Narcotrafic : comment l’État agit contre les points de « deal » ?
Publié le 15/10/2026 Modifié le 15/10/2026
DÉCODAGE. Les points de « deal » sont désormais présents partout sur le territoire. Dimitri Zoulas, contrôleur général, chef de l’office anti-stupéfiants (OFAST), détaille comment les pouvoirs publics agissent contre ces rouages du trafic de stupéfiants, un écosystème qui représente sept milliards d’euros de chiffre d’affaires en France.
Dimitri Zoulas
Contrôleur général et chef de l’office anti-stupéfiants (OFAST)
Qu’est-ce qu’un point de deal ?
Un point de deal est un lieu habituel de revente de produits stupéfiants. Il peut être installé sur la voie publique ou dans un lieu privé accessible au public, notamment les halls et cours d'immeuble ou de résidence, parkings, parcs et installations sportives, établissements scolaires.
Il peut être fixe, mobile à l’intérieur d’une zone définie ou sous forme de drive. Sont exclues, la revente à domicile, la vente en ligne (réseaux sociaux, internet) avec un rendez-vous physique de livraison, les livraisons à domicile.
En quoi un point de deal s’intègre-t-il dans un schéma plus large ?
Un point de deal est un rouage du trafic de stupéfiants, qui peut être schématisé, dans son ensemble, par une structure pyramidale. La base de la pyramide est constituée par les acteurs de la vente au détail : les points de deal physiques ou cyberisés, qui emploient environ 200 000 personnes.
Ces points de deal sont cartographiés par le réseau départemental des CROSS (cellules de renseignement opérationnel sur les stupéfiants, composées de policiers, de gendarmes et de douaniers), piloté par l’OFAST.
Le milieu de la pyramide est composé des semi-grossistes (quelques centaines, sans compter les hommes de main). Ces trafiquants font l’objet d’une liste mise à jour par l’OFAST, sous la forme d’un TOP régional.
Au sommet de la pyramide se trouvent les importateurs massifs, soit quelques dizaines de grossistes, pour certains cartelisés et coordonnés depuis l’étranger. Ils sont répertoriés par l’OFAST dans le TOP national des cibles prioritaires.
Le trafic de stupéfiants est lourdement réprimé en droit pénal
Comment un point de deal s’insère-t-il dans un territoire ?
Lié au contrôle d’un territoire le plus souvent limité aux cités dans lesquelles résident les revendeurs, le point de vente est implanté dans un périmètre géographique maîtrisé. La préoccupation majeure est de mettre en place une organisation interne et externe de nature à entraver l’action des services répressifs, tout en gagnant en efficacité sur le plan commercial.
Le strict cloisonnement des tâches permet de réduire les risques de détection des têtes de réseaux. La surveillance, d’inspiration militaire avec un quadrillage du quartier par les guetteurs et l’installation de barrages, représente un point crucial de cette organisation. L’occupation de l’espace répond à un objectif : augmenter la rentabilité en attirant les clients sur un lieu attrayant et ostensible. Ils servent d’assise vis-à-vis de la concurrence, de moyen de développement de leurs activités, tout en faisant évoluer leurs pratiques. La livraison à domicile vient dans certains cas en prolongement des activités du point de deal.
Les points de deal physiques restent le point d’ancrage des groupes criminels territoriaux.
- Contrôleur général et chef de l’office anti-stupéfiants (OFAST)
Le « bas du spectre » des trafics est « complété » par une multitude de petits réseaux autonomes, peu structurés et générant des bénéfices plus faibles, présents sur tout le territoire et opérant sur des secteurs limités. Ils se présentent sous différentes formes : usagers-revendeurs vendant un seul ou plusieurs types de produits stupéfiants pour financer leur propre consommation, auto-entrepreneurs livrant à domicile via les outils numériques, vendeurs à la sauvette dans les milieux festifs, etc.
À l’exception des achats par internet, ces réseaux s’approvisionnent en petites quantités dans les grandes agglomérations françaises ou européennes.
Comment signaler un trafic de stupéfiants ?
