Cybersécurité : le Premier ministre annonce un plan d'action pour renforcer la protection numérique de l'État
Publié le 30/04/2026 Modifié le 04/05/2026
À l'occasion d'une visite à l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), le Premier ministre a annoncé, jeudi 30 avril, une série de mesures face à la menace cyber pesant sur les infrastructures de l'État.
Le Premier ministre a tiré la sonnette d'alarme face à l'intensification des cyberattaques visant les systèmes d'information de l'État. Depuis le début de l'année 2026, la France enregistre en moyenne trois vols de données par jour, un rythme qui illustre l'ampleur du défi.
Un plan d'action en trois volets
Face à ce constat, Sébastien Lecornu a annoncé des mesures concrètes, organisées autour de trois axes.
Une nouvelle gouvernance numérique de l'État
Le Premier ministre a annoncé la fusion de la DINUM et de la DITP afin de créer une autorité numérique de l'État, placée directement auprès du Premier ministre. Son rôle sera d'assurer la standardisation et la sécurisation des infrastructures numériques des ministères.
Des moyens renforcés
Trois leviers financiers sont mobilisés :
- 200 millions d'euros seront débloqués pour financer des investissements dans les applications, les outils de détection et la cryptographie post-quantique ;
- l'ensemble des amendes prononcées par la CNIL sera affecté à un fonds de modernisation des infrastructures numériques de l'État. Cette réforme sera portée dans le cadre du prochain projet de loi de finances ;
- 5 % des budgets numériques de chaque ministère dédié au cyber dès 2027.
Une doctrine de protection renforcée
Plusieurs mesures ont été annoncées pour affiner la stratégie nationale de cyberdéfense :
- des exercices d'auto-attaque : des instructions ont été données aux services de sécurité de l'État pour tester eux-mêmes leurs propres vulnérabilités, afin d'identifier les failles avant les adversaires ;
- le recours à l'intelligence artificielle, notamment pour la détection des vulnérabilités.
La prise de parole du Premier ministre en vidéo
Intervention du Premier ministre sur la cyberdéfense et la sécurité numérique de l'État
Transcription
Sébastien Lecornu, Premier ministre chargé de la Planification écologique
Bien, merci de vous être rendu disponible pour cette visite importante.
On le voit bien, on parle beaucoup de guerre hybride ou de mesures ou de menaces hybrides depuis maintenant quelques années, singulièrement d'ailleurs depuis 2022. C'est-à-dire comment, au fond, s'en prendre aux infrastructures de l'État, comment détourner parfois certains objets qui pourraient être jadis militarisés à des fins civiles ? Et donc, on le voit bien, tant le chantage énergétique que les menaces cyber s'imposent de plus en plus dans le paysage français.
La situation est assez grave, pour être honnête. Heureusement, elle ne concerne pas les données classifiées de l'État, notamment les données les plus importantes du ministère des Armées. Mais il est clair que depuis maintenant 10 ans ou 15 ans, beaucoup de moyens ont été mis pour protéger ce qui était très sensible. Et les fonctions numériques traditionnelles – je vais y revenir – ont été particulièrement délaissées. On a, depuis le début de l'année 2026, énormément d'intrusions informatiques, de vols de données. J’en dirai un mot dans un instant sur la nature même des adversaires qui s'en prennent aux différentes infrastructures de l'État. Mais enfin, globalement, on est sur quelque chose, comme depuis le début de l'année, comme 3 vols de données par jour. Et on a parfois du mal à se donner une idée de la quantité de ce que cela peut représenter. Mais quand on dit qu'un million, par exemple, de données a pu être prélevées ou volées, ça correspond à quelque chose comme 10 semi-remorques sur un cambriolage traditionnel dans lequel, au fond, un casse du siècle aurait eu lieu avec des données qui partent à l'étranger, ou sur le dark web.
