Comment savoir s'il s'agit d'une tristesse passagère ou d'une réelle dépression ?

Publié le 30/04/2025 Modifié le 06/06/2025

MODE D'EMPLOI. Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d'addictologie à l'université Paris-Cité, président de la Commission nationale de psychiatrie, rappelle les critères médicaux qui permettent de repérer une dépression.

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Image d'illustration - Source : Adobe stock

Qu’est-ce qui distingue un simple « coup de blues » d’une véritable dépression ?

Le travail de la psychiatrie consiste entre autres à faire cette distinction. La dépression est reconnue comme une maladie dans les classifications internationales, notamment dans le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Nous disposons de critères précis pour poser ce diagnostic

À l’inverse, le « coup de blues » est une réaction normale et passagère à des événements difficiles, comme un deuil par exemple. Le « coup de blues » est normal, il serait même inquiétant de ne jamais ressentir ou exprimer la tristesse !

Quels sont les symptômes qui permettent de poser le diagnostic d’une dépression ?

La durée est un premier élément clé : une tristesse qui dure plus d’un mois doit alerter. Ensuite, il existe quatre grands symptômes qui sont :
  •  la perte d’envie : tant qu’on a des envies, même d’une autre vie, on n’est pas dépressif. L’absence totale d’envie est un signal majeur,
  • la perte d’énergie : une fatigue permanente, sans lien avec l’effort physique,
  • la perte d’estime de soi : se considérer comme sans valeur, se sentir indigne d’amour ou de reconnaissance. Une phrase qui revient souvent en consultation est « je ne vaux rien »,
  • une tristesse permanente, même dans des moments supposés agréables.

Que faire si on se reconnaît dans ces signes ?

Il ne faut pas attendre et consulter son médecin généraliste qui va poser un premier diagnostic et écarter d’éventuelles causes somatiques par une prise de sang (comme une anémie qui peut causer une perte d’envie et d’énergie), et proposer un premier traitement adapté. 

La dépression est une maladie qui touche une personne sur dix au cours de sa vie. Il est essentiel de traiter la dépression médicalement, comme toute autre pathologie.

Michel Lejoyeux

  • Professeur de psychiatrie et d'addictologie à l'Université Paris-Cité
Michel Lejoyeux

Quel est le traitement de la dépression ?

Le traitement d’épisode dépressif majeur repose sur une combinaison de psychothérapie et d’antidépresseurs pour les formes caractérisées et non des tranquillisants ou les calmants. 

En dehors de la dépression aiguë classique, il existe ce qu’on appelle la dysthymie : une dépression chronique, moins intense, mais qui dure au minimum six mois à deux ans. La dysthymie répond souvent bien à une psychothérapie. 

Le trouble bipolaire est une forme particulière de trouble de l’humeur, qui alterne des phases dépressives et des phases maniaques. Donner un antidépresseur seul à un patient bipolaire peut aggraver la situation en déclenchant un épisode maniaque. C’est un diagnostic complexe qui relève d’un spécialiste.

Existe-t-il toujours une « raison » à la dépression ?

Pas nécessairement. Chercher systématiquement une cause retarde la prise en charge. Comme pour le diabète ou l’hypertension, une dépression peut survenir sans événement déclencheur clair. Il faut comprendre que la dépression est avant tout une maladie médicale individuelle qui nécessite une approche de médecine individuelle.

Que faire si l’on suspecte un proche d’être en dépression ?

Pas de morale ou de thérapie sauvage ou en amateur. On peut lui suggérer d’être aidé et entre-temps l’accompagner dans des activités qui vont plutôt mobiliser son physique.

Pourriez-vous nous conseiller quelques gestes contre le « coup de blues » ?

L’activité physique est essentielle ! Quand on a un « coup de blues », on n’essaye pas de comprendre, on se bouge. On voit souvent des déprimes passagères dues à des moments de sédentarité. 

Il est aussi essentiel de réduire ce qui déprime : diminuer la consommation d’alcool, arrêter de fumer et limiter l’usage frénétique des réseaux sociaux. Si on se bouge un peu, on boit moins, on arrête de fumer et on ne passe pas sa journée sur des sites ou réseaux à regarder des informations sur des catastrophes, on va mieux !

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