8 mai 1945 : Sébastien Lecornu préside les commémorations du 81e anniversaire de la Victoire à Vernon
Publié le 08/05/2026 Modifié le 12/05/2026
Le Premier ministre a présidé, vendredi 8 mai 2026, les cérémonies commémoratives du 81e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 à Vernon (Eure).
Ce vendredi 8 mai 2026, Sébastien Lecornu a présidé la cérémonie du 81e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945, à Vernon (Eure).
Dans son discours, Sébastien Lecornu a tenu à rappeler la portée historique et symbolique du 8 mai 1945, date à laquelle l'Allemagne nazie signait sa capitulation sans conditions à Berlin, mettant fin à six années d'un conflit dévastateur en Europe. Il a rendu hommage à toutes celles et ceux qui se sont battus pour la liberté : soldats tombés au combat, Résistants, déportés, et victimes civiles.
Le Premier ministre a réaffirmé l'importance de transmettre cette mémoire aux générations futures, soulignant que le devoir de mémoire républicain demeure plus que jamais nécessaire dans un contexte international marqué par le retour de la guerre, rendant les armées françaises « une fois de plus mobilisées pour défendre notre modèle, mais plus directement notre sécurité ». « La nation s'incline devant la mémoire du major Arnaud Frion, de l'adjudant Florian Montorio et du sergent Anicet Girardin, morts pour la France et morts pour la paix. Elle s'incline aussi devant la mémoire du sergent Bin Chen et du caporal-chef Axel Delplanque, morts en exercice en ce début de semaine », a-t-il souligné.
La prise de parole du Premier ministre en vidéo
Discours du Premier ministre, Sébastien Lecornu, le 8 mai 2026 pour le 81e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945.
Transcription
Madame la sénatrice,
Monsieur le préfet,
Monsieur le président du Conseil départemental,
Monsieur le maire,
Mesdames et Messieurs les élus régionaux, départementaux et municipaux, officiers généraux, officiers et sous-officiers, soldats, marins et aviateurs et personnels civils de la Défense,
Mesdames et Messieurs les représentants du monde combattant et porte-drapeaux,
chères Vernonnaises,
chers Vernonnais,
chers élèves.
Le 8 mai 1945, ici à Vernon et partout en France, la nouvelle retentit : « La guerre est gagnée, voici la victoire ».
Ces mots, ce sont ceux du général DE GAULLE qui annonce aux Françaises et aux Français la capitulation de l'Allemagne nazie. Après des années d'épreuves, d'horreurs et de combats, la joie éclate enfin. Les cloches sonnent dans tous les villages. On se rassemble dans les rues et sur les places. Ici et là, on danse, on chante, tout le monde s'embrasse.
Mais les cœurs ne battent pas tous à l’unisson. À la joie et au soulagement se mêlent la douleur et le déchirement. Certaines femmes ont perdu leur mari, d'autres un fils. Des jeunes hommes n'ont plus de famille. Tant de maisons et de foyers ont été détruits. On lit de l'inquiétude et de l'angoisse dans certains regards : les prisonniers reviendront-ils ? Les déportés sont-ils encore en vie ? La plupart attendent. Certains savent déjà. Malgré la liesse, cette journée de printemps est marquée pour beaucoup par quelque chose d'inconsolable.
Car oui, la victoire a un prix, mais un prix infini. Jamais dans l'histoire un conflit n'avait fait autant de morts, plus de 50 millions, parmi lesquels de nombreux héros, dont les noms sont gravés sur nos monuments aux morts, comme ici même.
Jamais non plus la folie d'une idéologie n'avait engendré autant d'atrocités, dépassant les limites connues jusqu'alors de l'humanité. Fondé sur la haine, le racisme, l'antisémitisme, le système totalitaire nazi organisa, à l'échelle industrielle, l'extermination des juifs, des Tsiganes, des homosexuels, des personnes en situation de handicap physique ou mental, lâchement assassinés.
