Interventions du Premier ministre
Imprimer cette page 29-08-2008 11:01

Discours du Premier ministre à l’occasion de la XVIe Conférence des ambassadeurs

-  Retrouvez cette intervention en podcast

Les Français, mesdames et messieurs les ambassadeurs n’ont pas peur de la mondialisation ; mais ils souhaitent simplement que nous les aidions à y être mieux préparés.

C’est tout le travail des réformes internes que nous avons conduites depuis un an. L’année dernière, je vous avais demandé d’être les porte-parole d’une France acquise au changement. Eh bien cette année, je vous demande de vous faire les interprètes d’une France qui a déjà changé et qui poursuit ses objectifs avec ténacité ! Je vous avais dit nos objectifs.

Nous voulons être au premier rang de la croissance européenne, et franchement, il n’y a aucune Nous avons dit que nous voulons être une France du plein emploi. Qui peut aujourd’hui me trouver un seul argument qui pourrait justifier que la France ne puisse pas, comme 10 ou 12 autres pays européens, parvenir à cet objectif ?

Et enfin, nous voulons atteindre l’équilibre des finances publiques. C’est certain que la situation économique internationale ne nous y aide pas. Mais en même temps, nous avons autour de nous combien d’exemples de pays qui étaient dans des situations plus difficiles que nous et qui y sont parvenus !

Pour parvenir à tout cela, nous avons défini une stratégie, qui est une stratégie extrêmement simple : travailler plus, investir plus et dépenser moins.

La crise aidant, des voix se sont élevées pour demander que cette stratégie change, qu’à la maîtrise et à l’effort le gouvernement préfère un plan de relance artificiel, coûteux, incertain dans ses résultats. Je m’en suis expliqué, la politique des réformes structurelles ne changera pas.

Ce qui est un handicap pour notre pays, c’est d’abord et avant tout les difficultés de compétitivité de l’économie française. Et donc nous allons continuer à améliorer la compétitivité de l’économie française, sans négliger nos objectifs de justice sociale. C’est la seule voix du redressement français. Nous poursuivrons son application avec ténacité.

Travailler plus, c’est ce que font désormais 6 millions de salariés dans 560 000 entreprises, grâce à la défiscalisation des heures supplémentaires. Nous sommes, avec cette mesure, sortis définitivement du raisonnement pervers qui présentait la diminution ou le partage du travail comme une solution au problème de l’économie française. Nous avons accompli la révolution de réhabiliter le mérite, l’effort et l’accomplissement de soi. On peut discuter à l’infini du détail des mesures qu’on a prises ; mais la vérité, c’est qu’aujourd’hui, c’est autour du travail, du mérite et de l’effort que le débat est organisé.

Travailler plus pour réussir mieux, c’est ce que nous avons permis en développant un modèle français de « flex-sécurité. » Nous avons dépassé un tabou en réalisant la fusion des ASSEDIC et de l’Agence Pour l’Emploi, en créant un service unique de l’accompagnement vers la formation et l’emploi et en faisant voter par le parlement un texte qui prévoit qu’après deux refus d’offres raisonnables d’emploi, les demandeurs d’emplois voient réduire leur indemnisation. Nous avons réformé les régimes spéciaux de retraites, et fait un grand pas vers leur harmonisation générale. Et nous allons maintenant nous attaquer à la réforme du système de formation professionnelle.

Pour parvenir à ces résultats, nous avons utilisé une méthode que connaissent bien d’autres pays européens, mais à laquelle nous n’étions pas tout à fait habitués. C’est celle du dialogue social. Nous avons obtenu des partenaires sociaux, le 11 janvier dernier - je veux attirer votre attention sur ce point - un accord historique sur le contrat de travail. Historique ? Pourquoi ?

Parce que c’était la première fois depuis les années 60 que les partenaires sociaux se mettaient d’accord majoritairement, sur une réforme du contrat de travail - qui facilite en particulier sa rupture. Le 9 avril, nous avons obtenu d’eux un engagement dans le sens d’une réforme de la représentativité syndicale ; et cette réforme est désormais inscrite dans la loi.

