Les premiers enseignements de l’épisode de canicule
Publié le 29/06/2026 Modifié le 29/06/2026
VIDÉO. Le Premier ministre a présenté, à l'occasion de la Cellule interministérielle de crise sur la canicule, le 29 juin 2026, place Beauvau (Paris), un premier bilan de la canicule extrême qui a touché la France ces derniers jours.
Soulignant que l'intensité de cette vague de chaleur était exceptionnelle, mais qu’elle serait vraisemblablement amenée à se reproduire, Sébastien Lecornu a indiqué qu’il fallait imaginer une nouvelle planification pour les chaleurs extrêmes. Il a, pour cela, dressé un premier bilan de ce qui a fonctionné au cours du dernier épisode caniculaire et des fragilités observées, sur lesquelles travailler.
Cellule interministérielle de crise sur la canicule - 29 juin 2026
Transcription
Sébastien LECORNU
Je me permets évidemment de faire un retour d'expérience, comme on dit dans les armées, assez précis de l'épisode caniculaire précédent. Avec Météo-France et les équipes, faire un point évidemment sur la situation en cours sur le terrain hospitalier, à venir sur le terrain météorologique, mais enfin évidemment, et je le fais devant les médias, avoir une pensée particulière pour les victimes, non seulement d'ailleurs en France, mais aussi dans désormais beaucoup de pays en Europe de cette canicule, leurs familles et celles et ceux qui sont évidemment éprouvés par cette crise climatique et de chaleurs extrêmes sur lesquelles on va revenir dans un instant.
Je pense que pour cette CIC, je vous propose de regarder de la manière la plus rationnelle possible, globalement, la liste de ce qui a fonctionné — et beaucoup de choses ont fonctionné — et d'ailleurs, ce qui a fonctionné globalement et ce qui a été anticipé, puis les éléments, à mon avis, qui méritent une attention particulière, et je le dis clairement, les choses qui ont moins bien fonctionné et sur lesquelles je souhaite qu'on puisse trouver un certain nombre de réponses.
Certaines ont déjà été documentées par les équipes et les ministères, et je vous en remercie, et ça a été remonté, et qu'on puisse prendre un certain nombre de décisions dans les jours qui viennent, étant entendu que la perspective d'une reprise d'un épisode caniculaire est possible, avec la prudence évidemment qu'il convient d'avoir.
Sur ce qui a bien fonctionné, je le dis vraiment pour les équipes Météo-France, la directrice générale Virginie SCHWARZ est là-bas. Je veux le dire parce que, globalement, l'ensemble de la chaîne de prévision et ensuite de réaction, au fond, des agents de Météo-France jusqu'aux agents hospitaliers à l'entrée des urgences de nos hôpitaux, en passant par les forces de sécurité civile, l'ensemble de la chaîne a tenu, et notamment sur la qualité des prévisions.
Je me rappelle qu'il y a quelques années, parfois, Météo-France faisait l'objet de procès un peu faciles et on voit bien que les différents investissements, la qualité des équipes nous a quand même permis d'avoir des modèles qui sont solides et qui nous permettent en plus d'avoir des partenariats avec les différents pays qui nous entourent. Donc ça, évidemment, cette réactivité-là nous a permis notamment de traiter aussi la question de la Fête de la musique dans des temps records, puisqu'entre le moment où les alertes ont été données, le moment où on est rentrés en discussion avec l'ensemble des préfets, des forces de sécurité civile, forces de sécurité intérieure, on a eu une organisation qui a bien fonctionné.
La deuxième des choses, c'est évidemment la solidité et la réactivité des capacités hospitalières. Heureusement qu'on a pris les décisions d'ORSAN 2, par la ministre de la Santé, d'ORSAN 3 dans les temps, avec beaucoup de subsidiarité, qui ont permis de déclencher les différents plans blanc ou bleu aussi pour les établissements médico-sociaux. Enfin, on va y revenir parce qu'il y a de l'inertie évidemment sur la tension hospitalière. Et si les températures sont meilleures, ce n'est pas pour autant que la situation n'est pas tendue dans les différents hôpitaux. On va y revenir.
La troisième des choses, évidemment, Monsieur le ministre de l'Intérieur, la réactivité des forces de sécurité civile. Les chiffres sont impressionnants. Je le dis pour le directeur général, l'ensemble de la chaîne, que ce soit les militaires évidemment sur Paris et Marseille, mais c'est vrai aussi de l'ensemble des SDIS du pays. L'activité opérationnelle a été très, très forte et donc évidemment ça pose des questions aussi d'endurance sur les semaines à venir avec la question des risques des feux de forêt.
