Compte rendu du Conseil des ministres du 14 octobre 2026

Publié le 14/10/2026

Dispositions relatives au secteur nucléaire, ajustements du code des impositions sur les biens et services, accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires, nominations.

Source : Présidence de la République

Compte rendu du Conseil des ministres du 14 octobre 2026


Maud BREGEON, Ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement auprès du Premier ministre et ministre déléguée, chargée de l'Énergie auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique

[...] Un mot avant d'entrer dans le détail de l'ordre du jour de ce Conseil des ministres sur les propos du président de la République qui a tenu à s'exprimer sur la situation qui traverse les lycées depuis plusieurs jours maintenant. Le président de la République a insisté sur le fait que la jeunesse exprime des angoisses légitimes, mais que ces angoisses sont exploitées politiquement et transformées en violences urbaines, avec des scènes inacceptables à tous égards, et encore hier, sur les différents points de rassemblement que vous avez toutes et tous pu commenter.

 Il a demandé au Gouvernement d'apporter des réponses concrètes, claires, d'y travailler et de les présenter dans les semaines à venir. À court terme, bien sûr, protéger les enseignants, judiciariser lorsque c'est nécessaire et obtenir, produire un rapport circonstancié très précis sur la question du bâtimentaire, qui est une des revendications principales qui émanent notamment des retours qu'on peut avoir de la plateforme ouverte par Édouard GEFFRAY. Un deuxième point important, la question des agendas, la question des emplois du temps, qui, là encore, fait partie des revendications qui remontent le plus. L'objectif, c'est bien sûr de fluidifier les choses. Et il en a donc fait une des priorités des réponses qui doivent être apportées dans les prochaines semaines. 

Troisièmement, l'orientation, là encore, avec un discours qui doit être mesuré, parce que beaucoup a été fait dans le passé, depuis plusieurs années, et Parcoursup n'est pas le totem que certains voudraient bien décrire. Pour autant, il y a là encore des travaux à porter, des réflexions à mener, et le président de la République a demandé à ce que ce soit évidemment fait. Et puis, la question des remplacements, qu'Édouard GEFFRAY a bien sûr commencé à mettre en avant et à adresser. 3 000 enseignants, vous le savez, qui devaient être affectés sur des postes de remplacement dans les prochains jours. 2 000 l'ont d'ores et déjà été. C'est le chiffre qui a pu être donné ce matin en Conseil des ministres. Et donc, le travail, évidemment, doit continuer. Là encore, distinguo entre, d'une part, des revendications légitimes, d'autre part, des violences inadmissibles, exploitées, qui se transforment en violences urbaines avec des forces de l'ordre blessées, avec du personnel de l'Éducation nationale ciblé, et ça doit être unanimement condamné. Et donc, on avance évidemment pour apporter l'ensemble des réponses nécessaires. 

J'en viens maintenant au Conseil des ministres, un Conseil des ministres où j'ai présenté un projet de loi essentiel pour la vie l'avenir du secteur nucléaire. Vous le savez, le président de la République a notamment, depuis le discours de Belfort de février 2022, fait de cette relance du nucléaire un axe clé pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Une première loi a été adoptée en 2023, dite loi d'accélération du nucléaire. J'avais d'ailleurs été rapporteur de cette loi à l'Assemblée nationale, loi qui permettait un certain nombre de mesures de simplification pour accélérer la construction des nouveaux réacteurs EPR2. Un peu plus de trois ans après son adoption, on en tire un premier retour d'expérience et on étend son champ d'application. C'est l'objet du projet de loi que j'ai présenté aujourd'hui. D'abord, en étendant les mesures d'accélération aux installations du cycle combustible. Ça permet de sécuriser sur le long terme les capacités industrielles indispensables au fonctionnement de notre parc nucléaire. C'est l'article 1 de ce projet de loi, et on cible tout particulièrement le programme Aval du futur porté par l'entreprise Orano pour renouveler les installations de traitement et d'entreposage du combustible usé situées à La Hague, dans le département de la Manche. 

Très concrètement, ça facilite les procédures administratives en termes d'urbanisme et ça permet d'autoriser la réalisation de certains travaux préparatoires de façon anticipée. C'est ce qu'on fait sur les EPR2, typiquement, à Penly, vous avez des travaux de terrassement qui ont pu commencer. Ça ne constitue pas, bien sûr, le cœur nucléaire des travaux, mais des travaux, encore une fois, préparatoires qui permettent de gagner du temps sur le planning. C'est une mesure qui permet, sur le projet que j'ai cité, Aval du Futur, de gagner environ un an sur le calendrier, de sécuriser la construction de ces installations dans les délais, et donc aussi d'en maîtriser les coûts, ce qui est un point évidemment important. 

