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Santé mentale : pourquoi le sommeil joue un rôle clé

Publié le 08/12/2025

DÉCODAGE. Souvent négligé, le sommeil est pourtant essentiel pour notre bonne santé physique et mentale. Docteur en médecine, psychiatre et chercheur associé au laboratoire SANPSY à Bordeaux, Jean-Arthur Micoulaud Franchi revient sur l’importance d’en prendre soin.

Quel rôle joue le sommeil sur notre santé psychique ?

Le sommeil a longtemps été vu comme une période pendant laquelle il ne se passait rien. Le monde de la médecine s’y intéressait donc peu jusque dans les années 1950, 1960. À ce moment-là, on a eu des études qui ont montré qu’en fait il se passait bien quelque chose !
On a découvert que le sommeil avait une fonction physiologique transversale : il participe à la régulation de l’organisme dans son entièreté. Avoir un bon sommeil, c’est avoir des fonctions cognitives (attention, vigilance, mémoire, planification, etc.) et émotionnelles (régulation du stress, ajustement aux situations vécues…) qui sont optimales. Avoir une bonne santé du sommeil contribue à avoir une bonne santé mentale

Quand on commence à être irritable, à être un peu plus tendu, à rencontrer des difficultés de concentration ou de vigilance, par exemple, il faut s’interroger sur son sommeil.

Jean-Arthur Micoulaud Franchi

  • Docteur en médecine, psychiatre et chercheur associé au laboratoire SANPSY à Bordeaux
Jean-Arthur Micoulaud Franchi

Comment fait-on pour prendre soin de son sommeil ?

Il y a trois principaux facteurs qui jouent :
  • la quantité, c’est-à-dire le nombre d’heures pendant lesquelles on dort ;
  • le moment : nous sommes des animaux diurnes, mieux vaut donc dormir la nuit, mais ça n’est pas forcément possible – une partie de la population travaille de nuit ou en faisant des rotations ;
  • la régularité, à savoir se coucher et surtout se lever à peu près aux mêmes heures. Si l’on a besoin de rattraper un peu de sommeil le week-end, mieux vaut faire une sieste plutôt que la grasse matinée.
Ce qu’il faut savoir également, c’est qu’il y a une forte variabilité génétique. Nous ne sommes pas tous égaux en termes de besoins de sommeil, il faut donc bien les prendre en compte. Nous vivons dans des milieux contraints, il n’est donc pas toujours possible de respecter parfaitement ses besoins de sommeil. Dans ce cas, la sieste peut être une bonne chose si cela est possible.
Un autre élément, c’est de bien s’exposer à la lumière le matin. Le soir en revanche, on préfère une moindre intensité lumineuse, avec des teintes un peu chaudes, indirectes. L’activité physique peut également aider, de préférence à distance du coucher ; ça peut être descendre du métro ou du bus une station plus tôt ou prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur.

Et si toutes ces mesures ne sont pas suffisantes ?

Si l’on a ajusté tout ça et que l’on se réveille avec un sommeil non-récupérateur, il faut se demander s’il n’y a pas quelque chose qui l’altère. Ce peut-être du bruit, une maladie qui entraîne des douleurs physiques, ou encore une maladie psychiatrique, notamment si elle modifie la capacité de régulation du stress.
Et enfin il y a les troubles du sommeil en soi, quand la physiologie du sommeil est impactée dans son fonctionnement. Le plus fréquent c’est le trouble insomnie, qui touche 15 à 20 % de la population. C’est contre-intuitif, mais si vous n’arrivez pas à dormir, il ne faut pas rester au lit. En ce qui concerne les thérapies, celles qui ont le plus fait leur preuve dans le trouble insomnie, ce sont les thérapies comportementales et cognitives – appelées TCC.

Que penser des aides médicamenteuses ?

Tous les produits de type mélatonine, valériane, etc. peuvent être de bons accompagnateurs de mesures comportementales visant à améliorer le sommeil. Généralement, ils s’inscrivent dans un rituel qui marque la transition de l’éveil à l’endormissement. Je conseillerais simplement d’acheter plutôt en pharmacie afin d’avoir des produits traçables.
Concernant ce que l’on appelle des somnifères, ils peuvent être de bons traitements pour le trouble insomnie. Mais il faut que ce soit associé à une psychothérapie, à des mesures comportementales.

Est-ce qu’il faudrait une « éducation au sommeil » ?

Oui, dans le sens où il faut que les gens puissent être rendus attentifs à leur besoin de sommeil. Lorsque l’on est en dette de sommeil, les conséquences sur notre santé mentale ne sont pas forcément très claires pour nous.
Mais c’est surtout un enjeu collectif. Il faudrait penser le sommeil dans toutes les politiques : du logement, avec des appartements et des maisons bien isolés contre le bruit ; du transport, avec des temps de trajets qui ne soient pas trop long afin de pouvoir dormir autant qu’on en a besoin ; scolaire, avec des rythmes qui puissent être adaptés aux différents besoins des enfants… Et aussi déconstruire les imaginaires autour du sommeil, selon lesquels dormir peu serait un signe de performance !

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