Interview de Jean-Daniel Lévy

Publié le 30/07/2026 Modifié le 03/08/2026

En 2025, le SIG a confié à Harris Interactive la réalisation d’une enquête exploratoire sur le rapport des Français à l’innovation.
À partir d’une communauté en ligne et d’un benchmark des études d’opinion récentes, le questionnaire et l’analyse des résultats ont été construits avec l’institut pour éviter les angles préconçus, saisir au plus près les représentations des Français et identifier les enseignements mobilisables par la puissance publique.
Jean-Daniel Lévy revient sur la méthode, les enseignements de cette première édition et les dimensions à approfondir dans les prochaines vagues.

Jean-Daniel Lévy

Directeur délégué, stratégies politiques et d’opinion, Toluna France - Harris Interactive

L’innovation est un sujet large, parfois abstrait. Comment avez-vous conçu ce baromètre exploratoire, notamment pour saisir ce que les Français associent réellement à cette notion ?

Pour appréhender un objet aussi polysémique que l’innovation, nous avons d’abord fait le choix de partir des représentations spontanées des Français via une question ouverte. Cette approche permet de ne pas plaquer de définition préalable et de restituer les représentations spontanées ; elles sont très largement structurées par les nouvelles technologies et, en premier lieu, l’intelligence artificielle. 


Nous avons ensuite précisé ce que recouvrait le terme « innovation » afin de nous assurer que les répondants s’appuieraient sur une définition commune. Cela nous a permis de comprendre les représentations spontanées des Français et de nous assurer par la suite que nous parlions bien de « la même chose ».


Quels grands enseignements retenez-vous de cette première édition ? Un résultat vous a-t-il particulièrement marqué ou surpris ?

Le premier enseignement tient à une perception relativement positive mais ambivalente. L’innovation est massivement associée au progrès, notamment pour ses bénéfices concrets (gain de temps, confort, croissance…) mais elle ne suscite qu’une confiance mesurée. Cette prudence se retrouve dans les usages, une majorité des Français se définissant comme suiveurs plutôt qu’early adopters. 


L’autre point saillant est le décalage entre une France perçue comme innovante, sans être considérée comme pionnière, et un jugement positif sur les innovations « made in France ». Cette enquête allie surprises et confirmations : la France n’est pas aussi frileuse que celle parfois décrite.


À la lumière des résultats, quels sujets ou quelles dimensions vous sembleraient intéressants à approfondir dans une prochaine édition du baromètre ? Quelles dimensions du rapport des Français à l’innovation seraient les plus susceptibles d’évoluer au regard de l’actualité ?

Tout d’abord, il nous apparaît important de conserver quelques indicateurs afin de pouvoir suivre dans le temps les évolutions des perceptions. 


Ensuite, il pourrait être utile d’approfondir le rapport concret aux usages (notamment autour de l’intelligence artificielle) dont l’appropriation progresse mais reste marquée par des interrogations et doutes. 


Enfin, la dimension sociale de l’innovation apparaît centrale : ses effets perçus sur les inégalités, le pouvoir d’achat ou l’emploi structurent fortement les jugements. On le sait, en France, la notion de progrès n’est que plus acceptée qu’elle donne le sentiment d’être accessible à tous.