Deuxièmement, c'est un texte qui simplifie le cadre applicable aux installations et aux activités de chantier. Ça renforce les pouvoirs du préfet, ça crée un guichet unique préfectoral afin de réduire, non pas les divergences, mais en tout cas les discussions qu'il pourrait y avoir entre le préfet d'une part et l'Autorité de sûreté nucléaire d'autre part, étant entendu, bien sûr, que ça ne concerne que les nuisances conventionnelles du chantier et que ça ne remet en rien la convention de la SNR au titre de ses prérogatives de sûreté pour le contrôle des ouvrages nucléaires. 

Troisièmement, ça permet de garantir la primauté des exigences de sûreté nucléaire lorsqu'elles peuvent entrer en contradiction avec le Code de la construction et de l'habitation. C'est l'objet de l'article 2. Et ça signifie qu'en cas de conflit, le projet de loi prévoit la capacité de déroger à certaines dispositions du Code de la construction et de l'habitation pour faciliter le chantier au profit des exigences, là encore, de sûreté nucléaire. C'est évidemment du bon sens. 

Et puis quatrièmement et enfin, ça permet à l'exploitant d'une installation nucléaire de base de confier la surveillance des intervenants extérieurs à des filiales ou à des sociétés sœurs qu'il contrôle directement ou indirectement, et ça va permettre notamment des gains de coûts. Ça permettra à des entreprises de confier à ces filiales dont c'est la spécialité la surveillance qui est obligatoire de ces prestataires. Voilà pour la présentation de ce texte, qui fait suite à, notamment, une décision qui avait été prise lors du Conseil de politique nucléaire de début d'année, et une inscription dans un premier temps au Sénat d'ici la fin 2026. 

Je reste sur les mêmes sujets avec la présentation par mon collègue Vincent JEANBRUN, ministre de la Ville et du Logement, d'un décret qui permet de faciliter, là encore, la construction d'installations à proximité des sites nucléaires. Il s'agit d'un texte attendu par les acteurs, et notamment par EDF, pour accompagner la construction des réacteurs, et donc des futurs EPR2. C'est un décret issu de la loi de simplification du droit de l'urbanisme et du logement, votée en novembre 2025, et qui a complété la loi de 2023 que j'ai mentionnée précédemment sur la simplification et l'accélération du nucléaire français. Cette loi, elle crée une autorisation spéciale qui permet de déroger aux règles d'urbanisme pour les projets de chantiers nucléaires, et ça va permettre de construire plus vite des installations ou aménagements temporaires qui sont notamment nécessaires au logement ou à l'hébergement des travailleurs. Ce sont d'énormes chantiers, on a besoin de construire des logements parfois temporaires, pour accueillir l'ensemble des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs qui viennent temporairement sur site. Et donc c'est absolument, évidemment, nécessaire au bon déroulement du chantier. Le décret présenté ce matin précise les conditions d'application de cette autorisation spéciale, liste les pièces requises pour l'instruction et encadre la remise en état des terrains et des sites concernés a posteriori. 

Voilà pour la partie, si je puis dire, compte-rendu de Conseil des ministres à proprement parler, pardon. Je vous propose qu'on passe à la partie questions-réponses si ça vous convient.

 

Milan ARGELAS

Bonjour, Madame la ministre. Milan ARGELAS, journaliste pour BFMTV. Vous avez évoqué donc la colère lycéenne. On sent aussi d'autres colères monter, notamment sur le pouvoir d'achat. Justement, on le sait, il y a une date importante samedi, le 17 octobre. Est-ce que vous craignez un empilement de ces colères et quelque part une convergence des luttes ? Est-ce que c'est une crainte du Gouvernement ?

