Génocide arménien : le Premier ministre rend hommage aux victimes
Publié le 24/04/2026 Modifié le 28/04/2026
VIDEO. À l'occasion de la commémoration du génocide arménien, vendredi 24 avril 2026, Sébastien Lecornu a prononcé un discours à Marseille, ville symbole de l'accueil de la diaspora arménienne en France.
Un discours de mémoire
Devant les élus, les autorités civiles et militaires, les représentants du corps judiciaire et les porte-drapeaux des associations, Sébastien Lecornu a ouvert son allocution par un rappel de la tragédie qui, il y a 111 ans, a décimé le peuple arménien. Il a décrit les massacres de villages entiers, les viols, les déportations et les exécutions.
Le rôle de la France dans l'histoire arménienne
Le Premier ministre a tenu à saluer le rôle joué par la France contre la catastrophe. Il a rappelé plusieurs figures et événements marquants :
- Jaurès et Clémenceau, qui ont éveillé les consciences à la tribune de l'Assemblée nationale, ce dernier ayant préfacé l'un des premiers recueils de témoignages sur les massacres ;
- Anatole France, Charles Péguy et Pierre Quillard, qui ont alerté l'opinion publique ;
- le port de Marseille, qui a accueilli 58 000 réfugiés arméniens, dont les descendants vivent encore dans la région.
La prise de parole du Premier ministre en vidéo
Commémoration du génocide arménien, 111e anniversaire
Transcription
Madame la ministre,
Mesdames et Messieurs les élus de la région sud du département des Bouches-du-Rhône de Marseille,
Monsieur le maire de Marseille, merci pour votre invitation.
Je veux saluer également l'ensemble des autorités civiles, militaires, corps constitués, représentant l'autorité judiciaire,
Messieurs les consuls,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux responsables d'associations,
Mesdames et Messieurs.
Il y a 111 années, dans la douceur d’Erevan, au pied des neiges éternelles du Mont Ararat, à l'ombre des cloches séculaires qui jalonnent le Caucase, au cœur d'un pays de Cocagne où les histoires millénaires se chantent et se dansent au son du kochari, l'horreur. L'horreur d'un peuple pris au piège aux creux des vallées qui étaient les siennes, l'horreur de villages entiers raflés et exécutés au bord de la première rivière, l'horreur pour des familles amassées dans leur propre foyer que des exécuteurs ont embrasé, l'horreur pour des milliers et des milliers de femmes violées avant d'être abattues, l'horreur pour des vieillards tabassés et fusillés, l'horreur pour tous les enfants chassés, torturés, tués sans merci jusqu'à les chercher à coups de poignard alors qu'ils étaient encore dans le ventre de leur mère, l'horreur pour un peuple déporté, massacré, martyrisé qu'un Gouvernement avait voulu exterminer, je cite ce télégramme funeste officiel de l'époque : « sans égard pour les femmes, les enfants, les infirmes, sans écouter les sentiments de la conscience. »
Un grand crime pensé, organisé, ordonné, exécuté au mépris de toutes les lois des hommes, plus d'un million d'hommes, de femmes, d'enfants massacrés. Un génocide, un crime contre l'humanité. Mais un grand crime, on le sait dans notre histoire, n'efface rien. Ni la grandeur d'un peuple, ni la beauté d'une langue, d'une culture, ni surtout l'histoire millénaire et tragique qui se lit encore aujourd'hui dans le regard sombre et profond des enfants de l'Arménie.
Car des enfants, et vous l'avez dit, monsieur le maire, ont survécu. Ils portent dans leur âme et dans leur sang le martyre d'un peuple, et la France, derrière eux, reconnaît le génocide des Arméniens et fait vivre la mémoire de leurs ancêtres, comme nous le faisons aujourd'hui ici, à Marseille.
Mesdames et Messieurs, la France, en son temps, a agi. O certes, il aurait fallu qu'elle en fasse bien plus encore pour empêcher la catastrophe, on le sait. Mais l'union sacrée entre les peuples de France et d'Arménie, qui remonte au roi Léon V de Lusignan, a permis de sauver des vies. JAURÈS a réveillé les consciences à la tribune de l'Assemblée nationale. CLEMENCEAU aussi, en préfaçant l'un des premiers recueils de témoignages des massacres en Arménie, qu’il appelait « Notre vaillante petite alliée ». Anatole FRANCE, Charles PEGUY, Pierre QUILLARD ont alerté.
Des navires de notre Marine nationale ont rejoint le Musa Dagh, où nos marins ont sauvé quelque 4 000 vies. 58 000 réfugiés arméniens ont débarqué dans le port de Marseille. Leurs enfants y vivent encore. Et à l'ombre des oliviers du sud de la France, la mémoire d'un peuple continue de se transmettre, sa grandeur aussi, par leur énergie, leur persévérance, leur éthique également. Les Arméniens de France se sont hissés par leur travail au plus haut niveau de la société française. Leur courage ne s'est pas tari. Et les héros d'Arménie, de la résistance, MANOUCHIAN en tête, l'ont mise au service de notre patrie tout entière.
La culture arménienne se transmet toujours. Et les soirs de fête sous le ciel du sud résonnent souvent le kochari que des enfants d'Arménie, devenus fils et filles de France, dansent, apportant plus de 4 000 kilomètres d'Erevan. L'Arménie a survécu. Elle vit au cœur et au creux de nos cœurs.
Mesdames et Messieurs, si l'Arménie a survécu, elle vivra. La France est toujours à ses côtés. Et je le dis devant vous aujourd'hui, la souveraineté d'un pays ami ne se négocie pas. C'est pourquoi la France soutient l'Arménie, diplomatiquement, mais aussi depuis maintenant quelque temps, militairement. Des armes françaises sont envoyées régulièrement en Arménie pour qu'elles puissent se défendre et se protéger. Des militaires français forment des militaires arméniens sur leur sol parce que l'histoire entre nos deux peuples est vieille d'un millénaire, parce que l'amitié entre nos deux nations s'est renforcée dans les plus dures épreuves, et tout simplement parce que c'est l'Arménie et parce que nous sommes la France.
Hommage aux victimes du génocide arménien.
Vive l'amitié entre la France et l'Arménie !
Vive Marseille, vive la République et vive la France !
[Applaudissements]
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