Depuis combien de temps parlait-on de la liberté de candidature aux élections professionnelles ? C’est fait. Depuis combien de temps parlait-on de créer un mécanisme d’élection de représentativité, pour savoir quels sont réellement les syndicats représentatifs dans notre pays ?

Et enfin, depuis combien de temps, nous interrogions-nous sur la méthode qui consistait à valider de grandes réformes sociales par des accords minoritaires ? Désormais, grâce aux réformes qui ont été conduites, nous allons vers la voie des accords majoritaires. Et c’est ce qui nous a permis de mettre en place une réforme fondamentale qui va permettre la négociation, dans les entreprises, des heures supplémentaires, donc du temps de travail.

Il faut dire autour de vous, dans les pays que vous représentez, aux industriels que vous rencontrez, que désormais en France, dans l’entreprise on peut négocier avec les organisations syndicales, librement, sans contrainte, du volume des heures supplémentaires, de leur mise en œuvre ou du repos compensateur !

Certes, la durée légale reste celle de 35 heures, mais désormais toutes les adaptations sont possibles. Ces réformes structurelles doivent être connues. Elles signent le retour de la France sur le chemin de la compétitivité, et vous pouvez ajouter qu’elles se déroulent dans un climat social qui est certes exigeant, mais qui est extrêmement constructif, et j’ai envie de dire, serein.

Le deuxième gage que nous donnons à l’avenir, c’est notre politique en faveur de l’investissement et de la recherche. Pour doper cette dernière, nous avons ouvert aux universités françaises, un vrai statut d’autonomie, qui les réinscrit dans une coopération active avec les entreprises et dans une rivalité dynamique avec les universités étrangères. Un an après la promulgation de la loi, toutes nos universités ont mis en place leur nouveau conseil d’administration, et 20 universités seront effectivement autonomes au 1er janvier 2009. Elles seront suivies par les autres qui ont toutes vocation à le devenir d’ici 2012. Nous avons mis en place un programme extrêmement ambitieux de modernisation de 10 grands campus de recherche de niveau international, qui vont recevoir, à terme, 5 milliards d’euros, et qui ont été - je voudrais attirer votre attention sur ce point - choisis par une commission indépendante, en fonction des mérites des projets qui étaient présentés.

C’était la première fois depuis bien longtemps, dans l’histoire de l’enseignement supérieur de notre pays, qu’on mettait en compétition des universités et qu’on leur attribuait des crédits en fonction de leurs performances et non pas sur un modèle égalitaire traditionnel.

Pour faire de notre pays, un foyer d’intelligence, nous avons assuré au budget de l’enseignement supérieur et de la recherche une augmentation exceptionnelle de 50 % en 5 ans.

Pour encourager l’entreprise française à investir, nous avons accru le rôle de OSEO et nous avons multiplié le crédit impôt recherche par trois.

Nous sommes désormais, de tous les pays de l’OCDE, celui qui possède en terme d’encouragement à la recherche le dispositif le plus généreux. Pour jouer sur l’industrie, aussi bien que sur les services, nous avons voté en juillet la loi de modernisation de l’économie, qui lève beaucoup des freins qui pesaient sur les PME ; qui accorde aux plus innovantes un traitement préférentiel ; qui favorise leur reprise ou leur transmission et qui libère la concurrence.

Désormais, dans notre pays, on peut négocier ses tarifs directement dans un dialogue singulier entre le producteur, le consommateur et le distributeur. Ca peut paraître assez banal pour beaucoup de ceux qui sont ici : mais c’était impossible.

Enfin - j’arrive au bout de mon propos - dépenser moins, c’est le troisième principe de notre politique. Nous l’appliquons avec la même détermination et avec le même pragmatisme. Le budget de l’Etat sur les trois prochaines années sera maintenu en volume. Il n’y aura donc pas d’augmentation des dépenses.

