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Décodage - Source : Service d'information du Gouvernement

Comment détecter un trouble du neurodéveloppement chez le jeune enfant ?

Publié le 15/12/2025 Modifié le 05/01/2026

DECODAGE. Dans cet entretien, la pédopsychiatre Nadia Chabane revient sur le trouble du spectre de l’autisme et le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez le jeune enfant. Elle précise les signes qui doivent alerter, les confusions possibles avec le développement normal et les bénéfices d’une intervention précoce.

Comment définir un trouble du neurodéveloppement comme le trouble du spectre de l'autisme (TSA) chez l’enfant ?

Il s’agit d’un développement cérébral atypique qui se manifeste par des anomalies de la communication sociale : difficultés à communiquer, à interagir avec les autres, à comprendre les émotions d’autrui et à exprimer les siennes. Ces symptômes sont associés à des comportements répétitifs, restreints ou stéréotypés pour le trouble du spectre autistique. Un enfant peut par exemple jouer avec ses mains, se balancer ou répéter une phrase sans s’arrêter. 

Il peut aussi développer des intérêts très envahissants, comme une fixation sur les objets ronds, la mémorisation de toutes les stations de bus. Il y a aussi une absence de modulation sensorielle, avec soit une hypersensibilité à certains sens, les bruits par exemple, soit une hyposensibilité qui demande des stimulations plus fortes. L’intolérance au changement, elle, rend chaque modification angoissante et susceptible de déclencher des crises d’anxiété et de colère.

Les difficultés de communication, anomalies du contact, intérêts restreints, isolement sont les origines du trouble.

Nadia Chabane

  • Cheffe du Service des troubles du spectre de l’autisme et troubles apparentés et professeure ordinaire à l’Université de Lausanne.
Nadia Chabane

Quels signes d’alerte avant 3 ans doivent faire suspecter un TSA ?

Avant 12 mois, le manque de contact visuel, l’absence d’appétence au contact social et de réponse au prénom constituent des points d’alerte. À 12 mois, le manque de babillage doit interroger. À 18 mois, l’absence de mots, et à 24 mois, l’absence de phrase simple sont des symptômes à prendre sérieusement en compte.

Le diagnostic d’autisme est posé entre 3 et 5 ans en France. Pourquoi un tel retard ?

Je crois que l’on n’écoute pas assez les parents. Les pédiatres rassurent souvent en disant « chaque enfant se développe à son rythme », « c’est un garçon », « il est timide ». On interprète les symptômes séparément au lieu de les considérer ensemble. Mais la situation s’améliore avec les stratégies de sensibilisation.

Une détection précoce peut-elle changer la trajectoire de l’enfant ?

Oui, entre 0 et 4 ans, la plasticité cérébrale est maximale. Avec certains modèles d’accompagnement évalués scientifiquement, des enfants peuvent gagner jusqu’à 20 points de QI dans la première année de prise en charge et accéder à une communication verbale. La majorité des enfants répondent à ces interventions, même si tous n’évoluent pas aussi favorablement.

Comment reconnaître un TDAH chez l’enfant ?

Les enfants avec un TDAH présentent des difficultés attentionnelles et de planification, une motricité non régulée et une impulsivité difficile à contrôler. Cela impacte leurs apprentissages et leur sociabilité. Comparés aux enfants du même âge, ils peinent à se réguler, ne respectent pas les règles sociales, coupent la parole, ne tiennent pas en place et se mettent souvent en danger. Le nombre de passages aux urgences peut d’ailleurs être un indicateur. Cet ensemble de symptômes peut conduire à une forme d’exclusion, car ces enfants ont du mal à s’adapter à leur environnement.

Qu’apporterait un diagnostic plus précoce ?

Cela éviterait des ruptures de parcours. Lorsqu’on comprend ce qui relève d’un trouble et non d’un mauvais caractère, on réduit la stigmatisation et l’enfant bénéficie de stratégies psycho-éducatives adaptées. Il faut savoir qu’à l’adolescence, un TDAH non reconnu peut parfois dévier vers des conduites à risque. Les difficultés d’impulsivité et de recherche de sensations augmentent le risque d’exposition à l’alcool, aux drogues et d’addiction.

Quelles sont les prises en charge du TDAH ?

La meilleure prise en charge combine des stratégies de régulation du comportement avec des thérapies cognitivo-comportementales associant les parents. Des traitements médicamenteux efficaces existent également et sont le plus souvent très bien tolérés. L’association des deux donne la meilleure réponse thérapeutique.

Une stratégie nationale

Pour améliorer le repérage précoce, le diagnostic et l’accompagnement des personnes et de leurs familles, la France déploie une Stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement depuis 2023.


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