Compte rendu du Conseil des ministres du 11 mars 2026

Publié le 11/03/2026 Modifié le 08/04/2026

Accès centralisé aux informations pour les services financiers, les marchés des capitaux et la durabilité ; point sur les conséquences économiques et énergétiques de la guerre en Iran ; nominations.

Source : Présidence de la République

Compte rendu du Conseil des ministres du 11 mars 2026

Maud BREGEON, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement auprès du Premier ministre et ministre déléguée, chargée de l'Énergie auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à ce nouveau compte rendu de conseil des ministres, qui a été, comme vous vous en doutez, largement consacré à ce qui se passe au Moyen-Orient et aux impacts concrets sur le quotidien des Français. 

Je suis donc, comme vous le voyez, accompagnée de mes collègues Roland Lescure et Serge Papin, et nous vous ferons un point sur ce qui a été dit et sur la situation, tant à l'échelle internationale, nationale, que sur les contrôles qui ont été réalisés ces derniers jours. 

Permettez-moi, avant de vous transmettre les mots du président de la République, en ouverture de ce conseil des ministres — le président de la République, qui a réaffirmé que dans cette situation, la France tient son rôle de réassurance et de sécurité. Nous le faisons à Chypre, nous le faisons depuis 2024 en mer Rouge, dans le cadre de l'opération Aspides où la France, vous le savez, contribue à la sécurité de la navigation. Et nous avons lancé cette initiative  — le président de la République a lancé l'initiative — dans le détroit d'Ormuz, là encore, pour débloquer le plus rapidement possible le détroit d'Ormuz et permettre la reprise du trafic. 

C'est le rôle que la France porte depuis une décennie à l'échelle de l'Union européenne avec l'Europe de la défense, Europe de la défense qui, pour nous, n'est pas un concept. La France a doublé son budget militaire en 10 ans, ce qui nous confère aujourd'hui une capacité de réaction et de décision. Voilà, ce sont, là encore, les mots du président de la République. 

Un point sur les ressortissants. Vous savez que nous avons encore des ressortissants français qui sont bloqués au Moyen-Orient, mais également dans d'autres zones du monde (je pense, par exemple, à l'Asie) et qui attendent la reprise normale du trafic. Aujourd'hui, le ministère des Affaires étrangères et de l'Europe, avec le ministère des Transports, a permis le rapatriement de 2 000 de nos concitoyens de part des vols affrétés par l'État, avec une priorité, là encore, vous le savez : donner aux plus vulnérables, aux enfants, aux personnes sous traitement et aux femmes enceintes. Par ailleurs, à notre demande, il y a eu une reprise des vols commerciaux entre le Moyen-Orient et la France, qui ont permis le retour à ce jour de 17 000 Français. 

C'est donc un peu moins de 20 000 personnes qui, à l'heure où on se parle, sont rentrées sur le sol national. J'ajoute, par ailleurs, que toujours à notre demande, 30 000 sièges d'avion seront disponibles la semaine prochaine ; là encore, pour des vols entre le Moyen-Orient et la France, 30 000 sièges. Et donc, cela va permettre d'accélérer le retour des ressortissants qui seraient toujours bloqués là-bas et qui souhaiteraient rentrer. 

Donc, [je veux] vous redire que nous sommes évidemment pleinement mobilisés. Et je me permets de rappeler que, là encore, la France a été précurseur, puisque le Quai d'Orsay a été le premier ministère à mettre en place un rapatriement et à affrêter un vol dédié dès les premières heures qui ont suivi le conflit. 

Je vous propose maintenant qu'on fasse le point sur la situation relative à l'énergie, sujet que j'ai l'honneur de porter depuis deux semaines, en plus de cette casquette de porte-parole qui m'amène à venir devant vous chaque semaine. 

Ce que je vous propose, c'est que je laisse d'abord Roland LESCURE faire un point sur la situation globale, internationale, sur la question des stocks, sur la question des marchés. Je reprendrai ensuite la main sur le volet plus national. Et Serge PAPIN embrayera avec les contrôles pour faire, comme nous l'avions dit devant vous, un bilan des trois derniers jours. 

Monsieur LESCURE, je vous cède la parole.

 

Roland LESCURE

Merci, merci, Madame la ministre, chère Maud. 

Évidemment, ce qui se passe au Moyen-Orient est un choc géopolitique, un choc militaire, mais c'est aussi un choc économique et financier d'importance. Avant d'en décrire les effets, je voudrais quand même rappeler deux choses. 

D'abord, 1) que l'incertitude économique va être otage de l'intensité et de la durée du conflit. Évidemment, c'est ces deux facteurs clés qui joueront sur l'importance de l'impact économique du conflit.

2) Vous dire que nous ne sommes pas en 2022 et singulièrement en Europe et particulièrement en France, au sens où, à l'époque, vous le savez, le choc géopolitique affectait les disponibilités, notamment de gaz, mais aussi de pétrole, en Europe directement. La guerre était aux portes de l'Europe. À l'époque, les défis logistiques étaient immenses, puisqu'on devait passer de gaz importés de l'Est, en Russie, à de gaz importés de l'Ouest, Norvège, États-Unis et d'autres, qui a conduit à une très forte hausse des prix — évidemment, c'était déjà le cas à l'époque en gaz et en pétrole — mais aussi un enjeu de volume. Je rappelle qu'à l'époque, on s'inquiétait de ne pas avoir assez de gaz. On se demandait même si on allait devoir couper le gaz à des industries qui en consommaient beaucoup. 

On est évidemment dans une situation très différente aujourd'hui. L'inflation est réduite. Les enjeux de volume, nous l'avons dit, je le répète, ne sont en aucun cas un problème, ni pour l'Europe, ni d'ailleurs pour les États-Unis. Nous avons du pétrole, nous avons du gaz. 

Mais évidemment, l'impact de ce conflit, c'est une forte hausse des prix qui, elle, affecte dans les marchés mondiaux l'ensemble des consommateurs. Vous le savez, la fermeture du détroit d'Ormuz, liée au conflit, c'est à peu près 20 millions de barils par jour de pétrole et à peu près 20 % de l'approvisionnement en gaz naturel liquéfié du monde. Le gaz naturel liquéfié, c'est une partie du gaz consommé dans le monde, mais c'est quand même une partie importante. Donc, on a aujourd'hui à peu près 5 à 6 % du gaz qui manque au monde. Ces manques sont essentiellement en Asie. Le Japon importe aujourd'hui 90 % de son pétrole via le détroit d'Ormuz. Donc, les enjeux d'approvisionnement, c'est en Asie qu'ils sont. 

Pour autant, le président de la République l'a dit ce matin, au-delà des efforts diplomatiques pour libérer le transport de marchandises et notamment de produits énergétiques au sein du détroit d'Ormuz, c'est la priorité, mais ça prendra forcément un peu de temps. L'objectif, il est d'essayer de remplacer ces barils manquants. C'est tout l'objet de l'action qu'a menée la France sous l'impulsion du président de la République depuis ce début de semaine. 