La règle du non remplacement d’un départ sur deux des fonctionnaires partant à la retraite sera respectée.

La réforme de l’Etat va se poursuivre. Vous êtes, vous qui êtes des observateurs du monde, bien mieux placés pour savoir que les mutations permanentes exigent des structures administratives souples, réactives, évolutives.

Vous savez que depuis 20 ans, les pays développés qui ont connu les taux de croissance les plus élevés sont tous, sans exception, ceux qui ont su transformer leur état en diminuant significativement leurs dépenses publiques.

Au Canada, où Alain Juppé est citoyen d’honneur et dont il est le meilleur connaisseur, le poids de cette dépense dans le PIB est passé de 52 à 40 % depuis le début des années 90.
En Suède, il est passé de 73 à 54 %.
Aux Pays-Bas de 56 à 49 %.
Et en France, de 44 % à 54 %.

C’est-à-dire qu’au cours des dernières décennies, nos dépenses ont évolué à rebours du reste de la planète, ou, plus ou moins, des grands pays développés. Notre budget n’a pas connu l’équilibre depuis 74. En 1980, notre dette publique représentait 20 % du Produit Intérieur Brut. Elle en représente aujourd’hui plus de 64 %.

Quand tous les pays développés resserraient et modernisaient leur fonction publique, l’Etat français, lui, gagnait 300 000 fonctionnaires supplémentaires, sans compter ceux qui ont été recrutés dans les collectivités territoriales...

Voilà, ce n’est pas la peine de continuer longtemps la démonstration : ça ne pouvait plus durer. Si nous n’avions rien fait, la situation de nos finances publiques hypothéquerait toutes nos marges de manœuvre.

Si nous ne faisons rien, l’Etat continuera de consumer dans des politiques incertaines et dans des structures dépassées les ressources pourtant immenses de notre nation.

Depuis un an, avec le président de la République, nous refusons ce fatalisme.

Nous avons pris l’engagement de remettre nos finances publiques en ordre. Nous voulons que l’Etat redevienne le moteur de la performance nationale. Et nous sommes décidés pour cela, à le transformer. Les choses ont commencé à changer. C’est vrai que c’est long et difficile. Mais je voudrais évoquer devant vous quelques exemples : la Direction générale des Impôts et la Direction générale de la Comptabilité publique, monsieur le ministre, ont été fusionnées avec succès. Le rapprochement entre la police et la gendarmerie est en cours. Et nous avons, en Conseil des ministres de la semaine dernière, adopté des décisions qui assurent désormais le même commandement de ces deux forces.

Nous avons engagé une réforme profonde du format de nos armées et de leurs implantations. On ne pouvait pas continuer, après avoir réduit considérablement le format des armées - du fait notamment de la professionnalisation - à continuer, pour des raisons d’aménagement du territoire, à avoir des implantations qui absorbaient une grande partie des moyens nécessaires à la modernisation des forces ! La gestion du parc des logements sociaux est en voie de modernisation, comme l’ensemble de notre politique du logement.

Nos politiques d’aides aux entreprises, de l’emploi et de la formation sont profondément repensées. Partout, nous supprimons des procédures inutiles, des structures redondantes ; nous simplifions, nous adaptons, nous recentrons l’Etat sur ses missions prioritaires.

Bref, la réforme de l’Etat n’est plus un sujet de colloque, c’est un mouvement en marche ! Et c’est le cadre où s’inscrit la réforme de notre diplomatie, monsieur le ministre.

Comme les autres structures de l’Etat, la diplomatie française constitue un capital précieux, fait de compétences et d’expériences. Comme les autres, elle doit s’interroger sur ses méthodes, sur son organisation et sur son coût.

