Visite de Sébastien Lecornu à Mayotte

Publié le 26/08/2026 Modifié le 31/08/2026

VIDÉOS. Le Premier ministre, accompagné d’une partie du Gouvernement, est en déplacement à Mayotte un an après le lancement du plan quinquennal pour refonder l’archipel.

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Image d'illustration - Source : Service d'information du Gouvernement

Le Premier ministre, chargé de la Planification écologique, Sébastien Lecornu, est en déplacement à Mayotte les 26 et 27 août 2026. 

L'archipel avait été durement frappé par le cyclone tropical intense Chido en décembre 2024, suivi de la tempête Dikeledi en janvier 2025. Ces catastrophes ayant exacerbé les difficultés de Mayotte, une loi de programmation pour la refondation de l'archipel a été promulguée en août 2025. Elle doit permettre le développement économique, éducatif et social de Mayotte sur de nouvelles bases.

Un an après le lancement du plan quinquennal, le chef du Gouvernement, accompagné des ministres chargés de l’Intérieur, Laurent Nunez, des Armées, Catherine Vautrin, des Outre-mer, Naima Moutchou, de l'Éducation nationale, Edouard Geffray, de la Santé, Stéphanie Rist, et de la Transition écologique, Monique Barbut, se rend sur place pour faire un point complet sur l’avenir de l'archipel : reconstruction, lutte contre l’immigration clandestine, rentrée des classes, accès aux soins et projets d’infrastructures.

Dans ce contexte, Sébastien Lecornu a notamment relevé deux aspects importants de l’action gouvernementale à mettre en place :

  • le développement des capacités militaires, de l’usage du haut du spectre des hautes technologies, des drones, des ballons stationnaires et de l'intelligence artificielle ;
  • la mise en place d’un système de bonus-malus pour les pays bénéficiaires de l’aide publique, selon leur capacité à coopérer avec la France sur les questions d’immigration : renseignement, action contre les passeurs, reprise des étrangers en situation irrégulière... sans, bien entendu, remettre en cause les valeurs de la France ou le respect du droit.

Réunion de l’état-major de la lutte contre l’immigration clandestine

Source : Gouvernement

Propos introductifs du Premier ministre - réunion de l’état-major de la lutte contre l’immigration clandestine - 26 août 2026

Transcription

Préfet de Mayotte 

[...aux postes de commandement de l'action de l'État en mer qui mobilise journellement plus de 11 services de l'État qui vont de la force de sécurités intérieurs aux forces armées, service de renseignement spécialisé pour lutter] contre l'immigration clandestine, en particulier contre l'immigration clandestine en mer. Assez rapidement, [il faut] rappeler qu'on reste à un niveau assez élevé d'activité puisque sur l'année, on intercepte entre 700 et 900 embarcations dites Kwassa dans l'océan Indien et on a environ 900 à 1 000 intrusions maritimes qui continuent à venir en provenance des Comores, mais aussi de l'Afrique des Grands Lacs, par le truchement, évidemment, des Comores. Donc, on est à ce stade et, à date, à 16 500 éloignements. Évidemment, la LIC mer se trouve conjuguée avec la LIC terre (la lutte contre l'immigration clandestine à terre), qui est principalement opérée par les forces de sécurité, gendarmerie et police, mais principalement par le groupe d'appui opérationnel des PPN, avec, là aussi, des résultats qui sont satisfaisants. Peut-être, pour ne pas être trop long, [faut-il] dire qu'on constate néanmoins, même si les effectifs restent mobilisés et qu'on a une activité qui est positive, qu'on a un adversaire qui s'adapte à nos modes d'action, qu'on a un adversaire qui connaît nos modes de détection. Et donc, on est dans ce travail de réflexion nécessaire pour pouvoir optimiser et adapter notre modèle face à la menace à laquelle nous faisons face quotidiennement, monsieur le Premier ministre.

Sébastien LECORNU, Premier ministre, chargé de la planification écologique

Merci, Monsieur le Préfet. Peut-être quelques mots introductifs. D'ailleurs, je souhaiterais que le ministre de l'Intérieur et le ministre des Armées [prennent] le soin de compléter. Je me permets aussi de saluer la presse locale de l'archipel, et aussi nationale, qui a fait le déplacement pour suivre ce déplacement, qui est mon quatrième déplacement à Mayotte (enfin un déplacement privé et 3 déplacements ministériels). Je crois que ça doit être la 2e ou 3e fois que je viens dans cette salle d'état-major, ce qui me permet aussi de parcourir et de regarder le chemin parcouru, pour être précis, notamment depuis 2017. 

Et je veux commencer par des mots de remerciement, je pense que les ministres le feront également, pour beaucoup d'inspecteurs des travaux finis et de commentateurs sur les résultats. Mais enfin : quand je vois 16 000 reconductions sur le seul premier semestre de l'année 2026, ce qui laisse apercevoir des cibles quand même importantes cette année, la mobilisation très importante — évidemment policiers, gendarmes, douane, mais également forces armées, on va y revenir dans un instant — mais qui permet d'avoir des résultats qui sont tout à fait solides. 

Néanmoins, vous l'avez dit, on le voit bien, l'adversaire s'adapte. Mettons les pieds dans le plat, aussi parce qu'il bénéficie parfois de complicités locales. Il s'adapte parce que, tout simplement, nous sommes parfois lisibles dans la manière de traiter cela. Et donc, évidemment, il faut qu'on se réinvente. C'est l'objet de cette réunion et des quelques annonces qu'on peut y faire. Et puis, la réalité, c'est que pendant des années, le flux migratoire ne venait que des Comores. Désormais, effectivement, un certain nombre de pays de l'Afrique des Grands Lacs, y compris pour des raisons qui tiennent à leur géopolitique en ce moment, à des guerres, à des phénomènes aussi climatiques, fait que, évidemment, on a un nouveau flux qu'il nous faut traiter. Ça, on va y revenir dans un instant, y compris après, hors presse. Néanmoins, on va tout à l'heure rejoindre les élus, on va reparler évidemment de la reconstruction, on a beaucoup de choses à dire et à mettre sur la table, mais enfin, on sait tous ici qu'on marche sur deux jambes. Si on n'est pas bon sur le régalien, de toute façon, on ne sera pas bon non plus sur les questions politiques, économiques, sociales ou environnementales pour l'archipel. 

Donc nous, on vient avec, au fond, à droit constant, pas question de commencer à faire des grandes annonces, etc. Pour ça, il y a l'élection présidentielle. Donc à loi constante, [il faut] déjà faire en sorte que les lois actuelles soient appliquées. Ce n'est pas complètement le cas. Ça va être un des points d'étape aussi de vouloir faire avec vous toutes et vous tous. 

La deuxième des choses, c'est qu'on n'a pas à rougir des moyens budgétaires et d'effectifs qui ont été mis sur la table. Et il n'a échappé à personne qu'on doit rendre quelques arbitrages importants dans les jours qui viennent pour préparer le budget pour l'année prochaine et qu'il est évident que tout ce qu'on a commencé depuis 2017, non seulement ne doit pas être abîmé pour l'année prochaine, mais mieux que cela, il faut évidemment continuer de le renforcer. Mais je laisserai peut-être les ministres le développer tout de suite parce qu'on veut s'assurer qu'évidemment, ça corresponde bien à ce que vous entendez localement, et ce que vous constatez, je l'ai dit notamment pour le DTPN et le général de gendarmerie, en lien évidemment avec la Douane et aussi le COMSUP des FAZSOI depuis La Réunion. 

Après, je pense quand même qu'on a deux légères inflexions. Si on dit qu'il faut s'adapter à l'adversaire, il y a deux légères inflexions qu'il faut assumer, à mon avis, dès maintenant, à droit constant. La première, c'est — et avec la bienveillance de Catherine VAUTRIN et de ses équipes, pour avoir commencé ce travail en amont — c'est d'assumer une militarisation plus importante de la protection de la souveraineté de l'archipel. Je suis très clair sur le sujet : les forces de sécurité intérieure doivent continuer de faire un travail de sécurité intérieure — interceptions, prise en charge évidemment des étrangers en situation irrégulière. Mais enfin, on voit bien qu'on a un énorme problème d'angle mort autour de l'archipel. Chido évidemment n'a pas aidé à cela, et nous a fait prendre du retard par rapport aux objectifs que nous nous étions donnés, y compris lorsque j'étais jeune ministre des Outre-mer. Mais on voit bien quand même que, que ce soit sur l'îlot de Mtsamboro, sur la capacité de détection de radars, là, il faut qu'on passe la seconde. Et donc c'est ce qu'on va décider là ensemble dans quelques instants. C'est une militarisation plus importante des approches de souveraineté, un recours au haut du spectre des hautes technologies que la loi de programmation militaire, que les lois de programmation militaire nous ont données, c'est-à-dire des choses qu'on utiliserait peut-être dans d'autres circonstances mais qu'on va décider de mettre en place ici. Drones, autant le drone tactique pour les intercepteurs que des drones de longue portée qui permettent d'avoir de la longueur d'avance sur évidemment les départs. Ballons stationnaires avec différents capteurs, usage de l'intelligence artificielle. On est enfin capable (on avait parlé de muraille jadis, là on est enfin capable de commencer à la dessiner, parce qu'évidemment, les technologies d'une part, mais aussi les crédits qu'on a injectés dans les forces armées nous le permettent) d'avoir une approche de souveraineté. 

Et la ministre y reviendra parce que tout ça s'ajoute à d'autres décisions qui ont été prises : Escale [ph], modernisation aussi, évidemment, des intercepteurs. Tout ça évidemment rentre en ligne de compte. Je rappelle qu'en 2017, il y avait quatre intercepteurs pour faire de la LICAM, lutte contre l'immigration clandestine. Là, aujourd'hui, on est à 9 cette année et on finira autour de 13 ou 14 en 2028. Je veux bien qu'on dise tout ce qu'on veut, mais enfin, à quoi ça ressemblait avant 2017 ? Parfois, on se pose quand même un peu la question. Donc ça, c'est évidemment la première inflexion, c'est assumer un continuum ministère des Armées-ministère de l'Intérieur qui soit beaucoup plus robuste en respectant le rôle de chacun, mais avec une militarisation plus importante. Et je pense que la symbolique, pour celles et ceux qui connaissent bien Mayotte, le fait que l'on mette un détachement de la Légion étrangère, mon général, en permanence sur l'îlot de Samboro, avec des capacités de radar, des capacités optiques, c'est-à-dire d'assumer un poste avancé de souveraineté, va évidemment changer un tout petit peu la donne.

L'autre inflexion, c'est amont-aval, c'est-à-dire qu'il faut quand même qu'on ait une politique qui soit beaucoup plus cohérente entre les ministères, de l'amont, c'est-à-dire des pays de départ, jusqu'à l'aval, c'est-à-dire ici même, une fois que l'étranger en situation irrégulière a pu rentrer sur le territoire, si malgré tout, on n'a pas réussi à l'intercepter en amont. C'est aussi pour ça que je suis venu avec beaucoup de ministres différents, parce que du paiement effectif, je parle de lois déjà votées, donc de faire appliquer des lois qui existent déjà, du paiement des soins à l'hôpital de Mayotte par les étrangers en situation irrégulière, à la régie, comme on le faisait jadis (et la ministre de la Santé est là), jusqu'au dialogue avec les capitales des différents pays de départ, on voit bien que là, il faut qu'on renverse complètement la donne et la manière de faire. 

Et donc,  je remercie le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, qui ne peut pas être avec nous, mais enfin, je lui ai donné quelques directives avant notre déplacement ici. C'est qu'on va imaginer un système de bonus-malus sur l'aide publique au développement, sur notamment tous les pays qui sont concernés par les zones de départ. Alors ça, c'est quelque chose qui était demandé de longue date par le ministère de l'Intérieur, c'est de la mise en cohérence. Je le dis tout de suite : il n'est pas question de trahir nos valeurs, donc tout ce qui est de l'aide humanitaire directe aux populations, y compris dans les théâtres de guerre et autres — ça, on ne le remet pas en cause. Il ne faut pas raconter n'importe quoi. Certains le disent, moi, j'assume ça. Il ne faut pas faire n'importe quoi. 

Pour autant, vous avez une part qui est modulable, notamment sur des crédits bilatéraux qui permettent de faire de l'aide pour les différents pays concernés. Ce ne sont pas du tout des petites sommes. L'année dernière, sur les 8 ou 9 pays qui nous intéressent, on parle quand même de 300 millions d'euros. C'est assez simple, on va créer quelques nouveaux critères de bonus-malus, c'est-à-dire la capacité à bien collaborer avec les systèmes de renseignement, lutter contre les passeurs, évidemment les laissez-passer consulaires, la capacité de véritablement reprendre les étrangers en situation irrégulière. Tout ça dans le respect du droit, pas plus. Nul nécessaire de raconter n'importe quoi ou de faire n'importe quoi. Mais il est normal qu'un pays souverain (on va le faire avec beaucoup de respect, ce sont des pays souverains), mais qu'un pays souverain qui se donne du mal pour répondre à nos attentes, en matière migratoire, il est normal qu'on l'aide plus qu'un pays qui est parfois sourd ou peut-être trop léger avec ce que nous attendons. Je le dis prudemment parce que je suis plutôt là pour trouver une solution et arriver à nos buts que de créer un problème et avoir un propos d’estrade. Mais en tout cas, c'est une réflexion évidemment qui est très importante et sur laquelle j'entends bien que tout ça prend effet maintenant. Parce que, je l'ai dit : on travaille à l'endroit constant. On est dans un moment en plus où sur le terrain budgétaire, les choses sont un peu tendues, il faut donc aussi qu'on soit beaucoup plus imaginatifs, beaucoup plus précis dans ce que l'on propose. 