On est donc sur un casse du siècle, mais qui a pratiquement lieu tous les mois. Et donc ça dit quelque chose de nos vulnérabilités, ça dit quelque chose de nos fragilités, sur lesquelles, effectivement, il nous faut réagir. On a des adversaires qui sont assez déterminés, de plusieurs natures, de plusieurs profils. Les États, évidemment : pas besoin de les citer, mais enfin, on sait tous la menace particulière que la Russie fait peser, mais pas seulement. Des menaces qui sont particulières, qui tiennent à de l'espionnage. C'est assez classique, c'est assez ancien, comme pendant la guerre froide. Des menaces désormais aussi qui sont de plus en plus tournées vers du sabotage. On se rappelle tous les menaces qui ont pu peser il y a quelque temps sur nos hôpitaux, sur nos barrages hydroélectriques, récemment en Pologne sur des infrastructures de production d'énergie, avec des infrastructures qui sont parfois très vulnérables, ou en tout cas qui peuvent l'être, si rien n'est fait. Le contrôle aérien, par exemple, les plans de circulation des feux rouges dans les communes. Bref, autant de sensibilité qu'il est important de traiter.
On a aussi, évidemment, une cybercriminalité, des groupes criminels qui agissent de plus en plus. On connaît tout ce qui concerne le rançonnage, qui permet aussi d'alimenter un trafic de data sur un marché parallèle. Et puis, des loups solitaires. Vous l'avez vu, sans doute, les enquêteurs et l'autorité judiciaire ont encore réussi à remonter, notamment pour ce qui concerne l'attaque que nous avons connue ici à l’ANTS, des profils qui sont des profils individuels de gens qui, soit pour des raisons financières, soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons aussi parfois d'égo et de reconnaissance de leur « talent », je mets des guillemets, ou de leur performance, se mettent à disposition.
La difficulté, c'est qu'il y a quelques années, la menace étatique était dissociée de la menace criminelle, elle était elle-même dissociée de ces individus qui agissaient seuls. Et désormais, on a une instrumentalisation complètement horizontale de cela. On peut avoir beaucoup de perméabilité entre ces différents acteurs. Et donc, ça rend l'adversité beaucoup plus forte. C'est ce qui explique aussi la multiplication, évidemment, de ces attaques depuis le début de l'année. Les objectifs peuvent être d'ailleurs très différents. Politique, je le disais, déstabilisation de l'État. Et puis, il faut être honnête, un marché parallèle aussi de la data commence à s'organiser, y compris parfois des fins économiques. Et donc c'est quelque chose qui est extraordinairement préoccupant.
Le diagnostic, aussi, est simple. Les fonctions numériques des différents ministères ont plutôt été parfois délaissées budgétairement ces dernières années. Je tiens à dire que les équipes de l'État sont de très grande qualité. Enfin les agents sont très engagés, on les a rencontrés, Madame la directrice générale, avec vous. Mais enfin, il est vrai que beaucoup de systèmes datent des années 90. Il faut dire aussi la vérité : la révision générale des politiques publiques dans les années 2000 a souvent conduit à ce que les fonctions numériques soient complètement délaissées, y compris dans les très grands ministères. Et donc, au fond, on a une dette numérique assez importante. Parfois, il peut y avoir des fautes individuelles ou des failles, mais il faut être honnête, c'est rare. Et souvent, le problème, il est structurel. Il n'est pas individuel ou conjoncturel.
Évidemment, c'est ce qui doit nous appeler à avoir une réaction assez forte, avec beaucoup d'obsolescence aussi, dans un monde dans lequel les capacités d'attaque, eux, sont très vivantes. Et donc évidemment, si ces obsolescences, elles, ne sont pas traitées, c'est autant évidemment de vétustés, si j'ose dire, numériques qu'il nous faut traiter.
Il y a des ministères qui sont plus fragiles que d'autres. C'est le sens aussi de la présence par exemple du ministre de l'Éducation nationale, parce que la dette numérique, pour le coup, elle est importante. Et le ministre, je sais lui, son action est en train d'essayer de la résorber. C'est vrai de Bercy, qui est pour le coup historiquement un ministère solide sur le terrain numérique. Mais on revient aussi au fait que le ministère fait l'objet d'une attention plus particulière par les cyber-attaquants. Puis après, des grands ministères régaliens, l'Intérieur, ou même celui que j'ai eu l'honneur de piloter comme le ministère des Armées, plus on est sur le cœur régalien, plus c'est protégé, plus on est tranquille. Plus on s'écarte du cœur régalien, les cartes grises en étant un bon exemple, je trouve, plus évidemment, les fragilités sont là et il nous faut effectivement les réparer.