Je vais commencer par dire quand même que l'Arabie saoudite a fait sa part du travail, puisqu'ils ont annoncé dans la nuit que le pipeline qui était très peu utilisé, qui permet de transporter du pétrole d'Arabie saoudite dans la mer Rouge, va permettre de disposer de 7 à 8 millions de barils par jour. Et donc sur les 20 millions, on en a à peu près un tiers qui sera remplacé par ce pétrole saoudien. Et ça, c'est une bonne nouvelle. Il en manque encore. Et pour ce faire, à la demande du président de la République, j'ai convoqué un G7 des ministres des Finances lundi. 

Nous avons présidé un G7 des ministres de l'Énergie avec la ministre de l'Énergie hier pour explorer la possibilité de libérer des stocks stratégiques. Vous savez qu'aujourd'hui, on a à peu près un milliard, un peu plus, de barils qui sont disponibles dans les pays de l'OCDE, gérés dans le cadre de l’Association internationale de l'énergie, l'AIE, qui peuvent éventuellement être mobilisés en cas de crise. C'est pour ça que l'AIE a été créée dans les années 70, et c'est pour ça qu'elle est utile aujourd'hui. Les ministres des Finances se sont accordés sur le principe et ont demandé à leurs collègues de l'Énergie d'explorer les modalités, de manière à ce qu'on puisse être prêts, ce que nous avons fait hier avec nos collègues de l'Énergie. Un communiqué a été publié ce matin, qui montre que nous souhaitons que l'AIE continue son travail. C’est ce qu’elle a fait hier dans le cadre d’un Conseil des gouverneurs, pour qu’on soit prêts, qu’on soit prêts si décision doit être prise, à libérer une partie de ces stocks stratégiques, très importants, de manière coordonnée. 

Quel est l'impact de ce genre de mouvement ? Évidemment, je le répète, nous n'avons pas de problème d'approvisionnement en Europe, mais on en a au Japon. Et donc si… au Japon et en Asie, des stocks sont libérés dans le monde, ça permet de réintroduire du pétrole qui peut prendre plusieurs formes, raffinées, pas raffinées, etc. qui va permettre d'augmenter le pétrole qui circule dans le monde et de limiter les tensions sur les prix parce que du pétrole qui aujourd'hui circule à l'ouest pourra ensuite se rendre à l'est. 

Donc, ça permet de limiter les tensions sur les prix qui sont celles qui nous affectent le plus aujourd'hui. Vous avez vu que la perspective de ces décisions a eu un impact très important sur la spéculation, puisqu'on était à 120 dollars le baril lundi matin sur les marchés asiatiques. On est aujourd'hui revenu en dessous de 90 dollars le baril, un impact évidemment très important.

 

Maud  BREGEON

Bien. Merci beaucoup, chers collègues, pour passer sur le plan national. 

Alors, vous l'avez vu, et tous les Français l'ont vu, cette crise a un impact substantiel sur les prix à la pompe. Le message du Premier ministre et le message que nous portons ce matin, il est simple et il est clair : les baisses observées sur les marchés et sur le prix du baril doivent être répercutées aussi vite que l'ont été les hausses. 

Je pense que les Français ont largement remarqué la rapidité avec laquelle les prix avaient monté il y a maintenant 8 ou 9 jours. Eh bien les baisses doivent être répercutées là encore de façon aussi rapide. 

J'ai entendu ce matin à une heure de grande écoute chez certains de vos confrères un distributeur que je ne citerai pas, annoncer là encore une fois une répercussion quasi immédiate sur deux à trois jours, ce sont des décisions je crois solidaire et éthique que nous saluons ce matin et nous appelons évidemment l'ensemble de ces confrères à faire de même. 

Concernant le gaz, là encore, nous ne sommes pas dans la situation de 2022, Roland LESCURE l'a dit. Il faut remettre ces chiffres en perspective. Certes, le prix du gaz sur les marchés a doublé. Ça ne veut pas dire que le prix de la facture doublera. Je rappelle là encore que pour quatre millions, notamment, de Français, ils sont sur des contrats à prix fixe. Et donc, le prix ne bougera pas d'ici au renouvellement de leur contrat. Et je redis par ailleurs qu'en août 2022, le prix du gaz avait atteint 150 euros le mégawattheure, soit 2,5 fois plus que ce que nous vivons aujourd'hui. La situation, je le redis, est là encore sans commune mesure. 

Sans commune mesure également sur la question de l'électricité, parce que nous sommes bien davantage protégés qu'en 2022, pour une raison simple. En 2022, lorsque nous entrons dans la crise énergétique qui a fait suite à la situation en Ukraine, une large part du parc nucléaire, près de la moitié en octobre-novembre 2022, est à l'arrêt pour cause de corrosion sous contrainte. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, et c'est heureux. Le parc nucléaire a produit 373 mégawattheures en 2025 et donc retrouve un niveau de pleine puissance, si je puis dire. 

La conséquence sur l'impact sur le prix de l'électricité est le suivant : Ii est bien moins tributaire du prix du gaz que ce qu'il était. En 2022, celui-ci était fixé sur le marché spot en fonction du prix du gaz 75 % du temps. Aujourd'hui, c'est le cas 20 % du temps. Donc nous sommes moins tributaires du prix du gaz pour les prix de l'électricité. C'est un peu technique. Le message qu'il faut retenir, c'est que le nucléaire joue ce rôle de tampon et d'amortisseur. À cet égard, le sommet international du nucléaire qui a été présidé par le président de la République hier a évidemment un écho particulier. 

Sur la question du suivi, il y a évidemment un suivi quotidien avec les fédérations, un suivi quotidien au niveau des services de Bercy avec mes deux collègues. Et nous recevrons dans les jours à venir l'ensemble des acteurs concernés par ces hausses. Nous recevrons demain les distributeurs. Nous recevrons également avec ma collègue Annie GENEVARD les représentants des agriculteurs qui, eux aussi, sont impactés par l'augmentation du GNR. Dans la même veine, nous recevrons les représentants des pêcheurs vendredi avec la ministre CHABAUD, puisque eux aussi en paient une partie du prix. Et donc, c'est une démarche que nous menons pour les écouter et leur apporter toutes les solutions possibles. 

De notre part, les transporteurs seront également reçus en début de semaine prochaine avec mon collègue TABAROT. 

Si on prend un petit peu de recul, je laisserai Serge PAPIN faire le point sur évidemment les contrôles qui ont été réalisés et diligentés à la demande du Premier ministre les trois premiers jours de cette semaine. On paie le coût de la dépendance. On paie le coût de la dépendance, on voit le coût de la dépendance et on mesure concrètement ce que signifie dépendre pour 60 % de l'énergie qu'on consomme des énergies fossiles. On voit ce que signifie avoir les mains liées pour ces importations à des grandes puissances extérieures et à des marchés qui fixent le prix que les Français paient sur leurs factures et à la pompe. 