Peut-être que le ministre de l'Intérieur, puis le ministre des Armées, [peuvent intervenir] s'ils sont d'accord.


Laurent NUNEZ

Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre, d'abord pour vos propos de remerciements sur lesquels évidemment je rebondis. [Il faut ] dire ici qu'en matière de lutte contre l'immigration clandestine, ce qui est l'objet de cette réunion, de ce comité unique, sous l'autorité de Monsieur le le préfet délégué du gouvernement ici à Mayotte, que je salue. 

L'ensemble des acteurs sont totalement mobilisés sur ce sujet. Vous avez rappelé (vous avez eu raison de le rappeler) : on entend dire beaucoup de choses. Les résultats que nous obtenons avec l'engagement des policiers, des gendarmes, le concours évidemment des forces armées, d'autres services comme l'administration des douanes notamment, les services administratifs également de la préfecture que je veux saluer, qui font évidemment le travail, il y a le travail d'interpellation des étrangers en situation irrégulière, il y a le travail de reconduite qui est un travail lourd, fastidieux, procédural, mais qui est nécessaire et qui est accompli avec beaucoup de diligence, font que les résultats que nous avons obtenus sont de très bons résultats. 

Bien sûr, il faut continuer cette action, bien sûr, il faut faire plus, mais nous avons obtenu de réels résultats. Le préfet l'a rappelé, on est à 16 500 éloignements depuis le début de l'année. Augmentation importante (un éloignement forcé bien sûr), une augmentation importante par rapport à l'an passé. En 2025, c'était déjà 23 000 éloignements sur toute l'année, on était déjà à + 21 %. Ce travail, évidemment, on va le poursuivre. Et dire, et vous avez également eu raison de le rappeler, Monsieur le Premier ministre, c'est que depuis 2017, les moyens qui ont été affectés à Mayotte, qui ont été affectés à ce qu'on appelle la LIC, la lutte contre l'immigration clandestine, n'ont cessé d'augmenter. 

Je veux redire que pour la police nationale, c'est + 50 % d'effectifs depuis 2017. Pour la gendarmerie, c'est + 64 % et nous allons poursuivre cette action. Nous allons poursuivre cette action. C'était prévu dans le cadre de la loi de finances pour 2026. Ça le sera également dans le cadre de la loi de finances pour 2027. Et cette action, elle va se poursuivre à nouveau par des augmentations d'effectifs. Monsieur le préfet a cité le travail important que fait la police aux frontières, et notamment le groupe d'appui opérationnel de cette police aux frontières, qui sera renforcé. Nous allons renforcer ses effectifs. On concrétisera les annonces demain à la presse, mais on va encore renforcer ces effectifs. Ce sera la même chose en gendarmerie. 

Vous l'avez dit, Monsieur le Premier ministre, c'est extrêmement important, nous allons financer de nouveaux intercepteurs. Pour ce qui est de la police nationale et de la gendarmerie, qui évidemment vont bénéficier également du concours des forces armées, mais nous atteindrons les 10 intercepteurs à la fin de l'année puisque deux ont pu être livrés, quatre vont l'être d'ici à la fin de l'année. C'est six intercepteurs de plus qui font un travail remarquable et qui permettent d'améliorer la couverture pour les interceptions en mer et notamment des Kwassa qui arrivent sur Mayotte. Voilà, en quelques mots, vraiment, ce sont vraiment des mots de remerciements pour dire qu'on va poursuivre cette augmentation des moyens. 

Nous programmerons très probablement comme vous l'avez demandé, une nouvelle opération d'ampleur. Il y a eu Kingia qui s'est déroulée sur le mois d'avril, le mois de mai, qui a produit d'excellents résultats, plus de 500 interpellations, 100 objectifs qui étaient des objectifs prioritaires de criminalité organisée qui ont été interpellés, donc 119 opérations CODAF. Donc on va poursuivre évidemment avec une deuxième opération à l'automne qui mobilisera des renforts qui viendront spécifiquement pour ces opérations, qui qui sont très productives. 

Et puis juste un mot pour conclure, Monsieur le Premier ministre, pour dire qu'on va évidemment travailler, et c'est sous l'autorité du préfet ici, dans le cadre de cette lutte contre l'immigration clandestine. On va évidemment poursuivre les nombreuses opérations que nous menons pour lutter contre l'économie informelle, qui évidemment y est très liée. Je veux dire par exemple que depuis le début de l'année, il y a eu plus de 250 opérations qui ont été menées pour la lutte contre l'économie informelle. À la même période l'année dernière, c'était 150. Merci au préfet de l'engagement qui est extrêmement important, qui est fait sur ces sujets. 

Et puis juste un mot pour terminer, évidemment on s'intéresse de très près aux réseaux des passeurs, sous l'autorité de la police judiciaire de France, Monsieur le directeur de la police qui est chef de file en matière de criminalité organisée. Donc, il y a des réunions qui se tiennent, la prochaine est prévue dans quelques jours, pour mieux se coordonner dans la lutte contre la criminalité organisée autour des réseaux de passeurs, c'est-à-dire avoir les meilleures cartographies, mieux échanger les renseignements, travailler en interministériel, notamment avec les douanes. Et ça, évidemment, ce travail va se poursuivre. 

Voilà, Monsieur le Premier ministre. Donc je remercie à nouveau l'ensemble des effectifs qui sont très engagés. 1) Bravo pour les résultats obtenus, et 2), on va continuer et on va renforcer les moyens. 

Merci, Monsieur le Premier ministre.


Catherine VAUTRIN

Merci, Monsieur le Premier ministre. À mon tour, évidemment, de remercier l'ensemble de nos équipes et de dire que finalement, si nous sommes dans cette salle qui peut paraître un peu petite, c'est parce que cette salle est un véritable symbole du lien qui existe entre les forces de sécurité intérieure et nos armées, puisqu'on le sait, les forces de sécurité intérieure travaillent sur le territoire national et sur le littoral, et ce sont les armées qui accompagnent justement avec les moyens hauturiers et les avions spécialisés, et nous pouvons comme ça intervenir au large.

Et c'est cette capacité à travailler ensemble et l'assistance finalement qu'apportent les armées aux forces de sécurité intérieure qui nous permettent de nous mobiliser. 

Je voudrais insister sur l'évolution des moyens. Mon prédécesseur, notre Premier ministre, a porté la loi qui était la loi de programmation militaire, qui déjà avait incarné des efforts pour l'ensemble de nos outre-mer et particulièrement pour Mayotte. Et avec l'actualisation que j'ai portée il y a quelques jours et qui a été promulguée le 18 août 2026, nous allons continuer dans ce sens. Et la volonté du Gouvernement, c'est que ce qui est programmé devienne réalité. Et si je regarde un premier exemple, celui des effectifs, dans ce régiment par exemple, nous avons d'ores et déjà 87 % des renforts qui sont affectés, alors que la programmation s'étendait de 26 à 30. Et l'idée, c'est d'aller plus vite parce qu'effectivement, ces moyens nous permettent là encore de mieux coordonner, de mieux accompagner. 

De la même manière, je voudrais insister sur un deuxième élément important à Mayotte, qui est le service militaire adapté. 850 jeunes sont chaque année accompagnés par nos armées et trouvent par ce moyen une approche qui est une approche finalement vers une vie professionnelle. Maintenant, la volonté, évidemment, du Premier ministre, c'est la capacité du Minarm [ministère des Armées, ndlr] d'accompagner le ministère de l'Intérieur dans la lutte contre l'immigration clandestine. 

Vous savez que nous avons mis en place deux types d'opérations : les opérations Requin, lutte contre le trafic illicite de migrants au large du canal du Mozambique. J'insiste sur l'importance du canal du Mozambique, parce qu'on voit que les conflits qui existent, notamment au PMO, ont apporté toute une partie non négligeable du trafic en mer vers le canal du Mozambique. Et donc, l'action de l'État en mer dans une zone, notre ZEE, qui est très importante, c'est 21 % de l'ensemble de nos ZEE : il y a là une capacité des armées de protéger le territoire et de démanteler les filières de passeurs. 

Le deuxième type d'opération, c'est l'opération Nephila ; ce sont les patrouilles terrestres du 5e RE [régiment étranger, ndlr], avec là aussi une capacité à détecter des arrivées de migrants dans des zones difficiles d'accès et derrière, une capacité d'intercepter. Si je prends les chiffres de 2025 : 18 opérations, 441 étrangers interceptés. Nous avons souhaité renforcer les moyens du régiment. Quatre embarcations ont été livrées, là encore des embarcations qui disposent de radars qui améliorent bien évidemment la capacité de détection. Et on voit donc bien qu'il y a une nécessité d'effectifs, une nécessité de matériel qui permet de renforcer nos savoir-faire et notre approche. Je voudrais enfin dire combien nous sommes également engagés sur le nombre de jours de mer, parce que souvent, on nous dit : « Vous travaillez en zone régionale. » Oui, c'est vrai. 

C'est vrai ici, comme c'est vrai, par exemple, dans l'Hexagone, depuis Toulon, on rayonne sur l'ensemble de la Méditerranée (si je devais prendre un autre exemple). Eh bien ici, très concrètement, les patrouilleurs outre-mer : un a été livré en 2025, un second sera livré en 2027. Ils sont effectivement stationnés à La Réunion. Pour autant, nous avons eu 137 jours de mer en 2025 et au moment où je vous parle, nous sommes déjà à 126 jours de mer, ce qui montre bien notre capacité à déployer des unités qui sont des unités qui viennent autour de Mayotte. 

Nous avons eu, en plus, l'année dernière, une mission Jeanne d'Arc, nous avons eu une frégate, et tous ont opéré au large de Mayotte dans cette complémentarité bien organisée avec le ministère de l'Intérieur. Nous avons maintenant une autre approche qui est le renfort d'un avion léger de surveillance et de reconnaissance à La Réunion qui arrive en septembre 2026, en parallèle des 3 ALSR qui sont affrétés par les forces de sécurité intérieure, ce qui nous permet d'avoir une alerte permanente à 45 minutes à Mayotte. Donc, vous voyez qu'il y a non seulement des moyens, mais il y a également une capacité de réactivité qui est tout à fait importante. 

Dernier élément, celui qu'a évoqué Monsieur le Premier ministre concernant les infrastructures. Nous avons parlé de technologie avec les drones, les ballons. Dans l'actualisation de la loi de programmation militaire, nous avons pris un engagement de radars, de mise en place de nouveaux radars dans un délai d'un an après la promulgation, ce qui nous conduit à août 2027. Donc, on le voit bien que c'est extrêmement rapide. Nous nous sommes également engagés sur la modernisation du ponton de Petite-Terre avec une augmentation des capacités d'accueil. Nous avons une étude sur une capacité sommaire d'accueil sur Grande-Terre d'une unité élémentaire de l'armée de Terre : là encore, des moyens pour loger finalement nos militaires. Et également une étude sur le renforcement de la plateforme aéronautique militaire qui est adossée à l'aéroport. Donc on voit bien évidemment que tous ces travaux ont tous un sens : l'efficacité, la rapidité de l'action pour une protection des Mahorais, du territoire et de la souveraineté de notre pays.


Sébastien LECORNU

Merci beaucoup. Merci à la presse. On va poursuivre.


Discours du Premier ministre à l’Assemblée de Mayotte

Source : Gouvernement

Discours du Premier ministre, Sébastien Lecornu, à l’Assemblée de Mayotte le 26 août 2026

Transcription

Sébastien LECORNU, Premier ministre, chargé de la planification écologique

Monsieur le Président, mon cher Ben Issa, je suis heureux de vous retrouver ici quelques années, enfin, c'est mon quatrième déplacement à Mayotte, troisième déplacement ministériel. On se connaît bien pour avoir géré déjà un certain nombre de crises et de dossiers ensemble.

Et je n'oublie pas qu'avec votre équipe ici, les conseillers départementaux de l'ensemble des cantons de Mayotte, il y a de cela quelques années, nous avions pris des décisions ensemble notamment aux 10 ans de la départementalisation, qui nous avait amenés quand même à prendre une décision importante qui était appelée des vœux des Mahoraises et des Mahorais, qui était le début d'une trajectoire claire de convergence sociale. Nous l'avions décidé ensemble. Et le principe même d'une loi-cadre pour Mayotte, il a fallu un petit peu de temps entre le moment où nous l'avons décidé et le moment où, effectivement, le parlement s'en est emparé et où elle a été votée, mais enfin, on a déjà quelques habitudes de travail. Donc, merci.

Et si je puis me permettre, [merci] à l'ensemble des collègues conseillers départementaux, l'étant moi-même par ailleurs, [pour] vous remercier de cet accueil républicain (un jour de fête en plus) et donc, d'avoir pris ce temps d'accueil et aussi de travail.

Une séance de travail maintenant, et on reviendra demain dans une séance de travail particulière avec les maires. Je salue évidemment les parlementaires qui sont ici et qui nous accueillent, les ministres qui m'entourent ; vous avez également le ministre de l'Intérieur et la ministre des Armées qui sont actuellement encore sur Petite-Terre, sur justement une séquence dédiée à la lutte contre l'immigration clandestine et plus généralement les questions de sécurité, mais j'en dirai un mot dans un instant.