Alors, on va mettre plusieurs types de solutions sur la table, parce qu'évidemment, il faut réagir. Il y a des éléments de stratégie qui ont déjà été développés. Je n'y reviens pas. La première des choses, c'est redonner un rôle beaucoup plus clair à chacun. On connaît tous l'ANSSI. Le patron est ici. L'ANSSI, ce sont au fond des pompiers et des policiers qui sont là pour détecter, qui sont là pour attribuer, qui sont là pour donner des solutions de réparation en centrale, mais de manière aussi en proximité, avec des acteurs d'ailleurs autant publics que privés, y compris les différentes entreprises. Mais ce n'est pas le boulot de l'ANSSI que de veiller à ce que les architectures numériques des ministères soient de qualité. Ce n'est pas le boulot du policier ou du pompier que de construire la maison sécurisée des datas numériques.
Et donc on va procéder à une réforme que, d'ailleurs, David AMIEL avait commencé à traiter dans ses fonctions de ministre délégué précédemment. C'est de fusionner DINUM et DITP, d'aller plus loin qu'une fusion et en faire une vraie autorité numérique de l'État, placée directement auprès du Premier ministre pour s'assurer qu'une bonne fois pour toutes, on ait une infrarouge qui soit standardisée. En clair, il y en a partout. C'est un « jardin à l'anglaise ». Beaucoup de choses sont bien faites, mais dans une forme de désorganisation désormais qui est dangereuse. Et puis pour être honnête, certains ministères auront de la capacité à réagir. D'autres ministères plus petits n'auront pas justement cette profondeur pour réagir. Et donc il nous faut impérativement remettre de l'ordre en la matière.
La deuxième des choses, c'est remettre des moyens. 200 millions d'euros vont être débloqués dès la semaine prochaine. Je les prends sur les crédits de France 2030, dans les tensions budgétaires que nous connaissons, notamment pour investir, parce qu'on a besoin aussi d'applications. Alors jadis, dans le langage courant, on aurait pu parler d'antivirus. C'est toute la question aussi de l'intelligence artificielle, la question de la cryptographie, évidemment, post quantique. Au fond, on n'est pas en retard, on n'est pas en avance, mais il ne faudrait pas grand-chose pour qu'on soit en retard. Et donc là, on a un besoin d'investissement important, avec en plus des acteurs, des PME, des chercheurs, des ingénieurs, des techniciens qui sont français, et pour lequel il faut impérativement fixer cette connaissance rapidement sur le territoire.
On va également procéder à une petite réforme que le ministre AMIEL mettra en œuvre dans le cadre du projet de loi de finances pour l'année prochaine. C'est que nous allons affecter l'ensemble des amendes de la CNIL à un fonds de modernisation des infrastructures numériques. C'est une forme de pollueur-payeur, pardon de le présenter comme ça et dans lequel l'ensemble des amendes, l'année dernière c'est quelque chose comme 500 millions d'euros, un demi milliard d'euros. Donc on est sur des sommes qui sont tout à fait considérables, mais au moins que cet argent-là ne reparte pas dans le budget général de l'État, même si c’en est pas gênant, mais là, au contraire, on va faire un effet de levier pour obliger les différents ministères, et donc les différents ministres aussi, à regarder cette affaire de près, pour être capable de remettre un tout petit peu d'argent sur la table. Je donne un chiffre de comparaison, même s'il n'est pas raison : la plupart des entreprises françaises consacrent quelque chose comme 10 % de leur budget global aux infrastructures numériques. L'État en est davantage proche de 1 % que des 10 %.
Donc là, on a un enjeu d'accélération. Et on a des contraintes budgétaires, vous les connaissez. Pour autant, on touche à des sujets qui sont très sensibles et sur lesquels, évidemment, il ne faut pas attendre.
