler un signe de faiblesse.

Karine CHEVREUL

Karine CHEVREUL
Mentalo est une étude participative de grande ampleur au sujet de la santé mentale des jeunes de 11 à 24 ans.

Quels sont les objectifs du programme Mentalo, que vous dirigez, et quels en sont les premiers enseignements ?

La spécificité de Mentalo, c’est qu’il s’agit d’une étude longitudinale qui mesure et analyse le bien-être des jeunes sur un an, là où la majorité des études sur la santé mentale aujourd’hui proposent une photographie à l’instant T. Comment évolue leur santé mentale ? Pourquoi ?
L’objectif, c’est aussi d’inviter les jeunes à participer à l’étude afin que tous les professionnels de santé publique, ou d’éducation, puissent les accompagner de la meilleure des façons.
Enfin, il s’agit aussi de déstigmatiser le sujet de la santé mentale : l’étude cherche à sensibiliser le public aux questions de bien-être mental, de façon à rendre ce sujet moins tabou.  

Selon l’étude, le sentiment de solitude touche quatre jeunes sur 10. Qu’est-ce que cela dit de la vulnérabilité psychique des jeunes générations ?

Plusieurs études montrent que, chez les jeunes, le sentiment de solitude a augmenté. Il ne faut pas oublier que les personnes interrogées ont de 11 à 24 ans. Beaucoup de celles qui se sentent seules ont traversé la crise sanitaire, et donc une forme d’isolement, à une période clé de construction de leur socialisation.
Est-ce que c’est parce que les jeunes vont mal qu’ils se sentent plus seuls, ou est-ce parce qu’ils se sentent seuls qu’ils vont mal ? On ne sait pas toujours très bien qui de la poule ou de l’œuf intervient en premier… Ce dont nous sommes sûrs, c’est que la solitude est corrélée à une dégradation de l’état de santé mentale.
À terme, on aura plus d’informations sur le sens de la relation entre solitude et santé mentale. Restons modestes, mais aujourd’hui il est clair que ceux qui se sentent plus seuls vont moins bien. Et de fait, quand on se sent seul, on a 2,5 fois plus de risques de souffrir de détresse psychologique.

Les jeunes n’ont jamais été aussi connectés, et ne se sont jamais sentis aussi seuls. L’hyperconnexion et le sentiment de solitude sont-ils liés ?

Avec l’étude, on constate que ceux qui ne se sentent pas seuls sont deux fois moins nombreux à regarder les écrans plus de cinq heures par jour. Mais là encore, est-ce parce qu’on se sent seul qu’on passe plus de temps sur les écrans, ou l’inverse ? Avec l’étude, on aura demain des données pour regarder le sens de cette relation.
Je pense cependant qu’il ne faut pas être trop restrictif : des recherches ont montré pendant la crise Covid que ceux qui étaient connectés sur les réseaux sociaux, et qui utilisaient donc les écrans pour communiquer, allaient mieux. Tout dépend de l’usage que l’on fait des écrans, du temps consacré et du moment de l’usage. Par exemple, un usage devient problématique lorsqu’il commence à empiéter sur le sommeil.

Quels sont les liens entre isolement et troubles dépressifs ?

Il ne faut pas confondre isolement et sentiment de solitude. Ce qui est associé à des phénomènes dépressifs, ce n’est pas seulement le fait d’être seul et de s’ennuyer : c’est aussi le fait de ne pas avoir de lien avec les autres, d’avoir le sentiment qu’on ne sert pas à grand-chose, ce qui nuit à l’estime de soi.
Ce que déclarent les jeunes dans l’étude, c’est que le fait de faire des activités, de sortir et de voir du monde, les fait se sentir mieux. Le nœud du problème, c’est de savoir que faire pour aller bien. Et pour beaucoup, le problème n’est pas tant de se sentir seul, que d’avoir un rôle ou une place sociale.
Aujourd’hui, on sait que les jeunes qui ont plus d’occasions de socialisation, notamment au cours d’activités culturelles ou sportives, par exemple, vont mieux que les autres.

Comment sortir de l’isolement ? Comment peut-on aider les jeunes de son entourage qui se sentent seuls ?

Quand on n’est pas bien et qu’on s’isole, on recommande de faire des activités, de rencontrer du monde. Certains vont vers des activités associatives, d’autres vont se tourner vers des jeux en ligne qui peuvent être une forme de socialisation, d’autre encore vont s’occuper d’animaux. Cela dépend de chacun. L’important, c’est de trouver une façon de retrouver un échange social. C’est très important, quel que soit l’âge.
Au-delà de la solitude, la première chose à faire, quand on se sent mal, c’est d’en parler à quelqu’un. C’est déjà une façon de le reconnaître soi-même. Même si l’autre ne va pas forcément trouver des solutions pour vous, c’est une première étape qui est nécessaire.
Et cela passe par la déstigmatisation du sujet. On a tous une santé mentale ! Et on est tous un jour moins en forme mentalement. Être fort, c’est reconnaître le fait que notre santé mentale est dégradée et ne pas en avoir honte. En parler, ce n’est jamais révéler un signe de faiblesse.

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