Et puis, je veux remercier évidemment les équipes de la préfecture, les équipes des collectivités locales qui ont monté ce déplacement officiel. Plusieurs ministres, c'est quand même particulièrement lourd, mais il me semblait que c'était absolument indispensable de le faire.

C'était indispensable de le faire parce que, pour être complètement transparent, ne découvrant ni Mayotte ni ses difficultés, il ne m'avait pas échappé que beaucoup d'engagements ont été pris. Il ne m'a pas non plus échappé, pour surveiller de près nos affaires budgétaires, que l'argent était bien là, mais que tout ça ne voulait rien dire pour nos compatriotes ici parce que les projets concrets, la reconstruction concrète des infrastructures publiques, mais aussi d'ailleurs des logements, parce qu'on n'a pas prononcé le mot assureur ou assurance (mais on y reviendra : il y a aussi un enjeu, évidemment, de réponse du secteur privé), tout ça prend beaucoup trop de temps depuis maintenant un an et demi et ça crée évidemment beaucoup de désespoir que je mesure.

Et c'est pour cela que j'ai pris ma plume en écrivant aux collègues maires et en vous adressant cette lettre en copie, Monsieur le président, considérant qu'il ne fallait peut-être pas faire un déplacement ministériel comme d'habitude, c'est-à-dire avec un énième plan, des énièmes annonces, mais plutôt repartir de tout ce qui avait déjà été annoncé et en objectivant ce qui avait avancé, parce que, contrairement à ce que certains démagogues veulent bien raconter à des fins électorales, des choses ont avancé. Ça se voit sur certains critères, mais la même honnêteté doit nous amener à voir qu'un certain nombre de projets ou de dossiers ont pris du retard. Et partant de cette objectivation-là, ça nous permet évidemment de commencer à nous mettre d'accord, surtout à quelques jours des derniers arbitrages pour le projet de loi de finances pour l'année 2027, sur lequel vous êtes directement intéressée.

Et puis, Président, comme moi, vous avez été élu déjà il y a quelque temps, mais on a toute une génération d'élus locaux municipaux qui viennent d'être élus ou réélus en mars dernier. Et ça, c'est factuel. C'est la première année de leur mandat, de votre mandat pour un certain nombre d'entre vous. Et c'est maintenant qu'il faut répondre évidemment présent parce qu'on ne recommencera pas cette première année de mandat. Et soit le mandat municipal part droit, soit au contraire, il est un peu gêné, entravé ou gâché. Et auquel cas, évidemment, il faut rentrer dans le vif du sujet, en tout cas pour permettre au bloc communal de répondre présent.

Pourquoi je dis ça ? Je vais d'abord avoir un petit détour pour les questions régaliennes, parce que vous allez le comprendre, si je ne remets pas en cause les engagements de l'État qui ont été pris par mon gouvernement ou les gouvernements précédents, je vais peut-être vous faire des propositions d'inflexion dans la gouvernance de tout cela, dans la manière de travailler, parce que si ça n'avance pas, c'est qu'il y a forcément une raison.

Mais parce que vous avez été précis, je veux l'être à mon tour sur la question de la lutte contre l'immigration. Vous connaissez les contraintes du gouvernement actuel : nous n'avons pas de majorité, nous n'avons pas beaucoup de temps devant nous et nous n'avons pas d'argent. J'aime mieux vous dire que la situation est absolument idéale et confortable, mais elle nous autorise aussi, paradoxalement, à être plus exigeants et à prendre un certain nombre de risques.

Est-ce que je viens vous annoncer une énième loi dans les semaines qui viendront ? La réponse est non. Est-ce qu'à droit constant et à loi constante, sur le sujet migratoire, est-ce qu'on peut faire beaucoup mieux, notamment dans notre organisation, notre capacité de faire ? La réponse est oui. Et c'est pour ça que je dissocie, au fond, à court terme, ce qui peut être fait de ce qui peut être envisagé à moyen et long terme. Je l'ai dit tout à l'heure, mais je le redis devant vous pour répondre aussi à votre interpellation, je pense que nous allons — en tout cas, je pense — nous allons valider une continuité, Monsieur le Président, sur un point : c'est le renforcement des moyens.

Quand je suis venu à Mayotte avant 2017, il y avait moitié moins de policiers et de gendarmes sur l'archipel. Moitié moins. Aujourd'hui, moitié plus. Est-ce que c'est suffisant ? La réponse est non. Est-ce qu'en face à cela, la violence a augmenté ? La réponse est oui. Mais enfin, la réalité, c'est que notre organisation de sécurité intérieure, elle a profondément évolué. Et ça, le ministre de l'Intérieur est en train de l'expliquer actuellement à Petite-Terre, mais on va continuer, évidemment, sur ces efforts.

On va néanmoins faire deux inflexions. La première, je l'avais initiée quand j'étais ministre des Armées, et désormais les résultats sont là. Nous allons assumer une militarisation plus forte de la lutte contre l'immigration clandestine et dans le respect de notre souveraineté. On a trop d'angles morts autour de l'archipel. On a trop de difficultés de détection. Et paradoxalement, alors que nos moyens en matière d'interception ont augmenté et vont continuer d'augmenter, c'est parfois des sujets purement de détection et de renseignement qui font encore défaut. Je ne vais pas traiter tous les sujets parce que j'en ai déjà parlé tout à l'heure et je veux parler des autres sujets liés à la reconstruction et à la relation entre l'État et le Conseil départemental, mais ce que nous allons assumer à très court terme, c'est d'employer de la haute technologie militaire, ballons statiques de surveillance, comme on le ferait sur des zones parfois de conflits difficiles pour faire du renseignement, drones longue portée pour avoir une allonge de détection très en amont lorsqu'il y a un départ d'embarcation, drones tactiques, intelligence artificielle.

Les ministres sont en train de détailler tout ça, mais on ne pouvait pas le faire avant, et pour cause, parce que les crédits militaires avaient tellement été abîmés dans les années 2000, je sais de quoi je parle, que la remontée en puissance de notre appareil de défense a pris du temps et que seulement maintenant, on peut enfin bénéficier du matériel et pouvoir évidemment l'injecter ici, sur la souveraineté maritime de Mayotte.

Cela vaut pour la terre, cela vaut notamment sur l'île Sandero, cela vaut pour la mer et cela vaut évidemment pour les airs.

L'autre inflexion, c'est, au fond : on n'a pas suffisamment décloisonné l'action de l'État entre les ministères. J'ai été ministre des Outre-mer, j'ai vu ça de près, et on voit bien qu'on a un énorme enjeu sur les pays amont. Pendant longtemps, le seul sujet était l'émigration qui venait des Comores. On le voit bien, la question de l'Afrique des Grands Lacs devient particulièrement préoccupante parce que géopolitique compliquée, parce que réchauffement climatique, parce que phénomène sanitaire.

Et donc là, je l'ai annoncé tout à l'heure, j'ai demandé aux ministres de développer un bonus-malus sur l'aide publique au développement pour ces pays. C'est 300 millions d'euros, c'est considérable pour l'année dernière, et tout simplement avec une règle simple : c'est que les pays qui nous aident en amont, au départ des flux migratoires, seront accompagnés davantage par la République française. Et les pays qui ne jouent pas le jeu, soit parce qu'ils n'ont pas pris d'engagement, refusent d'en prendre, soit parce qu'ils prennent des engagements mais ne les tiennent pas, verront évidemment un malus important se faire. On précisera tout ça, mais c'était une demande ancienne d'un certain nombre d'élus du territoire. Je regarde notamment notre ami sénateur Saïd. C'était une demande qui avait été faite par beaucoup.

Enfin, nous avançons sur ce sujet avec bon sens, me semble-t-il. Et donc là aussi, on pourra y revenir. Je sais qu'au Sénat, il y avait eu des rapports et des recommandations qui avaient été faits sur ce point. Et donc je voulais ici évidemment vous dire que nous le faisons et nous le faisons sans attendre.

Maintenant, si je prends les autres sujets : clairement, la reconstruction prend du retard, vous le savez mieux que moi. Il y a des raisons objectives, le désordre foncier, les questions d'ingénierie. Mais enfin, on ne peut pas faire semblant de le découvrir, la question de l'ingénierie, on en parle depuis longtemps. Il y a des sujets politiques, il y a un calendrier électoral municipal. Certains semblent oublier aussi, y compris au Parlement, que c'est sûr, quand on censure les gouvernements et que les budgets sont votés au mois de février, les crédits sont délégués au mois d'avril. Et donc, à plusieurs reprises, malheureusement, en tout cas par deux fois, les années budgétaires ont commencé au printemps.

Ça, évidemment, ça n'aide pas dans la manière dont les projets sont exécutés. Mais enfin, ça ne suffit pas non plus comme explication et je reste persuadé – et c'est la première proposition que je vous fais – c'est de revoir la gouvernance de la reconstruction.

Et là, on y reviendra demain avec les maires. Vous avez un nouveau préfet. J'annoncerai demain aux maires un renforcement important de l'équipe préfectorale et de l'État local pour justement amener de l'ingénierie à la disposition du territoire, pas que des collectivités d'ailleurs, mais aussi des partenaires privés et de votre collectivité, Président, ou des différents syndicats qui sont concernés.

Mais au fond, je veux qu'on reparte sur une gouvernance conseil départemental- mairie-préfecture. Et on le voit bien là, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, pour être complètement honnête, mais j'ai le sentiment que les maires ont été trop contournés dans l'organisation initiale de la gouvernance, y compris d'ailleurs dans la loi et dans la rédaction de la loi qui a été votée par les parlementaires. Donc ça, c'est évidemment la première chose que je mets sur la table parce que dans le RETEX, le retour d'expérience que nous sommes en train d'avoir, on voit bien que les maires n'occupent pas la place qu'ils méritent dans cette reconstruction.

La deuxième des choses, c'est évidemment traiter les problèmes techniques tels que nous les avons évoqués. On a aussi un sujet, je le disais, sur les assurances. Alors, il se trouve que nous avons été confrontés à des incendies très graves, comme vous le savez, dans l'Hexagone, notamment en Gironde. C'est aussi un défi que nous avons par ailleurs, la ministre de l'Environnement est avec nous. On voit bien que, sur un certain nombre de risques climatiques, les assureurs doivent davantage répondre présent.

Alors, vous allez me dire, beaucoup de nos compatriotes ici ne sont pas assurés. Ça, c'est encore un autre problème. Mais même chez les personnes assurées, on a encore trop de difficultés. Donc ça, c'est aussi un sujet que je veux mettre sur la table demain. Parce qu'on doit pouvoir s'en sortir et c'est la poule et l'œuf : là on perd trop de temps, tout le monde se renvoie l'ascenseur ou la balle et on voit bien que ça rend folles évidemment les personnes qui sont concernées.

La troisième des choses, ce déplacement en méthode change un tout petit peu la donne puisque j'ai déjà annoncé que je reviendrai. Et pour moi, je veux vraiment maintenant un comité mensuel qui permet d'avoir une transparence totale sur les crédits engagés, ça évitera aussi de raconter n'importe quoi sur le sujet, sur les projets sur lesquels on a contractualisé, sur lesquels on s'est dit : « c'est ce qu'il faut sortir », soit par les autorisations d'urbanisme, soit par les premières pierres, soit par la livraison, parce qu'en fait, ce qui intéresse quand même vraiment nos compatriotes, c'est de savoir quand une école ou un logement est reconstruit. Nos affaires de foncier, nos affaires de permis de construire, nos affaires d'autorisations d'engagement, nos affaires de crédits de paiement, déjà, ce n'est pas clair, même pour ceux qui prétendent connaître les dossiers, parfois, ils ont du mal à... Voilà. Là, pour la population, tout ça est compliqué. Donc ça, on y reviendra longuement demain aussi en réunion de travail avec les maires et les ministres concernés, mais je veux désormais une publication mensuelle.

Je l'ai dit, l'ensemble des élus, vous serez invités à un premier comité de pilotage à Matignon avec l'ensemble des ministres en marge du congrès des maires, ce qui nous permettra d'avoir un point d'étape et d'objectiver les freins pour, une fois de plus, éviter parfois d'entendre des choses qui sont fausses sur le sujet.

Au-delà de la transparence, je suis prêt aussi à ce qu'on évolue clairement sur ce qu'on appelle la maîtrise d'ouvrage. Qui prend quoi ? Qui prend la responsabilité de quoi ? Et c'est là où je veux, pour l'État, pivoter. Ce n'est pas que l'État qui met de l'argent, mais si l'État doit prendre la maîtrise d'ouvrage de certains projets parce que les élus le décident (je reste un élu local moi-même), il faut que ça soit clair. Et si ça se trouve, chaque commune aura une position qui sera peut-être différente. Peut-être que pour le Conseil départemental, ça sera un projet ou un autre. Ça vaut aussi pour les syndicats.

Et clairement, j'ouvre cette question-là pour un débat. Je ne tranche pas moi-même. Un débat pour, d'une part, Monsieur le ministre de l'Éducation nationale, les écoles, qu'elles soient maternelles, primaires et évidemment secondaires, [problème] sur lequel il y a déjà une maîtrise d'ouvrage assurée par l'État, mais aussi pour la question de l'eau. Sujet délicat, sensible, mais je suis élu local, donc je fais quand même attention à ne pas dire n'importe quoi.