Et je le redis, même s'il faut être très humble quand on est dans des moments de crise, parce que nos concitoyens vivent leur réalité quotidienne, mais pour autant, dans ce cadre-là, cette démarche initiée par le président de la République, cette volonté portée par le président de la République de développer les énergies renouvelables, de développer l'énergie nucléaire, de construire de nouveaux réacteurs et d'avancer vers l'électrification, porte vraiment tout son sens. Et sans faire de politique politicienne devant vous ce matin, quand je me rappelle qu'il y a deux semaines, deux motions de censure étaient déposées sur la programmation pluriannuelle de l'énergie qui vise précisément à sortir des énergies fossiles importées dont nous dépendons pour aller vers davantage d'indépendance au profit du pouvoir d'achat des Français, ça me pose quelques questions quant à la sincérité des propos que je peux entendre ici ou là en ce moment. 

Je vais laisser la parole À Serge PAPIN pour la partie contrôle.

 

Serge PAPIN

Merci. Merci, Maud. Bonjour à toutes et tous.

Nous avons connu d'autres crises, ce qui me frappe dans celles que nous vivons aujourd'hui. C'est la première fois que l'on voit une telle volatilité. Ce qui est sûr, c'est que la loi du marché, elle, ne change pas. La concurrence reste le juge de paix. Beaucoup d'automobilistes le savent et utilisent déjà l'outil qui est mis à leur disposition par le Gouvernement, à savoir le site internet prix-carburant.gouv.fr, qui est un site extrêmement fréquenté en ce moment. Ce qui leur permet de comparer les prix des stations-service qui sont autour d'eux et de choisir celles pratiquant les prix les plus compétitifs. C'est un outil indispensable aujourd'hui. 

Le rôle de l'État dans cette crise, c'est de garantir que la concurrence peut s'exercer justement, loyalement, sans tromperie ni mensonge. Le Premier ministre a ainsi annoncé dimanche soir un plan de 500 contrôles en trois jours, mené par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Nous pouvons dresser le bilan, puisque dès hier soir, nous avions atteint 513 contrôles, qui donc ont été effectués en deux jours, donc on va largement dépasser les 500 contrôles. Et les contrôles, après, bien sûr, vont continuer. 

En quoi consistent ces contrôles ? C’est à contrôler l'affichage des prix, vérifier que le prix qui s'affiche sur l'écran quand vous payez à la pompe correspond bien au prix indiqué sur le totem à l'entrée de la station-service et aussi au prix renseigné par les stations-service sur le site du Gouvernement. Donc, il y a trois paramètres qui doivent être alignés : la pompe, le totem et le site du Gouvernement. Et donc là, ce qu'il faut pointer du doigt, c'est ceux qui, parfois, pourraient se glisser dans les interstices et avancer masqués. 

Donc, le bilan, c'est lequel ? C'est 5 % des établissements contrôlés ont fait l'objet de suites correctives et répressives. Il s'agit du taux habituellement constaté. Cependant, il y a d'autres maillons de la chaîne d'approvisionnement en carburant et notamment les raffineurs qui peuvent aussi jouer et il faut aussi sans doute concentrer l'attention du Gouvernement là-dessus. Pour être bien précis, dans les contrôles menés, il faut distinguer, d'une part, ce qui relève des anomalies. Donc, c'est une erreur involontaire et mineure. Et d'autre part, les anomalies qui relèvent d'une volonté manifeste du distributeur de tromper le consommateur. Et dans ce cas, cela relève du pénal. Pour information, pour les personnes physiques, l'amende peut aller jusqu'à 300 000 euros, pour les personnes morales, jusqu'à 1,5 million d'euros. 

Donc, l'État contrôle ainsi la transparence, qui est une condition de la concurrence et qui est le premier pare-feu contre les hausses de prix. Nous restons vigilants aussi, évidemment, pour que les baisses, les distributeurs se sont exprimés, un distributeur s’étant exprimé, et je crois savoir que les autres aussi vont suivre, et tant mieux. Et donc il faut que, évidemment, on contrôle que ce qui s'est passé à la hausse, eh bien, ça se passe aussi rapidement à la baisse, parce qu'on voit bien que la situation, elle est extrêmement instable, et qu'il faut la suivre au jour le jour. 

Donc, avec mes deux collègues, nous sommes en gestion de crise et la crise, ça se gère au quotidien, tous les jours. Ce travail de contrôle et le dialogue instauré avec les distributeurs (la prochaine réunion sera demain matin) permet de garantir un climat de concurrence au bénéfice de consommateurs et peut-être aussi d'instaurer un climat un peu de confiance. 

Voilà. Merci.

 

Maud BREGEON

Bien. Je propose qu'on passe à la partie questions-réponses. Si vous souhaitez flécher une question sur l'un de nous, n'hésitez pas à le dire en ouverture. Enfin, vous savez faire.


Francesco FONTEMAGGI

Bonjour. Francesco FONTEMAGGI pour l’Agence France-Presse. Je pense plutôt pour Monsieur LESCURE. Vous avez parlé des réunions du G7 préparatoires de ces derniers jours, de l'AIE. Est-ce que l'objectif est que la réunion au sommet des chefs d'État et de gouvernement d'aujourd'hui du G7 soit décisionnaire sur ce recours aux réserves stratégiques ? Ou est-ce qu'en tout cas, c'est le souhait de la France, présidente du G7 cette année, qu'il y ait, à l'issue de cette réunion, un recours aux réserves stratégiques ? Merci.

 

Roland LESCURE

Ce qui est clair, en tout cas, le président de la République l'a souhaité, c'est que ce sommet des leaders du G7, comme on l'appelle, soit consacré aux enjeux économiques et financiers liés à la crise au Moyen-Orient. Donc j'imagine qu'ils parleront en tout cas de cette option. Pour le reste, évidemment, il va falloir attendre que le sommet ait eu lieu évidemment.

 

Francesco FONTEMAGGI

D'accord. Merci.

 

Christelle MÉRAL

Bonjour. Christelle MÉRAL, France Télévisions. Je veux revenir sur la hausse très forte des prix à la pompe. D'abord, quel est votre jugement ? Est-ce que vous diriez qu'il y a eu de la spéculation ? Comment est-ce que vous expliquez que cette hausse a été si forte ?

