L’intelligence artificielle au sein de la justice française
Publié le 10/12/2024 Modifié le 04/06/2025
L’intelligence artificielle s’invite dans les tribunaux français, promettant d’alléger les tâches répétitives et de moderniser le système judiciaire. Mais entre protection des données sensibles, indépendance numérique et défis éthiques, son intégration nécessite un cadre rigoureux. Audrey Farrugia, magistrate et figure clé de cette transformation au ministère de la Justice, éclaire les enjeux, les avancées et les perspectives d’avenir de l’IA dans un domaine aussi sensible que crucial.
Quelles sont les applications actuelles de l’IA dans le domaine judiciaire ?
On aborde l'intelligence artificielle au sein du ministère avec une approche similaire à tout projet numérique. Il y a d'abord l'identification de gain au profit des agents.
- Magistrate et cheffe du service de l’expertise et de la modernisation au secrétariat général du ministère de la Justice
- Un système d’occultation automatique des données sensibles dans les décisions de justice, même si la vérification humaine reste indispensable.
- Des outils d’aide à la qualification pénale, actuellement en phase de test.
- Des solutions utilisées par les avocats, comme des outils de synthèse ou de recherche juridique.
Quel projet en lien avec l’IA, le ministère de la Justice envisage-t-il ?
Il est important pour nos agents que notre démarche ne se limite pas à un simple discours de sensibilisation. Nous devons être en mesure de leur fournir des outils adaptés. Miser uniquement sur nos capacités internes de développement serait audacieux, voire prétentieux. C’est pourquoi nous souhaitons leur offrir des solutions claires, validées et conformes au cadre fixé par le ministère. Cela pourrait se traduire, par exemple, par un appel à projets ou un marché public, selon les modalités à définir. L’objectif est de garantir à nos agents des options sûres et adaptées à leurs besoins.
- Magistrate et cheffe du service de l’expertise et de la modernisation au secrétariat général du ministère de la Justice
Quels avantages l’IA pourrait-elle apporter au système judiciaire ?
- automatiser les tâches répétitives, permettant aux magistrats de se concentrer sur des analyses plus qualitatives,
- améliorer l’accès à la justice pour les citoyens, notamment avec des chatbots capables de simplifier la rédaction de plaintes ou d’expliquer des décisions dans un langage accessible,
- libérer des ressources pour des audiences approfondies dans les affaires complexes, tout en accélérant le traitement des cas simples.
Il est évident qu'on va avoir un afflux de courriers, de saisines ou encore un nombre croissant de requêtes, qu'il faudra être en capacité de gérer. Très concrètement, aujourd'hui, quelqu'un peut prendre Chat GPT et lui demander de rédiger une plainte pour un vol de portable qui a lieu la nuit dernière. Dans cette facilitation de l'accès à la justice, il va falloir qu'on puisse faire face à la massification des demandes.
- Magistrate et cheffe du service de l’expertise et de la modernisation au secrétariat général du ministère de la Justice
Quels défis freinent l’intégration de l’IA dans le domaine judiciaire ?
La plupart des modèles aujourd'hui sont établis à l'étranger.
- Magistrate et cheffe du service de l’expertise et de la modernisation au secrétariat général du ministère de la Justice
Quel avenir et quel impact pour l’IA dans le système judiciaire français ?
Je pense que ce gain de temps, il a du sens sur la qualité de la justice et la qualité dans la relation au justiciable.
- Magistrate et cheffe du service de l’expertise et de la modernisation au secrétariat général du ministère de la Justice
Je pense que l’IA peut, sur certaines choses, venir contribuer à la confiance. Je pense que le travail qui pourra être, encore une fois, de faciliter l'explicitation de nos décisions de justice, ça peut être quelque chose d'intéressant. Je ne suis pas persuadée qu'une justice robot soit celle qui vienne améliorer cette confiance dans la justice. Je pense que, malgré tout, le magistrat doit pouvoir garder une place importante comme interlocuteur de l'usager pour contribuer à la confiance dans le système judiciaire.
- Magistrate et cheffe du service de l’expertise et de la modernisation au secrétariat général du ministère de la Justice
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