 

Maud BREGEON

Ce que je peux vous dire, c'est que la question du pouvoir d'achat, et spécifiquement sur le sujet de l'énergie, est indéniablement au cœur de nos préoccupations et au cœur de notre action. Le président de la République s'est rendu au G7 il y a deux semaines, a réussi à négocier un accord de libération de 100 millions de barils. Sur cette base, la France s'est engagée à en libérer 10 millions d'ici au 1ᵉʳ novembre, et nous avons reçu les distributeurs de carburant autour du Premier ministre à Matignon lundi pour s'accorder sur cette baisse de 18 centimes et garantir encore une fois un calendrier très serré, s'accorder sur les modalités logistiques de libération. C'est extrêmement concret parce qu'on va libérer 10 millions de barils à un prix significativement effectivement inférieur aux prix du marché. Ça fait le lien entre ce que fait le président de la République à l'échelle internationale et les prix à la pompe qui vont très concrètement baisser dans les prochaines semaines. Donc, sans qualifier de crainte la manifestation de samedi, c'est bien sûr, bien sûr au cœur des préoccupations et au cœur de l'action qu'on mène.

 

Milan ARGELAS

Et j'avais une deuxième question sur le budget. On le voit, la gauche ne veut pas discuter à l'Assemblée, en tout cas, ne semble pas encline à discuter pour l'instant. Est-ce que vous assumez de discuter avec le Rassemblement national pour que la France ait un budget ?

 

Maud BREGEON

D'abord, il ne faut pas inverser les choses. Ce n'est pas parce qu'une part de la gauche refuse de discuter, pour reprendre vos termes, avec le Gouvernement, et je pense notamment à la France insoumise, à Europe Écologie-Les Verts, que le Gouvernement se retrouve automatiquement dans la situation de négociation avec d'autres forces politiques. Nous, nous appelons l'ensemble des partis, des forces politiques, des 577 députés, à se mettre autour de la table, tout simplement parce qu'il s'agit de s'accorder sur un budget pour 4 mois, dans une situation nationale et internationale difficile, avec des contraintes économiques et budgétaires qui sont très fortes. Et je le redis, ce ne serait dans l'intérêt de personne, ni des Français, ni des forces politiques, ni des candidats à la présidentielle, de prendre le risque qui serait absolument majeur, de priver la France d'un budget pendant 7 ou 8 mois, c'est-à-dire jusqu'à l'installation d'un nouveau Parlement après une probable dissolution de l'Assemblée nationale en mai ou en juin prochain. Je vous renvoie vers le rapport de l'Inspection générale des finances qui mentionnait un déficit avoisinant les 6 % en cas d'absence de budget l'année prochaine et un coût de 15 milliards d'euros supplémentaires, là encore, dans un moment où les taux ont augmenté, où le contexte au Moyen-Orient pèsent sur l'économie mondiale et sur l'économie française, et où nos concitoyens attendent légitimement des actions de notre part pour davantage de services publics, davantage de pouvoir d'achat. Donc, si on veut pouvoir répondre à toutes ces contraintes et à toutes ces attentes, il n'y a pas d'alternative, il faudra un budget.

 

Oscar TESSONNEAU

Bonjour, Madame BREGEON. Oscar TESSONNEAU pour le Rightbrain Magazine. Hier, monsieur Philippe BAPTISTE, qui est ministre de l'Enseignement supérieur, fut alerté de façon assez violente, on l'a tous constaté, par Madame MESMEUR, sur soi-disant le fonctionnement de l'algorithme Parcoursup qui serait un outil qui mettrait en difficulté beaucoup d'élèves. Est-ce que vous pouvez confirmer une nouvelle fois aujourd'hui que cette solution a permis, comme l'a rappelé Philippe BAPTISTE hier lors des questions au Gouvernement, de traiter des situations, en tout cas, de discrimination sociale assez complexes, où de nombreux étudiants boursiers ont aussi été aidés, valorisés par Parcoursup en fonction de leurs vœux ?

 

Maud BREGEON

Bien sûr. Et je crois que le ministre de l'Enseignement supérieur a répondu de la manière la plus précise et dépassionnée possible hier. Ceux qui brandissent Parcoursup comme un totem politique se gardent bien d'expliquer par quoi ils le remplaceraient. Nous, ce qu'on dit, c'est que la question de l'orientation, elle est bien sûr fondamentale. Elle génère des craintes, elle génère des angoisses chez les étudiants, chez les parents, parfois complètement légitimes, mais elle ne saurait se résumer à la question de Parcoursup, qui a permis de réelles avancées. Il y a toute la question de ce qui se passe avant Parcoursup. Comment est-ce qu'on accueille les jeunes, et pas uniquement en terminale, dans leur réflexion sur l'orientation, dans leur choix de matières ? Vous savez que maintenant, les étudiants au lycée ont une grande liberté sur le choix des options. Comment est-ce qu'on les accompagne à penser un projet professionnel, en tenant bien sûr compte du fait qu'ils ont 16, 17 ou 18 ans, mais néanmoins, comment est-ce qu'on le fait ? Et puis, comment est-ce qu'on organise l'enseignement supérieur de manière à ce que les élèves soient dirigés vers des formations professionnalisantes qui leur permettent ensuite d'avoir un métier, un débouché sur le marché de l'emploi au meilleur salaire possible ? Et c'est cet ensemble-là qu'il faut qu'on arrive à regarder. Réduire les choses à la question et réduire la focale à la seule question de Parcoursup, c'est vraiment aborder le sujet avec des œillères. Et ceux qui font ça généreront demain d'immenses déceptions chez les étudiants concernés parce qu'on se rendra compte a posteriori que la question de Parcoursup telle que la France insoumise le met en avant, par exemple, mais également d'autres, est en fait un leurre et que la question de l'orientation des jeunes et de l'accès au marché de l'emploi est bien plus large que ça.