 

Maud BREGEON

Là encore, nous, on n'est pas là pour pointer du doigt. On est là pour trouver des solutions. Et on regarde l'ensemble de la chaîne de valeur. Il y a bien sûr les distributeurs. Et les distributeurs, c'est ce que voient les Français. Très concrètement, c'est la station-service devant laquelle ils passent tous les matins pour aller au travail. Pour autant, derrière la distribution, il y a le transport, il y a les grossistes, il y a les raffineurs, comme le disait tout à l'heure Serge PAPIN. Et c'est l'ensemble de cette chaîne que l'on regarde. Vous avez vu les résultats détaillés par Serge PAPIN. Est-ce qu'il y a eu des abus à certains endroits ? Si oui, ils sont mineurs. En tout cas, ils ne sont pas représentatifs de l'ensemble de la profession. Et nous, on porte un message simple. Bien sûr qu'il y a eu des hausses. Ces hausses sont en bonne partie expliquées par l'augmentation des prix sur le marché. Maintenant, la baisse qu'on observe depuis peu sur le marché, là encore, doit être immédiatement vue par les consommateurs. On n'est pas là pour donner des bons points ou des mauvais points. Voilà.


Christelle MÉRAL

Et alors, justement... Pardon. Justement, comment être certain que cette baisse relative que l'on a observée, là, depuis quelques jours, vous soyez certain qu'elle soit bien répercutée, à part les contrôles ? Comment en être certain ?


Serge PAPIN

Il y a eu de la part des distributeurs, là, récemment, une renégociation par rapport à la baisse du Brent, et donc qui va être immédiatement traduite aux consommateurs. Vous savez, moi qui étais dans ce métier-là, il y a un risque d'image très important s'il n'y avait pas une corrélation entre la hausse et la baisse parce que les clients sont très sensibles à la façon dont la station se comporte. Et donc là, la baisse, elle a été annoncée par les distributeurs, par un des distributeurs. Les autres le confirment aussi derrière. Donc on va assister là où il y a une baisse qui va être de l'ordre probablement de 20 centimes au moins sur le gasoil.

 

Maud BREGEON

Peut-être, juste en élément d'explication sur la différence d'augmentation des prix entre le sans plomb et le gasoil. Aujourd'hui, pour le gasoil, pour le diesel, 80 % du produit raffiné est raffiné hors de l'Union européenne, là où pour environ 50 % dans le cadre de l'essence, on le fait sur notre sol. Et donc là encore, c'est un impact sur les prix qui, quand on tire le fil, est lié à une dépendance plus forte du prix fixé par les autres dans un cas que dans celui des prix de l'essence.


Roland LESCURE

Juste un petit mot pour compléter. Évidemment, la confiance n'exclut pas le contrôle. Et donc c'est un des objets de la réunion qu'on a avec les distributeurs demain. Partagez avec eux l'information. Typiquement, la ministre le disait. Aujourd'hui, l'essence, le sans plomb, c'est à peu près 15 centimes de plus que ce qu'on avait il y a 15 jours, et en phase avec la hausse du prix du pétrole. Sur le diesel, on est au-delà, 20, 25, parfois 30, parfois 40 centimes. Donc on va partager avec eux cette distribution pour leur montrer qu'effectivement, en moyenne, tout ça se tient, mais qu'il y a quand même une partie de la distribution qui est plus élevée, et de leur demander ce qu'ils souhaitent faire pour régler ces sujets. C'est-à-dire qu'au-delà des prises de parole publiques qu'on a eues, on souhaite entendre l'ensemble des acteurs de la chaîne, les pompistes, les raffineurs, les transformateurs, sur ce qu'ils souhaitent faire pour contribuer à la baisse, parce que, la ministre l'a dit, on a quand même été un peu surpris de l'ampleur, mais surtout de la rapidité de la hausse.


Christelle MÉRAL

Pourquoi pas leur demander de vendre à prix coûtant, alors ?

 

Roland LESCURE

Non mais, ça peut faire partie des choses sur lesquelles ils vont peut-être s'engager. À ce stade, ce que nous souhaitons, c'est avoir ce débat de manière assez responsable entre des acteurs économiques, et Serge PAPIN l’a dit, pour lesquels la réputation est aussi importante dans ces moments de conflits et de risques. Donc à ce stade, même si, vous l'avez vu, le Premier ministre nous a demandé d'instruire un certain nombre de mesures supplémentaires éventuelles, à ce stade, on est dans la logique d'un dialogue responsable avec des acteurs responsables qui savent qu'ils ont un impact important sur le quotidien de nos concitoyens.

 

Bastien AUGEY

Bonjour, Bastien AUGEY pour TF1-LCI. Est-ce que vous pouvez nous faire un état des lieux précis des stocks stratégiques d'hydrocarbures que possède aujourd'hui la France ? Je crois que Bercy parlait récemment de 16 millions de tonnes. Est-ce que c'est bien cela ? Et est-ce que vous pouvez nous détailler quel type de carburant il s'agit pour chaque chiffre ?

 

Roland LESCURE

Alors, je vais vous parler en millions de barils parce qu'il y a diverses manières de le mesurer. Dans le monde dit OCDE, c'est-à-dire le monde couvert par l'Agence internationale de l'énergie, aujourd'hui, on a un peu plus d’un milliard de barils disponibles. Je répète, le détroit d'Ormuz, c'est à peu près 20 millions de barils par jour. Et dans ce cadre-là, la France, c'est un peu plus de 100 millions de barils de disponibles, à la fois dans des réserves stratégiques, je dirai, publiques et dans des réserves supplémentaires. Donc on est au-delà de l'obligation à laquelle on s'est engagé à l'AIE parce qu'il y a des acteurs privés qui détiennent aussi des stocks dans lesquels on peut évidemment puiser. Donc on est sur des niveaux importants évidemment qui peuvent faire l'objet de libération dans le cadre d'un accord pour vous donner un ordre de grandeur de ce qu'on avait fait en 2022. Donc en 2022, suite à la crise en Ukraine, il y a eu deux libérations successives décidées dans un cadre coordonné. 185 millions de barils avaient été décidés de manière collective. Et la France avait contribué à cette réduction à hauteur de 7,5 millions de barils libérés. Et voilà l'ordre de grandeur qu'on avait eu à l'époque. Évidemment, si décisions doivent être prises, elles seront dans un cadre coordonné et conduiront à des chiffres qui seront ceux qu'ils seront.

 

Hugo BABAY

Bonjour, Hugo BABAY, BFM Business. J'aurais une première question sur les contrôles. Comment on passe d'une anomalie à une anomalie manifeste ? Quelle est la différence entre les deux ? Et sur les un peu plus de 500 contrôles qui ont été faits pour le moment, combien relève de l'anomalie et combien relève de l'anomalie manifeste qui peut conduire à une amende de 15-300 000 euros, dont vous nous parlez ?

 

Roland LESCURE

Alors, l'anomalie, c'est 5 % des contrôles qui ont été faits. Donc en général, l'anomalie, la fonction sur ces anomalies, c'est entre 3 000 et 5 000 euros par carburant, par pompe, on va dire, constatées. S’il y a récidive, ça double, et si après, il y a mauvaise foi, vraiment, là, on peut rentrer et aller jusqu'au maximum de 300 000 euros. Mais aujourd'hui, donc, on est sur le constat, le premier bilan qu'on avait fait le premier jour, on était à 6 %. Le bilan qu'on a fait hier soir, au deuxième jour, on était à 5 %. Je pense que le bilan qu'on va faire ce soir va stabiliser ce chiffre.

