Interview de Mathias Moulin

Publié le 30/07/2026 Modifié le 03/08/2026

Alors que les outils d’intelligence artificielle générative s’imposent progressivement dans les pratiques professionnelles, l’État se dote d’une charte pour encadrer leur usage par les communicants publics. Mathias Moulin revient sur l’implication de l’autorité dans son élaboration et détaille les principaux enjeux en matière de protection des données, de transparence et de supervision humaine.

Mathias Moulin

Secrétaire général adjoint de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)

Pourquoi était-il important que la CNIL participe à l’élaboration de cette charte d’usage responsable de l’IA pour les communicants de l’État ?

D’abord, pour fonctionner, les systèmes d’IA s’appuient sur des gros volumes de données, dont des données personnelles, y compris celles des « prompts » des utilisateurs. Il est donc essentiel que les principes de protection des données personnelles soient connus et respectés. Il était naturel pour nous de contribuer à traduire ces principes en recommandations adaptées aux pratiques des communicants de l’État. 


Ensuite, lorsque le SIG nous a sollicités, la CNIL était en train de finaliser sa propre charte d’usage de l’IA. Travailler sur le projet du SIG nous permettait de nous nourrir d’une autre approche. La charte de la CNIL intègre d’ailleurs de nombreuses idées de la charte d’usage responsable de l’IA pour les communicants de l’État.

Quels sont, selon vous, les principaux risques en matière de protection des données lorsque les professionnels de la communication utilisent des outils d’IA générative ?

J’identifie deux risques principaux, communs à tous les utilisateurs : 

  • Les données personnelles transmises à l’IA, soit dans la base initiale, soit via les « prompts », peuvent ressortir ultérieurement, c’est ce qu’on appelle une « régurgitation » : en réponse à un « prompt », le système génère des données très proches des données d’entraînement, qui sont alors accessibles à un utilisateur tiers.
  • L’usage d’un outil extra-européen entraîne souvent le transfert hors de l’Union européenne des données transmises dans les « prompts », avec une perte de maîtrise sur leur lieu de stockage, leur réutilisation et les garanties juridiques applicables.

La charte insiste sur la transparence et la supervision humaine. Comment ces principes peuvent-ils être appliqués concrètement dans les métiers de la communication étatique ?

La transparence suppose d’indiquer clairement lorsqu’un contenu a été généré ou substantiellement amélioré par une IA. De même, si un système d’IA veut se servir des données communiquées dans les prompts pour entraîner son modèle, il doit l’indiquer et donner la possibilité à l’utilisateur de s’y opposer. 


Concernant la supervision humaine, elle est nécessaire pour vérifier l’exactitude du contenu, l’absence de « régurgitation » de données personnelles et la limitation des biais, discriminations ou atteintes aux droits de tiers. Enfin, la décision finale d’utiliser le contenu doit rester humaine : l’IA assiste le communicant, sans se substituer à lui.