 

Oscar TESSONNEAU

On part sur un tout autre sujet. La semaine dernière, Roland LESCURE a rencontré des investisseurs à Londres pour traiter des questions financières assez complexes, notamment au niveau de la dette. On voit que plusieurs organismes, notamment ceux qui traitent des questions sociales, empruntent plutôt à court terme à des taux plus hauts, notamment, sur des marchés à Londres. Qu'est-ce que vous avez retenu, en tout cas au Gouvernement, est-ce que vous avez des échanges assez réguliers sur cette situation financière et cette situation obligataire qui pourraient se dégrader dans les prochains mois ?

 

Maud BREGEON

Je ne suis pas sûre de bien comprendre votre question. On a des échanges…

 

Oscar TESSONNEAU

Moi, je vais la simplifier en tout cas…

 

Maud BREGEON

…[inaudible] réguliers sur le budget.

 

Oscar TESSONNEAU

Oui, voilà. Et sur la situation de la dette, peut-être aussi.

 

Maud BREGEON

Je pense qu'on en parle beaucoup. Le ministre de l'Économie et des Finances en parle beaucoup, le Premier ministre en parle beaucoup, j'en parle beaucoup en compte-rendu du Conseil des ministres. C'est évidemment au cœur de nos préoccupations. Ça arrive d'ailleurs à l'Assemblée nationale, c'est arrivé hier avec le projet de loi de finances, en hémicycle, je ne peux pas vous en dire beaucoup plus.

 

Oscar TESSONNEAU

Donc le Gouvernement a la certitude aujourd'hui que les investisseurs ne sont pas aussi inquiets et qu'ils continueront à soutenir en tout cas la France ?

 

Maud BREGEON

Nous, on propose un budget qui est encore une fois un budget sérieux, avec un objectif de réduction de déficit en dessous de 5 %, et cet objectif-là devra être tenu. Ça n'empêche pas d'avoir des discussions avec les forces politiques par ailleurs, mais dans un cadre budgétaire qui est celui d'un plafond à 5 % de déficit.

 

Oscar TESSONNEAU

Je vous remercie.

 

Élodie HUCHARD

Élodie HUCHARD pour CNews. J'ai une question sur Richard FERRAND, qui a déclaré que la promesse de Marine LE PEN de réviser la Constitution par référendum n'était pas possible. Le RN explique que, selon eux, il est sorti de son rôle de neutralité politique. Est-ce qu'il est sorti de son rôle, Richard FERRAND, ou est-ce qu'il est, selon vous, dans son rôle quand il commente justement cette proposition ?

 

Maud BREGEON

Le Conseil constitutionnel est indépendant et il n'appartient pas à la porte-parole du Gouvernement de commenter les propos de Richard FERRAND et les publications du Conseil constitutionnel en contrainte du Conseil des ministres.

 

Journaliste

Bonjour, Madame la Ministre. Selon une information de nos confrères du Canard enchaîné, Sébastien LECORNU aurait voulu porter plainte pour incitation à la rébellion contre Jean-Luc MÉLENCHON et la France insoumise avant de se rabattre par une plainte cette fois déposée par Laurent NUNEZ sur diffamation envers une administration publique. Est-ce que vous confirmez cette volonté de Sébastien LECORNU ? Et si oui, pourquoi il a changé d'avis ?

 

Maud BREGEON

Je ne la confirme pas et je n'ai pas plus de déclarations à faire sur des propos rapportés.