 

Hugo BABAY

Donc les 5 % des stations-service que vous avez contrôlées ont reçu une notification d'amende.

 

Roland LESCURE

Qui ont une sanction, qui ont reçu une amende, exactement.

 

Hugo BABAY

J'ai une autre question concernant une des propositions du Premier ministre qui vous a demandé de plancher sur un plafonnement des marges. Comment ça se passe ? Est-ce que c'est Bercy qui va plafonner les marges ? Est-ce que c'est une demande que vous allez faire aux distributeurs ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça fonctionne ?

 

Maud BREGEON

D’abord, aucune décision n’est prise à ce cadre. Et comme je le disais tout à l'heure, notre rôle, c'est de chercher des solutions, de les chercher évidemment avec l'ensemble des services de l'État, de les chercher aussi avec l'ensemble des acteurs. D'où la rencontre que nous aurons demain avec les distributeurs, d'où les échanges que nous pouvons avoir avec la filière. Et c'est avec eux que nous voulons trouver la meilleure façon de protéger les Français. Parce que l'objectif de tout ça, derrière les contrôles, derrière les propositions qui sont à l'étude, derrière évidemment les initiatives du président de la République pour libérer le détroit d’Ormuz, c'est la protection des Français. Je ne vais pas vous dire et détailler aujourd'hui le mécanisme qu'il y aurait derrière, puisque par définition il est à l'étude, mais nous avons, là encore, je crois, été assez constants dans nos prises de position en disant que nous étudions tous les scénarios, tous les scénarios sur la perspective du conflit, sa durée, son impact dans le temps et dans l'espace, et sur les solutions qu'on pouvait apporter à l'échelle nationale. Mais là encore, nous on cherche à travailler de la façon la plus intelligente possible avec les acteurs. Et donc, quand on entend que d'eux-mêmes, ils proposent des solutions et prennent des engagements qui vont dans le sens du pouvoir d'achat des Français, comme ça a été le cas ces dernières heures, nous le saluons et c'est vraiment la bonne méthode, à mon sens, dans un moment de crise, travailler, comme je le disais tout à l'heure, avec solidarité et avec éthique. Au fond, les Français, de nous, comme de l'ensemble des acteurs de la filière, attendent de la bonne foi.

 

Hugo BABAY

Quel est le maximum en termes de contrôle d'anomalie qui peut vous pousser à prendre des sanctions de votre côté ?

 

Maud BREGEON

On n'a pas réfléchi avec des limites chiffrées et fixées précisément. On verra encore une fois comment ça évolue dans les heures et dans les jours à venir. Mais je constate que beaucoup font preuve de bonne foi. Nous faisons preuve de bonne foi. Et donc voilà, il faut qu'on puisse, je pense, avancer en ce sens. Et puis, je le redis, on a une discussion qui est là très… en tout cas depuis tout à l'heure, très franco-française. Mais enfin, ce qui sous-tend l'évolution des prix, c'est d'abord et avant tout ce qui se passe au Moyen-Orient. Et il faut le rappeler et l'expliquer aux Français qui nous écoutent. D'où le rôle de la France tenue et rappelée par le président de la République. L'objectif de la France, c'est de contenir ce conflit en ayant une position strictement défensive, de manière à éviter autant que possible l'embrasement. Et notre capacité avec nos partenaires, bien sûr, à contenir ce conflit et à éviter autant que possible l'embrasement, c'est ce qui, structurellement, à moyen terme, protégera les Français.

 

Hugo BABAY

Merci.

 

Journaliste

Rebonjour. Je me permets de relancer sur les stocks stratégiques, parce que depuis ma précédente question, coup sur coup, le Japon et l'Allemagne ont annoncé débloquer une partie de leurs réserves sans attendre la réunion de cet après-midi. Est-ce que vous estimez que cela va dans le sens ? Est-ce que vous préféreriez que cela se fasse de manière coordonnée ? Et surtout, est-ce que, vu qu'il y a des annonces nationales, la France se dit aujourd'hui prête ou décidée à en faire autant de son côté ?

 

Roland LESCURE

Non, mais ce que je peux vous dire, c'est que ça a été dit en G7 Finance, ça a été redit en G7 Énergie. L'ensemble des membres à l'unanimité se sont affirmés prêts à utiliser les instruments nécessaires à stabiliser le marché. Ce que je peux vous dire aussi, c'est que l'unanimité des membres a insisté sur la volonté d'avoir une action coordonnée. Donc quelles que soient les annonces qui peuvent apparaître ici ou là, individuelles, je vous confirme qu'elles s'inscrivent sans aucun doute dans une réflexion extrêmement coordonnée et que j'imagine, on verra, que les G7 leaders auront l'occasion de montrer tout ça.

 

Oscar TESSONNEAU

Bonjour Monsieur LESCURE, Oscar TESSONNEAU pour le [inaudible] RightBrain Magazine. En quelques mots, on a un journal qui est fait par des personnes porteuses d'autisme toutes les semaines. Est-ce qu'il y a d'autres denrées stratégiques, comme notamment les engrais, que vous surveillez avec attention, notamment lorsqu'elles circulent par l'intérieur du détroit d'Ormuz et qu'elles arrivent par la suite en Europe ?

Maud BREGEON

Je vais laisser la parole à Roland LESCURE, mais le Gouvernement surveille l'impact sur l'ensemble des secteurs, sur l'ensemble des éventuelles denrées concernées. Je vous renvoie là encore vers les réunions que je vais tenir aux côtés des ministres concernés dans les jours à venir. Précisément pour avoir cette action de surveillance et être en capacité de répondre le plus rapidement possible. J'ai évoqué les agriculteurs, les pêcheurs, les transporteurs. On aura probablement l'occasion de parler également du secteur du tourisme. Et donc, c'est une évidence qu'il y a un suivi à 360 aujourd'hui.


Roland LESCURE

Peut-être deux mots sur les secteurs que vous mentionnez. Effectivement, on regarde de près ceux qui sont produits beaucoup dans la région et du coup exportés via le détroit d'Ormuz. Et vous l'avez dit, les engrais en font partie. L'hélium aussi en fait partie. L'hélium entre dans la fabrication d'appareils à IRM et dans l'électronique et est produit essentiellement au Qatar. Donc, on regarde ça de très près. Ce que je peux vous dire pour l'un et pour l'autre, d'ailleurs, c'est qu'on a une fois encore pas de problème d'approvisionnement. On a des stocks. Donc, il n'y a aucun enjeu d'approvisionnement pour l'engrais. Il n'y a aucun enjeu d'approvisionnement pour l'hélium, ce qu'on regarde évidemment là aussi. C'est l'impact sur les prix qu'on va suivre de très près. Je pense que ça fera l'objet notamment des échanges que la ministre et la ministre de l'Agriculture auront avec les professions demain matin.