Peu après la libération des camps, des responsables ont été jugés et condamnés devant un Tribunal international et devant l'histoire pour crimes contre l'humanité. Et depuis, des générations de femmes et d'hommes ont enseigné inlassablement la Shoah, à l'instar de notre ami Pierre-François VEIL, le fils de Simone, qui nous a quittés cette semaine.
Il y a 81 ans, la victoire des Alliés mettait fin à une longue traversée de la nuit. Le 8 mai porte cette mémoire, toute cette mémoire.
Mesdames et Messieurs, Vernon est le reflet de cette histoire faite d'ombre et de lumière. Dès le mois de septembre 1939, cette petite ville, notre petite ville alors de 10 000 habitants à l'époque, voit son destin bouleversé. Alors que les militaires du 11e Régiment d'artillerie partent pour le nord-est de la France, des milliers d'hommes transitent par Vernon au cours de ces longs mois d'attente que l'on nommera bientôt « la Drôle de guerre ».
Tout change à la fin du mois de mai 1940. Des milliers de réfugiés affluent dans la région en quelques jours. L'hôpital Saint-Louis jouera un rôle essentiel dans l'accueil et le soin des nombreux blessés. Bientôt, les combats se rapprochent et l'on entend jour et nuit le canon au loin qui gronde. La peur, alors, gagne du terrain. Le samedi 8 juin, à 10 h, la guerre frappe par surprise. Alors que les Vernonnaises et les Vernonnais sont rassemblés pour le marché, comme encore aujourd'hui, chaque samedi matin, la ville est bombardée. En quelques heures, le centre-ville est en ruine et presque tous les Vernonnais quittent leur foyer. Les Allemands arrivent aux portes de la ville, on se bat pied à pied sur les rives de la Seine et ici même, dans le centre-ville. Malgré le courage des soldats français, la ville passe sous occupation ennemie. Et alors que les militaires allemands s'installent dans nos casernes, on voit bientôt l'ombre des drapeaux nazis flotter sur la pierre claire du château de la Roche-Guyon, le maréchal ROMMEL en fera son quartier général.
Alors commencent les heures sombres de l'occupation, la peur, les privations, la collaboration. Dans un château situé dans un quartier tout proche d'ici, Jean LUCHAIRE a plusieurs fois réuni l'élite nazie et collaborationniste, comme nous le rappelle le remarquable film de Xavier GIANNULLI, « Les rayons et les ombres ». Le 8 mai porte aussi, hélas, cette mémoire-là.
Mais d'autres refusent le déshonneur et l'esprit de défaite. Et ici, à Vernon, comme partout en France, des hommes et des femmes se lèvent pour résister à l'ennemi. Parmi elles, Louise DAMASSE, professeure de dessin à l'école du Centre, là encore, tout près d'ici. La jeune femme fonde, à la fin de l'année 1940, le Réseau, un premier groupe de volontaires. Son engagement illustre l'importance du rôle des femmes dans la Résistance, dont l'action n'a rien à envier à celle des hommes. Aux côtés du colonel Léo LEVASSEUR, Louise DAMASSE et les volontaires de l'Armée des ombres bravent le danger pour renseigner, saboter et cacher des aviateurs alliés. Après le débarquement du 6 juin 1944, ces Résistants de l'intérieur apporteront un soutien décisif central à l'avancée des troupes alliées venues notamment des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni et, bien sûr, de la France libre. Beaucoup d'entre eux ont fait le choix de l'engagement jusqu'au sacrifice ultime. Et ils ne sont pas morts pour rien.
