Diversités et performances![]() Cette question de la diversité et des performances, reste d’actualité depuis le décès du nègre Aimé Césaire. Elle est aussi centrale que son combat pour une égalité vraie et une fraternité accomplie. Il a eu le courage de revendiquer la citoyenneté pleine et entière pour tous les Français quelle que soit leur origine. Nul ne peut dire ce qu’aurait été le sens de l’histoire si pendant que se préparait la lame de fond des indépendances africaines, ce tout jeune député n’avait choisi, la rupture en inscrivant définitivement les vieilles colonies dans le socle institutionnel de la nation. Et déjà, c’est de toutes ces diversités qu’il souhaitait que la France s’enrichisse. Déjà, il y a 60 ans, c’est l’exigence de la rigueur et de la performance dont il faisait son leitmotiv à l’assemblée nationale. Aujourd’hui, son oeuvre n’est ni de droite ni de gauche, elle est partie intégrante de notre patrimoine politique. Avant de parler de performance d’entreprise, il faut dresser un constat : la première difficulté pour nos compatriotes issus des minorités visibles, dont les ultramarins, c’est franchir la porte de l’entreprise. Évidemment, compte tenu du droit français, nous disposons de peu de chiffres pour étayer cette démonstration. Mais il suffit pour cela de les rencontrer comme je n’ai cessé de le faire dans l’exercice de mes différentes responsabilités. Il suffit aussi de se référer à une réalité statistique incontestable : les chiffres du chômage. L’INSEE nous indique que dans la périphérie des grandes métropoles, Paris, Lyon, Lille, Marseille, le chômage culmine quelquefois à 30 % et n’est jamais inférieur à 20 %. Pour mémoire le gouvernement a ramené la moyenne nationale à moins de 8 %. Ce même indicateur nous renseigne douloureusement sur la situation du sous-emploi en outre-mer. Et certains cumulent les handicaps : car la diversité n’est pas que sociale et culturelle, elle concerne tous ceux qui sortent de la norme : les femmes, les homosexuels, les personnes souffrant de handicaps physiques, les gros, les pauvres de toutes origines. Voilà la réalité ! Pour tout cela, pénétrer dans une entreprise relève de l’effraction. Et quand ils ont réussi le parcours semé d’embûches des entretiens d’embauche, ils subissent des représentations collectives héritées d’un certain d’obscurantisme de l’esprit. De même pour eux l’accession à l’encadrement supérieur constitue un plafond de verre au-delà duquel ils ne peuvent accéder. L’entreprise privée, n’est pas la seule concernée. Et malgré leurs apparences arc-en-ciel les fonctions publiques sont aussi un espace discriminatoire. L’égalité des chances professionnelles est loin de s’inscrire dans le respect de l’article premier de notre Constitution. Le rapport de Dominique Versini, secrétaire d’État chargée de la lutte contre l’exclusion et la précarité a démontré depuis 2004 que même l’ascenseur social que pouvait représenter la fonction publique, est lui aussi en panne. De très nombreuses études, comme les travaux de l’administration fédérale canadienne concluent que la présence des femmes a enrichi et valorisé la fonction publique et que la présence des minorités visibles devrait apporter de nouvelles perspectives et une plus grande vitalité. Comme chez nous, l’administration canadienne déplore que l’évaluation du ratio diversité-coût-efficacité ne soit pas connue. Pour autant, si les expériences anglo-saxonnes ou canadiennes peuvent enrichir notre réflexion, l’enjeu est pour nous de définir une politique de la diversité à la française. Il s’agit de promouvoir une vraie égalité des chances. Le droit européen et français nous donne des instruments pour ce faire : le concept de discrimination indirecte qui inverse dans une certaine mesure la charge de la preuve est une avancée qui reste cependant à traduire dans les faits. La problématique n’est pas simple et pour qu’elle soit efficace, elle doit irriguer la société tout entière : de la garderie aux multinationales en passant par l’école républicaine et les différents réseaux de décision : économique, politique culturel et social. Il