 

Christelle MÉRAL

Bonjour. Christelle MÉRAL, France Télévisions. Je voulais savoir si le drame d'Aubagne avait été évoqué en Conseil des ministres et si cette fusillade aussi, qui a mis en lumière la mouvance TCC, True Crime Community, et on voulait savoir si jamais d'autres jeunes sont suivis à ce titre ?

 

Maud BREGEON

Alors, ça n'a pas été évoqué de nouveau en Conseil des ministres, mais vous savez que le président de la République et le Premier ministre se sont exprimés évidemment sur le sujet, qu'Édouard GEFFRAY, Laurent NUNEZ et Sabrina AGRESTI-ROUBACHE se sont rendus sur place le jour même. Du reste, je vous renvoie évidemment vers le ministre de l'Intérieur pour davantage de réactions, mais il ne nous appartient pas désormais qu'une enquête est ouverte d'apporter plus de commentaires.

 

Christelle MÉRAL

Alors, une autre question sur la manifestation du 17 octobre. Est-ce que vous redoutez ce que la gauche appelle la convergence des luttes entre, sur les questions de pouvoir d'achat, lycéens et la question agricole ?

 

Maud BREGEON

Je crois que notre rôle, en tout état de cause, n'est pas de redouter ou de ne pas redouter des convergences des luttes, c'est de répondre point par point à des difficultés et à des attentes qu'il faut entendre. Ça n'excuse en rien les phénomènes de violence qu'on a pu observer depuis deux semaines, et je le redis, à l'encontre des forces de l'ordre, des personnels de l'Éducation nationale, des élèves eux-mêmes qui ont été pris pour cible. C'est assez inédit, ce qui s'est passé ces dernières semaines, au sens où, pour la première fois, des personnels de l'Éducation nationale, et donc des représentants de l'État dans ce ministère, ont été très directement et volontairement ciblés. Du reste, c'est ce qu'a demandé le président de la République. Il convient désormais de répondre tant sur la question étudiante, que sur la question du pouvoir d'achat, que sur la question agricole. Le Premier ministre s'est exprimé là-dessus il y a quelques jours également, de la manière la plus rationnelle et la plus efficace possible.

 

Christelle MÉRAL

Merci.

 

Oscar TESSONNEAU

Je vais reposer ma question peut-être un peu différemment sur le 17 octobre. Vous déplorez, vous dites en tout cas déplorer des violences quand cela concerne uniquement un mouvement lycéen, du moins une colère lycéenne. Est-ce que donc il y a une autre crainte de la part de l'exécutif qu'il y ait encore plus de violence s'il y a un empilement des colères samedi ?

 

Maud BREGEON

Encore une fois, mon rôle n'est pas d'émettre ou de ne pas émettre des craintes. Ça, ce n'est pas le rôle d'une porte-parole du Gouvernement et je crois que ce n'est pas le rôle de l'exécutif. Le rôle de l'exécutif, c'est d'aborder les sujets la tête froide, tant sur les attentes des lycéens que sur les questions de pouvoir d'achat, que sur les questions d'agriculture, que sur les questions budgétaires et il y en aura d'autres. Et ensuite, le droit de manifester est un droit fondamental, il ne s'agit aucunement de l'attaquer ou de le remettre en cause. D'ailleurs, les forces de l'ordre sont là pour encadrer et permettre aux manifestants de manifester dans les meilleures conditions possibles. Voilà. Et puis, ensuite, on mène le travail politique de fond.

 

Oscar TESSONNEAU

Deuxième question pour rebondir sur vos propos. On voit que les forces de l'ordre, vous l'avez rappelé, mènent un travail d'organisation et de rigueur pour que les manifestations se passent bien. Or, des faits violents ont encore été constatés hier, avec notamment un photographe qui a subi des coups de matraque sur des parties assez sensibles. Est-ce que vous évoquez ces faits et vous les condamnez, en tout cas quand ils émanent des forces de l'ordre, en sachant qu'évidemment, une enquête de l'IGPN permettra de rétablir les faits ?

 

Maud BREGEON

Vous avez répondu à votre propre question. Des enquêtes diligentées, des enquêtes menées par l'IGPN sont ouvertes lorsque c'est nécessaire, et je n'ai pas davantage de commentaires à faire. L'immense majorité des forces de l'ordre fait un travail absolument remarquable, dans des conditions difficiles. Je rappelle que plus de 800 d'entre eux ont été ciblés et touchés ces deux dernières semaines. Et donc voilà, il faut simplement faire la part des choses et je ne crois, là encore, pas reprendre la rhétorique notamment de La France insoumise qui consisterait à faire croire aux Français ce que les Français, je crois, ne croient absolument pas, que l'ensemble des forces de l'ordre serait violent ou qu'il y aurait une forme de violence systémique dans la police, ce qui est évidemment faux.

