La refonte d’education.gouv.fr : quand le DSFR transforme l’écosystème numérique de l’Éducation nationale
Publié le 02/09/2026
Retour d’expérience avec Gilles Devisy adjoint à la directrice de la communication des ministères en charge de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur de la recherche, et du sport, de la jeunesse et de la vie associative, et Joris Aubrespin-Marsal, chef du bureau de la communication numérique au ministère de l’Éducation nationale.
En résumé
- Le ministère de l'Éducation nationale a refondu ses sites phares en adoptant le Système de design de l'État (DSFR).
- L'objectif était de garantir un accès clair à l'information, d'améliorer les parcours et l'expérience utilisateur, et de renforcer l'accessibilité numérique.
- La refonte a permis de mutualiser les composants, gabarits et back-office entre les sites, tout en préservant l'identité visuelle propre à chacun.
- Le DSFR a facilité la conception et le développement, et a permis de créer de nouveaux gabarits et composants, comme la 'zone d'expression visuelle'.
Avec leurs 32 sites académiques, leurs sites ministériels et leurs plateformes de service, l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur et la recherche correspondent à l’un des plus vastes écosystèmes numériques de l’État. En 2024, ces ministères ont entrepris une refonte majeure de leurs sites phares : education.gouv.fr, eduscol.education.gouv.fr, enseignementsup-recherche.gouv.fr et etudiant.gouv.fr, en s’appuyant sur le Système de Design de l’État (DSFR). Récit d’une transformation qui dépasse largement les interfaces.
Transformer une obligation en opportunité
La circulaire du 7 juillet 2023 imposait à l’ensemble des administrations de se conformer au DSFR. Education.gouv.fr figurait parmi les 75 sites prioritaires de l’État à transformer avant le 1er janvier 2026. Pour Gilles Devisy, adjoint à la directrice de la communication au ministère de l’Éducation nationale (MEN), cette contrainte réglementaire a été le déclencheur d’un projet bien plus ambitieux.
Derrière la mise en conformité, trois objectifs structurants se sont dessinés. D’abord, garantir aux usagers un accès clair à l’information, ce qui a conduit à réaffirmer les cibles de chacun des sites et à retravailler leurs contenus.Ensuite, améliorer les parcours et l’expérience utilisateur, en s’appuyant sur la cohérence graphique et ergonomique du DSFR tout en préservant une identité visuelle propre. Enfin, renforcer l’accessibilité numérique des sites et des contenus.
Au-delà de ces objectifs de contenus et d’usage, une dimension plus technique s’est imposée : la mutualisation. Le passage au DSFR a été l’occasion de réfléchir à la mise en commun du back-office, des composants et gabarits entre les sites, et d’embarquer la TMA (tierce maintenance applicative) dans cette logique afin de réaliser des économies d’échelle aussi bien pendant les phases de refonte qu’à terme, en maintenance.
Généraliser l’usage des blocs DSFR à l’ensemble des sites a permis d’engager un travail de mutualisation des composants et des gabarits. On a réussi à converger vers une logique de mutualisation, ce qui n’était pas le cas avant.
Optimiser un portail d’information et de démarches
Quel rôle pour un portail ministériel en 2026 ? Pour Gilles Devisy, la réponse est claire : education.gouv.fr doit avant tout être positionné comme un portail d’information et un média, permettant de connaître les actualités du ministère et les politiques publiques qui impactent les usagers dans leur vie quotidienne, mais également inclure ou renvoyer vers les différentes démarches & services, comme parcoursup.gouv.fr ou eduscol.education.gouv.fr
L’intégration des utilisateurs d’education.gouv.fr a été clef dans cette phase de refonte – mais impossible d’inclure tous les avis des parents et élèves d’une part, ou les personnels de l’éducation nationale d’autre part. Les équipes du ministère se sont appuyées sur plusieurs baromètres d’opinion pour représenter l’opinion des utilisateurs, et ainsi confirmer leurs choix et les orientations de design, en particulier l’étude post-test réalisée en 2020 et les données d’analytics du site. Elles ont permis d’identifier les contenus les plus consultés, ceux qu’il fallait retravailler, et de comprendre pourquoi certains contenus ne rencontraient pas leurs publics.
