DÉCODAGE. À l’occasion de la journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, Julien Azuar, addictologue spécialiste dans les troubles liés à l'usage d'alcool et de substances, met en lumière l’impact néfaste de la consommation de drogues chez les jeunes.
Face à l'intensification du trafic de stupéfiants et à la montée de la violence qui l'accompagne, le Gouvernement a dévoilé en novembre 2024 un plan renforcé contre la criminalité organisée, consolidé début 2025. À l'occasion de la journée internationale contre l'abus et le trafic de drogue, nous abordons ici les effets des drogues sur le cerveau des jeunes avec Julien Azuar, docteur en médecine générale et addictologue spécialiste des troubles liés à l'usage d'alcool et de substances.
Écouter la version audio de l'entretien avec Julien Azuar :
Service d'information du Gouvernement
Quels sont les effets des drogues sur le cerveau en développement des adolescents ?
Les drogues sont des substances psychoactives qui agissent sur les neurones qui constituent le cerveau. Dans le cerveau d’un jeune en développement, de nombreux neurones se créent et la plupart des substances vont venir perturber l'évolution du cerveau en formation.
Il y a des drogues plus ou moins neurotoxiques. Le tabac, l'alcool, et le cannabis sont principalement utilisées par les jeunes et par les adolescents. D’autres drogues vont venir aussi perturber cette formation du cerveau comme la cocaïne ou la kétamine qui sont consommées en milieu festif. Nous surveillons également d’autres consommations comme l’usage détourné du protoxyde d'azote avec des ballons ou les drogues de synthèse tels que les cannabinoïdes de synthèse qui peuvent aussi avoir un certain succès chez les jeunes.
Il existe de nombreuses données qui peuvent nous inquiéter, notamment sur la consommation d'alcool. Chez les jeunes, elle est ponctuelle mais importante. Un phénomène que l’on appelle le « binge drinking » c’est-à-dire une forte consommation d'alcool au cours d’un seul évènement va faire souffrir le cerveau de façon aiguë. Cela peut potentiellement provoquer des séquelles qui ne se voient pas forcément tout de suite, mais qui entrainent des perturbations au niveau de l'attention et de la mémoire voire qui peuvent abîmer le cerveau.
Nous avons des données également sur le cannabis, notamment le THC (tétrahydrocannabinol), le principe actif du cannabis. Il va provoquer un risque de complications respiratoires et pneumologiques mais aussi avoir des conséquences dans le cerveau en développement des adolescents et des jeunes adultes. Le THC va augmenter le risque de troubles psychiatriques, dépressifs, schizophréniques, sans oublier les troubles de l'attention et de la concentration qui peuvent avoir des impacts négatifs sur la scolarité, mais aussi dans la vie de tous les jours, pour la sociabilisation, etc.
Toutes ces substances sont à risque de dépendance avec l'apparition d'un trouble de l'usage quand le consommateur va perdre la capacité de contrôler sa consommation. Cela se traduira par la prise de plus de cannabis pour obtenir les mêmes effets ou en avoir absolument besoin pour dormir. Autre exemple : avoir besoin d'alcool pour sortir dans une soirée et discuter en société.
Comment les drogues modifient-elles la perception, l'humeur ou le comportement chez les jeunes ?
Les drogues psychoactives vont mimer une récompense dans le cerveau et lui donner ainsi l'illusion d'être utile soit pour la concentration, soit pour l'humeur afin d’être plus enjoué, plus volubile et pour mieux s'amuser. Chez les jeunes, le cerveau est en formation alors même qu’ils sont dans une période vraiment charnière de leur vie avec la construction de leur identité, de leurs relations personnelles, de leur rapport aux autres et à la société en général.
La consommation de ces substances va modifier à la fois la perception de soi-même et la perception des choses que l’on va faire. L'adolescence est une période à risque et l’évolution du cerveau va être impactée par ces produits, pour certains éminemment puissants.
Astrid Chevance est psychiatre, cheffe de clinique en santé publique à l’université Paris-Cité, et chercheuse en épidémiologie. Spécialiste reconnue, elle nous aide à mieux comprendre...
Actualité · Santé publique
Publié le
19/03/2025
Y a-t-il des séquelles mentales irréversibles après un usage prolongé de drogues ?
À chaque fois que l’on consomme un produit de façon chronique ou aigüe, on prend un risque. Des séquelles peuvent apparaître au fur et à mesure d'une consommation chronique mais cela dépend aussi du temps d'exposition ou de la dose consommée. Chez les jeunes, on n’en perçoit pas forcément tout de suite les conséquences. On est généralement dans le cas de cerveaux qui fonctionnent bien et les séquelles ne vont pas être visibles tout de suite. Certaines substances peuvent donner des séquelles qui ne seront pas forcément réversibles.
Comme on est dans un cerveau en développement, ces séquelles seront peut-être juste un frein à l'évolution. Si l’on n'avait pas consommé, peut-être que le cerveau aurait été plus performant ? On aurait plus de capacités de concentration, plus d'éveil. Dans le cas du cannabis, certaines schizophrénies vont apparaître en lien avec cette consommation qui a eu lieu au moment où les neurones se développaient, où le cerveau se formait. Le cannabis est pourvoyeur de séquelles neurologiques quand il est pris pendant un certain temps et chez certaines personnes plus vulnérables mais qui ne le savent pas. Une consommation, quand elle commence à avoir des répercussions sur la vie de tous les jours, quand on commence à avoir du mal à la modifier, peut avoir des répercussions irréversibles.
La consommation du cannabis est assez répandue, notamment à cet âge-là où l’on fait ses premières expériences. Il ne faut pas se le cacher et avoir conscience de cela, sans minimiser les risques.
Comment faire comprendre aux plus jeunes que cette consommation de drogues a une incidence sur leur développement ?
On est dans un âge où l’on fait des expériences et où on va tester ce risque, aller au bout des limites. On doit vraiment aller dans le sens de la prévention, de l'information et bien sûr parler de ce que peuvent engendrer comme problèmes ces consommations.
Les jeunes vont rentrer en contact avec ces produits. C'est très probable. Les jeunes sont en mesure de comprendre les risques. Aussi, il faut pouvoir leur donner les clés et les informations nécessaires. Nous avons de nombreuses possibilités de prévention et d'acteurs qui peuvent jouer un rôle dans cet accompagnement. Aujourd’hui, nous avons des étudiants en médecine qui viennent dans les collèges et lycées faire de la prévention en faisant de l'information, par exemple.
Parler du sujet sans forcément inquiéter va déjà servir à ce que les jeunes aient l'initiative de se renseigner davantage, ou consulter d’eux-mêmes un médecin, ou consulter dans une consultation jeunes consommateurs parce qu'ils s'inquiètent pour leur santé.
Il faut continuer à faire de l'information avec les outils des jeunes. Les réseaux sociaux peuvent servir à faire de la prévention et certaines vidéos peuvent avoir un impact bien plus important qu’une information donnée directement dans un établissement scolaire.
Avez-vous des conseils à donner aux parents confrontés à la consommation de drogues de leurs enfants ?
Mon conseil est de ne pas dramatiser en parlant tout de suite d'addiction. Et ensuite, essayer d'accompagner son enfant vers la parole, qu’il arrive à parler de sa consommation (en présence de ses parents ou pas). Il y a des associations, des numéros de téléphone que l’enfant peut appeler. Rentrer en conflit sur une consommation de drogues, ce n’est jamais très efficace. Les parents peuvent eux-mêmes appeler les numéros de téléphone de Drogues info service, Alcool info service ou contacter des associations qui peuvent les renseigner sur la marche à suivre.
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