 

Oscar TESSONNEAU

Est-ce que vous êtes assez inquiets sur l'état et la santé mentale des personnels éducatifs ? On voit que nos confrères du Monde ont relayé la profonde inquiétude des proviseurs, notamment, qui ne savent pas toujours comment gérer ces situations violentes.

 

Maud BREGEON

Ce qu'ils ont vécu est absolument inadmissible et effectivement inquiétant. Bien sûr que l'on comprend la crainte que le personnel de l'Éducation nationale, qui encore une fois a été directement et sciemment ciblé et visé, peut ressentir. Et donc il convient de judiciariser les faits autant que nécessaire et d'être aux côtés des personnels de l'Éducation nationale. C'est ce que fait Édouard GEFFRAY depuis le début, bien sûr.

 

Oscar TESSONNEAU

Je vous remercie.

 

Maud BREGEON

Bien, merci à toutes et à tous.

Les éléments essentiels abordés par la porte-parole du Gouvernement au cours de ce compte rendu du conseil des ministres :

DÉCLARATION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE SUR LA SITUATION DANS LES LYCÉES


Reconnaissance des angoisses légitimes de la jeunesse, mais condamnation de leur exploitation politique et de leur transformation en violences urbaines (scènes inacceptables, forces de l'ordre blessées, personnel de l'Éducation nationale ciblé).



Demande au Gouvernement de proposer des réponses concrètes et claires dans les semaines à venir, avec des priorités à court terme : protection des enseignants, judiciarisation des actes de violence lorsque nécessaire, production d’un rapport circonstancié sur la question du bâtimentaire (revendication majeure issue de la plateforme ouverte par Édouard Geffray). 

Priorités identifiées pour les réponses à apporter :

  • Agendas et emplois du temps : fluidifier les organisations, réponse à une revendication récurrente.
  • Remplacements des enseignants : 3 000 enseignants à affecter sur des postes de remplacement, 2 000 déjà affectés (chiffre annoncé en Conseil des ministres), distinction claire entre revendications légitimes et violences inadmissibles.

PROJET DE LOI SUR LE SECTEUR NUCLÉAIRE



Extension des mesures d’accélération aux installations du cycle combustible (article 1) :

  • Ciblage du programme Aval du futur (Orano) pour le traitement et l’entreposage du combustible usé à La Hague (Manche).
  • Simplification des procédures administratives (urbanisme) et autorisation de travaux préparatoires anticipés (ex. : terrassement à Penly).
  • Gain de temps : environ 1 an sur le calendrier, maîtrise des coûts.

Simplification du cadre applicable aux chantiers :

  • Renforcement des pouvoirs du préfet avec la création d’un guichet unique préfectoral.
  • Réduction des discussions entre préfet et Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour les nuisances conventionnelles (sans remettre en cause les prérogatives de l’ASN sur la sûreté).

Primauté des exigences de sûreté nucléaire (article 2) : Possibilité de déroger au Code de la construction et de l’habitation en cas de conflit avec les normes de sûreté.



Flexibilité pour la surveillance des intervenants extérieurs : Permet aux exploitants nucléaires de confier cette surveillance à des filiales ou sociétés sœurs (gain de coûts et spécialisation).


 Inscription au Sénat d’ici à fin 2026, suite à une décision du Conseil de politique nucléaire.

DÉCRET SUR L'URBANISME PRES DES SITES NUCLÉAIRES 

Porté par Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement.Objectif : Faciliter la construction d’installations temporaires (logements, hébergements) pour les travailleurs des chantiers nucléaires (EPR2).

Création d’une autorisation spéciale (issue de la loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement, novembre 2025) pour déroger aux règles d’urbanisme pour les projets liés aux chantiers nucléaires.


Précisions apportées par le décret : Conditions d’application de l’autorisation, liste des pièces requises pour l’instruction, encadrement de la remise en état des terrains après les travaux.



Projets de loi

La ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l’Énergie, a présenté un projet de loi visant à accompagner la relance du nucléaire français. Complémentaire de la loi adoptée en 2023, ce texte va faciliter la réalisation des grands projets de la filière, notamment le renouvellement des installations de traitement et de recyclage des combustibles nucléaires, tout en préservant les plus hauts standards de sûreté.

