Acteurs : Le Premier ministre |
Discours du Premier ministre à l’occasion de la XVIe Conférence des ambassadeurs (1ere partie)
Monsieur le Premier ministre, cher Alain Juppé, L’année dernière, je vous recevais avec un ciel un tout petit peu plus clément que ce soir, et dans la foulée d’une élection présidentielle qui marquait le début d’une modernisation exceptionnelle de notre modèle politique, économique et social ! Le paysage international pouvait alors laisser croire - en tout cas, à ceux qui avaient envie d’y croire - à une certaine stabilité, relativement prometteuse. Mais les évènements en ont décidé autrement. Il y a d’abord eu la crise financière, dont je veux rappeler à mon tour, qu’elle est née, aux Etats-Unis, de ces fautes qui ont été commises par un certain nombre d’établissements financiers américains et par le système de régulation, mais dont nous allons en Europe subir toutes les conséquences. Et puis il y a eu la crise alimentaire et enfin la crise énergétique, qui ont convergé, et qui fragilisent la croissance des pays développés et affectent les pays émergeants dans leur développement. Autour de nous, la mondialisation crée de nouveaux défis et de nouveaux rapports de force. Elle alerte l’humanité sur les limites de ses ressources naturelles et sur les dangers du réchauffement climatique. Elle consacre de nouvelles puissances, à l’image de la Chine - et nous venons d’en avoir une démonstration efficace. Elle restaure les ambitions de la Russie, qui, dans le Caucase, teste dangereusement les limites de son influence historique. Elle prolonge des conflits plus anciens comme vient tragiquement de le montrer l’attaque dont nos soldats ont été victimes en Afghanistan. Dans cet environnement chahuté, nous menons sous l’autorité de Bernard Kouchner, une diplomatie de présence et d’initiative. Une diplomatie qui donne la priorité aux intérêts de la France, qui contribue aux équilibres internationaux et à la défense des droits de l’Homme tout en renforçant la présence et le rôle de l’Union européenne. Les démarches novatrices du chef de l’Etat, ont créé des donnes inédites et elles ont replacé la France au centre du jeu. Il y a eu, le 13 juillet, la réunion historique des pays méditerranéens qui a permis d’asseoir à la même table des Etats qui n’avaient parfois jamais siégé ensemble. Nous jouons un rôle clé pour tenter de dissuader l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Au Liban, nous avons exhorté sans exclusive, mais sans complaisance, toutes les parties à maîtriser une crise qui menaçait de dégénérer à nouveau en affrontement armé ; et je me rendrai d’ailleurs sur place à Beyrouth à l’automne en compagnie d’une très importante délégation de chefs d’entreprise français, pour contribuer à la reprise du développement économique du pays. En Palestine, comme en Israël le président de la République n’a pas hésité à tenir un discours de vérité et de courage, appelant chacun à surmonter ses doutes, pour accepter les compromis. En organisant la conférence des donateurs de Paris, nous avons œuvré pour que les conditions de vie des Palestiniens s’améliorent, et pour qu’ils perçoivent effectivement les bénéfices de cette logique de paix. Ces résultats diplomatiques sont déjà considérables. Ils signent une stratégie globale, qui est une stratégie destinée à placer la France à la pointe des réponses internationales aux défis de la mondialisation. A mieux associer les pays émergents à la gestion de ce monde complexe. A accroître leurs responsabilités, à passer d’un G8 à un G13 ou à un G14 comme le président de la République a eu le courage de le proposer, et conformément à la logique, que nous avons fait prévaloir dans la réforme des quotes-parts du FMI. Je le rappelle, c’est la France qui a montré l’exemple dans la lutte pour le climat avec le « Grenelle pour l’environnement. » Son engagement et celui de l’Allemagne ont convaincu les Etats-Unis de se joindre à la déclaration finale de Bali. C’est la France qui a porté les travaux consacrés à la crise financière internationale au niveau du G8 et au sein de l’Union. Et c’est la France encore, qui a doublé récemment son aide alimentaire et fait endosser par le G8 sa proposition d’un partenariat mondial pour l’agriculture et l’alimentation. La politique intérieure et la politique internationale sont complémentaires : nous agissons pour nous-mêmes, et nous agissons pour le monde, pour un monde plus sûr, et pour cela, le gouvernement sait qu’il peut compter sur vous ! Et je voudrais dès à présent vous remerciez pour l’efficacité avec laquelle vous travaillez à la sécurité des Français. Je pense, naturellement, à Ingrid Betancourt, désormais libre. Mesdames et messieurs les ambassadeurs, la défense de nos intérêts économiques exige de vous le même engagement. Vous savez que notre commerce extérieur accuse un déficit lourd, que nous connaissons une érosion sévère de nos parts de marché. Nous savons qu’à terme, l’amélioration viendra des réformes et du renforcement de nos PME. Mais nous n’avons pas l’intention d’attendre le succès de ces réformes pour agir. Et dès à présent, l’Etat prend en main l’accompagnement des entreprises exportatrices. Il appuie au plus haut niveau les secteurs d’excellence français. C’est le cas de l’armement bien sûr. Je vous avais annoncé l’année dernière la création de la CIEDS : eh bien elle s’est réunie à cinq reprises, et elle a mis en ordre de marche l’Etat, au bénéfice de nos exportations de défense, qui, je veux le dire, ont cessé de perdre du terrain sur la concurrence ! Le succès de la méthode a justifié son extension aux contrats civils, dans le cadre de la commission