 

Oscar TESSONNEAU

Enfin, une toute dernière question. Si ces blocages étaient amenés à durer, est-ce qu'on a une idée des impacts que ça pourrait avoir sur le PIB sur le long terme ?

 

Roland LESCURE

Oui, alors, je le disais en introduction, et ce n'était pas une réserve de forme, l'intensité et la durée du conflit vont décider de tout le reste. Donc, c'est très difficile aujourd'hui de faire des scénarios hypothétiques. Qu'est-ce qui se passe-ci ? Qu'est-ce qui se passe-ci ? Ce qu'on dit en général, c'est que si le baril augmente de 10 dollars de manière durable, ça peut avoir un impact négatif sur la croissance de 0,1 % de croissance à peu près et un impact positif sur l'inflation de 0,2 % à 0,3 % d'inflation. Je tiens quand même à préciser que la France est entrée dans cette crise avec une économie particulièrement résiliente. On avait eu plutôt de bonnes nouvelles sur la croissance en fin d'année 2025 et en début d'année 2026. Et on avait de très bonnes nouvelles sur l'inflation également, puisqu'on était à 0,3 % d'inflation en début d'année. Donc nos prévisions de croissance, qui sont de 1 % de croissance et de l'ordre de 1 % d'inflation également aujourd'hui, restent évidemment maintenues. On va suivre les incertitudes de très près. Et je le répète, c'est vraiment l'intensité et la durée du conflit qui vont décider de l'impact durable ou non sur la croissance. Je vous rappelle que la guerre des 12 jours en juin dernier, qui avait été très intense à l'époque, et pour laquelle on avait évidemment tous des interrogations et des craintes, s'est finalement traduite par un impact absolument invisible sur la croissance parce qu'elle a été de courte durée.

 

Hélène TERZIAN

Bonjour. Hélène TERZIAN pour France Info. Une question de mes confrères, de mes collègues du service Éco. Des méthaniers qui devaient livrer du GNL, donc du gaz naturel liquéfié, en France et en Europe sont visiblement déroutés vers l'Asie. Est-ce que vous avez des infos sur cette question ? Quelles sont les quantités en jeu ? Et est-ce que ça pourrait entraîner un problème pour notre approvisionnement et également une nouvelle hausse des prix sur le marché européen ?


Roland LESCURE

J'allais dire, ce qui se passe, c'est exactement ce qu'on attendait. C'est la loi du marché. Donc, quand les prix montent et que certaines régions ont besoin de denrées plus que d'autres, évidemment, on a tendance à un peu surenchérir et rediriger des approvisionnements. Donc, les méthaniers auxquels vous faites référence sont effectivement des méthaniers qui sont redirigés vers l'Asie à la demande de pays qui dépendent beaucoup plus que nous, et surtout à cette époque de l'année, du gaz. Singapour, 100 % de l'électricité singapourienne, c'est du gaz aujourd'hui. S'ils n'ont plus de gaz, ils n'ont plus d'électricité. On est évidemment dans une situation beaucoup moins défavorable. Donc, à ce stade, nous l'avons dit, et je le redis, c'est important, même si on peut s'attendre peut-être à des effets limités sur la facture pour certains de nos concitoyens, nous n'avons aucun enjeu d'approvisionnement et aucun enjeu avant le printemps, avant le mois de mai. Donc, non, l'enjeu majeur sur le gaz, et ce n'est pas pour tout de suite, c'est si ce conflit venait à durer, on va devoir évidemment reconstituer les stocks à l'approche de l'hiver. Et ça, c'est un moment où il faudra s'interroger sur à la fois le prix et les volumes. Mais on n'en est pas là. D'ici là, il peut se passer beaucoup, beaucoup de choses.


Hélène TERZIAN

Pardon, sur les quantités en question sur ce sujet en particulier, vous avez des informations ?


Roland LESCURE

Non, je n'ai pas les quantités exactes. Si on les a, on vous les donnera. Mais on est loin, en tout cas, des 20 millions, enfin des 20 % du gaz naturel liquéfié qui passait par le détroit d'Ormuz. On reste à ce stade sur des quantités assez limitées. Mais, je n'ai pas les chiffres exacts.


Hélène TERZIAN

Très bien. Merci.


Journaliste

Rebonjour. Une toute dernière question sur le prix du carburant. Aujourd'hui, au-delà de la bonne volonté des distributeurs, quels moyens réels vous avez pour poser sur les prix, hormis, bien sûr, la question de l'utilisation des réserves stratégiques de pétrole qui pourrait être décidée cet après-midi ?


Maud BREGEON

Au-delà de ce qui est entrepris à l'échelle internationale et qui constitue évidemment la première réponse structurelle et qui a été initiée depuis le début du conflit par le président de la République, il y a des solutions à l'étude, mais enfin, on en parlait tout à l'heure, elles ont été évoquées lors du Conseil des ministres par le Premier ministre. Je pense à l'encadrement des marges, je pense à d'éventuels dispositifs de lissage des prix dans le temps, mais je le redis, il n'y a pas de décision de prise et nous en discuterons demain avec les distributeurs.


Bastien AUGEY

À nouveau Bastien AUGEY pour TF1-LCI. Une question pour Monsieur LESCURE sur une autre actualité, si vous le voulez bien. Mais depuis le 1ᵉʳ mars, la taxe sur les petits colis est en vigueur en France. Et on se rend d'ores et déjà compte... Oui, pour Monsieur PAPIN, d'ailleurs. On se rend d'ores et déjà compte que les plateformes chinoises ont des moyens de contourner cela, avec notamment une baisse du trafic à Roissy, parce que beaucoup atterrissent au Benelux avant de prendre des camions. Donc, est-ce que vous avez déjà un moyen de quantifier les conséquences de ces contournements de taxes ? Et quels sont les outils à disposition du gouvernement pour y remédier ?


Serge PAPIN

Oui. Alors contre les plateformes chinoises, c'est une guerre de mouvements. Alors d'abord, la taxe petit colis qui est en vigueur en Italie et en France va l'être à partir de la rentrée, je crois que c'est le mois de novembre, dans toute l'Europe. Donc ça sera, là, valable pour toute l'Europe. Donc, on ne pourra pas la contourner. S'ajoute à ça, à partir du mois de juillet, la taxe douanière de 3 €. Donc, on va être à 5 €. Donc, ça va être dissuasif, là, et dans toute l'Europe. Donc, il n'y aura pas de possibilité de contourner. À partir de novembre prochain, on aura toute l'Europe qui sera avec la taxe dite de gestion des 2 euros et la taxe dite douanière des 3 euros qui se cumulent. Donc, c'est 5 euros qui seront et qui vont protéger l'Europe et singulièrement la France contre les importations massives. Et je peux vous dire qu'en Italie, où ils étaient depuis le mois de janvier, les plateformes chinoises, le contournement n'est pas aussi évident que ça. D'abord, ça ne facilite pas les choses. C'est plus compliqué de livrer d'Amsterdam le Cantal que de Roissy. Et en Italie, on constate une baisse de 30 % du chiffre d'affaires de Shein, en particulier en Italie.