La quatrième des choses, c'est évidemment, et à la fois ça a fonctionné, mais on va y revenir, c'est pour moi le sujet de préoccupation numéro 1, c'est les dispositifs locaux de la protection des personnes. Globalement, toute personne fragile confiée à un établissement spécialisé, je pense très fort aux EHPAD, ça a fonctionné. Je pense aussi à l'hébergement d'urgence. Ici ou là, il y a évidemment toujours des difficultés. Mon propos est national, donc il peut souffrir d'exceptions locales. Ces publics sont connus, il existe des plans, ils ont été déclenchés. La chaîne de commandement, si j'ose dire, a bien fonctionné. Sur les populations de nos concitoyennes et nos concitoyens fragiles à domicile, à la fois, les plans ont bien été déclenchés. L'exécution de ces plans, j'en dirai un mot dans un instant, a été beaucoup plus difficile, ce qui explique la décision que nous avons prise avec les ministres de cette activation du réseau des « facteurs » pour permettre de venir ici ou là, venir suppléer les différentes difficultés locales parce que des mairies parfois ayant un manque de moyens, des centres communaux d'action sociale qui ont pu être débordés, un réseau associatif qui avait besoin de suppléances. En tout cas, on voit que c'est perfectible, j'en dirai un mot dans un instant.
Enfin, de manière plus générique, le système énergétique a tenu. Je le dis parce que parfois beaucoup de contre-vérités l'électricité circulent ici ou là. Je vous rappelle quand même que globalement, avec la climatisation, on est à 25 % de consommation en plus par rapport à la période ordinaire. Quelque chose comme globalement 58 gigawatts. On est loin des 80 gigawatts des pics de l'hiver. Enfin, globalement, la tension était là et le réseau était non seulement de qualité, mais en plus, on a continué à exporter de l'électricité pendant toutes ces périodes. J'en parle maintenant parce que c'est un des défis qu'il va falloir relever aussi sur la résilience de ces réseaux dans la durée.
Et enfin, un mot pour les transports et la SNCF, dans lequel il y a eu des situations un peu chaotiques au début, mais il y a eu une réactivité très importante du ministère des Transports et des équipes de la SNCF. Il faudra le dire à ces équipes parce que s'il y a eu vraiment des situations très pénibles, il y a aussi un principe de précaution qui s'est évidemment très vite installé : retrait des rames qui ne sont pas encore climatisées, moyennant quoi ? Ça a créé évidemment des perturbations réelles, mais la capacité à protéger les voyageurs est largement ce qui a dominé et je crois pouvoir dire que ça a fonctionné.
Si j'avance, toute comparaison mécanique, si j'ose dire, et la ministre de la Santé l'a dit, et je pense que les chiffres de Santé publique France viendront encore le démontrer dans les heures qui viennent, toute comparaison mécanique avec 2003 serait assez mal à propos. Je le dis prudemment, c'est un peu tôt, mais on le voit bien, le nombre de victimes à domicile est bien plus important que sur tous les épisodes précédents. En clair, la surmortalité à domicile, c'est-à-dire quand les forces de secours arrivent, malheureusement, les personnes sont déjà décédées. Et à l'inverse, les EHPAD ont tenu, avec une pression qui est forte, un engagement important, évidemment, des équipes, mais aussi beaucoup d'argent qui a été mis ces dernières années. Le fameux Ségur du médico-social aussi est passé par là. Enfin, je le dis comme ancien président de département. On a donc quelque chose qui a bien tenu, mais sur lequel il va falloir y revenir.
Et puis évidemment, le point d'intention particulier, c'est l'hôpital. Si j'avance maintenant sur les fragilités sur lesquelles ensuite, dans le clos de cette CIC, je souhaite que nous avancions, mais en transparence, je les mets ici sur la table. Oui, oui, je le fais devant la presse pour l'instant et ensuite on y reviendra sur les réponses sans la presse et entre nous. La première fragilité, c'est évidemment la fragilité hospitalière et l'inertie sur les hôpitaux. Je remercie les organisateurs de nombreux événements qui ont accepté les décisions des préfets de gré à gré, en tout cas souvent de gré à gré, mais si on les a prises, ces décisions, c'était pour éviter d'avoir une tension hospitalière plus forte que ce que nous avons connu. Je le dis en revanche tout de suite, sans attendre la CIC, il va sans dire que ORSAN 2 et 3 doivent être maintenus dans les jours qui viennent pour laisser la capacité aux différents hôpitaux de maintenir les plans blancs, l'ensemble des scénarios de déprogrammation sur lesquels on viendra dans le détail, les rappels évidemment de personnel soignant, avec un message de gratitude particulier, là aussi on en reparlera, pour qu'elles ne soient pas oubliées, évidemment, dans cette période particulière.
