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Mode d'emploi - Source : Service d'information du Gouvernement

Santé mentale : « la pair-aidance m’a sauvé la vie »

Publié le 12/01/2026 Modifié le 26/01/2026

MODE D'EMPLOI. Cofondateur de La Maison perchée, lieu de pair-aidance pour des adultes vivant avec un trouble psychique, Maxime Perez-Zitvogel a transformé une trajectoire marquée par les hospitalisations, les phases extrêmes et les dépressions en un projet inédit. Il raconte ce que vivre avec la bipolarité veut dire et comment l’entraide entre pairs sauve des vies.

Diagnostiqué bipolaire à 22 ans, Maxime Perez-Zitvogel, 33 ans, a connu les phases « up », les dépressions et deux hospitalisations psychiatriques. En 2020, il fonde La Maison perchée. L’association parisienne de pair-aidance pour des adultes vivant avec un trouble psychique (bipolaire, borderline ou schizophrène) est un lieu sans médecin, fondé sur l’expérience vécue. Pour beaucoup de malades, elle est un espace de reconstruction. Aujourd’hui, Maxime développe son nouveau projet L’Agence de Ouf, animé par la conviction que l’on peut vivre avec un trouble psychique, et pas seulement survivre, à condition de vraiment briser les tabous.

Concrètement, comment vit-on au quotidien avec la bipolarité ? 

Il faut savoir que c’est un handicap. On n’en guérit pas. Chacun le vit différemment. Il y a des phases « up » pendant lesquelles tu dors peu, tu te sens surpuissant, tu as une créativité débordante, parfois des délires mystiques. Tu dépenses trop d’argent, tu prends des décisions sans limite. Moi, j’ai craqué mon PEL pour payer des billets d’avion à des amis pour me rejoindre en Chine. Puis, il y a les phases « down », où tu peux rester enfermé dans ta chambre pendant des mois. Dans mon parcours, il y a aussi eu une tentative de suicide, comme chez environ 20 % des personnes bipolaires. Mais j’ai appris à me connaître pour vivre avec. 

Mon quotidien est très structuré, avec un traitement médical, un suivi « psy », une vie amoureuse et sociale, un rythme de travail adapté et surtout une hygiène de vie.

Maxime Perez-Zitvogel

  • Bipolaire et fondateur de la Maison Perchée
Maxime Perez-Zitvogel

Alors que vous étudiiez en Chine, vous traversez une phase maniaque et êtes rapatrié en France. Pendant votre hospitalisation, vous créez d’abord Bipolaire et fier, et fière, puis La Maison perchée. Pourquoi ?

La première fois, à l’hôpital, je subis. Je ne parle à personne. La deuxième, je commence à discuter avec d’autres patients. Et je me rends compte qu’on se comprend. Les amis peuvent essayer de le faire, mais ils n’ont pas vécu le truc. Entre malades, on peut parler des manies, des phases down, de la honte, sans filtre. On peut même en rire. C’est un peu comme les alcooliques anonymes. En sortant de l’hôpital, je me demande s’il existe ce type d’endroit pour la santé mentale. Je ne trouve pas. Alors, en 2017, je crée l’association Bipolaire et fier, et fière. Et l’idée de La Maison perchée commence à germer.

Qu'est-ce, exactement, La Maison perchée ?

C’est une brique manquante du parcours de rétablissement basé sur la pair-aidance accessible en distanciel et en présentiel à Paris. C’est un endroit où tu peux parler avec des gens qui ont vécu la même chose que toi. On ne dit pas aux gens quoi faire, mais on partage des parcours, des exemples, des outils. Il y a des temps ouverts au grand public, et pour les membres des groupes de parole, du théâtre, de la lecture, du conseil de vie professionnelle. On a aussi voulu intégrer les proches, parce qu’eux aussi sont impactés, mais souvent laissés seuls.

Vous dites que la pair-aidance est aussi nécessaire que la parole médicale…

Oui, clairement, ça vient en complément. Quand tu es seul avec ta maladie, tu crois que tu es fichu, que personne ne peut comprendre. Certains médecins m’ont dit de faire une croix sur une vie professionnelle ou amoureuse. Un pair sait exactement ce que c’est de ne pas dormir pendant une phase « up », de se sentir surpuissant, puis d’avoir honte. Quand une personne qui a vécu tout ça te dit « c’est possible de vivre, pas seulement de survivre », et qu’il le montre par sa trajectoire, tu l’entends autrement. Certains nous disent qu’on leur a sauvé la vie. Moi, très concrètement, je n’ai plus été hospitalisé depuis que j’ai créé La Maison perchée. La pair-aidance m’a sauvé la vie, je suis même devenu père !

Vous avez quitté La Maison perchée pour un autre projet. En quoi cela consiste-t-il ?

Je lance L’Agence de Ouf pour toucher celles et ceux qui ne se sentent pas concernés par la santé mentale, à travers des contenus audiovisuels et l’organisation de concerts. L’idée est de faire passer des messages simples autour de la santé mentale, parce que je suis convaincu que si tout le monde connaissait mieux les symptômes, ça sauverait des vies. Tout cela contribuerait à la création d’autres briques du parcours de rétablissement, tels que des lieux de « vacances de ouf » et une « agence d’intérim de ouf » pour les personnes directement concernées. Comme pour La Maison perchée, j’essaye de créer ce qui m’a manqué !

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