Bastien AUGEY

Et en France, vous n'avez pas de chiffre encore ?

 

Serge PAPIN

Si, je n'ai pas de chiffre là, mais en tous les cas, la croissance qui était... j'ai des chiffres, mais ils ne seront pas totalement justes, parce qu'ils tiennent compte de la fermeture de Shein, qui à un moment a fermé sa marketplace. Donc là, je n'ai pas des chiffres qui seraient avec l'ouverture récente. Je sais que la croissance a été freinée. Je rappelle quand même qu'on a un procès qui doit être le 19 mars en appel pour troubles à l'ordre public, donc vente illicite de produits, médicaments, armes et les poupées pédopornographiques. Et je rappelle aussi, pour être tout à fait complet, qu'il y a un projet de loi qui est porté par les députés ESKENAZI et VERMOREL-MARQUES, qui permettrait, si on va au bout, de reconnaître le côté systémique, donc le non-respect des normes de ces plateformes, et de pouvoir faire agir à ce moment-là la DGCCRF sur le non-respect de ces normes en France. Voilà.

 

Bastien AUGEY

Vous dites qu'il n'y aura plus de contournement possible quand la taxe sera européenne. Cependant, comment ferez-vous quand les plateformes, comme elle le prévoit, ouvriront des entrepôts en France, par exemple ?


Serge PAPIN

Oui, mais ce n'est pas la même chose. Ce n'est pas la même chose. Si elles respectent les codes de notre consommation, si elles font... c'est un peu comme Amazon, vous voyez ce que je veux dire, ce qui existe, déjà. Donc là, ce n'est pas pareil, si elles créent des emplois, si elles font de l'investissement, si elles respectent nos codes de la consommation... Après tout, voilà, on n'est pas dans une économie fermée. Mais, il faut qu'elles respectent, en particulier, le consommateur. Et à ce moment-là, on pourra veiller... elles rentreront dans le droit de la consommation de notre pays et on pourra veiller à ce qu'elles respectent ce code et pas vendre des produits dangereux et non respectueux du consommateur, de sa santé, non respectueux de l'environnement, parce que je rappelle que c'est 600 avions qui, tous les soirs, livrent l'Europe. Donc aussi, à ce titre-là, voilà, ça ne sera pas la même chose si elle s'installe d'une autre manière en France.


Roland LESCURE

Juste un mot pour rappeler quand même pourquoi on a mis en place cette taxe petits colis. C'est qu'auparavant, il y avait une franchise douanière sur les colis de moins de 100 euros parce qu'on se disait : « moins de 100 euros, en fait, c'est vous qui envoyez un livre ou un petit cadeau à votre famille ailleurs en Europe ». Et ils ont profité de cette absence de droits de douane pour envoyer des colis inférieurs à 100 euros avec une franchise. Donc ça, c'est terminé, c'est-à-dire que s'ils font ce que vous dites et envoient des gros colis dans un entrepôt, là-dessus, il y aura des droits de douane. Donc, on a vraiment changé l'affaire dans cette histoire. On a changé le monde [inaudible] les petits, sur les moyens et sur les gros colis.

 

Marie MOLLET

Bonjour. Marie MOLLET pour France Inter. Pour revenir sur le prix des carburants, on a bien compris que le Gouvernement n'envisageait pas un bouclier tarifaire type 2021-2022. Est-ce qu'en revanche, des aides ciblées sont sur la table ? Ou est-ce que vous dites, le point de départ, c'est en fait de prendre des mesures qui soient neutres pour les finances de l'État sur cette crise et cette hausse des prix ?

 

Maud BREGEON

Alors, on dit plusieurs choses. D'abord, on a toujours répondu présent pour protéger les Français. Et depuis 8 ans, le président de la République n'a eu de cesse, face aux différentes crises, d'apporter des réponses. Pour autant, il y a une réalité qui est celle du déficit qui s'explique en partie par les aides apportées durant les crises successives. Je pense évidemment au bouclier tarifaire sur l'énergie, qui a coûté pas moins de 72 milliards d'euros à l'État. Et donc ça, c'est évidemment une réalité qu'on intègre. Maintenant, le débat n'est pas pour autant clos, mais il est trop tôt pour l'avoir. Attendons de voir le résultat à court terme des initiatives internationales sur le détroit et sur les stocks. Attendons de voir l'impact concret sur le prix à la pompe de la baisse du prix du baril observée récemment et attendons d'avoir le résultat des travaux que nous avons demandés au service de Bercy, notamment sur la question des marges ou sur la question du vissage. Pour autant, je suis obligée de dire un mot sur certaines demandes qui sont formulées ici ou là par certains groupes d'opposition. Quand j'entends un groupe d'opposition demander un retour de la TVA, un passage de la TVA à 5 % pour l'ensemble des produits énergétiques, ça coûte environ 12 milliards d'euros par an, et 12 milliards d'euros par an à l'État, donc aux contribuables, puisque ce que le consommateur ne paie pas, c'est le contribuable qui paie. J'entends aussi certains demander le blocage des prix. Enfin, le blocage des prix dans une économie de marché. Si ça vous amène à avoir un prix inférieur au réel coût de revient, vous allez tout droit vers un risque de pénurie pour les consommateurs. Donc, je crois que là encore, il faut savoir raison garder. Le débat n'est pas clos. Nous avons toujours montré qu'on était au rendez-vous pour protéger les Français et notamment pour protéger les plus fragiles. Mais, attendons de voir ce qui se passe dans les jours à venir encore une fois. Bien. Si vous avez terminé avec... Certes, mais en fait, la règle, c'est que les journalistes, ici, posent autant de questions qu'ils veulent et que nous sommes tenus de répondre. Voilà.

Donc, c'est bien normal. J'explique le fonctionnement. Et voilà. Et du coup, Bastien AUGER qui en profite.

 

Bastien AUGER

Non. Une question pour vous, Madame la porte-parole. Est-ce que juste la France a des informations sur l'état de santé du nouveau guide suprême iranien ?

 

Maud BREGEON
Non, je n'ai pas d'informations à vous communiquer.

 

Bastien AUGER

Merci.

 

Maud BREGEON

Merci à tous et à la semaine prochaine.

 

Les éléments essentiels abordés par la ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement et chargée de l'Énergie, au cours de ce compte rendu du conseil des ministres :

Accueil et présentation des sujets abordés, principalement la situation au Moyen-Orient et ses impacts sur les Français. Participation de Roland Lescure et Serge Papin pour faire un point sur la situation internationale, nationale et les contrôles récents.