Le troisième volet, c'est d'accélérer sur la doctrine de protection. J'avais signé cette stratégie 2026-2030. On le voit bien : on a un enjeu de clarification de qui fait quoi. Quand vous êtes cambriolé chez vous, il est clair pour tout le monde que vos portes, vos fenêtres, votre système d'alarme, il est pour vous. Il n’est dans l'esprit de personne de se dire : c'est à l'État, à la société, c'est au contribuable de payer mes serrures et mes portes. Et en même temps, vous êtes cambriolé ou vous voulez prévenir un cambriolage, vous faites le 17 et l'État apporte évidemment une solution régalienne. Puis si vous avez été cambriolé, malheureusement, l'enquête judiciaire, etc. C'est exactement pareil pour la gestion des données. Et notamment pour, par exemple, les données d'état civil dans les mairies, 35 000 mairies en France. Les hôpitaux, qui sont des organes en tant que tels qui, certes, sont publics, mais sont fondamentalement décentralisés dans une communauté hospitalière et juridique qui est propre, sui generis. Pareil pour un certain nombre d'entreprises.
Et donc là, évidemment, on a un rôle et un enjeu importants de bien clarifier le rôle de chacun. Qu'est-ce qui dépend d'un investissement propre et qu'est-ce que l'État doit prendre en charge ?
La deuxième des choses, c'est que j'ai donné des instructions aux différents services de sécurité de l'État pour nous attaquer nous-mêmes. Je tiens à préciser qu'évidemment, on ne peut pas faire n'importe quoi. Mais enfin, on a un moment dans lequel il faut qu'on stresse nos vulnérabilités. Et plutôt que d'attendre de voir comment un adversaire peut le faire, autant le faire nous-mêmes avec nos propres capacités. Et ça va nous permettre très très vite d'identifier les axes importants. Il y a des fuites qui sont graves et des fuites qui ne sont pas graves. Je le dis aussi. Parfois, certaines fuites sont des données, ce que je disais dans la réunion précédente, des données qu'on aurait pu trouver dans le bottin jadis. Bon, je ne dis pas que c'est bien, mais enfin, ce n'est pas la même chose que, par exemple, les données de Parcoursup, qui sont des données dans lesquelles des gens viennent marquer justement leur désir d'orientation, ce qu'ils savent faire, ce qu'ils veulent faire. Par définition, ce sont des données qui peuvent intéresser un service étranger, de toutes les évidences. Donc là, on est évidemment sur une doctrine qu'il nous faut affiner.
Troisième des choses, avancer sur l'intelligence artificielle, y compris pour les tests, mais aussi pour ce qu'on appelle l'IA de vulnérabilité. Je n’y reviens pas ici, mais c'est un sujet d'autant plus important qu'il appelle aussi quelques réflexions en matière d'autonomie stratégique européenne sur le sujet pour éviter les dépendances américaines. Et puis enfin, je demandais aussi à ce qu'on ait de vrais scénarios de crise, de black-out numérique notamment, en se disant : si nous étions dans une rupture complète de déni d'accès, qu'est-ce qui se passe ? Si nous avions par exemple aussi une administration américaine qui décidait de nous priver d'un certain nombre d'outils, parce que beaucoup de choses sont quand même sous licence américaine, à la différence de la plupart de nos systèmes d'armes militaires qui, eux, sont en maîtrise d'ouvrage complètement française, c'est moins net sur les sujets civils, c'est le moins que l'on puisse dire. Et donc là, on a besoin aussi d'avoir un plan en la matière.
Mais je veux vraiment conclure en remerciant la mobilisation des agents, singulièrement de cette agence, Monsieur le ministre, Madame la directrice générale, parce qu'il y a vraiment un attachement au service public très important, avec des gens qui sont mobilisés pour faire en sorte que tout redémarre dans les meilleures des conditions. Et donc, au contraire, le sens de cette visite était un sens d'encouragement, mais en disant que tout ce qui s'était passé ici, désormais, devait aussi avoir un droit de suite et d'appeler des solutions qui sont des solutions structurelles et non pas des réponses d'urgence conjoncturelles.
Je vous remercie.
Y a-t-il des questions ?