La refonte a permis un changement concret : la page d’accueil a été repensée pour les parents et élèves avec une information plus claire et lisible, tandis que les cibles professionnelles bénéficient désormais de la logique des mini-sites, comme celui de l’IGESR (Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche) ou celui de la statistique publique de l’éducation.
L’expertise de La Netscouade, agence chargée de la conception, a également été déterminante. L’agence avait notamment réalisé la refonte de Parcoursup, ce qui lui conférait une connaissance fine de l’écosystème numérique de l’Éducation nationale. Un avantage de la capitalisation interministérielle via les marchés publics gérés par le SIG.
Désiloter et harmoniser pour mieux informer
L’un des effets les plus notables de la refonte ne se voit pas directement à l’écran : elle a profondément transformé les modes de travail internes. Le projet a permis d’améliorer la coordination entre les équipes éditoriales des différents sites, renforçant la transversalité entre directions métiers — au sein de la DELCOM comme avec d’autres directions générales, notamment la DGESCO qui gère Eduscol.education.gouv.fr.
La démarche a été d’emblée globale : dès la phase de conception, l’ensemble des sites devant se mettre en conformité (education.gouv.fr, Eduscol, esr.gouv.fr, etudiant.gouv.fr et les 32 sites académiques) a été embarqué. La mise en œuvre, elle, a été échelonnée tout au long de l’année 2026, avec education.gouv.fr comme pilote. La nouvelle version du site est sortie le 16 février 2026.
Education.gouv.fr et Eduscol.education.gouv.fr ont véritablement renforcé leur complémentarité. Le premier s’adresse au grand public (parents, élèves, personnels) tandis que le second reste le site de référence des professionnels de l’éducation pour les ressources pédagogiques et la mise en œuvre des politiques éducatives. La refonte simultanée des deux sites, avec des renvois éditoriaux de part et d’autre, a permis de clarifier et de renforcer cette articulation.
S’unifier sans s’uniformiser : l’identité visuelle au cœur du projet
Un enjeu majeur de cette refonte résidait dans la capacité à préserver l’identité de chaque site tout en adoptant le cadre commun du DSFR. Les équipes se sont appuyées sur la cohérence visuelle du système de design, mais ont veillé à maintenir une personnalité distincte pour chaque site.
On s’unifie, mais sans s’uniformiser. Le DSFR apporte une cohérence, on s’est pleinement inscrits dedans, ça nous semblait très bien. Et derrière, on a voulu vraiment continuer d’affirmer et préserver une identité par site.
Chaque site a choisi sa force visuelle. Sur education.gouv.fr et Eduscol.education.gouv.fr, cette identité s’appuie sur des reportages photographiques réels, réalisés dans les établissements, avec des enseignants et des élèves. Représenter le réel est un impératif, et les agents du studio graphique du ministère réalisent des reportages tout au long de l’année. Ce parti pris iconographique, déjà présent dans l’ancienne version, a été préservé et valorisé lors de la refonte. Pour les sites enseignementsup-recherche.gouv.fr et Etudiant.gouv.fr, c’est la qualité des illustrations, créées par des graphistes internes, qui fait la différence, avec notamment les tons noirs et jaunes distinctifs de la marque « Étudiant ».
Les enjeux créatifs de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche ont permis notamment de faire émerger au sein du DSFR le composant « zone d’expression visuelle », fruit d’échanges entre les équipes de la DELCOM et du SIG, afin de permettre d’aller plus loin dans la personnalisation des interfaces : un dispositif qui bénéficie désormais à tous les utilisateurs du DSFR.
Il y a eu des incompréhensions au début sur ce qu’on pouvait personnaliser ou non dans le DSFR, mais qui se sont vite estompées. Cette acculturation au Système de Design peut prendre du temps. On veut parfois tous y mettre notre touche la plus forte de personnalisation. Mais ça y est, il y a maintenant une vraie volonté de faire partie des sites de l’État, tout en ayant une identité possible et affirmée.
Le DSFR comme accélérateur de conception
Au-delà de la cohérence graphique, le DSFR a joué un rôle déterminant dans l’efficacité du projet. En fournissant un cadre de composants et de gabarits éprouvés, il a permis de réduire considérablement le temps consacré à la phase de conception.
