Comprendre et prévenir le syndrome de l'épuisement au travail

Publié le 28/04/2025 Modifié le 25/06/2025

À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, le 28 avril, lumière sur les différentes formes d’épuisement professionnel. Le « burn-out » est le plus connu, mais il n’est pas seul à l'image du « bore-out » et du « brown-out ». Pour mieux comprendre ces syndromes, nous avons rencontré Pauline George, psychologue spécialisée dans la santé mentale.

Image d'illustration
Image d'illustration - Source : Adobe Stock

Comment définir le « burn-out » ?

Le burn-out est un épuisement professionnel lié à une surcharge de travail, souvent combinée à un surinvestissement personnel. Ce n’est pas « juste » de la fatigue : c’est une accumulation qui conduit, à terme, à un effondrement physique et psychique. Cela touche fréquemment des personnes très investies, consciencieuses, perfectionnistes, qui veulent bien faire – parfois au détriment de leur santé. Elles donnent beaucoup, sans recevoir la reconnaissance adéquate en retour. Le mot burn-out vient de l’idée de s’« éteindre de l’intérieur » : c’est un feu qui a consumé toutes les ressources, sans qu’on ne le voie forcément venir. Au début, ce syndrome était observé dans les métiers du soin, au contact direct de la souffrance humaine. Mais aujourd’hui, il concerne tous les secteurs.

Qu’en est-il du « bore-out » et du « brown-out » ?

Le bore-out est un autre type d’épuisement : il découle d’un ennui profond, d’une sous-charge de travail. Cela peut sembler paradoxal, mais être inoccupé au travail, ne pas être stimulé, peut être très destructeur, surtout pour des personnes motivées et formées. Le brown-out, quant à lui, désigne une perte de sens. C’est quand on ne comprend plus pourquoi on fait ce qu’on fait. Le travail devient absurde, déconnecté de nos valeurs. Cette perte de repères peut être tout aussi douloureuse, car notre métier participe à notre identité.

Quels sont les signes annonciateurs d’un « burn-out » ?

On peut les regrouper en trois grandes dimensions :
    • l’épuisement émotionnel : une fatigue constante, qui ne passe pas, même après du repos,
    • la dépersonnalisation : on devient cynique, distant, on agit mécaniquement. Un professeur qui, par exemple, n’a plus d’empathie pour ses élèves ou un médecin pour ses patients,
    • la perte d’estime professionnelle : on se sent inutile, incompétent, on doute de soi.

Quand le corps dit « stop », il faut l’écouter. Certains patients sont physiquement incapables d’allumer leur ordinateur, de sortir du lit ou de démarrer leur voiture. Ces effondrements soudains sont des signaux d’alerte majeurs.

Pauline George

  • Psychologue spécialisée dans la santé mentale et la souffrance au travail
Pauline George

Quelles en sont les conséquences, à la fois personnelles et sociétales ?

Les impacts sont multiples : troubles du sommeil, de l’appétit, perte de plaisir (on parle d’anhédonie), isolement, troubles de la mémoire… Et puis, bien sûr, une souffrance psychologique intense. À l’échelle d’une entreprise, cela se traduit par une perte de productivité, des arrêts de travail, une démobilisation des équipes. Cela coûte cher humainement et économiquement.

Existe-t-il un cadre légal pour protéger les salariés ?

L’article L.4121-1 du Code du travail stipule que l’employeur a l’obligation de garantir la santé physique et mentale de ses salariés. Le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) doit intégrer les risques psychosociaux. Mais dans les faits, il est souvent difficile de prouver qu’un mal-être vient du travail. Il y a encore du chemin pour que la souffrance psychologique soit pleinement reconnue et prise en charge.

Constatez-vous une évolution dans la prise en compte du « burn-out » ?

Oui, les choses avancent. Les médecins généralistes et les médecins du travail sont de plus en plus sensibilisés. Et certains n’hésitent plus à prescrire des arrêts de longue durée – ce qui est souvent indispensable. Mais beaucoup de salariés vivent mal cette idée d’arrêt. Ce sont souvent des personnes très engagées, qui ont du mal à imaginer que l’entreprise puisse fonctionner sans elles. Il faut légitimer leur souffrance, et leur rappeler qu’un arrêt, ce n’est pas un échec, c’est une étape vers la guérison.

Est-ce un phénomène nouveau ?

Le burn-out n’est pas totalement nouveau, mais il prend de l’ampleur. Avec la numérisation, la compétition accrue entre entreprises, l’hyper-connexion... Les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle s’effacent. Il y a aussi cette difficulté à « voir » le fruit de son travail, dans des métiers de bureau peu concrets. Cette perte de sens alimente l’épuisement.

Quelles sont les causes principales ?

Les causes les plus fréquentes sont :
    • les demandes psychologiques excessives (trop de tâches, pression constante),
    • une faible autonomie décisionnelle (manque de marge de manœuvre),
    • le travail empêché (ne pas pouvoir faire son travail correctement, faute de moyens, de temps ou d’organisation).
Mais la personnalité du salarié joue aussi. Certains s’imposent eux-mêmes des objectifs démesurés. Là, le rôle du manager est fondamental : il doit savoir dire d'arrêter, protéger ses équipes, cadrer les missions, reconnaître les efforts. Le « merci » a plus de pouvoir qu’on ne le croit.

Un mot de conclusion ?

Notre travail ne définit pas toute notre vie, mais il en occupe une grande partie. S’y sentir bien est essentiel. Il ne faut pas minimiser les premiers signes de mal-être. En parler, consulter, se faire accompagner, c’est déjà un premier pas vers la reconstruction.

Avez-vous trouvé les informations que vous cherchiez ?

Votre avis nous intéresse

Nous vous recommandons de ne pas inclure de données à caractère personnel dans les champs suivants. Tous les champs sont obligatoires.

Merci pour votre réponse !

L'équipe de info.gouv.fr vous remercie pour votre réponse qui participera à l'amélioration du site !

À lire aussi