Il y a une gouvernance locale de l'eau, il y a des élus qui président des syndicats qui sont dedans. Mais pour la première fois, au regard de la gravité de la situation, si l'État doit prendre une responsabilité nouvelle, on en a discuté avec la ministre ce midi en réunion de travail, même temporaire, nous sommes prêts à le faire. Mais j'insiste : nous ne le ferons qu'à la demande, évidemment, des élus concernés. Mais on ne peut pas se renvoyer la balle 107 ans. Et donc nous, avec des équipes d'ingénieurs, etc, on est prêt [évidemment à bouger de façon importante] sur le sujet parce que, vous le savez tous, des décisions du tribunal administratif sont attendues dans quelques semaines.

Vous avez des projets de court terme, des projets de moyen terme, des projets de long terme. Mais là aussi, il faut le clarifier : qui fait quoi ? Qui prend la responsabilité de quoi ? Et après, on l'assume tous ensemble devant la population avec la transparence, évidemment, que cela nécessite.

Autre point, et merci Président de l'avoir dit : il faut que l'État montre l'exemple. Certains projets sont connus. Je vais prendre un certain nombre de décisions qui vont rendre les grands projets structurants pour le territoire dont l'État est maître d'ouvrage irréversibles avant la fin du quinquennat.

Ces dossiers sont connus, vous ne les avez pas tous cités. Évidemment : la question de l'aéroport, du nouvel aéroport. Vous savez qu'un premier décret a été pris en avril de cette année pour le catégoriser en A, c'est-à-dire, la taille des aéroports les plus importants. Ça, c'était évidemment clé. En ce moment même, vous le savez sans doute, les premiers marchés publics sont lancés. Cela, pareil : ça ne parle pas au grand public, mais enfin, nous, on est des élus, donc on sait quand même que quand les marchés sont lancés, c'est qu'on commence vraiment à y mettre de l'argent sur la table. Et surtout, je signerai moi-même la déclaration d'utilité publique foncière avant la fin de cette année. Ça veut dire qu'en fin d'année 2026, avant le début de l'année prochaine, la déclaration… et vous connaissez la conduite des projets, une fois que la DUP foncière est signée, ça rend évidemment le projet complètement concret et ça permet de le déclencher. Avec vous, élus départementaux, et avec les élus municipaux de petites terres, je souhaite aussi qu'on ouvre le sujet de l'avenir de l'aéroport actuel.

On ne peut pas dire : « il y a un nouvel aéroport, qu'est-ce qu'on fait de l'ancien, quel projet peut être mené » ? Donc ça aussi, il faudra évidemment y revenir sur, évidemment, l'autorité des élus concernés et évidemment de l'État.

Vous m'avez interpellé sur le port de Longueuil. Là aussi : sujet bien connu. Je crois que dans les quelques jours qui viennent, la gouvernance va changer. Alors, question précise, Président, réponse précise : soit vous souhaitez une société portuaire et je prends le décret dans les semaines qui viennent, parce que c'est du réglementaire, et je le fais. Et cela, je veux que l'assemblée délibérante, à un moment donné, dise à l'État ce que vous souhaitez. Soit vous souhaitez un grand port maritime, et l'État, le Gouvernement vous dira oui, mais il faut une toute petite loi, parce que, comme vous le savez, pour un grand port, il faut une toute petite loi du Parlement, et on peut le cas échéant l'injecter peut-être en janvier ou en février. Les deux d'ailleurs pouvant se combiner. Mais là aussi, la décision sur le grand port maritime avec ses différents statuts, on peut aussi éclairer l'Assemblée et les parlementaires, évidemment des avantages et des inconvénients des deux modèles. Mais je veux que cette question soit définitivement derrière nous d'ici à la fin du quinquennat, parce que ça fait trop longtemps qu'on en parle.

Il y a la question des logements, il y a la question de la prison, il y a la question de l'hôpital, Madame la ministre de la Santé, mais je crois que vous y reviendrez, donc je ne veux pas préempter les choses. Mais là aussi, des décisions, notamment d'expropriation et de clarification du foncier pour le deuxième hôpital, vont être prises dans les toutes prochaines semaines.

Enfin, dernier point, et pardon d'être long, c'est pour ça que j'introduis le déplacement de manière un peu plus originale : il y a une vie économique à Mayotte qui mérite d'être soutenue, des entrepreneurs, des agriculteurs, sur différentes filières. Vous m'avez saisi, pour un certain nombre d'entre vous, sur la nécessité d'avoir une mesure d'accompagnement particulière qui continue en 2027. Et donc, nous inscrirons dans la loi de finances pour l'année prochaine et dans la loi de finances pour la Sécurité sociale, monsieur le Président, la reconduite du dispositif CICE et un alignement, l'Odéon (ph), qui permettra aux 3 000 entreprises, de tailles d'ailleurs différentes en fonction de leurs activités, d'avoir un soutien important pour continuer aussi à ce qu'il y ait une vie économique, qu'ils soient des acteurs de la reconstruction.

On ne peut pas dire que la puissance publique locale ou étatique soit les seuls acteurs de la reconstruction. Il est évident que l'activité économique florissante permet de le faire. Et donc, l'ensemble des alignements, des allègements de charges, la ministre des Outre-mer, Naïma MOUTCHOU, que je remercie parce qu'elle a fait un boulot important sur le sujet, portera ça au Parlement, mais ça sera dans le texte initial du Gouvernement. Et je sais que le monde patronal, en tout cas, nous l'a demandé, et je voulais le clarifier parce que ça donne de la confiance, et la confiance permet d'avancer.

Beaucoup de sujets sont oubliés dans mon propos, ce n'est pas volontaire, je ne lis pas de papier donc je vous réponds en improvisant un peu – enfin, en improvisant pas complètement, mais en tout cas en le faisant sans filet.

En tout cas, prenez ce déplacement pour ce qu'il est. Nous ne sommes candidats à rien si ce n'est au fait que la parole de l'État soit tenue avec des difficultés qu'il convient d'objectiver, sans démagogie et en même temps en mettant de la clarification comme n'importe quel élu local le ferait dans sa collectivité, avec bon sens, honnêteté et sens de l'intérêt général.

Merci, en tout cas, du fond du cœur, pour votre accueil chaleureux et républicain ici, ce soir.

Point presse du Premier ministre et du Gouvernement à Mayotte

Source : Gouvernement

Point presse du Premier ministre et du Gouvernement à Mayotte jeudi 27 août 2026

Transcription

Sébastien LECORNU, Premier ministre, chargé de la planification écologique

Bien, bonsoir, Mesdames et Messieurs. Je demandais juste aux collègues de bien vouloir se tenir. Je salue évidemment l'ensemble de la presse locale de l'archipel, mais aussi évidemment la presse nationale qui a accepté de faire le déplacement avec nous pour ce déplacement de deux jours. Alors, pourquoi une visite officielle à Mayotte ? À vrai dire, pour moi, là, la quatrième visite, en tout cas ma troisième visite ministérielle. J'étais dans les bagages du président de la République comme ministre des Armées quelques heures, quelques jours après la catastrophe de Chido. Et puis, au regard des différents arbitrages budgétaires que nous sommes amenés à prendre dans les heures, jours et semaines, en tout cas plutôt les jours qui viennent, pour le projet de loi de finances pour l'année prochaine, il nous a semblé absolument indispensable d'avoir un moment ici pour nous rendre compte de ce que je redoutais, c'est-à-dire d'un retard beaucoup trop important sur les efforts de reconstruction.

C'est bien pour ça d'ailleurs que je n'ai pas attendu notre arrivée ici pour dire aux maires dans une lettre avant le déplacement que nous en avions pleinement conscience, mais que ce n'était pas le tout que de le constater, encore fallait-il trouver des solutions. Souvent, on le sait, le problème parfois peut être budgétaire, manque de moyens. Là, c'est d'autant plus rageant que le problème n'est pas la disponibilité des crédits puisque ces crédits sont bel et bien sur la table et j'ai eu l'occasion d'ailleurs de le dire aux maires cet après-midi qu'en plus, ces crédits ont vocation à être reportés d'une année à l'autre puisque l'engagement s'est fait sur des projets et non pas évidemment sur des enveloppes annuelles, faut-il le rappeler.

Donc ce déplacement avec un certain nombre de ministres, le ministre du Travail, Jean-Pierre FARANDOU, est excusé puisqu'entre les rencontres CFDT et MEDEF, il a dû rester à Paris, mais il est aussi l'autre grand ministre, avec les collègues qui sont autour, qui sont largement en première ligne aussi des défis de la reconstruction. On a souhaité évidemment prendre du temps, changer un tout petit peu la méthodologie de gouvernance de la reconstruction, nouveau préfet, que je salue, que je remercie pour l'organisation de ce voyage officiel, avec aussi une nouvelle génération d'élus, puisque sur 17 maires, la majorité d'entre eux sont des nouveaux maires. Et donc on est au début du mandat municipal. Il nous semblait absolument indispensable de « recaréner », en quelque sorte, de refaire un temps zéro d'organisation de la gouvernance de la reconstruction au regard des difficultés. Elles sont connues, je n'y reviens pas. Alors, il y a les difficultés purement politiques.

C'est sûr que les élections municipales, pendant ce temps-là, on a pris un peu de retard. Vous me direz : pendant le même temps, on ne peut pas dire que le budget de la nation était voté à l'heure, avec cette fameuse loi spéciale qui fait que les crédits ont été délégués très tard. Bon, ça, c'est malheureusement une contrainte sur laquelle le Gouvernement n'a pas la main. Mais enfin il y a quand même un certain nombre de difficultés sur lesquelles le Gouvernement, lui, a la main : les difficultés d'ingénierie locale, les difficultés d'organisation du territoire entre l'État et les collectivités locales, la responsabilité des maîtrises d'ouvrage. Et au fond, ce que je suis venu dire aux compatriotes mahoraises et mahorais, c'est que tout ça, ce sont des difficultés qui nous regardent, nous, la puissance publique, puissance publique locale, les collectivités locales, le département, les intercommunalités et les communes et l'État.

Mais au fond, nos engagements doivent se faire sur du concret, c'est-à-dire de la mise en chantier réelle, notamment d'écoles, pas que, mais sur les reconstructions et sur les écoles, vous le savez, qu'il y a une énorme pression, avec évidemment la question démographique qui se fait jour, des questions de logement. Pendant pratiquement les trois heures de réunion que nous avons eues avec les maires, cela nous a permis également aussi de parler d'insertion, des politiques d'accompagnement de l'emploi, autant de sujets qui sont évidemment très importants ici, de finances communales, en objectivant évidemment tous ces sujets. On a plusieurs piliers.

Je ne veux pas être trop long, parce qu'on va répondre à vos questions, et je vais demander aux collègues ministres, en deux ou trois minutes chacun, de redonner les grandes priorités et annonces qui correspondent à ce séminaire de travail, au fond, ce séminaire ministériel de travail qu'on a voulu ici sur place, avec la méthodologie que je vous ai déjà indiquée, réunions ministérielles mensuelles en lien avec le préfet, le corps préfectoral, l'équipe préfectorale qui va être considérablement renforcée, un nouveau sous-préfet va être nommé ici. Toutes les équipes, globalement, d'ingénierie vont être multipliées par deux, pour faire très, très vite, avec des détachements qui sont vraiment des détachements qui viennent de l'Hexagone et non pas de La Réunion. Donc c'est du vrai renfort, si je puis me permettre cette expression, les coups de main venus de La Réunion sont les bienvenus, mais enfin, là, je parle vraiment du renfort pour Mayotte.

Et donc, évidemment, mois de novembre, mi-novembre, un moment important avec le Congrès des maires. L'ensemble des maires que nous avons vus pendant trois heures cet après-midi seront de nouveau invités à Matignon. Probablement d'autres visites ministérielles pour les ministres en charge dans les semaines et les mois qui viendront. Et au mois de février... Pourquoi le mois de février ? Parce qu'on sera pratiquement à un an de l'élection municipale. Donc je me remets vraiment sur le rythme des communes.

Pour ce faire, on aura globalement, je pense, eu un effet très important de mise en chantier sur logement, surtout école, et un certain nombre de grandes infrastructures sur lesquelles je me suis exprimé hier en disant : on va les rendre irréversibles par des décisions juridiques qui sont attendues et importantes. La déclaration d'utilité publique, par exemple, pour le deuxième aéroport, une décision juridique pour faire du port de Longoni un grand port maritime, autant de sujets qui sont bien connus ici, mais qui vont commencer à prendre un virage plus positif, plus optimiste, parce que ce ne sera pas que de la paperasse. On va commencer à vraiment parler programmes, projets, y compris d'ailleurs pour l'avenir de ce site, c'est-à-dire ce qui sera un jour l'ancien aéroport de Petite-Terre, et être capable justement de se projeter. En tout cas, je pourrai y revenir en répondant à vos questions. Mais plusieurs piliers : sécurité, lutte contre l'immigration, lutte contre toutes les violences.

Le ministre de l'Intérieur va en dire un mot dans un instant. Cet après-midi, en plus, il s'est rendu avec le préfet, mais il va vous le dire dans un instant. Mais enfin, il a multiplié les rencontres, les visites, les prises de contact avec des décisions qui sont importantes. Et je veux le dire comme ancien ministre de la Défense, enfin des Armées, c'est la première fois, je le dis parce que tout ça peut être regardé avec un peu de distance, c'est la première fois qu'on a un alignement aussi complet, Quai d'Orsay, Défense, Intérieur. Il aura fallu du temps, mais nous y sommes arrivés. Et notamment dans la complémentarité entre les forces armées et les forces de sécurité intérieure, beaucoup de choses ont été faites ces dernières années. Là, on va franchir un pas sans pour autant remettre en cause le rôle de chacun. Toute référence à une polémique entretenue virtuellement par des gens qui ne connaissent pas Mayotte serait fortuite.