La deuxième fragilité qui a largement occupé les débats publics, voire politiques, pour ne pas dire parfois politiciens, c'est la capacité de rafraîchissement des établissements de santé. Donc, la ministre m'a fait une proposition qu'on a tout de suite validée avant le week-end, de l'acquisition de 30 000 climatiseurs. Les premiers milliers de ces climatiseurs, sous l'autorité de la ministre, vont être livrés en fin de semaine-début de semaine prochaine. Il y a un défi logistique et de priorisation important, mais c'est une priorité pour nous absolue en cas de reprise du phénomène, d'avoir une situation hospitalière qui soit beaucoup plus douce, beaucoup plus amortie. Et ensuite, les ministre de la Transition écologique et ministre de l'Énergie et ministre de la Santé auront à réfléchir sur des solutions beaucoup plus structurées, car je le redis, ces dernières années, c'est sûr, quand on a remis 100 euros sur l'hôpital, c'est davantage la revalorisation des soignants ou le matériel médical qui a été priorisé. Le bâtimentaire faisait partie aussi de ces 100 euros, mais de manière plus résiduelle. En tout cas, on ne peut pas rattraper tous les retards en seulement quelques années. En tout cas, la commande des 30 000 climatiseurs est bien validée et les premières livraisons, en quelque sorte, vont intervenir rapidement.
La troisième fragilité, je le disais en introduction, pour moi, c'est la plus préoccupante. Elle dit aussi quelque chose de notre société sur la question de la solitude, la question des personnes qui vivent seules, des personnes qui vivent seules parce qu'elles n'ont plus de proches. Parfois aussi, je l'ai vu chez moi à Vernon, des personnes qui vivent seules et qui ont des proches qui ne s'occupent plus d'eux, ce qui pose aussi la question du rôle de la puissance publique dans cette affaire. Bon, là clairement, on a quelque chose qui théoriquement fonctionne bien mais sur lequel, on a vu cette semaine que c'était perfectible. La tenue des registres communaux des personnes vulnérables, parfois les fichiers sont de mauvaise qualité. À l'heure du numérique et de l'intelligence artificielle, on a du mal à comprendre, mais en tout cas c'est un défi qui s'impose à nous et ça évidemment, il va falloir le traiter. Ce qui explique ce pourquoi au fond sur les publics, EHPAD [ph] ou sans-abris, ça a été plus facile de les mettre en protection que sur des personnes qui sont tout simplement dans leur sphère privée.Et ça, je crois qu'il va nous falloir avancer dans la planification, ce qui est une des grandes différences avec 2003. S'il y en a une, c'est bel et bien celle-ci. Elle va concerner la puissance publique, elle va aussi concerner tout un chacun parce que, pardon, mais il y a aussi une géographie de cette affaire, davantage en milieu urbain, encore plus d'ailleurs en Île-de-France que dans le reste du pays. Et donc aussi, c'est la question un peu de l'anonymat de cette société dans laquelle, il y a moins de solidarité. Alors ça ne veut pas dire que l'État ne va pas faire des choses, mais enfin, je le mets aussi là comme ça, sur une dimension beaucoup plus culturelle peut-être, à laquelle en tout cas, je suis à titre personnel très attaché.
La quatrième fragilité, et je le dis, et avec le ministre de l'Intérieur, on a fait de notre maximum avec ses équipes, si ça dure, il faut qu'on ait une doctrine générale encore plus claire. Les manifestations sportives, les grands événements, etc., que tout le monde arrive à bien comprendre dont il s'agit, sans abîmer la subsidiarité et la capacité au niveau local. Je pense que là, c'est un des grands retours d'expérience. Moi, en tout cas, c'est ma culture d'élu local, mais j'y suis très attaché. Doctrine générale : à l'État de prendre les très grands événements. Les questions se poseront s'il y avait une reprise, évidemment, sur un certain nombre de grands événements pour cet été, mais surtout ne pas abîmer l'intelligence locale. Et ce sont les ministres, j'ai parfois entendu dire, le Gouvernement se défausse sur les préfets. C'est le [inaudible], c'est oui, les préfets sont les représentants du Gouvernement. Ce n'est pas grave. En tout cas, moi, je ne peux pas dire que tout est centralisé tout le temps. Et je pense que les ministres délèguent leur pouvoir au corps préfectoral. C'est ce qu'on a appris des dernières crises. Et je pense qu'évidemment, il faut le maintenir.
