Comment libérer la parole autour de la santé mentale périnatale ? Entretien avec le docteur Sarah Tebeka, psychiatre spécialisée en périnatalité à l'hôpital Louis-Mourier de Colombes.
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C'est normal d’éprouver du stress lorsqu’on attend un bébé ou qu’il vient de naître, car il faut apprendre à s'en occuper, ce qui n'est jamais simple.
Qu'entend-on exactement par santé mentale périnatale ?
La santé mentale maternelle concerne l’absence de trouble psychiatrique chez les mères et futures mères, leur bien-être psychique et psychologique.
Durant la grossesse ou après la naissance, certains troubles peuvent apparaître, dont le plus connu et le plus répandu est la dépression du post-partum.
Ce trouble, qui touche entre 10 à 20 % des femmes dans les semaines qui suivent l’accouchement, entraîne tristesse, perte de plaisir, sentiment de culpabilité, dépréciation des compétences maternelles, voire des idées suicidaires.
Qu’est-ce qui est fait pour la santé mentale périnatale ?
Ces dernières années, un effort très important a été fait pour libérer la parole et sensibiliser sur la santé mentale périnatale. La brochure PsycomSanté mentale, grossesse et parentalité a été conçue pour apporter aux parents toutes les informations dont ils ont besoin.
Par ailleurs, le site des 1 000 premiers jours, issu de la commission du même nom voulue par le président de la République Emmanuel Macron au cours de son premier mandat, permet d'informer sur cette période critique qui va du début de la grossesse jusqu'aux deux ans de l'enfant. Ces 1 000 jours, c'est la période où les femmes sont les plus vulnérables, et donc là où elles ont le plus de risques de développer un trouble psychiatrique.
Pourquoi est-ce la période la plus à risque ?
Parce que c'est un moment de bouleversements intenses à tous les niveaux : biologique, corporel, psychique et social. Quand on est enceinte, le sommeil est de mauvaise qualité et, quand le bébé naît, les nuits sont hachées et déstructurées. Il y a donc beaucoup de fatigue.
Il y a également un changement de dynamique dans le couple et dans la vie de famille, puisqu'on passe à trois, à quatre ou plus, et une modification du statut social parce qu'on devient mère de famille.
Par ailleurs, les femmes ne peuvent parfois plus consacrer autant de temps à leur carrière, ce qui peut engendrer des difficultés supplémentaires pour elles.
Enfin, il y a une part de vulnérabilité génétique. Quand une mère a des antécédents psychiatriques dans sa famille, le risque de faire une dépression est plus important.
Pourquoi est-ce encore si difficile d'en parler ?
Tout d'abord, il y a le mythe culpabilisant de la maternité heureuse. Si je ne baigne pas dans un océan infini de bonheur, c'est que je suis une mauvaise mère....
La dépression du post-partum concerne de 10 à 20 % des femmes. Cela en fait la principale complication périnatale, mais cela signifie également que 80 à 90 % des femmes vivent très bien leur grossesse et la naissance du bébé. Celles qui en sont victimes peuvent se sentir stigmatisées.
Ensuite, les femmes ont parfois peur des conséquences du diagnostic : elles redoutent d’être hospitalisées, ce qui n'arrive que très rarement.
Comment accompagner les femmes souffrant de dépression post-partum ?
L'hygiène de vie, l'alimentation, l'activité physique adaptée et le sommeil sont autant de solutions pour améliorer la santé mentale.
Aujourd'hui, des traitements existent pour soigner la dépression du post-partum. Et les médicaments ne sont pas l'unique recours... Il faut globalement casser l'image extrêmement négative associée aux soins psychiatriques.
Il y a donc un enjeu de communication en ce sens auprès des femmes, de leur entourage, de leur famille, mais aussi auprès des entreprises puisque la grande majorité des jeunes mères va reprendre le travail au bout de 3 à 4 mois.
En France, quel est aujourd'hui l'état de la prise en charge ?
Depuis 2020, l'entretien prénatal précoce, qui a lieu autour du quatrième mois de grossesse, a pour objectif de faire le point sur les vulnérabilités des femmes et de leur proposer un accompagnement personnalisé.
La deuxième brique date de 2022. L'entretien postnatal précoce, qui peut se dérouler jusqu'à huit semaines après la naissance du bébé, vise à dépister la dépression du post-partum et à proposer des soins appropriés.
Enfin, l'allongement du congé paternité permet aux pères d'être davantage présents après la naissance de leur enfant.
Justement, un mot sur les pères ou les coparents... Que peuvent-ils faire ?
Leur rôle est essentiel car si une mère ne va pas bien, elle doit pouvoir compter sur son partenaire pour l'aider.
À l'inverse, le partenaire peut lui même aller mal si sa compagne va mal. Il faut alors être en mesure de lui proposer une prise en charge. Si on aide l'un et pas l'autre, on ne résout rien.
Quel est votre message aux parents concernés ?
Rappelons tout d'abord que c'est normal d’éprouver du stress lorsqu’on attend un bébé ou qu’il vient de naître car il faut apprendre à s'en occuper, ce qui n'est jamais simple. Il convient donc de faire la distinction entre ce qui relève de la simple anxiété et ce qui est réellement pathologique.
Ensuite, si vous ne vous sentez pas bien, parlez-en à un professionnel de santé en qui vous avez confiance ou à une association, comme Maman blues. Il faut que vous puissiez verbaliser ce que vous ressentez. Ne restez pas isolé : aujourd’hui, on sait prendre en charge ce type de pathologie !
« Parlons santé mentale ! ». Plus qu’un slogan, cette formule est une ambition pour notre société portée par le Gouvernement, qui a fait de la santé mentale la grande cause nationale...