Sans le DSFR, je n’aurais jamais lancé cette refonte folle de tous les sites Internet en même temps. C’est la force de la mutualisation. Le DSFR est un cadre, un système de design de l’État, et c’est ce qui nous a permis de comprendre que c’était dans l’intérêt de tous d’y aller.
Le DSFR a également permis d’aller plus loin dans l’organisation des contenus. Si la navigation principale n’a pas été remise en question, car elle avait été validée par une étude post-test menée en 2020, le Système de Design a ouvert de nouvelles possibilités : pages thématiques, pages hub, mini-sites pour sectoriser certaines informations professionnelles s’adressant à des cibles particulières. Le DSFR guidait les choix de composants pour créer ces nouveaux gabarits.
Ce qu'il faut retenir
L’accessibilité, une prise de conscience profonde
Parmi les transformations les plus profondes induites par ce projet, Gilles Devisy place l’accessibilité en tête de liste. La refonte DSFR a provoqué une prise de conscience à tous les niveaux : conception, développement, mais aussi dans l’écriture des pages.
La culture numérique du ministère a changé sur la question de l’accessibilité grâce au DSFR. Côté contributeurs métiers, il y a eu une vraie prise de conscience de l’importance de l’accessibilité à tous les niveaux : la conception de page et l’écriture web.
L’acculturation des équipes éditoriales reste un processus à maintenir sur le temps long. La nouvelle façon de contribuer les pages avec la logique de blocs DSFR a nécessité un accompagnement. Le ministère a rédigé une charte éditoriale fournie, pour l’ensemble de ses contributeurs (directions et académies), qui couvre aussi les bonnes pratiques et les usages proscrits de certains blocs.
L’écosystème numérique de l’Éducation nationale, un chantier qui ne fait que commencer
La refonte des sites institutionnels n’est qu’une partie de l’équation. Au-delà d’education.gouv.fr, d’eduscol.education.gouv.fr, d’etudiant.gouv.fr et d’enseignement-superieur-recherche.gouv.fr : l’écosystème numérique de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur compte des centaines d’applications métiers, de plateformes pédagogiques et d’outils de gestion utilisés quotidiennement par des millions d’agents, d’enseignants, d’élèves et de parents. C’est sur ce terrain, bien plus vaste, que se joue désormais la suite. La Délégation du numérique pour l’éducation (DNE), avec laquelle la DELCOM a renforcé sa coordination à l’occasion de cette refonte, porte cette ambition.
Sous l’impulsion de Tiphaine Gamba, responsable du design, les équipes de la DNE travaillent à diffuser les principes du DSFR et de la conception centrée utilisateur au-delà des seuls sites institutionnels, jusque dans les applications métiers et les outils numériques du quotidien scolaire. L’enjeu est de taille : garantir que la cohérence, l’accessibilité et la qualité d’usage portées par le DSFR irriguent l’ensemble de la chaîne numérique éducative, des salles de classe aux bureaux de l’administration centrale.
Pour les sites académiques, 2026 sera consacrée à la conception et aux premiers développements, avec une première mise en ligne à partir de début 2027, suivi d’un déploiement par lots successifs jusqu’à fin 2027.
Le chemin est encore long, mais la dynamique est là. La refonte d’education.gouv.fr a posé les fondations d’une culture numérique partagée. Reste à la faire vivre, à l’échelle de l’un des plus grands ministères de l’État.
Ce qu'il faut retenir
- Education.gouv.fr faisait partie des 75 sites prioritaires devant adopter le DSFR vant le 1er janvier 2026 ; la nouvelle version est en ligne depuis le 16 février 2026.
- 4 sites ministériels (education.gouv.fr, Eduscol, enseignementsup-recherche.gouv.fr, etudiant.gouv.fr) ont été refondus simultanément, avant une généralisation à 32 sites académiques d'ici fin 2027.
- Le DSFR a permis de mutualiser composants, gabarits et back-office entre les sites, tout en préservant l'identité visuelle propre à chacun.
- La refonte a fait émerger un nouveau composant DSFR, la "zone d'expression visuelle", désormais utilisable par tous les sites de l'État.
- L'accessibilité numérique est devenue un réflexe partagé par les équipes de conception, de développement et d'écriture éditoriale.
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