Enfin, évidemment, il nous faut préciser les choses et donner de la visibilité, c'est-à-dire qu'avant même une reprise d'une éventuelle canicule, d'un coup d'un seul, la plupart des acteurs du pays arrivent à comprendre globalement comment ça va s'organiser, qu'est-ce qui va se passer, qu'est-ce qui doit être supprimé, qu'est-ce qui ne l'est pas. Et je crois beaucoup évidemment à cette intelligence-là. Ensuite, il nous faudra avancer, mais je ne suis pas trop long, sur la question des remontées territoriales. On a encore des efforts à faire sur les remontées chiffrées. C'est un peu Paris et le désert français. Beaucoup, beaucoup d'informations qui nous reviennent de la PAC parisienne, beaucoup d'informations reviennent de systèmes d'information et de données, ont parfois un peu de décalage. Et si on se compare avec d'autres pays proches de nous, comme l'Espagne, ce n'est pas complètement satisfaisant.
Et puis, enfin, certaines réponses sont en cours, mais on a un enjeu sur les infrastructures. On a beaucoup parlé des écoles qui sont de la responsabilité des communes. J'ai parlé des réseaux de distribution d'électricité, de transport d'électricité et de distribution. On a une électrification de la France d'après-guerre qui a fait notre fierté, mais on voit bien aussi qu'on a des réseaux qui sont un tout petit peu vétustes. Inversement, les réseaux centraux qu'on a beaucoup entretenus, sur lesquels on a mis beaucoup d'argent, vont tenir. C'est moins vrai des petits réseaux de proximité sur lesquels on a un effort à faire. Avec le ministre TABAROT, on a déjà fait ce qu'il fallait sur la régénération des transports ferroviaires, de l'argent a été mis sur la table. Mais on parle d'adaptation au changement climatique. Il n'y a pas que la climatisation. La question des réseaux de manière globale est un sujet très important et qui emporte d'ailleurs plusieurs chefs de file très différents dans la société civile ou privée.
Dernier point, on va l'évoquer en CIC : il y a des impacts économiques, notamment beaucoup sur le monde agricole, sur lequel je souhaite qu'on retrouve, en tout cas, qu'on arrive à prendre du temps ce soir pour prendre un certain nombre de décisions pour accompagner nos agriculteurs sans oublier la question des risques de feux de forêt, qui, cette semaine va être particulièrement prégnante et nous amènera aussi à prendre un certain nombre de décisions.
Pour finir, j'ai demandé au ministre pour cette réunion (et le travail va se poursuivre dans les 48 à 72 heures), qu'on imagine une nouvelle planification pour les chaleurs extrêmes parce qu'on ne peut pas faire comme si ce qui s'était passé n'était pas extraordinaire. Ça l'était, ça l'était. On ne peut pas faire non plus comme si ça ne peut pas se reproduire. Ça va se reproduire. Et donc, on va déclencher, construire et potentiellement déclencher si besoin en été, un « plan ORSEC, chaleurs extrêmes » qui n'existe pas aujourd'hui, qu'on va créer, qui va emporter les différents acteurs du pays, qui va créer de la subsidiarité et qui va pouvoir clarifier le rôle de chacun, à la fois sur la gestion de crise de court terme, mais aussi sur l'adaptation de plus long terme.
Dernier message, sans langue de bois : je veux vraiment remercier l'ensemble des équipes de l'État. On gérait beaucoup de crises dans ma vie de ministre ou dans ma vie d'élu local, ce n'est jamais très agréable d'être sous le feu de la critique, qu'elle soit justifiée ou non. Souvent, on l'a vécue de manière très injustifiée par celles et ceux qui n'ont pas beaucoup dormi ces jours derniers dans les différentes équipes. Mais comme on dit chez moi en Normandie : « Il y a les diseux, il y a les faiseux ». Et donc, je vous propose de continuer de gérer ces différentes crises avec beaucoup de sang-froid parce que c'est ce que les Françaises et les Français attendent de nous.
Voilà. Merci beaucoup. Merci à la presse.
Le chef du Gouvernement a notamment loué l’ensemble de la chaîne de prévision et de réaction, ainsi que la solidité et la réactivité des capacités hospitalières et des forces de sécurité civile. Il a insisté sur l'importance d'avoir une doctrine générale claire sur les événements et manifestations — dont plusieurs ont été annulés le week-end dernier — tout en n'abimant pas l'intelligence locale.
Alors que la prise en charge des personnes vulnérables a été satisfaisante en EHPAD, il a pointé la situation préoccupante des personnes isolées à domicile. Le Premier ministre a également rappelé les forts enjeux pesants sur les infrastructures et l'impact économique des grandes chaleurs, notamment sur le monde agricole.
Il a, par ailleurs, indiqué que les premiers milliers des 30 000 climatiseurs destinés aux établissements de santé seraient livrés dès la fin de la semaine et le début de la semaine prochaine.
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