Vernon se libère courageusement, par elle-même, le 19 août. La Résistance parvient à tenir jusqu'à l'arrivée des Britanniques, le 25 août, et participe, à leurs côtés, aux derniers affrontements qui ont lieu autour de l'hôtel de ville et sur le pont de Vernon, ravagés par les bombardements. Kléber LEROUGE, un jeune homme originaire de Tourny [ph], fils d'agriculteur, se porte volontaire pour aider les Alliés à vaincre l'ennemi. Il est tué, à l'âge de seulement 19 ans, le 27 août 1944. Le 8 mai porte sa mémoire, ainsi que celle de toutes les combattantes et de tous les combattants qui se sont levés pour défendre notre pays et notre liberté. Ils étaient des Français simples, des Français droits. Ils étaient commerçants, comme Georges ANDRÉ, le chef du réseau résistant, sous-officier, comme Fernand CAFIAU, le chef de vengeance.
Agriculteur, enseignant, fonctionnaire, employé, étudiant, ils étaient parfois communistes, parfois catholiques, parfois gaullistes, mais là n'était pas l'essentiel. Par-dessus tout, ces femmes et ces hommes aimaient passionnément la France, tout simplement parce qu'ils étaient patriotes. Au lendemain de la victoire, un nouveau combat commence pour relever le pays. Et cet amour pour la France se mue en un formidable élan de mobilisation et d'engagement, à l'exemple toujours de Louise DAMASSE, qui devient conseillère municipale à la Libération et qui sera parmi les trois premières femmes élues au conseil municipal de Vernon.
La reconstruction, aussi, sera le combat, d'ailleurs, de nombreuses femmes. Devant ce défi historique, la nation se rassemble alors autour d'une ambition qui dépasse les clivages partisans, celle d'une France indépendante, qui croit en elle et en son avenir, qui ne veut plus vivre le drame et l'humiliation de 1940.
L'État lance alors de grands programmes pour donner à notre pays les moyens d'assurer durablement son indépendance, à l'instar de la dissuasion nucléaire ou de l'aventure spatiale, qui trouvent, ici encore à Vernon, un site unique au monde pour la recherche et l'innovation, dans notre forêt.
L'avenir se construit aussi par le progrès et l'avènement de nouveaux droits. À la Libération, les femmes votent pour la première fois, la sécurité sociale est instituée. Les jours heureux annoncés par le Conseil national de la résistance dessinent le visage d'une France nouvelle, une nation pionnière, à la pointe de la construction européenne, qui fut marquée par une audace sans précédent dans notre histoire. Qui pouvait imaginer, au lendemain de la guerre, que la France et l'Allemagne bâtiraient leur avenir ensemble ? Il y a tant à apprendre, chers élèves de Vernon, de cette période durant laquelle des Françaises et des Français de toutes origines se sont unis pour donner de nouvelles institutions et un nouveau modèle à notre pays.
Mesdames et Messieurs, ce modèle qui fait notre unité et notre fierté, il s'agit désormais de le protéger.
Dans un monde en crise, où nos certitudes vacillent et où la guerre fait rage, non seulement en Ukraine, mais aussi au Proche et au Moyen-Orient, les armées françaises sont une fois de plus mobilisées pour défendre notre modèle, mais plus directement notre sécurité.
Et en ce 8 mai 2026, la nation s'incline devant la mémoire du major Arnaud FRION, de l'adjudant Florian MONTORIO et du sergent Anicet GIRARDIN, morts pour la France et morts pour la paix. Elle s'incline aussi devant la mémoire du sergent Bin CHEN et du caporal-chef Axel DELPLANQUE, morts en exercice en ce début de semaine.
Devant les immenses défis auxquels notre pays fait face aujourd'hui, la nation est appelée à faire des choix historiques, des choix pour renforcer nos capacités de défense, des choix pour innover dans les domaines stratégiques, des choix pour être plus résilients demain en cas de crise. Là encore, l'exemple de nos grands anciens est une leçon pour aujourd'hui.
Mesdames et Messieurs, chers élèves de Vernon, ce jour de la victoire n'est pas qu'un souvenir, vous l'aurez compris. Il porte un héritage et une promesse pour l'avenir du pays, à nous désormais d'en être à la hauteur, d'en être dignes et de le réaliser.
Pour tout cela, vive Vernon !
Vive la République !
Et vive la France !
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Publié le 06/05/2025
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