n’est pas seulement question de créer une société miroir, il est question d’une révolution des mentalités, pour être capable de déceler compétences et mérite au-delà d’un prisme hérité d’une longue période de cécité sociale et culturelle. Je ne serais pas dans mon rôle, en ma qualité de délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, si n’ apportais pas sur ce sujet l’éclairage de mes compatriotes ultramarins, ceux de nos territoires lointains (2 500 000) comme ceux qui résident en métropole (1 000 000). Le Président de la République m’a confié la mission de veiller à ce que les français d’outre-mer ne soient pas les oubliés, les laissés pour compte de cette exigeante mais juste ambition qu’est l’égalité des chances pour tous sur le sol national. (trois rapports en 2004 qui dressent les constats de discrimination touchant les minorités : ceux de BEBEAR, de SEGUIN, de KRIEGEL ne mentionnent les originaires d’outre-mer qu’à la marge) Dans l’hexagone, beaucoup d’entre eux ont des conditions de vie comparables à ceux des immigrés et connaissent en surplus des discriminations spécifiques (en matière de logement et de prêt bancaire notamment). En outre-mer, l’insularité, l’éloignement sont autant de handicaps et tous les territoires, quel que soit leur statut, souffrent d’un retard considérable en matière d’infrastructures et de développement, comparativement aux normes métropolitaines. Des dispositions doivent donc être mises en œuvre en faveur des ultramarins et le programme que j’ai construit à ce sujet, et que je suis chargé de réaliser, comporte 300 mesures dont plus de 80 sont déjà en chantier. Ces actions sont multiples, de portée générale ou en réponse à des difficultés particulières. Entrer dans un détail complet serait fastidieux, mais elles touchent bien entendu tout particulièrement aux domaines de la formation et de l’emploi, comme à celui de la promotion sociale, et elles m’amènent à insister sur les atouts que présentent l’outre-mer et ses populations pour les entreprises, notamment celles aujourd’hui confrontées à la concurrence internationale. Les ultramarins sont par définition ouverts à un environnement diversifié compte tenu de la localisation de leurs régions d’origine. Le Président de la République a souhaité donner dès que possible à cette présence française partout dans le monde une vitrine économique et culturelle à Paris qui portera le nom de Cité des Outre-Mer. L’acceptation, le respect des autres, la capacité d’adaptation sont de fait des qualités naturelles chez les ultramarins ; le métissage, réalité sans problème chez eux, en atteste s’il le fallait. Je ne puis donc qu’ encourager les entreprises à recruter plus largement des ultramarins, ou à investir en outre-mer pour des projets sur place ou à l’international. C’est l’un des biais, même si ce n’est pas le seul, par lequel elles démontreront qu’atteindre la performance en entreprise par la diversité n’est pas une gageure. Ce pari vient d’être relevé par le groupe CASINO avec lequel je m’apprête à signer une convention de partenariat à ce sujet, et j’espère que beaucoup d’autres suivront. Dans cet ordre d’idée, j’organiserai à Paris au printemps 2009 une Journée pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer pour l’emploi autour de deux forums : l’un de pré-recrutement pour des milliers de jeunes ultramarins dont les talents sont insuffisamment utilisés, l’autre pour faire connaître les nombreuses opportunités de création ou de reprise d’entreprises qui existent dans les départements et territoires d’outre-mer. Les sujets liés à ces questions de diversités et de performances constituent pour moi des questions majeures dans le cadre de mes responsabilités. Je serai donc particulièrement attentif au résultat de des travaux menés en la matière et aux conclusions qui leur seront apportées, et je me tiens à la disposition des groupes de travail pour toute application pratique à envisager dans leur prolongement, en Outre-mer comme pour les ultramarins de métropole. 30-04-2008
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| Màj : 20/11/2008, 09:41