Timothé MAROUZÉ
Oui, bonjour. Timothé MAROUZÉ, Radio Classique. Est-ce qu'on peut revenir sur, si vous voulez bien, l’ANTS et le bilan de cette cyberattaque qu'il y a quasiment 15 jours ? Qu'est-ce qu'on peut en dire sur les failles ? Notamment, on a un portail qui continue de bugger un petit peu de ce qu'on a pu voir encore aujourd'hui taxé. Où est-ce qu'on en est donc sur les failles révélées ? Et qu'est-ce que vous pouvez nous dire de l'avancée de ce concept au moment sur cette cyberattaque ici à l’ANTS ?
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Ça, c'est le ministre qui a la parole.
Laurent NUÑEZ, ministre de l'Intérieur
Oui, rapidement et dans les limites de ce qui peut être dit en termes d'enquête judiciaire, il y a une enquête judiciaire qui a été menée à son terme. Je crois que les médias ont donné un certain nombre d'informations sur une personne qui a été identifiée, qui s'avère effectivement être l'auteur.
Ça, c'est pour ce qui relève de l'attaque.
Sur l'attaque en elle-même, elle a impacté le portail, c'est-à-dire le portail de l’ANTS. C'est-à-dire c'est l'espèce de garde-triage qui permet ensuite d'accéder aux différents systèmes d'information et sur lequel les usagers renseignent un certain nombre de données. Ce sont ces données qui ont été exfiltrées. Comme on l'avait dit dans un communiqué de presse – on a été évidemment, comme d'habitude, en accord parfait avec Monsieur le Premier ministre, extrêmement transparent sur cette attaque –, on a eu 11,6 millions de données nominatives, adresses.
Cela dépendrait un petit peu du portail auquel souhaitaient accéder les usagers. Donc il y a uniquement à date... On reste toujours très prudent sur ces sujets à date. Ce sont les seules données qui ont été exfiltrées. Il n'y a pas eu d'accès possible dans chaque système d'information de l'ensemble des services de l’ANTS, les cartes nationales d'identité, les passeports, les certificats d'immatriculation. Il n'y a pas eu d'attaque. Voilà.
Donc, les systèmes ont été extrêmement robustes. Mais il y a eu effectivement – et c'est très grave – l'exfiltration de ces 11,6 millions de données. Donc on a fermé le portail pendant 48 heures pour faire un certain nombre de maintenances, un petit peu plus pour faire un certain nombre de maintenances. Et il a été rouvert depuis hier. Enfin maintenance et vérification pour s'assurer que tout a été remis d'équerre. Et voilà.
Le portail redémarre. Il y a quelques difficultés. Mais on a voulu le faire redémarrer dès hier avant ce long week-end du 1ᵉʳ mai pour pouvoir réagir s'il devait y avoir des difficultés.
Voilà ce que je peux vous dire, Monsieur le Premier ministre.
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Peut-être que le patron d’ANSSI veut dire un mot.
Vincent STRUBEL, directeur général de l' ANSSI
Je n'en dirai pas beaucoup plus, sinon que... Alors les vulnérabilités qui ont été identifiées sont soit corrigées, soit font l'objet d'un plan de remédiation que l'ANSSI va accompagner aux côtés de l’ANTS, comme c'est souvent le cas, et que nous avons été aux côtés de l’ANTS pour juger qu'il était opportun et possible de rouvrir ce portail aujourd'hui avec un certain nombre d'améliorations qui vont se poursuivre en travail commun pour corriger des vulnérabilités qui sont de niveau applicatif et qui sont des choses assez classiques mais qu'il faut savoir corriger.
Cyril ADRIAENS-ALLEMAND
Monsieur le Premier ministre, Cyril ADRIAENS-ALLEMAND pour France Télévisions. Deux questions peut-être. D'abord sur l'interpellation dont on vient de parler. Comment vous réagissez aux profits, notamment évoqués ? On parle d'un jeune de 15 ans. Qu'est-ce que ça dit de l'état de la menace ? Et puis ça, c'est donc la souveraineté numérique sur la souveraineté énergétique, la question du carburant. TotalEnergies a annoncé qu'il maintiendra le plafonnement de ces prix à la pompe tant que la crise au Moyen-Orient durera. Est-ce que c’est une réponse satisfaisante à la hauteur de votre appel que vous aviez fait hier, avec une réponse à la fois efficace et rapide ou est-ce qu’il faut faire un effort supplémentaire ?