Enfin, c'est quand même une réalité, on a besoin de haute technologie, et ces hautes technologies, par définition, c'est de la maîtrise de la souveraineté. Mayotte, c'est la France, il n'y a aucune raison que les zones économiques exclusives françaises ne soient pas mieux protégées et c'est le rôle des forces armées, mais aussi du Quai d'Orsay. C'est ce que je vous ai dit hier sur la question de ce bonus-malus sur l'aide publique au développement. Bref, de l'amont à l'aval, on commence à avoir quelque chose qui fonctionne mieux, à droit constant, puisqu'évidemment, c'est dans ce cadre que nous nous situons, au regard tout simplement du manque de temps au Parlement. Beaucoup de lois Mayotte ont déjà eu lieu, en plus, ont été votées récemment. On ne va pas commencer à s'engager sur de nouvelles lois, personne ne nous croirait. De toute façon, nous avons peu de temps devant nous. Premier pilier.

Deuxième pilier, c'est la reconstruction en tant que telle post-Chido. Je n'y reviens pas, j'en ai dit un mot. Mais enfin, les budgets sont là et nous continuerons évidemment de le tenir avec quand même peut-être un complément. Ce n'est pas qu'une affaire de communes, c'est aussi une affaire de monde économique. Il y a un monde agricole à Mayotte qui tient, qui s'organise bien, avec des coopératives qui fonctionnent. Il y a une culture de l'entrepreneuriat qui est quand même très, très importante et c'est pour ça que j'ai souhaité tout de suite clarifier une demande qui d'ailleurs est venue vraiment des maires et du monde économique sur tout l'accompagnement dans la convergence sociale, notamment sur Lodéom, exonération sociale, et le CICE, qui est en fait un véritable accompagnement. C'est 40 millions d'euros donc pour le seul monde économique mahorais. Et ça, la ministre en sait quelque chose pour y avoir travaillé, et je la remercie, Naïma. C'est vraiment un mauvais français, un game changer, en tout cas quelque chose qui va vraiment changer les choses et qui va pouvoir projeter le monde économique. Après, évidemment, la difficulté, c'est qu'il faut que nous ayons un budget.

Pilier sanitaire avec des difficultés structurelles, la ministre va y revenir, et une crise en ce moment Ebola sur laquelle la ministre en dira un mot.

Un pilier éducatif avec une actualité, la rentrée scolaire, des sujets plus structurels, la question démographique qui, d'ailleurs, n'est pas sans faire écho, je le dis pour la presse nationale, à ce qu'Édouard Geffray est en train de faire dans l'Hexagone pour une autre raison, qui est plutôt la chute de la démographie et comment on adapte notre carte scolaire en milieu rural ou dans certains centres urbains avec une démographie scolaire qui s'effondre. Et ici, comment on a une planification de notre carte scolaire avec une démographie qui augmente ? Tout ça étant dans le même budget, dans le même pays. Et donc ça dit aussi quelque chose d'intéressant pour nos travaux, me semble-t-il, pour l'avenir.

Et puis le pilier environnemental, évidemment, où Monique a non seulement travaillé sur les sujets eau, mais avec aussi quelques têtes de chapitre sur la question des déchets, et non sans lien aussi avec notre politique énergétique par ailleurs, mais la ministre y reviendra. Voilà, je suis déjà trop long, j'en suis désolé. Je laisse juste les collègues compléter, comme à l'Assemblée nationale, deux minutes, autour de deux minutes en tout cas, mais pour aller à l'essentiel et redire à la presse, y compris à la presse locale que je remercie, de redonner des choses très précises, parce que je sais que la population nous attend, y compris sur des choses aussi urgentes, par exemple, que l'eau. Qui commence ? Monique.

Monique BARBUT

Bonjour à tous. 

Effectivement, sur l'eau, deux séries de mesures. Des mesures structurantes et structurelles qu'on a réaffirmées et sur lesquelles on s'est engagés sur des délais. Alors, sur l'eau, par exemple, comme vous le savez, il y a un budget de 730 millions d'euros sur une période de 6 ans, 2025-2031. Et ces 730 millions, là-dedans, vous avez l'usine de dessalement qui va prendre finalement que quelques mois de retard malgré les recours qui ont été faits, puisqu'on y a répondu. Et donc elle pourra rentrer en activité d'ici un an. Et cette unité de dessalement, qui coûte à l'État français 110 millions d'euros, va pouvoir permettre de donner 10 000 mètres cubes supplémentaires.

Par ailleurs, dans les mesures aussi structurantes, une troisième retenue collinaire qu'on est en train de mettre en œuvre et qui apparaîtra fin 2027, la sixième et septième campagne de forage qu'on a entamées. Donc ça, c'est sur un horizon de 18 mois, deux ans maximum. Mais n'empêche qu'on a une crise de l'eau immédiate, prégnante, et qu'il faut aussi des mesures de très court terme. Et donc, dans ces mesures de très court terme, on a mis en place, et le programme lui est achevé, des cuves pour toutes les écoles qui ne sont pas sur le trajet de l'eau et qui permettent donc d'assurer de l'eau au moins pour les toilettes, pour les lavages des mains, pour le lavage des cuisines dans toutes les écoles de Mayotte. Donc 90 cuves qui ont été installées ou réparées. Et donc, cette rentrée scolaire se fait dans l'ordre.

Par ailleurs, à ce programme de cuves scolaires se rajoute un deuxième programme de cuves d'eau potable, cette fois-ci, pour les personnes les plus vulnérables. C'est un programme qu'on monte avec la Caisse d'Assurance sociale de Mayotte. Et là, il s'agit d'aider, à partir du 1er janvier 2027, 13 000 foyers à avoir de l'eau potable mise en place par des cuves que nous allons installer à partir du 1er janvier. Et là, c'est un programme de 8 millions d'euros qu'on va déployer tout de suite. Dans les mesures de court terme, il y a aussi les luttes contre les fuites d'eau, parce que ce n'est pas anecdotique ici, c'est 25 % de la consommation d'eau qui est perdue. Et donc, sur ce programme, nous avons décidé de le mettre en œuvre immédiatement en nous appuyant avec les renforts du RSMA, donc le Service Militaire Adapté, qui va nous aider à mettre en place un programme de formation d'une part, mais nous aider sur les premières fuites à faire les réparations nécessaires.

Enfin, toujours dans le même ordre d'esprit, je voulais dire qu'il y avait aussi un grand programme de mise aux normes des stations d'épuration parce que c'est un problème sanitaire aussi à Mayotte. Et là, même chose, le programme est en cours et se passe tout à fait normalement.

Maintenant, quand on regarde cette situation, c'est vrai qu'on se dit que non seulement il y a un problème d'eau, mais il va y avoir certainement un problème d'énergie. Et donc l'idée, c'est de savoir aussi si on peut pas coupler énergie aux déchets. L'idée, c'est par exemple d'essayer d'imaginer une station de méthanisation qui traiterait un certain nombre de déchets et qui permettrait d'avoir de l'énergie, mais aussi de regarder peut-être pour la nouvelle unité de dessalement comment on fait pour la coupler avec la géothermie, par exemple, pour pouvoir l'alimenter avec une énergie plus propre que celle qui est utilisée aujourd'hui. Donc voilà, je préfère m'arrêter là et je répondrai bien volontiers à vos questions si vous en avez.

Sébastien LECORNU

Merci beaucoup.

Stéphanie RIST

Merci. Bonjour à tout le monde. Concernant la santé, trois points. Première, c'est reconstruction après Fido du centre hospitalier. On est… l'hôpital a complètement été reconstruit. Donc on a, on passe à la deuxième phase maintenant, qui est une phase d'amélioration de l'accès aux soins à Mayotte, d'une part en renforçant la capacité hospitalière et dans le CHM avec des extensions, notamment des blocs opératoires, pour la maternité, pour la néonatologie, aussi des programmes de santé mentale et de psychiatrie à Petite-Terre et le nouvel hôpital de Combani qui, premier trimestre 2027, aura ses plans validés pour une ouverture 2030. On appuie aussi, et j'ai beaucoup échangé avec les maires sur ce sujet, sur les centres médicaux de proximité. On renforce les hôpitaux, on renforce l'accès aux soins de proximité avec des labellisations France santé sur des centres médicaux à venir cette année 2027, donc une capacité qui va augmenter de 60 % à Mayotte.

Ensuite, pour l'accès aux soins, il faut aussi améliorer la formation des Mahorais sur la santé, leur donner envie de se former en médecine, en soins infirmiers, en soins de sage-femme. Pour la médecine, il y a des mesures des lycées option santé pour accompagner les jeunes qui souhaitent faire des études de médecine. On renforce la première année de médecine ici à Mayotte en nombre de places. On travaille à une école de sages-femmes qui devrait, dans les, j'espère en 2027, mais c'est 2027 ou 2028. Et puis il y a un renforcement du nombre de places infirmières, plus de 90 places cette année. Il faut remercier le département qui a engagé des mesures sur cela. Voilà pour l'accès aux soins.

Le deuxième sujet, c'est Ebola. Depuis le mois de mai, apparition de l'alerte de l'OMS sur Ebola au Congo et depuis ce jour-là, préparation des équipes, anticipation. Notre rôle est d'anticiper une éventuelle arrivée de ce virus ici à Mayotte. Les équipes se sont donc préparées avec la préfecture, avec l'Agence régionale de santé. Il y a 2 300 personnes qui ont été formées, 2 300 soignants formés à prendre en charge ces patients. Nous allons aussi pouvoir avoir accès à une étude mondiale de traitement qui pourra se faire à Mayotte et ça, c'est vraiment important. Donc, les filières sont préparées. Évidemment, on espère que ce risque n'arrive pas, mais notre responsabilité est d'avoir anticipé et de pouvoir permettre une prise en charge la meilleure possible si jamais ce risque devait arriver. Voilà, je vous remercie.

Sébastien LECORNU

Merci, Édouard ou Laurent, puis on passera à la ministre de l’Outre-mer.

Édouard GEFFRAY

Merci, Mesdames et Messieurs. Rapidement sur l'école, trois points. Le premier, c'est l'accélération du processus de reconstruction. Pour vous donner un ordre de grandeur, entre 2019 et 2024, il y avait eu 52 constructions de classes planifiées. Nous serons à 308 rien que pour l'année scolaire 2026-2027. Ça veut dire que d'ici la prochaine rentrée, 308 classes seront sorties de terre à Mayotte, dont 89 qui seront sorties de terre d'ici les vacances de la Toussaint. Et évidemment, ce processus se poursuit au collège et au lycée. Là aussi, ordre de grandeur, c'est 3 600 places au collège, 6 400 places au lycée qui vont être créées d'ici 2030. Ça représente entre un et trois établissements par an qui vont ouvrir chaque année jusqu'en 2030.

La deuxième chose, c'est évidemment aussi le renforcement, enfin l'accompagnement et l'augmentation de l'ambition et des conditions de poursuite d'études de nos élèves à Mayotte. J'ai inauguré aujourd'hui même l'internat de Kawini, un nouvel internat de 200 places, un drain d'excellence, qui vise précisément à permettre à nos élèves de poursuivre leurs études, notamment en post-bac. Je pense notamment aux BTS, aux classes préparatoires aux grandes écoles, que nous allons continuer à ouvrir à la prochaine rentrée, à la rentrée suivante, de manière à augmenter la poursuite d'études sur le territoire, sachant également que nous travaillons sur ce qu'on appelle la carte des formations, c'est-à-dire sur des formations qui correspondent effectivement aux métiers dont Mayotte a besoin. En 2027, le plus gros lycée de Mayotte ouvrira avec la Longonie. Ce sera un métier des lycées du bâtiment. Tout le monde, je pense, comprend pourquoi. Et nous sommes en train de poser les toutes premières pierres de la construction du lycée des métiers de la mer qui verra le jour d'ici 5 ans maximum.

Et puis enfin, un petit élément qui n'est pas inutile à connaître pour la rentrée, c'est qu'en cette rentrée scolaire, c'est la première fois depuis au moins 10 ou 15 ans que le concours de recrutement de professeurs des écoles fait le plein à Mayotte, tout comme d'ailleurs nous avons réussi à augmenter la part des fonctionnaires dans le second degré. C'est un processus important. Vous savez qu'historiquement, il y avait beaucoup de contractuels parmi les professeurs de Mayotte. Nous sommes en train de… Nous sommes passés en deux ans de 70 % de contractuels dans le second degré à à peine plus de 50 %. Donc il y a un processus de fonctionnalisation qui se traduit par une réussite importante au concours et qui donc consolide aussi l'avenir scolaire du territoire. Voilà ce que je pouvais partager avec vous.

Sébastien LECORNU

Merci beaucoup, Édouard. Ministre de l'Intérieur, puis le ministre des Outre-mer pour conclure.

Laurent NUNEZ

Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre. Donc, pour ce qui me concerne, j'ai eu l'occasion lors de ces déplacements de faire le point avec les forces de la gendarmerie, de la Police nationale, de la préfecture, donc de l'action qui est menée par l'État en matière de sécurité, qui doit être entendue au sens large, dans la lutte contre la délinquance évidemment, la lutte contre l'immigration clandestine, évidemment, de la lutte contre les violences urbaines, les affrontements entre bandes, évidemment, la lutte contre l'économie informelle. Ce que je voudrais d'abord rappeler, c'est que depuis 2017, les effectifs ici à Mayotte, en police nationale comme en gendarmerie, ont crû de manière très forte. On est à +64 % pour les gendarmes, +49 % pour les policiers, ce qui fait qu'on a un total d'effectifs locaux qui dépasse les 1 200 effectifs sur ce territoire et on a 5 escadrons de gendarmerie mobile qui seront en permanence présents.