Le 10 février 2022, dans son discours à Belfort, le Président de la République fixait un cap ambitieux : faire de la France la première grande nation à sortir de sa dépendance aux énergies fossiles, en réduisant sa consommation d'énergie tout en accroissant sa production d'électricité décarbonée. Au coeur de cette stratégie figure la relance du nucléaire français, avec la prolongation des réacteurs existants lorsque les exigences de sûreté le permettent, la construction de nouveaux réacteurs EPR2 et le renforcement de l'ensemble de la chaîne industrielle. Cette orientation a été confirmée et confortée par la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3) présentée par le Premier ministre le 12 février dernier.

La loi d'accélération du nucléaire du 22 juin 2023 a permis de simplifier et d'accélérer les procédures nécessaires à la construction de nouveaux réacteurs EPR2, notamment sur les sites existants.

Un peu plus de trois ans après son adoption, l'avancement des projets et les premiers retours d'expérience ont mis en évidence la nécessité de compléter ce cadre législatif. À l'approche du lancement formel du programme de nouveau nucléaire français, le Gouvernement s’engage pour lever les derniers obstacles identifiés et donner à la filière les moyens de concrétiser ses projets.

Le projet de loi présenté en conseil des ministres a été construit autour de quatre objectifs :

Accélérer la modernisation des installations du cycle du combustible nucléaire.

Les mesures de simplification prévues par la loi de 2023 seront étendues aux installations de l'aval du cycle, notamment au projet « Aval du futur » porté par Orano. Ce programme vise à renouveler les installations industrielles de La Hague, essentielles au traitement et au recyclage des combustibles nucléaires.

Clarifier les règles applicables aux installations nucléaires pour garantir la priorité à la sûreté.

Le texte vise également à assurer la primauté des exigences de sûreté nucléaire et de radioprotection lorsque l’application de certaines dispositions du code de la construction et de l'habitation aggraverait des risques en matière de sûreté ou de radioprotection ou s’avèrerait techniquement impraticable.

Faciliter l'organisation des grands chantiers industriels, sans réduire les exigences de contrôle.

Sous réserve d'une autorisation préalable de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), les exploitants pourront confier la surveillance d'intervenants extérieurs à certaines sociétés de leur groupe. Cette organisation resterait placée sous la responsabilité, la direction et le contrôle de l'exploitant nucléaire.

Faire de la relance du nucléaire une réalité industrielle et économique.

Avec ce nouveau texte, le Gouvernement donne les moyens à la France de passer des orientations stratégiques à la réalisation concrète des projets, en donnant aux industriels un cadre adapté à l'ampleur des investissements et des chantiers à venir.

Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique et le ministre de l’Action et des Comptes publics ont présenté un projet de loi ratifiant l’ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026 portant divers ajustements du code des impositions sur les biens et services (CIBS).

Cette ordonnance prolonge le chantier de modernisation et de simplification du droit fiscal engagé par le Gouvernement en 2019. Ce travail a conduit à la création du CIBS au 1er janvier 2022, puis à son enrichissement progressif, notamment avec l’intégration de plusieurs taxes au 1er janvier 2023 et, par une ordonnance du 17 décembre 2025, avec le transfert des dispositions relatives à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Une entrée en vigueur du nouveau régime de TVA reportée au 1er janvier 2027

À la suite de la consultation publique menée sur la recodification de la TVA dans le CIBS, le Gouvernement a pris en compte les attentes exprimées par les entreprises et les praticiens du droit.

L’entrée en vigueur du transfert des dispositions relatives à la TVA dans le CIBS est ainsi reportée au 1er janvier 2027, afin de permettre aux acteurs concernés de préparer plus sereinement la transition vers ce nouveau cadre juridique, notamment dans le contexte de la mise en oeuvre de la réforme de la facturation électronique à compter du 1er septembre prochain.

L’ordonnance répond également à une demande importante de simplification : elle regroupe désormais, au sein d’une subdivision unique du livre II du CIBS consacré à la TVA, l’ensemble des dispositions relatives au droit à déduction de la TVA pour améliorer la lisibilité du droit applicable.

L’ordonnance intègre par ailleurs les mesures relatives à la TVA adoptées depuis l’ordonnance du 17 décembre 2025, notamment celles issues de la loi de finances pour 2026. Elle prend ainsi en compte plusieurs évolutions récentes du droit fiscal, comme l’harmonisation à 5,5 % du taux de TVA applicable aux services liés à la gestion des déchets.

