Interview de Carlotta Alfonsi

Publié le 30/07/2026 Modifié le 04/08/2026

Quels enseignements tirer du premier « Scan de l'OCDE » français, consacré à l’évaluation de la performance de la communication publique en France ? Carlotta Alfonsi revient sur les forces du modèle français et les défis qu’il lui reste à relever pour mieux mesurer l'impact de la communication de l'État au service d’une relation de confiance entre les citoyens et l’Administration.

Carlotta Alfonsi 

Analyste de politique à la direction de la gouvernance publique de l'OCDE

Comment se situe la France au niveau international dans l’évaluation de sa communication publique ?

La France se distingue nettement de ses homologues internationaux. Selon le Scan de l’OCDE, l’évaluation de la communication publique y est déjà une pratique généralisée. Par exemple, elle est régulièrement pratiquée dans les directions de la communication (DICOM) des ministères français et dépasse largement ce que l’on trouve dans la majorité des pays de l’OCDE. L’évaluation est devenue une pratique courante à travers les administrations publiques, et se fait presque systématiquement sur la base d'indicateurs de performance définis préalablement ou conçus à partir de campagnes précédentes.


Cette avance est réelle. Mais la qualité de l’évaluation varie énormément entre campagnes et typologie d’administration. Alors que les organismes publics évaluent leurs activités selon des plans de communication déterminés à l’avance et des critères qualitatifs approfondis, de nombreux ministères recourent à une évaluation plus superficielle en raison de contraintes politiques et budgétaires.


L’enjeu désormais est moins de généraliser l’évaluation que de l’approfondir en adoptant des cadres méthodologiques rigoureusement appliqués par les pairs internationaux du SIG, pionniers en matière de communication publique : le Canada et le Royaume-Uni.

Quels ont été les principaux constats identifiés entre les pratiques de communication publique en France et à l’international ?

Le « Scan de l’OCDE » confirme la modernisation et la transformation engagées ces dernières années par la France et salue les efforts entrepris par le SIG pour professionnaliser la communication publique : coordination interministérielle renforcée, ancrage de la Marque État, formats numériques plus accessibles, rationalisation des 4 500 sites web et 1 800 comptes d’administrations publiques sur les réseaux sociaux et professionnalisation de la communication intermédiée.


Mais il identifie une limite : la majorité des évaluations se concentre sur des métriques de visibilité (portée, impressions, clics) au détriment des résultats à long terme et de l'impact politique. Les objectifs restent souvent trop larges pour démontrer une contribution réelle aux objectifs des politiques publiques. Il est ainsi conseillé au SIG d’accompagner les DICOM ministérielles dans la sélection d’indicateurs de performance pertinents selon les objectifs de chaque campagne (« informer », « changer un comportement » ou « recruter »).

En quoi les outils d’évaluation des dispositifs de communication sont-ils déterminants dans le rapport de confiance des citoyens envers l’État ?

Parce qu'elle touche au lien de confiance entre les citoyens et leurs institutions, la communication publique doit être évaluée avec la même exigence que toute autre politique publique. Or, la faible confiance dans les institutions publiques, 34 % en 2023 selon l'OCDE, interroge directement la capacité de la communication de l'État à être visible et comprise. 


La matrice d'indicateurs co-construite par le SIG et l'OCDE introduit une logique MEL (mesure, évaluation, apprentissage) articulée à trois niveaux : l'attribution, la compréhension et la mémorisation des politiques par les citoyens, la performance d'une campagne par rapport à ses objectifs de changement de comportement ou de perception, et l'efficacité de chaque levier mobilisé. Évaluer rigoureusement, c'est se donner les moyens de piloter la parole publique et de restaurer sa crédibilité.