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Oui, merci beaucoup. Sur le profil, je crois qu'il n'y a malheureusement rien de nouveau et d'étonnant. C'est-à-dire qu'on l'a vu, y compris depuis la guerre en Ukraine, les profils de cyberattaquants sont toujours des profils déroutants. Et pour le coup, l'âge à chaque fois est quand même souvent jeune. Et donc là, on a effectivement un profil... Ça fait réagir et pour cause, 15 ans et 1 mois. On se dit mais comment un enfant ou un jeune de 15 ans peut arriver à faire ça ? Oui, non seulement ils savent le faire et c'est malheureusement assez courant. La véritable leçon de tout cela, et l'enquête le dira - donc je suis prudent, évidemment, parce que c'est aux enquêteurs et aux parquets de le dire - c'est à quel moment vous avez la rencontre, c'est ce que je vous disais tout à l'heure, entre une menace étatique, une menace criminelle et une menace individuelle, l'un pouvant toujours être instrumentalisée par les autres. On voit bien comment la République islamiste d'Iran a largement manipulé un certain nombre d'organisations criminelles, y compris parfois d'ailleurs touchant en narcotrafic à des fins de menaces hybrides. Et donc, là je m'écarte évidemment du profil de celui qui a été interpellé, mais c'est en cela que la menace devient particulièrement préoccupante. Vous pouvez plus la gérer de manière scolaire comme avant, état à état, une approche délinquance, comme on peut l'avoir sur une délinquance générale, et une approche loup solitaire. Et donc cette confusion-là, cette solidarité de fait-là, cette instrumentalisation-là, elle va être de plus en plus courante, parce que tout simplement, ça permet aux pays comme la Russie ou l'Iran, en plus, de ne pas avoir à protéger ses proxys.
Cela permet à ces pays d'avoir, au fond, des attaques que même si on devait ou si on pouvait leur attribuer ces attaques, ce qui nous est arrivé de le faire, au fond, ça leur permet de nier. Et donc évidemment, cette organisation-là de la menace, ça ne va pas loin s'arrangeant. Mais ce qui est vrai pour le cyber, vous l'aurez noté, est vrai aussi, par exemple, sur le narcotrafic. Bon, donc là, on a une instrumentalisation des milieux criminels qui est plus que préoccupante et qui va aussi, nous, nous amener à avoir aussi une réponse davantage hybride, transversale, dans laquelle c'est autant les services fiscaux, Tracfin, pour les pouvoirs publics, un enjeu évidemment majeur. Sur l'énergie, bon, je l'ai exprimé hier, vous l'avez rappelé, au Sénat. Le débat sur Total, il est légitime. De toute façon, il est sur la place publique et on peut le comprendre. Je pense qu'il faut être pragmatique sur tous les sujets de fiscalité. De toute façon, c'est un sujet pour l'année prochaine. Les débats budgétaires sont à l'automne. Vous ne pouvez pas inventer un impôt comme ça par un claquement de doigts en milieu d'année. Heureusement, d'ailleurs, c'est une démocratie.
Donc, le ministre AMIEL y reviendra, mais ça a été dit, tout peut se regarder. Bon, l'urgence, c'est quand même cette affaire de plafonnement parce que pour le coup, c'est assez concret, c'est ce que j'ai dit, il faut qu'il y ait une redistribution d'une manière ou d'une autre. Le plafonnement, quand vous avez des cours qui se sont tassés, comme ces dernières semaines ou jours, en tout cas, ce plafonnement se voyait moins. Quand vous avez quelque chose qui repart à la hausse, comme on le voit depuis hier, par définition, le plafonnement avait rencontré une forme de succès. D'ailleurs, c'est pour ça que vous aviez il y a encore 3 semaines, 1 mois, des reportages sur la pénurie dans telle ou telle station-service. Il n'y avait pas de pénurie au sens d'accès au pétrole, il y avait tout simplement un grand succès à la pompe de ce que Total avait pu mettre en œuvre sur ce plafonnement. Donc nous, on va continuer les échanges avec les différents acteurs, mais je pense que ça va dans le bon sens. Est-ce que c'est suffisant ? Je ne peux pas vous répondre. Je ne sais pas combien de temps la crise va durer. Mais après, vous le voyez bien, on est en train de préparer tous les scénarios, y compris le fait que, malheureusement, ça puisse durer.