L’ordonnance met également à jour les références rendues nécessaires par l’entrée en vigueur de la partie législative du nouveau code des douanes au 1er mai 2026.

Elle poursuit aussi l’harmonisation des catégories fiscales utilisées pour identifier les régimes de contrôle, de recouvrement et de contentieux : les « taxes sur le chiffre d’affaires » deviennent par exemple les « taxes sur les biens et services ».

Une sécurité juridique renforcée pour les opérateurs

L’ordonnance confirme explicitement que la doctrine administrative opposable aux redevables demeure inchangée lors de l’entrée en vigueur du CIBS. Cette garantie, déjà prévue par l’ordonnance du 17 décembre 2025 et précisée dans un rescrit publié le 18 février 2026 au Bulletin officiel des finances publiques – Impôts, est ainsi réaffirmée.

L’ordonnance prend également en compte plusieurs demandes de clarification formulées lors de la consultation publique, notamment afin de rapprocher certaines formulations de la jurisprudence et procède enfin à diverses corrections d’erreurs matérielles identifiées dans l’ordonnance du 17 décembre 2025.

Décret

Le ministre de la Ville et du Logement a présenté un décret relatif à la détermination des modalités d’application de l’autorisation d’urbanisme spéciale pour les constructions, installations ou aménagements temporaires nécessaires au logement, à l’hébergement ou aux déplacements des personnes participant aux travaux de construction d’un nouveau réacteur électronucléaire ou à la logistique et aux activités de préfabrication du chantier de ce même réacteur. Il est pris pour l’application de l’article 9-1 de la loi n° 2023-491 du 22 juin 2023, créé par la loi n° 2025-1129 du 26 novembre 2025 de simplification du droit de l’urbanisme et du logement (« Huwart »).

Ce décret vient préciser ce régime spécifique des autorisations d’urbanisme qui permet, compte tenu du caractère temporaire des constructions, installations ou aménagements concernés, de les autoriser à déroger aux règles d’urbanisme, tout en les soumettant à une autorisation délivrée par le préfet après accord du maire de la commune concernée. L’autorisation fixe le délai, qui ne peut excéder vingt ans, à l’expiration duquel le terrain doit être remis en son état initial.

Le décret détaille la liste des pièces supplémentaires à fournir dans les dossiers de demande d’autorisation et les modalités particulières d’instruction de ces demandes.

En outre, il fixe les modalités relatives aux garanties financières qui peuvent être exigées lorsque les caractéristiques du terrain d’assiette ou l’importance du projet le justifient. Il précise les critères permettant au préfet d’en fixer le montant, ainsi que les conditions de consignation et de déconsignation. Sont également précisées les conditions de remise en état des terrains à respecter, ainsi que les mesures permettant d’en assurer le respect.

Enfin, le décret prévoit que lorsque l’autorité compétente pour délivrer l’autorisation ne répond pas à la demande dans les délais qui lui sont impartis, son silence vaut décision implicite de rejet. En effet, compte tenu de l’objet de l’autorisation, qui doit notamment mentionner la durée d’implantation temporaire et, lorsque cela se justifie, le montant des sommes à consigner, le décret prévoit qu’une décision expresse de l’administration doit intervenir.

Ces mesures, particulièrement attendues par les acteurs du secteur nucléaire et ciblant des projets déjà identifiés, notamment sur le chantier EPR2 de Penly (76), seront applicables aux demandes d’autorisations d’urbanisme déposées à compter du lendemain de la publication du texte au Journal officiel.

Nomination(s)

Le conseil des ministres a adopté les mesures individuelles suivantes :

Sur proposition du garde des Sceaux, ministre de la Justice :

  • Mme Marie FONTANEL, administratrice de l’État, est nommée conseillère d’État en service ordinaire ;
  • M. Grégoire DULIN, magistrat, est nommé directeur, secrétaire général adjoint, au ministère de la justice, à compter du 19 octobre 2026.

Sur proposition du ministre des Transports :

  • M. Alexis VUILLEMIN, ingénieur des ponts, des eaux et des forêts, secrétaire général du ministère de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, haut fonctionnaire de défense et de sécurité, est nommé commissaire aux transports et aux travaux publics et de bâtiment.

Sur proposition de la ministre des Armées et des Anciens combattants :

Ont été adoptées diverses mesures d’ordre individuel concernant des officiers généraux de la marine nationale et du contrôle général des armées.

Conseil des ministres

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