Je le sais, le Quai d’Orsay contribue à cet effort depuis des années et des années. Mais je le dis aussi, il devra le poursuivre en 2009. Votre investissement dans les chantiers de la RGPP et du Livre blanc est à la hauteur du remarquable travail qui a été effectué par la commission présidée par Alain Juppé, et par Louis Schweitzer. Et je veux vous remercier tous les deux, cher Alain, cher Louis Schweitzer, de cette contribution qui éclaire notre action. Je sais que vous aurez, au cours de la conférence, des débats approfondis sur l’ensemble des volets de la réforme. Je me contenterai donc de vous adresser trois recommandations :

-  la première c’est de valoriser vos avantages comparatifs, c’est-à-dire de vous renforcer là où votre supériorité est nette.
o Le premier de ces avantages c’est votre connaissance du monde. Avec le président de la République, nous avons voulu préserver l’universalité de notre réseau. Nous approuvons la proposition du Livre blanc, qui remet les directions géographiques au cœur de votre dispositif. Nous voulons refaire une priorité de la formation linguistique. Le deuxième, c’est votre maîtrise de la négociation multilatérale. Elle justifie que le ministère se dote d’une direction des affaires globales, pendant, pour les grands dossiers de la mondialisation, de la direction des affaires politiques.
o La gestion des crises est un autre de vos points forts. C’est pourquoi je salue la création par Bernard Kouchner d’un véritable centre de crise.
o La liste de vos avantages ne serait pas complète si je ne mentionnais pas la politique d’influence. A l’heure de ce qu’on appelle le "soft power", j’attends de votre ministère qu’il diffuse les idées de la France, qu’il défende son image, qu’il promeuve son attrait.

-  Mon second message sera pour réaffirmer le rôle pilote du ministère des Affaires étrangères dans la conduite de la politique extérieure de la France, à Paris comme dans les ambassades. Bien sûr, cette responsabilité doit aller de pair avec une attention de chaque instant à la coordination interministérielle. Elle doit s’accompagner chez vous d’une grande ouverture aux agents venus de l’extérieur et d’une plus grande mobilité de vos agents vers le reste de l’administration, mais aussi vers les entreprises. La fonction de pilotage stratégique dévolue au ministère des Affaires étrangères devra également l’amener à se séparer de certaines de ses activités opérationnelles, au profit d’opérateurs dont il devra assurer la tutelle effective.

-  Enfin mon troisième et dernier message est destiné à vous sensibiliser au changement majeur que constitue la récente réforme de nos institutions. Je veux vous dire que désormais le domaine dit "réservé" n’est plus d’actualité. Par l’intermédiaire du Parlement, la nation va être de plus en plus fréquemment invitée à se prononcer sur notre politique étrangère et de défense. Et ce sera le cas d’ailleurs très bientôt, le 22 septembre prochain, où je serai conduit avec Bernard Kouchner et Hervé Morin, à demander à la représentation nationale de soutenir par son vote le maintien de notre effort militaire en Afghanistan. Pour le pouvoir exécutif, comme pour vous-mêmes, je veux vous dire que ce changement institutionnel est considérable, et qu’il ne faut certainement pas le sous-estimer. C’est à la fois un défi et une chance. C’est un défi, parce qu’il s’agit désormais de convaincre largement, au-delà des cercles initiés, du bien-fondé de nos actions extérieures ; et c’est une chance, parce que le débat démocratique est une façon d’associer la nation aux enjeux du monde. Eh bien, dorénavant, il vous revient de considérer le Parlement comme un des acteurs de notre diplomatie - et donc les parlementaires que vous recevez fréquemment !

De la même manière. Mesdames et messieurs les ambassadeurs, mesdames et messieurs les directeurs du département, que j’attends de vous, avec Bernard Kouchner, avec Jean-Pierre Jouyet, avec Alain Joyandet et avec Rama Yade, que vous vous fassiez l’écho du vaste mouvement de réformes qui est à l’œuvre en France, j’attends de vous que vous participiez pleinement à celle de notre diplomatie.

La France se modernise, elle se redresse, elle tient son rang, c’est-à-dire qu’elle se tient aux premiers rangs, aux premiers rangs au pluriel : c’est à vous de le faire savoir au reste du monde, et je compte sur vous pour le faire.

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