Vous pouvez effectuer un signalement anonyme et sécurisé sur la plateforme officielle Ma Sécurité. Les informations peuvent être transmises aux services compétents.
Quels sont les effets d’un point de deal sur un territoire ?
Les points de deal gangrènent des quartiers entiers à travers le territoire. L’appropriation de territoires accroît la criminalisation de la vie quotidienne, érige la violence et les profits criminels en contre-culture, obérant lourdement les politiques de la ville et l’intégration sociale. Elle marginalise les citoyens prisonniers des territoires contrôlés et remet en cause le fonctionnement régulier des services publics et privés.
Les trafiquants s’approprient les espaces communs, privés ou publics (halls, escaliers, squares), et créent un climat d’insécurité, conduisant les habitants, par peur de représailles, à adhérer à la « loi du silence ». Les acteurs de la vie publique locale (élus locaux, bailleurs sociaux, commerçants) font l’objet de menaces et de violences.
La banalisation de l’usage des armes et l’amateurisme de certains exécutants conduisent à des homicides et à des blessures par balle de personnes extérieures au trafic. Les fusillades à l’arme de guerre, dans des lieux et à des heures de forte affluence, sont révélatrices de cette évolution.
Dans certains cas, les trafiquants exercent un véritable pouvoir social, s’étendant au contrôle d’une partie de la population des quartiers abritant les trafics.
- Contrôleur général et chef de l’office anti-stupéfiants (OFAST)
Combien y a-t-il de points de deal en France ?
Les forces de l’ordre recensent le nombre de points de deal sur le territoire national à l’aide d’un outil, CARTOFAST, développé par l’Office anti-stupéfiants. Au 30 juin 2026, 2 543 points de deal ont été recensés sur le territoire national.
Où sont-ils localisés ?
Aucun territoire n’est épargné par le trafic de stupéfiants. L’absence de « zones blanches » sur le territoire, en zone urbaine ou rurale, sans implantation de trafics de stupéfiants, quelle que soit leur forme, est désormais constatée. Les grandes villes servent de hubs logistiques, facilités par le maillage des réseaux routiers et de transport.
Cartographie du trafic de stupéfiants en France en 2024
En 2024, les infractions liées aux stupéfiants ont nettement progressé, que ce soit pour l’usage ou le trafic. Une proposition de loi a été adoptée en juin 2025 pour lutter contre...
Actualité · Sécurité intérieure
Publié le 16/12/2025
Comment les pouvoirs publics agissent-ils contre les points de deal ?
En 2020, date de création de l’Office antistupéfiants, près de 4 000 points de deal étaient recensés sur le territoire national. Aujourd’hui, on en comptabilise un peu plus de 2 500. Sur le plan territorial, les CROSS recueillent des informations, les vérifient et les transmettent à des services d’enquête : plus de 18 000 informations sur les trafics locaux ont ainsi été traitées en 2025, dont près de 70 % en provenance du site masecurité.fr, alimenté par les citoyens.
Cette baisse résulte notamment des opérations visant au démantèlement des points de deal qui sont menées par nos forces de l’ordre partout en France. En 2025, plus de 25 000 opérations de ce type réalisées ont permis près de 19 000 gardes à vue, 1 900 écrous, et la saisie de 5 tonnes de cannabis, 400 kilogrammes de cocaïne, 200 kilogrammes d’héroïne, 51 kilogrammes de drogues de synthèse, 1 110 armes et plus de 11 millions d’euros. Ces opérations déstabilisent les trafics et le fonctionnement des points de deal et peuvent mener à leur extinction.
La loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic a introduit plusieurs dispositions visant à renforcer les moyens de lutte contre les trafics de stupéfiants et la criminalité organisée.
Concrètement, au niveau local, elle vient renforcer les pouvoirs des préfets en matière de police administrative, qu’ils exercent en lien avec les maires. Ils peuvent désormais prononcer des interdictions de paraître sur un point de deal, procéder à des expulsions locatives pour ceux qui se livreraient à des activités de trafic de stupéfiants, ou encore à la fermeture administrative de commerces afin de prévenir les activités de trafic, leur recel, leur blanchiment et la participation à une association de malfaiteurs liée au trafic.
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