Message du président de la République. La France réaffirme son rôle de réassurance et de sécurité, notamment à Chypre, en mer Rouge (opération Aspides) et dans le détroit d’Ormuz.

Engagement militaire et défense européenne. La France a doublé son budget militaire en 10 ans, renforçant sa capacité de réaction et son rôle dans l’Europe de la défense.

Situation des ressortissants français.

  • 2 000 Français rapatriés par des vols affrétés par l’État, priorité aux plus vulnérables.
  • 17 000 Français rentrés via des vols commerciaux repris entre le Moyen-Orient et la France.
  • 30 000 sièges supplémentaires prévus pour la semaine suivante.

Mobilisation et précurseur. La France a été la première à organiser des rapatriements dès le début du conflit.

Transition vers le point énergie. Annonce d’un point sur la situation énergétique, avec intervention successive de Roland Lescure (aspects internationaux et marchés), de la porte-parole (aspects nationaux) et de Serge Papin (bilan des contrôles).

Projet de loi

Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique a présenté un projet de loi ratifiant l’ordonnance n° 2026-31 du 28 janvier 2026 relative au point d’accès unique européen fournissant un accès centralisé aux informations publiées utiles pour les services financiers, les marchés des capitaux et la durabilité.

Cette ordonnance a pour objet de commencer à introduire en droit national les dispositions nécessaires à la mise en œuvre progressive, à compter de juillet 2026, du point d’accès unique européen. Cette plateforme européenne a vocation à centraliser les informations publiées, en application des réglementations européennes en matière bancaire, assurantielle et boursière, par les sociétés et les acteurs financiers exerçant leurs activités au sein de l’Union européenne. Le point d’accès unique européen vise ainsi à faciliter l’accès, tant pour les investisseurs professionnels que pour le grand public, à des informations déjà publiques aujourd’hui mais dispersées entre les sites internet des entreprises, ceux des autorités nationales de supervision financière et les différents registres nationaux.

Communication

Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, le ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat et la ministre déléguée, chargée de l’Énergie auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique ont présenté un point sur les conséquences économiques et énergétiques de la guerre en Iran.

Le conflit en cours au Moyen-Orient a conduit à la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole brut et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) échangés dans le monde. Cette situation entraîne des tensions sur les marchés internationaux de l’énergie, dont l’ampleur dépendra directement de la durée du conflit et du maintien de la fermeture du détroit.

S’agissant des carburants, les hausses de prix observées concernent en particulier le gazole.

Concernant le gaz naturel, si une hausse des prix a également été constatée sur les marchés, ses effets pour les consommateurs seront moins immédiats. L’impact sur la facture énergétique des Français sera par ailleurs atténué par l’entrée dans la période de l’année où les consommations de gaz sont traditionnellement plus faibles.

En ce qui concerne l’électricité, les prix observés sur les marchés de gros à moyen et long terme, notamment pour l’année 2027, demeurent à ce stade à des niveaux modérés au regard des dernières années. La pleine disponibilité du parc nucléaire français constitue un facteur de protection important par rapport à la situation connue en 2022. Il n’existe pas de risque d’approvisionnement et, si le choc énergétique devait se prolonger, les premiers effets sur les prix de l’électricité ne se feraient ressentir qu’à horizon d’environ un an.

Sur les marchés financiers, les acteurs ont réagi à un choc exogène et imprévisible, ce qui explique l’ampleur des mouvements observés au cours des derniers jours. La plupart des classes d’actifs, notamment les actions et les obligations, ont enregistré des replis, à l’exception de certaines valeurs refuges telles que l’or ou le dollar.

À ce stade, il n’est pas attendu de spirale inflationniste généralisée et durable. Par ailleurs, la dépendance de l’économie française aux énergies fossiles a significativement diminué au cours des dernières décennies, grâce à une stratégie active de diversification du mix énergétique et d’accélération de la transition écologique. Si le choc demeure contenu et de courte durée, son impact sur l’inflation devrait rester limité.

Le Gouvernement suit en continu la situation des principaux secteurs économiques, en lien avec les filières concernées. L’exposition commerciale directe de la France à la zone du Proche et du Moyen-Orient demeure modérée.

Afin d’assurer un suivi étroit de la situation, le Gouvernement a mis en place à Bercy une cellule de veille qui se réunit quotidiennement pour analyser l’évolution des marchés financiers, des indicateurs économiques et des marchés de l’énergie.

Dès la semaine dernière, des réunions quotidiennes ont été organisées avec les filières économiques. Une réunion s’est également tenue avec les distributeurs de carburants. Ces échanges seront poursuivis au cours de la semaine et les secteurs les plus directement concernés, notamment les agriculteurs, les pêcheurs et les transporteurs, seront réunis par les ministres compétents afin d’entendre leurs préoccupations.

Afin de veiller à la transparence des prix, à la loyauté des pratiques commerciales et donc à l’exercice d’une libre concurrence, un plan exceptionnel de contrôles de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a été engagé. Cette opération, menée sur trois jours, représente un volume de contrôles équivalent à six mois d’activité en 2025. À ce stade, 513 contrôles ont été réalisés les 9 et 10 mars et 13 % des établissements présentaient au moins une anomalie.

Dans le cadre de sa présidence du G7, la France a également mobilisé ses partenaires internationaux. Une réunion des ministres des finances du G7 s’est tenue lundi et une réunion des ministres de l’énergie mardi. Ces échanges ont permis d’envisager une action coordonnée, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie, afin de mobiliser les stocks stratégiques de pétrole. Les marchés ont pris acte de cette perspective et une accalmie a été observée dès le début de la semaine.

Cette crise confirme la nécessité d’accélérer la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles importées. La France dispose d’une électricité souveraine, abondante et largement décarbonée. Le plan d’électrification des usages, présenté les 3 et 5 mars derniers, vise à amplifier les dispositifs existants afin de favoriser l’électrification des transports et du chauffage, notamment à travers le leasing social pour les véhicules électriques et le soutien à l’acquisition de pompes à chaleur.

Nomination(s)

Le conseil des ministres a adopté les mesures individuelles suivantes :

Sur proposition du ministre de l’Intérieur :

  • il est mis fin aux fonctions de préfet délégué pour la défense et la sécurité auprès du préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest, préfet de la Gironde exercées par M. Nicolas HESSE.

Sur proposition de la ministre des Armées et des Anciens combattants :

  • il est mis fin aux fonctions de directeur des territoires, de l'immobilier et de l'environnement par intérim exercées par M. Laurent GRAVELAINE, à compter du 1er avril 2026.

Sur proposition du ministre des Transports :

  • Mme Aline PILLAN, ingénieure des ponts, des eaux et des forêts, est nommée directrice des mobilités routières.

Conseil des ministres

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