Cyril ADRIAENS-ALLEMAND
Est-ce que vous êtes satisfait ?
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Vous savez, ce n'est pas satisfait ou pas satisfait, ce n'est pas le sujet. C'est une guerre dans laquelle, d'ailleurs, elle est désormais refroidie, cette guerre, mais c'est quand même une guerre en cours, dont on ne sait pas dire si elle va durer 15 jours ou si elle peut encore durer des mois. Donc, toutes les hypothèses sont sur la table. Après, c'est aussi ce que j'ai dit hier au Sénat, je ne veux pas qu'on retombe trop vite dans un débat franco-français. Cette crise énergétique, elle concerne la planète entière. Les pays asiatiques, dans leur dépendance aux hydrocarbures du Golfe, sont dans une autre situation que nous ne le sommes. Nous, on a une crise des prix. Il faut qu'on arrive à tenir sur cette crise des prix. L'urgence après, c'est aussi évidemment de très, très vite mettre en place les différentes aides que j'ai pu annoncer, qui ne sont pas sans lien d'ailleurs avec nos enjeux de sécurité informatique. Développer un portail comme celui que nous allons mettre en place pour les travailleurs grands rouleurs, remplir ses données personnelles, par définition, vos conditions de ressources, c'est des choses qui doivent aussi être sécurisées, ça nécessite un tout petit peu de temps pour la DGFIP pour le faire. Mais l'art d'exécution, justement, la mise en œuvre de ces aides, évidemment, c'est le troisième point. Vous ne m'avez pas posé la question, mais c'est le reflet de ça. Sur qui profite de la crise ? Je pense désormais que ce débat est derrière nous pour l'État. Chaque euro de surplus de fiscalité sera redistribué en aide pour les automobilistes. Voilà. Ça, au moins, je pense qu'au titre, justement, du contrat social, de la cohésion, du consentement à l'impôt, je pense que c'était indispensable. Et donc là aussi, le ministre [inaudible].
Capucine DIEZ
Bonjour Monsieur le Premier ministre. Capucine DIEZ pour BFMTV. Vous parliez justement de crise du prix. L'inflation repart, la croissance est en panne. Est-ce que vous craignez, au-delà du carburant, que les prix augmentent dans tous les rayons des supermarchés ?
Sébastien LECORNU, Premier ministre
Alors, je ne dirais pas que la croissance est en panne. Il faut qu'on soit très précis sur ce que nous disons. Des révisions sont faites et en plus, ce sont des révisions qui, par définition, sont prudentes. Mais une fois de plus, tout va dépendre de la durée de la guerre. Sur l'inflation. Dernière estimation, là aussi revue, effectivement à la hausse de 2. Bon, on est loin des 5,2 de la guerre en Ukraine, pour les raisons que j'indiquais. On n'a pas une crise d'accès à l'énergie, on a une crise de prix et d'inflation à porter. Évidemment, il faut être très prudent. Pour l'instant, la vraie inflation, elle est sur le carburant. Elle n'est pas sur autre chose. Le deuxième effet, il est quand même sur la charge de la dette, parce que 10 % du stock de notre dette est indexé sur l'inflation. Ce n'est pas nous qui l'avons décidé, c'est comme ça. Mais donc ça, pour le coup, c'est une réalité sur les finances publiques. Et troisième chose, effectivement, on est en train de le documenter avec les ministres. Certaines matières premières, par exemple, les emballages plastiques ou ce genre de choses, mais toujours en lien avec le pétrole, vous le voyez, peuvent effectivement connaître une augmentation des prix. Mais je fais aussi attention à ce qu'il n'y ait pas d'instrumentalisation politique inutile. Il n'y a aucune raison aussi que certains profitent de ce qui se passe pour créer une inflation qui n'existe pas. Le sujet, c'est le pétrole.
Journaliste
Merci beaucoup.
Sébastien LECORNU
Merci infiniment. Merci beaucoup.
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