C'est 350 effectifs de plus, ce qui permet de mener des actions extrêmement efficaces en matière de lutte contre l'immigration illégale, notamment. Ça a été un peu le cœur de nos discussions et des annonces que je vais vous faire. Vous dire quand même qu'en matière d'éloignement, nous avons ici à Mayotte des résultats qui sont en progression, il faut le dire. Évidemment, tout n'est pas parfait, mais ils progressent. Il faut savoir le dire quand on entend parfois dire le contraire. Depuis le premier semestre, j'en remercie évidemment Monsieur le préfet qui mène cette action, qui coordonne l'ensemble des forces. Depuis les débuts de cette année, nous avons réalisé 16 500 éloignements forcés. C'est en augmentation significative par rapport à la même période de 2025. 2025, où nous étions déjà en progression avec 23 000 éloignements forcés, de plus de 21 %. Donc évidemment, ça, on va le poursuivre. Je ne suis pas en train de dire que c'est suffisant. On va poursuivre cette action.

Et cette action, elle va se renforcer par un renfort d'abord de ce qu'on appelle l'interception en mer. Nous avons un certain nombre d'intercepteurs de la police, de la gendarmerie, qui sont des bateaux qui vont au contrôle notamment de ces bateaux qu'on appelle les kwassa-kwassa, qui amènent donc des migrants de manière clandestine. Nous avons augmenté le nombre d'intercepteurs, qui va augmenter de 6 et qui seront portés à la fin de l'année à 10 intercepteurs de la police et de la gendarmerie, qui nous permettront de réaliser encore plus d'interpellations et évidemment de reconduites. Ce dispositif va être renforcé, le Premier ministre l'a dit, par un renfort significatif des forces armées. C'est déjà le cas, on a déjà un concours des forces armées, mais il va être augmenté, notamment en termes de détection, en termes de radars, en termes de drones, pour pouvoir mieux anticiper l'arrivée des kwassa-kwassa et pouvoir procéder plus efficacement à des interceptions. Et puis nous allons…

Donc 6 intercepteurs, une présence des forces armées, et puis le Premier ministre l'a dit, j'y reviendrai forcément puisque vous aurez forcément des questions sur les migrants qui arrivent de la Corne de l'Afrique, les migrants qui arrivent également donc d'Afrique de l'Est. Donc nous avons le projet évidemment de faire jouer le levier de l'aide au développement pour avoir des accords de réadmission avec un certain nombre de pays pour lesquels nous n'avons pas actuellement d'accord.

Sur la lutte contre l'immigration clandestine à terre, nous allons renforcer les effectifs de la police aux frontières et notamment de ce qu'on appelle le groupe d'appui opérationnel, qui est une unité de la police nationale qui réalise énormément d'interpellations d'étrangers en situation irrégulière sur le territoire de Mayotte à terre. Et donc nous allons renforcer ce groupement d'appui opérationnel de manière à être encore plus efficaces dans les interceptions terrestres de personnes, d'étrangers en situation irrégulière. Voilà pour les quelques annonces importantes qui vont, vous voyez, dans l'objectif de renforcer les moyens, d'avoir une meilleure coordination. Et puis nous avons décidé, annoncé, donc avec Monsieur le Premier ministre, de réaliser une nouvelle opération d'ampleur de lutte contre l'immigration légale, l'économie informelle.

Il y a une opération qui avait été réalisée en avril et en mai, qui s'appelait l'opération Kingia, qui avait permis d'obtenir d'excellents résultats en termes d'interpellations, d'interpellations de délinquants, d'étrangers en situation irrégulière. Nous programmerons une deuxième opération Kingia 2 à l'automne, qui permettra à nouveau de mobiliser des moyens et de lutter de manière extrêmement efficace contre la délinquance et l'économie informelle, en plus des opérations que mènent au quotidien le préfet avec les militaires de la gendarmerie nationale, les policiers, parce que je veux rappeler ici que les opérations de lutte contre l'économie informelle, il y en a eu 250 depuis le début de l'année. Sur la même période l'année dernière, en police et en gendarmerie, c'était 150. Voilà pour les mesures dont je voulais parler.

Sébastien LECORNU

Merci.

Naïma MOUTCHOU

Bonsoir à tous. Je serai brève, chacun de mes collègues a pu s'exprimer sur le périmètre qui est le sien. Le Premier ministre a fixé le cap et le sens de ce déplacement qui consiste non pas à refaire le point des difficultés, on les connaît déjà, ou à refaire les constats que tout le monde connaît déjà, mais qui consiste à venir arbitrer, à venir trancher pour faire avancer la reconstruction. On est à un an plus tard de la promulgation de la loi Mayotte reconstruction refondation. Un an après, 4 milliards d'euros d'engagement de l'État, vous le savez, nous a permis de refaire le point avec Monsieur le préfet tout à l'heure. Nous faisions la liste des chantiers qui avaient avancé, près de 200 opérations qui sont des opérations très concrètes concernant à la fois des infrastructures, de la voirie, de l'éclairage public, de la reconstruction d'écoles. Et puis, nous sommes venus pour avancer sur ce qui reste à faire.

Nous étions avec les maires tout à l'heure, une discussion qui a duré plus de trois heures pour que, projet par projet, quasiment ville par ville, nous puissions identifier les éléments de blocage, les freins pour ensemble les lever. Tout ce qui vous a été annoncé ici fera l'objet d'un suivi très attentif, un suivi très régulier, très rigoureux de notre part. Moi, je rentre à Paris et dès le lendemain, j'ai d'ores et déjà un certain nombre de rendez-vous avec l'ensemble des élus locaux qui l'ont souhaité. Le Premier ministre a annoncé un comité de suivi interministériel qui va nous permettre de refaire le point tous les mois. Et il a donné rendez-vous d'ailleurs en marge du Congrès des maires à la mi-novembre, rendez-vous aux maires, là aussi, pour faire un point d'étape.

Donc, vous l'aurez compris, il y a des moyens financiers sanctuarisés, des moyens matériels et humains qui ont été annoncés, des projets qui sont identifiés, et puis un suivi qui va se faire dès maintenant, qui montre que Mayotte reste bien une priorité pour le Gouvernement.

Sébastien LECORNU

Merci beaucoup. J'aurai l'occasion d'écrire de nouveau aux maires une lettre de compte-rendu de la réunion de trois heures avec la formalisation par écrit de l'ensemble de ces engagements, la méthodologie qui va nous permettre d'avoir le tableau de suivi de tout cela pour nos affaires de réunion mensuelle. Avez-vous des questions ?

Halda HAIDI

Bonsoir, Monsieur le Premier ministre. Halda HALIDI, Mayotte La Première. Alors effectivement, c'était la méthodologie qui nous intéresse ici à Mayotte. Les Mahorais qui vous suivent là en direct veulent avoir des résultats concrets. Vous vous êtes engagé à revenir d'ici début janvier 2027. Alors quels sont vos dossiers prioritaires d'ici là, parce qu'évidemment vous ne pouvez pas tout traiter. Est-ce que vous avez surtout un engagement précis avec quels soutiens matériels et humains pour les communes, les élus, pour les Mahorais.

Sébastien LECORNU

Merci beaucoup et je salue l'ensemble de celles et ceux qui nous regardent à travers vous. Matériels et humains, je pense qu'on a été suffisamment longs pour couvrir déjà ce rapport à la question. De manière globale, les moyens depuis 2017 quoi que l'on en pense, quoi que l'on en dise, n'ont cessé d'augmenter pour Mayotte. Et d'ailleurs, ça sera aussi une réflexion pour l'avenir. C'est, on voit bien que là, pour la première fois, on met de l'argent, on n'arrive pas à le dépenser. Si on nous avait dit ça il y a 10 ans, personne ne nous aurait crus, tout simplement parce qu'on a un problème d'organisation. Et là, ça s'appelle réformer, ça s'appelle restructurer, ça s'appelle clarifier la responsabilité de chacun. Et certainement pas pour se renvoyer la balle. Ah bah non, ça c'est les maires. Après tout, on pourrait le dire : l'eau, ça n'a jamais été une compétence de l'État, mais jamais à Mayotte, jamais dans l'Hexagone, jamais aux Antilles, jamais en Polynésie, jamais nulle part. Ce n'est pas du tout notre approche.

C'est trop grave, c'est trop important pour les Mahoraises et les Mahorais pour qu'on puisse se permettre de dire : attendez ! Donnez-nous un peu d'argent en commune, puis elles vont se débrouiller. Non, c'est plus compliqué que ça. D'autant plus qu'à la différence, souvent à Paris, les gens qui ne connaissent pas bien Mayotte racontent un peu tout et n'importe quoi en disant : mais c'est comme en Guadeloupe, il y a des tours d'eau. Ah non, en Guadeloupe, il y a un problème de fuite et de réseau de distribution. Il n'y a pas de problème de production. À Mayotte, comme l'a dit la ministre, on a les deux. On a et le problème de la production de l'eau et le problème de la distribution, et avant le compteur et après le compteur. Bon, donc je vous réponds assez clairement ce que j'ai souhaité faire cet après-midi, notamment parce que les maires sont en plus d'autant plus, ils sont légitimes, mais ils sont d'autant plus légitimes qu'ils viennent tout juste d'être élus. Ils ont été élus après Chido, en plus.

Ils ont été élus après les cycles des lois Mayotte en question. Donc, on a des partenaires là qui sont chacun légitimes. Et d'ailleurs, ils n'ont pas tous dit la même chose, pour être honnête avec vous, pendant ces trois heures, parce qu'en fonction de la situation géographique de telle ou telle commune, certains problèmes sont les mêmes, genre les sujets financiers, sont récurrents pour chacune des communes. Les questions de sécurité, de lutte contre la délinquance et l'immigration clandestine sont communes à toutes les communes. Sur les écoles, déjà, il y avait des approches qui pouvaient être complètement différenciées, parce que pour certains, déjà, c'était le primaire. Pour d'autres, l'enjeu était davantage sur collège-lycée. Donc, ce qu'on va essayer de faire, et à la rigueur, c'est peut-être ce qu'on a raté, le Gouvernement précédent et le mien depuis un an. Ça veut dire 4 milliards, un plan pour Mayotte. En fait, c'est trop général. La réalité, c'est qu'il y a 17 communes, il faut pratiquement 17 petits plans.

Et c'est au fond ça, au bout de deux jours ici, je ne découvre pas Mayotte comme vous le savez, pour cause. Je pense que c'est ça qui a été raté dans l'approche originelle de la méthodologie de reconstruction. Et d'ailleurs, c'est intéressant parce que vous voyez, le comité de suivi de la reconstruction de Mayotte, il y a tous les parlementaires, il n’y a pratiquement pas de maire. Pourquoi ? C'est les maires qui sont compétents. Donc ça, c'est une vraie réflexion dans le changement de gouvernance, qui est de dire : au fond, on ne va certainement pas faire n'importe quoi, on va au contraire se mettre aux côtés des élus locaux, à leur service. Et ça veut dire aussi que peut-être à la fin on aura 17 situations assez différentes. Là, pour le coup, ça sera encore autre chose comme débat. Donc là, moi, c'est véritablement cet engagement que je prends sur la forme. Ensuite, quelle est la priorité ? Alors, il y en a plusieurs, vous l'avez bien entendu. L'eau, vous l'entendez.

Pour moi, je pense que l'eau, en plus, il y a quelque chose qui peut être spectaculaire. La situation est très, très dure. Et si les différents chantiers dont la ministre a parlé tout à l'heure se débloquent, d'un seul coup, ça ira mieux. Le problème, c'est la patience. Et « la patience », le mot, je mets des guillemets parce que quand on n’a pas accès à l'eau, c'est pas que de la patience, c'est terrible. Donc, c'est là où il faut qu'en plus on arrive à avoir des solutions de transition. Les écoles, parce que pour le coup, les écoles aujourd'hui, c'est l'exemple même d'argent qui est sur la table et qui n'est pas dépensé. Donc là, évidemment, il y a une priorité importante. Après, nous, on a, vous l'avez entendu, on n'est pas venu avec d'énièmes promesses, etc. On a juste dit tout ce qui a été promis, y compris avant mon Gouvernement. La parole de l'État doit être respectée. Et quand ça ne marche pas, il ne faut pas faire de la démagogie, s'agiter, crier, etc. Nous, on est candidat à rien.

Les maires non plus d'ailleurs, ils viennent d'être élus. Après, il y a des élections législatives, tout ça, ça m'a pas échappé. Mais pour celles et ceux qui ne sont candidats à rien, en fait, on dira la vérité. Là, on a du retard sur telle école parce qu'on a un problème foncier, là, etc. Et pourquoi avec le maire de Mamoudzou, j’ai souhaité ce matin aller avec les ministres voir ce complexe sportif, cet internat d'excellence ? Il ne faut pas insulter celles et ceux qui ont travaillé quand même. Ce n'était pas rien ce qu'on a visité ce matin. Il n'y a rien de fait. Si vous n'arrêtez pas d'expliquer à tous les gens qui travaillent dans les mairies, dans les syndicats d'eau, à la préfecture, qu'en fait il ne se passe jamais rien, même quand il se passe quelque chose, à un moment donné, vous découragez tout le monde. Donc j'essaie tout simplement, et c'est ce que j'ai voulu faire par la lettre que j'ai envoyée aux maires, de dire la vérité. Quand on a réussi quelque chose, il faut le dire.

