Cérémonie militaire en hommage au sous-lieutenant Rousseau

Publié le 08/06/2026

SCRIPT. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a prononcé un discours le 6 juin 2026 à l'occasion de la cérémonie d'hommage au sous-lieutenant Rousseau, à Meulles (Calvados).

Madame la ministre,

Monsieur le préfet,

Monsieur le maire,

Monsieur le maire de la commune délégué,

Mesdames et Messieurs les élus, parlementaires,

Mon général, Monsieur le délégué national de l'ordre de la Libération,

Mon général, Monsieur l'officier général pour la zone de défense et de sécurité,

Mesdames et Messieurs les représentants du monde combattant, porte-drapeaux,

Mesdames et Messieurs,

Chers élèves,

L'Histoire nous apprend l'humilité. Ce mot, d'ailleurs, a la même racine que la terre et que l'homme. Cette Histoire, qui vient de nous être rappelée, est celle d'hommes et de femmes originaires de cette terre du pays d'Auge qui ont fait le choix de l'humilité, le choix de l'ombre. Ils étaient jeunes, ils étaient cultivateurs, ils ont pris tous les risques au péril de leur vie, pour servir une cause dans laquelle ils croyaient : celle de la France combattante, celle d'une nation libre et indépendante, celle d'une société humaine et fraternelle.

Parmi ces Résistants, membres du réseau Buckmaster, le sous-lieutenant Daniel Rousseau, âgé de 21 ans, a été jusqu'au sacrifice ultime, par amour pour son pays. C'est cette mémoire, mêlée de douleur et d(un certain sens de l'honneur, que nous commémorons aujourd'hui.

Mesdames et Messieurs, la Résistance à l'échelle de cette terre rurale, comme à l'échelle de la France entière, vous l'avez dit, monsieur le maire, est un creuset d’engagement pour une très grande diversité de femmes et d'hommes. Ici, à Meulles, des cultivateurs ont résisté aux côtés de plusieurs notables importants du village. Ailleurs, des paysans ont combattu aux côtés de médecins, d'enseignants de fonctionnaires, d'étudiants. Ils partageaient le même élan, le même amour de la patrie, l'amour des siens. L'engagement de Daniel Rousseau, de son frère Pierre Rousseau et de leurs camarades, s'est enraciné dans des liens de famille, de voisinage, et d'amitié. Des liens humains, en somme.

Et c'est bien la force de ces liens qui a poussé des femmes et des hommes à s'unir dans le grand combat, pour la libération de la France.

Mesdames et Messieurs, les faits ont été rappelés à l'instant. Dès le 5 juin, bravant le danger, Daniel, Pierre et leurs camarades de l'armée des ombres, ont renseigné, saboté, miné. Ils ont répondu aux ordre de l'ombre, prescrivant aux Résistants d'intensifier leurs actions pour retarder à tout prix la progression des renforts allemands. Au même moment, des milliers de FFI menaient des actes similaires partout en France, à Paris, en Provence, à Nantes, à Grenoble et ailleurs, afin de préparer la victoire des Alliés.

Tous n'appartenaient pas au même réseau, ne répondaient pas au même chef, n'exécutaient pas les mêmes gestes. Mais tous et toutes, par leur courage, ont permis à la France de se libérer, en partie du moins, par elle-même. Et cela, nous le savons est immense.

Le sous-lieutenant Daniel Rousseau et les siens nous ont appris que des actes individuels, même s limités, mêmes en apparence désespérés, pouvaient contribuer à faire l'Histoire, plutôt qu'à être condamnés à la subir.

« Quoi qu'il arrive, avait déclaré le général de Gaulle depuis Londres dans son appel du 18 juin 1940, la flamme de la Résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.» Malgré les risques, malgré les doutes, malgré les trahisons aussi, et les heures sombres de la Collaboration, cette flamme ne s'est jamais éteinte. Ici, en pays d'Auge, elle a brûlé avec vigueur et avec intensité.

Dès 1943, Pierre et Daniel Rousseau ont rejoint la Résistance, renonçant à leur sécurité, à celle de leur famille, et pour Daniel, ultimement, à sa propre vie. Nous savons qu'ils éteint nombreux, aussi, à suivre cette voie, dans les Vosges dans le Vercors, en Aubrac, en Corse, et, en réalité, dans toutes les autres régions de France.

Ces hommes et ces femmes étaient portés par l'esprit de résistance, un volontarisme à toute épreuve, qui nous enseigne qu'un collectif qui croit en lui-même peut accomplir l'impossible, à condition, toujours, de rester uni.

Dans un monde qui se durcit, où des puissances cherchent souvent à saper notre cohésion et à miner notre vie démocratique, il nous appartient de nous en souvenir.

Mesdames et Messieurs, chers élèves : «Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place », dit le chant des partisans, que nous entonnerons dans quelques instants. Le sous-lieutenant Daniel Rousseau a donné sa vie pour son pays. À sa suite, des femmes et de hommes se sont levés pour que la flamme de la Résistance française ne s'éteigne pas, ne s'éteigne jamais.

Si l'Histoire nous rend humbles, c'est par ce qu'elle nous rappelle cette vérité essentielle : on ne combat jamais seul, ni pour soi-même. À nous d'être fidèles à la mémoire de toutes celles et ceux qui se sont battus pour nous, pour notre liberté, pour notre sécurité, et pour la paix.

Vive la République, et vive la France !

(Seul le prononcé fait foi).


À lire aussi