Et il faut que certains, même ceux qui n'aiment pas le Gouvernement, aient l'honnêteté de le reconnaître. L'honnêteté. Le contraire, c'est la malhonnêteté. Ce n'est pas bien d'être malhonnête. Mais en revanche, nous aussi, il faut qu'on soit honnêtes. Quand ce n'est pas bien organisé, et de toutes les évidences, notre gouvernance de reconstruction n'est pas bien organisée, on s'est déplacés, on en avait l'intuition, on a vu, on a entendu, on corrige. La vie quoi, tout simplement, avec humilité et transparence et beaucoup de cœur et beaucoup d'humanité aussi. Parce que derrière tout ça, ce n'est pas que des affaires d'argent, de droit, de loi, de mécanismes techniques.

Halda HAIDI

Donc un engagement d'accompagnement technique aussi pour ces communes.

Sébastien LECORNU

Demandez aux maires. Le meilleur exemple que je puisse vous… ce n'est pas pour me défendre, mais il y a une réunion entre des ministres et des maires. Interrogez les maires qui sont sortis de cette réunion et puis surtout vous aurez la lettre que je vais adresser à ces 17 maires qui vont venir figer un certain nombre de choses par écrit. Mais pas de baguette magique. De toute façon, je crois que le coup de la baguette magique, plein de gens l'ont fait à Mayotte.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Premier ministre. Moi, ma question, c'est que toutes les annonces que vous avez annoncées sont des annonces attendues sur le territoire, mais vous n'avez pas dit aucun mot sur le camp migrant de Tsoundzou, sachant qu'aujourd'hui il y a 1600 Africains qui vivent dans des conditions de salubrité déplorables et qui détruisent pas que, mais l'environnement, parce qu'il y a le mangrove, et certains, quand la marée est haute, ils sont à pied dans l'eau. Donc pourquoi déjà vous n'avez pas dit aucun mot sur ce camp de migrants qui est tellement demandé par tous les élus locaux et parlementaires ?

Sébastien LECORNU

Merci pour votre question. Je propose que le ministre de l'Intérieur vous réponde, tout simplement parce qu'il s'y est rendu cet après-midi avec le directeur général de la police nationale. Monsieur le ministre.

Laurent NUNEZ

Merci, Monsieur le Premier ministre. Donc on n'en a pas parlé, enfin on y travaille, on y travaille. D'abord, le camp de Tsoundzou accueille essentiellement des ressortissants africains, vous venez de le dire, des personnes de la République démocratique du Congo, des Rwandais, des Burundais, des Somaliens. Et donc nous travaillons sur ce camp à reconduire ces personnes dans leur pays. Ça veut dire qu'il faut qu'on applique mieux qu'il n'est appliqué actuellement l'accord de réadmission que nous avons avec la République démocratique du Congo. D'ailleurs, il y a des contacts consulaires qui ont lieu actuellement, que nous appliquions l'accord que nous avons… que nous venons de signer, que nous venons de signer donc avec le Rwanda, et que nous appliquions pour les pays pour lesquels nous n'arrivons pas à avoir des accords de réadmission le levier dont a parlé le Premier ministre et qui portera sur l'aide au développement avec donc le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.

Mais le but, c'est bien de démanteler ce camp en reconduisant les personnes dans leur pays dès lors que leur demande d'asile a été déboutée, puisqu'une partie d'entre eux sont des demandeurs d'asile. On fait tout pour les instruire le plus vite possible, et quand la demande est refusée, ces personnes ont vocation à être reconduites dans leur pays. Il ne faut pas créer d'espoir. Il n'y a pas de bonne solution à venir à Mayotte pour espérer avoir l'asile, sauf évidemment quand on est menacé. Mais voilà, le but, c'est bien de démanteler ce camp par des reconductions des personnes qui sont présentes. Vous savez que les élus nous ont demandé, on a eu beaucoup de contacts avant de venir avec les élus ici du territoire, ils ne souhaitent pas évidemment que l'on réimplante ce camp quelque part. Ils souhaitent évidemment qu'il soit démantelé, qu'on puisse reconduire les personnes dans leur pays. C'est ce à quoi nous travaillons avec des perspectives qui sont plutôt bonnes.

La majorité, une très grande partie des éloignements forcés que nous avons réalisés, concerne plutôt des Comoriens. Donc il faut améliorer également le taux de reconduite forcée ou volontaire d'ailleurs, puisqu'il y a un certain nombre de ressortissants des pays africains qui acceptent l'aide au retour volontaire. Mais il faut qu'on puisse augmenter les reconduites forcées et ça passe par l'amélioration des relations en termes d'accords de réadmission avec les pays africains dont j'ai parlé et le levier dont le Premier ministre a parlé.

Journaliste

Nous avons un calendrier pour ça ?

Laurent NUNEZ

Le calendrier, c'est tous les jours que nous y travaillons. Donc l'accord avec le Rwanda, il a été signé en juin. Il y a une mission de la direction générale de la République démocratique du Congo qui s'est rendue ces jours-ci, ces jours-ci, à Paris pour améliorer la délivrance des laissez-passer, pour faire en sorte que les laissez-passer nous soient délivrés plus vite, pour que ces laissez-passer aient des durées de validité qui passent de trois mois à 6 mois. Voilà, je vais pas rentrer dans des détails techniques, mais tout ça, nous y travaillons avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de détermination. Et donc effectivement, comme vient de le dire le Premier ministre, je me suis rendu avec le directeur général de la police nationale, avec Monsieur le préfet, dans le camp pour voir quelle était la situation, mais aussi pour accompagner mes effectifs qui sont présents au quotidien pour sécuriser ce camp, sécuriser les abords et éviter qu'il y ait évidemment des troubles à l'ordre public. Et c'est le travail qu'ils font de manière remarquable et je les en remercie et félicite encore une fois.

Sébastien LECORNU

Et peut-être un mot sur le calendrier. Vous savez, il y a des problèmes auxquels nous sommes confrontés qui ne datent pas d'hier. Quand je dis qui ne datent pas d'hier, il y a certaines difficultés à Mayotte qui datent de bien avant l'élection d'Emmanuel MACRON en 2017, bon. Afrique des Grands Lacs, nous prenons ça très au sérieux parce que nous pouvons agir avant qu'il ne soit encore trop tard, voilà. Et c'est ça la méthode. Deuxième chose, je comprends, je comprends pour les journalistes mahorais, pour la population, en disant, mais qu'est-ce qu'ils font à Paris ? Mais pour que ça soit efficace, on ne dit pas tout, parce qu'une part de la négociation diplomatique, une part effectivement de ce qui a été dit à l'instant par le ministre de l'Intérieur sur la réadmission, passe par des discussions qui parfois sont un peu musclées. Si je suis venu moi-même dire comme Premier ministre qu'il y avait un bonus-malus sur l'aide publique au développement, ce n'est pas complètement le fruit du hasard.

Ça va commencer à permettre aussi d'organiser les pays qui vraiment vont jouer le jeu. Parce que c'est trop facile de dire Afrique des Grands Lacs. Après, à un moment donné, vous allez avoir des pays qui jouent le jeu, puis des pays qui ne jouent pas le jeu. Donc on va commencer à objectiver les choses. Ce que je veux dire à nos compatriotes, c'est qu'on l'a pris à temps, même si la situation est spectaculaire sur le camp. Enfin, les forces de l'ordre nous l'ont dit, la question sanitaire est prise très au sérieux. Enfin, tout ce que vous dites est juste. Je dis juste, c'est que parfois il y a des problèmes qu'on a laissés… enfin, que des gouvernements précédents ont pu laisser filer, et parfois on arrive, c'est trop tard. Là, on est dans le moment dans lequel on réagit à temps, parce que le phénomène, par définition, de ce flux migratoire, il est particulièrement préoccupant. Je le disais hier aussi, on regarde la situation géopolitique ou sanitaire de l'Afrique des Grands Lacs. On voit bien ce qui se passe en République démocratique du Congo. Il ne faut pas être naïf, mais il faut le traiter avec beaucoup de sérieux, beaucoup de maturité et à temps. Et c'est ce qu'on cherche à faire.

Shanyce MATHIAS

Bonsoir, je suis Shanyce MATHIAS pour le Journal de Mayotte. Ma question va se porter sur l'eau. Du coup, vous reconnaissez une crise immédiate à Mayotte et appelez les Mahorais à patienter jusqu'à la mise en service des nouvelles infrastructures. Mais la population, elle, elle en a marre. Elle exprime un ras-le-bol face à cette situation répétée des coupures d'eau. Les mesures d'urgence qui ont été annoncées par Madame la ministre, notamment les cuves d'eau dans les écoles ou pour les personnes vulnérables, sont-elles suffisamment dimensionnées pour répondre aux besoins de l'ensemble de la population pendant cette période d'attente qui, on ne sait pas encore, va durer combien de temps ?

Sébastien LECORNU

Monique. Merci beaucoup.

Monique BARBUT

Merci beaucoup. Alors, ces installations qu'on a faites en urgence, on les a faites aussi parce que cette année, c'est assez dramatique puisqu'il y a 40 % de moins de pluie qu'il n'y en avait l'année dernière, par exemple. Et donc c'est pour ça qu'on a accéléré ce programme d'urgence. C'est pour ça aussi qu'on va accélérer le programme sur les fuites. Et encore une fois, ce n'est pas anecdotique. On parle de 25 % de toute l'eau produite à Mayotte qui se perd. Donc là, pour le moment, on a la situation sous contrôle. On va continuer à la vérifier parce qu’on ne va pas rentrer dans la saison des pluies avant un petit moment. Donc il faut voir si on va passer septembre, octobre, novembre. Et si on n'arrive pas à passer septembre, octobre, novembre, on prendra de nouvelles mesures. Nous avons par exemple discuté avec Monsieur le préfet et avec Monsieur le Premier ministre le fait, par exemple, de plafonner le prix des bouteilles d'eau, de faire des réquisitions sur de l'eau.

Donc on regarde tout ça, mais on n'en est pas là aujourd'hui à date. Avec les mesures que nous mettons en œuvre, nous protégeons l'essentiel de la… enfin la totalité de la population dans ses besoins actuels. Mais c'est vrai que compte tenu de la faiblesse des précipitations, nous ne sommes pas sûrs que nous allons arriver à passer la saison sèche.

Journaliste

Il faut comprendre aussi le point de vue de la population qui en a marre…

Monique BARBUT

Des tours d’eau.

Journaliste

…de devoir remplir des bidons d'eau tous les soirs, tous les matins, avant d'aller dormir, avant d'aller au travail.

Monique BARBUT

Je le comprends tout à fait. Moi, je détesterais vivre avec des tours d'eau. Enfin, je veux dire, personne ne peut aimer ça, ne peut accepter ça. Malheureusement, l'eau, je veux dire, c'est une crise qui est récurrente à Mayotte. C'est vrai que ce n'est pas… elle ne date pas d'il y a 6 mois. Le problème qu'on a, et qu'on a aussi sur les écoles, c'est un peu la même chose, c'est que vous avez aussi une démographie. Je veux dire, quels que soient les investissements qu'on fait, on est dépassés trois mois après par la démographie. Et donc on a une situation où on court constamment après cette démographie qui est galopante ici. Et ça, c'est un vrai sujet. Je voudrais dire aussi que moi, par exemple, j'ai demandé à Monsieur le préfet de regarder, c'est annexe, mais ça a des effets. Mayotte a été très largement déboisée. Et ça aussi, ça a un impact sur le cycle de l'eau. Et moi, je voudrais aussi qu'on regarde cette question du déboisement de Mayotte de façon très sérieuse et qu'on commence à y mettre des solutions.

Parce que si on reboise correctement, les ravines et d'autres petits cours d'eau seront alimentés de façon plus pérenne qu'on ne l'a aujourd'hui. Mais je reconnais volontiers avec vous que cette situation des tours d'eau est dramatique. Et donc ce qu'on fait — on n'a pas les moyens aujourd'hui, il est vrai, de les supprimer — mais tout ce qu'on fait en ce moment, c'est pour permettre à la population de quand même continuer à vivre, de continuer à avoir une économie qui fonctionne, une agriculture qui fonctionne, en sachant que la situation est extrêmement compliquée, je le reconnais. Mais franchement, l'unité de dessalement, premier trimestre 2028, ça va quand même beaucoup changer les choses ici.

Sébastien LECORNU

Et vraiment, j'insiste sur le point que la ministre vient de dire. Je vous rappelle non seulement le… Enfin, il n'y a pas de manque d'empathie ou de compréhension de ce que peuvent vivre nos compatriotes ici. Après, vous comprendrez bien qu'on agit avec respect des compétences locales. L'État n'est pas compétent sur l'eau. Ce n'est pas pour autant qu'on met pas de l'argent sur l'eau, qu'on met pas de l'ingénierie sur l'eau. La ministre l'a dit tout à l'heure, on va demander avec Naïma, aux militaires du régiment de service militaire adapté, on va faire de la formation pour que des métiers, comment dire, autour de la plomberie, la lutte contre les fuites, etc. On fait tout ce qu'on peut.

Et pour être transparent, et ça sera dans la lettre que je vais envoyer aux maires, si le territoire le demande, seulement si les élus le demandent, je précise bien, à une recentralisation par l'État de la compétence eau pour 4, 5, 6 ans pour porter les investissements et redonner ensuite la compétence aux collectivités locales, si les collectivités le demandent, je ne m'y opposerai pas. Mieux que ça, je dirais oui.

Mais vous avez entendu, je ne le propose pas non plus. Je suis moi-même élu local, je ne peux pas dire— On a fait la départementalisation, on a fait la convergence, on a tout fait, moi le premier comme ancien ministre des Outre-mer, pour que Mayotte soit un département français comme ailleurs. Ailleurs, les communes sont responsables de l'eau. Donc Mayotte est un département, les communes sont responsables de l'eau.

Mais la situation est très grave. Donc comme ailleurs, si les maires et responsables des syndicats en question disent : « Oh là là, c'est trop dur pour nous, surtout après Chido », et on a besoin que l'État reprenne cette compétence pour un temps, ça prendra du temps, etc., je dirais oui. Voilà, je peux pas vous dire… Je l'ai dit, je l'ai dit aux élus, je vais l'écrire. Et alors vous me direz, les gens qui ont besoin d'eau ce soir, c'est la belle affaire. Mais au moins vous voyez qu'on se moque pas des gens, c'est… on vient avec des ruptures de méthode dans la manière de faire. Il y a quelques années, on vous aurait dit : « Bah écoutez, on met de l'argent maintenant, voilà… » Non, s'il faut qu'on prenne la responsabilité, de toute façon, je vais vous dire une chose, quitte à se faire engueuler, autant prendre la responsabilité et se faire engueuler pour une bonne raison.

Bon, là, c'est vrai que pour les ministres, ce n'est pas facile parce que sur ces thématiques-là, bon... Mais je vous l'ai dit, avec les maires, on a plutôt décidé de faire un pacte et d'être alignés et d'avancer ensemble. Et le préfet en sera le garant comme représentant du Gouvernement et de l'État dans le territoire. Autre question ?

Martin BAUMER

Bonjour, Monsieur le Premier ministre. Martin BAUMER, France Télévisions. Il y a quelques minutes, sur Franceinfo, Jean-Luc MÉLENCHON a dit de votre budget qu'il allait nous mener à la récession. Que lui répondez-vous, premièrement ? Et deuxièmement, pourquoi avez-vous décidé d'entamer une sorte de bras de fer avec certains Insoumis via les réseaux sociaux, Jean-Luc MÉLENCHON, et plus récemment, justement, sur la situation à Mayotte avec Mathilde PANOT ? Est-ce que c'est peut-être une façon pour vous d'entrer, de mettre les mains dans la campagne ? Merci.

Sébastien LECORNU

Je n'ai pas le sentiment d'entamer quoi que ce soit. Enfin, je pense qu'on a vu que dans l'Hémicycle, à l'Assemblée nationale, il y avait déjà des débats un peu vifs entre les représentants de la France insoumise et les membres du Gouvernement. Je pense que les ministres qui m'entourent en savent quelque chose. Je regarde en particulier Intérieur, Éducation nationale ou même Outre-mer. Je pense avoir déjà dit clairement quelques vérités à Madame Panot, même à Madame Chatelain, parce qu'elle est écologiste, mais enfin elle vire quand même de plus en plus Insoumise.

Donc non, moi je ne veux pas que le Gouvernement se mêle de politique partisane, mais je ne peux pas me permettre d'avoir des forces politiques qui confondent déjà le Gouvernement et l'État, installent en permanence le doute, on l'a vu sur des polémiques surréalistes et parfois cyniques et nocives, sur les incendies, sur le Proche et le Moyen-Orient et sur l'action des forces armées ou de notre base industrielle et technologique de défense, sur la manière dont les feux ont été combattus en Gironde ou ailleurs, en ce moment sur Mayotte. Tout est bon. Je ne laisse pas faire. Et ce n'est pas tellement pour défendre la politique du Gouvernement, c'est parce que j'essaie de défendre l'État, j'essaie de défendre les services de l'État.

Le tweet de Madame Panot hier qui dit : on va mettre des femmes et des enfants ou des gens à la mer. Mais qui peut penser un seul instant que, 1) on pourrait donner cet ordre-là, et qui peut penser un seul instant que des policiers, des gendarmes où des militaires de l'armée française peuvent faire cela, avec en plus la récidive surréaliste aujourd'hui, de toute façon, ils feront bien les ordres que vous leur donnons. On voit que Madame Panot ne connaît ni bien l'État et encore moins les forces armées. Moi, j'ai porté l'uniforme et j'ai eu l'honneur d'être ministre des Armées. Il n'y a pas de schéma dans lequel les militaires, les policiers et gendarmes répondent à des ordres qui seraient illégaux, qui plus est inhumains.

Donc je vois bien, il y a une escalade de bordélisation qui est là. Il y a la vie politique, c'est une chose. Je protégerai les équipes de l'État, qu'ils soient pompiers en Gironde ou préfète de la Gironde, qu'ils soient policiers, gendarmes ou militaires à Mayotte, ou qu'ils soient magistrats dans ce qu'on a pu connaître. Je trouve que cette méthode qui consiste à, pour taper le président de la République, taper le gouvernement tout emballé, est fascinante.

On va reprendre la question de nos amis à l'instant. Il n'y a pas d'eau à Mayotte. Comme ça, on en profite, on tape les maires. Après, on n'a pas voulu taper les militaires, on n'a pas voulu taper les maires. Bah si, je veux dire, vous laissez Mayotte sans eau, c'est une attaque contre les maires de Mayotte. Ce n'est pas l'État qui est compétent sur l'eau potable. Ils le savent, ils le savent très très bien. Donc, ce n’est pas moi qui vais les chercher, vous ne m'avez pas vu tweeter beaucoup, enfin, ou aller moi-même comme ça intervenir dans le débat public. Donc ils font leurs affaires entre eux, tout ça, machin, c'est leur affaire. Si on parle de la vie de l'État, de la vie du pays, je ne laisserai pas faire et dire n'importe quoi. Ça vaut pour eux, ça vaut pour tous les autres, LFI ou autres. Je suis quand même le garant de ça, je suis chef de l'administration, je ne veux pas qu'il y ait une espèce de prise en otage généralisée où chaque crise fait l'objet d'une polémique.

C'est la vie démocratique. Ça, ça peut être légitime. Qu'on ait des questions au Gouvernement, qu'il faille rendre des comptes, des commissions d'enquête, tout ça, c'est la vie normale. Des journalistes qui posent des questions, je suis un démocrate. Mais cette manière de mentir en permanence est surréaliste. Et je vais vous dire, à chaque fois que je fais un tweet ou que je prends la parole, je vois le ressenti chez celles et ceux qui rendent le service de l'État. Qu'ils disent au moins quand même : « on ne laisse pas dire n'importe quoi. »

Martin BAUMER

Simplement sur le budget, récession de la déclaration…

Sébastien LECORNU

Mais on n'a pas présenté de budget. Vous voyez que tout est fascinant. Le budget du Gouvernement va amener à la récession. On ne l'a pas présenté. Enfin, je veux bien. Vous n'avez même pas besoin de me poser la question si on dit la vérité. On ne l'a pas présenté. Puis deux, quand on leur a présenté, on va s'apercevoir comme chaque année que de toute façon le tendanciel est positif. Parce que même pour réduire le déficit public, c'est quand même un budget qui augmente. Après, ils vont dire qu'il y a des mesures d'économie parce que c'est récessif, c'est l'austérité. Tout est facile. Donc, j'ai envie de vous dire, ce n'est même pas à moi qu'il faut poser la question. Et plus on avancera, plus d'ailleurs, ils seront face, confrontés au réel, plus ils mentiront et plus ce sera n'importe quoi. Et moi, je laisserai faire.

Journaliste

Bonsoir, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres. En 2022, à Mayotte, au premier tour de la présidentielle, Marine LE PEN était arrivée devant Jean-Luc MÉLENCHON. La présidentielle 2027 arrive et il se pourrait qu'il y ait un second tour Marine LE PEN-Jean-Luc MÉLENCHON. Pendant ce temps, votre camp, le bloc central, est divisé. Alors, vous allez peut-être nous redire ce soir que vous n'êtes pas candidat à cette élection présidentielle. On voit qu'en tout cas, chacun y va de sa proposition. Aujourd'hui, c'est Édouard PHILIPPE qui veut réduire les indemnités chômage à 12 mois pour les moins de 50 ans. On est quand même dans une rentrée politique qui est assez explosive. Quel est votre regard justement sur cette rentrée politique qui vous attend, vous aussi ?

Sébastien LECORNU

Précisément, je n'ai pas envie de la commenter plus que ça. Je suis dans un déplacement ministériel avec plusieurs collègues. On est là pour parler de sujets qui tiennent à la vie de l'État. Donc, par définition, ce que nous faisons en plus est payé par le contribuable. Donc je ne vais pas commencer à parler du bloc central ou des je ne sais trop quoi dans un déplacement officiel. Donc, ça me permet plutôt de vous parler du Gouvernement à la rigueur. Enfin, pendant que tout le monde va débattre, pendant que tout le monde va faire ses propositions, il faut bien qu'une équipe tienne l'État. Ce n'est pas comme si la période était calme. Ce n'est pas comme si elle était calme à l'extérieur de nos frontières. Situation géopolitique, situation financière, un cycle électoral dans quelques pays, y compris les midterms aux États-Unis. On aura l'occasion d'y revenir, et puis, une vie domestique qui est difficile. Enfin, vous voyez quand même le nombre de crises et d'enchaînements de crises auxquels nous avons dû faire face.

Donc c'est normal, c'est un temps démocratique qui démarre. Il y a des élections sénatoriales à la fin du mois de septembre. D'ailleurs, personne n'en parle, mais il y a la moitié des départements qui sont dans une élection qui est particulière. Mais enfin, les maires sont quand même, pour ces départements concernés, largement sollicités. Donc la vie politique et démocratique, elle continue, comme pendant les élections municipales que nous avons organisées et que nous avons connues. Mais pendant ce temps-là, il faut bien que des gens s'occupent de la vie du pays en ce moment. Et vous le voyez bien, je tiens toujours le fil, c'est-à-dire, je ne fais pas de grandes promesses, je ne m'engage pas dans des choses qu'on n'est pas capable de tenir parce qu'on n'a pas de majorité, parce qu'on n'a plus beaucoup de temps, parce qu'on a des problèmes budgétaires. En clair, on ne ment pas. Et pour autant, on ne dit pas non plus : « on ne va rien faire ».

Je crois que l'agenda législatif qu'on a connu cette année, vous voyez le nombre de décisions que le Conseil constitutionnel a pu rendre encore au mois d'août, ce qu'on fait là sur Mayotte. Chaque jour doit être utile, comme dirait l'autre. C'est une phrase un peu entendue, déjà un peu éculée, j'en conviens. Mais voilà, on ne va pas faire comme si on était au début du quinquennat. C'est un Gouvernement de fin de quinquennat. Ce n'est pas parce que c'est un Gouvernement de fin de quinquennat qu'il n'y a pas des choses importantes à gérer. Et je crois que le déplacement et les questions de vos consœurs et confrères de Mayotte montrent bien. Je leur aurais dit : « écoutez, vous savez, ça va peut-être attendre le mois de mai prochain. » Je pense qu'on nous aurait regardés bizarrement et les gens qui nous regardent diraient : « mais ils ne sont pas bien. » Donc voilà, c'est le point d'équilibre tout simplement que je tiens avec le plus d'honnêteté possible.

Emma BARRIER

Bonsoir Monsieur le Premier ministre, Emma BARRIER pour TF1/LCI. Juste un mot sur les catastrophes qui ont frappé le Népal. On n'a pas encore entendu Paris réagir sur ces crues meurtrières. Est-ce que vous connaissez le nombre de Français qui figurent parmi les victimes et est-ce que la France va envoyer de l'aide pour les secours népalais ? Je pense notamment à la sécurité civile, pour Monsieur le ministre de l'Intérieur.

Sébastien LECORNU

Merci beaucoup. Vous revenez vous-même aux crises. Encore une catastrophe qui est terrible, avec des familles qui, actuellement, attendent des nouvelles de leurs proches. Les renforts potentiels ou les aides potentielles de la France, évidemment, ont fait déjà l'objet, avec le ministre de l'Intérieur et le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, d'un premier tour de piste, en quelque sorte, mais on ne le fait que si les pays en question nous le demandent, ce qui n'est pas le cas au moment où je vous parle.

Mais la proposition a été faite, notamment par les canaux diplomatiques. La priorité, vous vous en doutez, c'est évidemment la mobilisation de notre réseau consulaire en lien avec les autorités locales. On a ce qu'on appelle le fil d'Ariane, vous savez, c'est le registre de tous les ressortissants français dans chaque pays. Je crois de mémoire que c'est 80 ou 90 Français qui doivent être sur ce fil d'Ariane. Et de fait, comme vous le savez, un certain nombre de nos ressortissants manquent à l'appel au moment où je vous parle. La situation est vraiment suivie de très, très près. Je ne veux pas en dire plus parce que des familles attendent, mais vous le savez, plus le temps passe en pareilles circonstances, plus évidemment, on peut être pessimiste. En tout cas, vraiment, je veux le dire, moi-même, j'en suis assuré tout à l'heure, il y a une mobilisation du réseau consulaire qui est totale pour avoir des nouvelles de nos ressortissants.

Animatrice

Merci à tous, merci beaucoup.

Sébastien LECORNU

Merci infiniment, bonne soirée à toutes et à tous.


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