interministérielle d’appui aux grands contrats internationaux. C’est le cas des transports avec une très vigoureuse reprise des commandes d’AIRBUS ; avec les importants contrats de matériels ferroviaires remportés par ALSTOM, notamment en Argentine ou au Maroc. C’est le cas de l’énergie, domaine dans lequel nous avons déverrouillé plusieurs situations délicates. Nous avons conclu ce qu’on a appelé une "pax electrica" avec l’Italie. Nous avons décidé après 18 ans - 18 ans ! - d’atermoiements, la construction d’une ligne Très Haute Tension à travers les Pyrénées ; et enfin, consolidé notre partenariat gazier avec l’Algérie. Mais surtout, s’agissant de l’énergie, nous avons multiplié les accords en Europe, en Asie, en Amérique et au Moyen-Orient pour profiter de la relance du nucléaire. Pour soutenir notre effort de coopération et notre savoir-faire à l’étranger, nous avons crée l’Agence France Nucléaire Internationale. Nous ne dissimulons pas nos ambitions dans ce domaine : nous voulons être le premier acteur sur la scène mondiale, dans le domaine de l’énergie nucléaire ! Partout dans le monde, nos entreprises doivent pouvoir compter sur les autorités françaises pour promouvoir leurs contrats commerciaux et pour sécuriser leurs investissements ! J’ai eu l’occasion au Maroc, au Kazakhstan, en Argentine, en Algérie, au Japon en particulier, d’emmener avec moi, d’importantes délégations de chefs d’entreprise. Je veux dire qu’à chaque fois, ils me confirment l’utilité de ces déplacements et surtout l’importance du soutien public qu’ils attendent, en particulier, de vos services. Mesdames et messieurs, Trois mois et demi avant le Conseil Européen décisif de décembre, la présidence française de l’Union européenne entame sa phase la plus importante. Elle sera marquée par deux évènements que nous n’avions pas, en réalité, prévus lorsque nous l’avons préparée : le conflit du Caucase et la dégradation globale de la situation économique. Le conflit du Caucase a justifié la convocation par la présidence française d’un Conseil Européen extraordinaire, lundi prochain. Nous concentrerons nos efforts sur la mise en œuvre intégrale de l’accord en six points, et notamment sur le retrait des forces russes ainsi que sur l’aide à la Géorgie. La reconnaissance par la Russie de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud n’est pas acceptable et nous la condamnons. Le règlement de la crise devra reposer sur le respect des principes du droit international, la souveraineté, l’indépendance, et l’intégrité territoriale des Etats. La Russie ne cesse de rappeler au monde, qu’elle est un pays déterminant pour sa stabilité. Eh bien, il lui revient dans les faits, de se montrer à la hauteur de cette responsabilité ! Mais la Russie est aussi pour la France un partenaire ancien, un partenaire essentiel, un partenaire avec lequel nous avons toujours eu une politique nourrie. Eh bien, c’est cette politique que nous voulons poursuivre dès lors que cette grande nation manifestera la même volonté de dialogue et de respect de ses engagements. Quant à la situation économique et financière, j’avais averti dès mon retour d’un déplacement à Washington, après avoir rencontré les autorités économiques et monétaires américaines, que nous allions traverser des moments difficiles. Si la France fait preuve d’une certaine résilience face à la crise, et notamment son secteur financier, qui, il faut le dire, n’a pas commis les mêmes erreurs que celui des Etats-Unis, nous n’en subissons pas moins les contrecoups d’un quadruple choc mondial. Il y a la forte hausse des matières premières et en particulier du pétrole qui a détérioré les conditions de l’offre et qui a alimenté une inflation préoccupante. Elle a amené nos concitoyens à arbitrer dans leurs dépenses. Dans la même période, l’appréciation significative de l’euro, 11 % au premier semestre par rapport au dollar - 11 % ! - a permis de limiter la facture énergétique ; mais tous les experts s’accordent pour dire qu’elle nous a coûté près d’un demi point de croissance. Il y a le durcissement des conditions de crédit, qui est peut-être encore plus grave, et qui pèse sur la croissance européenne et sur la croissance française. Il résulte à la fois des hausses des taux directeurs de la Banque Centrale Européenne, qui ont commencé dès 2005 et qui produisent aujourd’hui leur plein effet, et des inquiétudes nées de la crise financière sur la politique de crédits des banques. Enfin, même si les pays émergents ont globalement bien résisté, la croissance mondiale a ralenti, et avec elle la demande adressée aux exportateurs français. Les économistes ont montré récemment que l’ensemble de ces chocs avait réduit de moitié la croissance en zone euro au premier semestre - de 3 à 1,5 % en glissement annuel. Alors, quelle doit être, face à cette situation exceptionnelle, notre réaction ? D’abord, elle doit être une réaction de sang-froid. Face à ces difficultés, il faut suivre un cap cohérent, et il faut continuer à muscler notre économie, pour qu’elle soit en mesure de prendre l’accélération au bon moment. Les respirations et les à-coups de la conjoncture internationale font partie des notre environnement ; mais le défaut de notre pays, jusqu’à aujourd’hui, c’est de ne pas redécoller avec les autres quand les signaux reviennent au vert, parce que notre potentiel économique est bridé par un excès de réglementation. Pour le libérer, notre politique économique suit et suivra des principes clairs : valoriser le travail, optimiser la recherche et l’innovation, accentuer la compétitivité des entreprises, maîtriser l’inflation, retrouver la maîtrise de nos finances publiques. Il reste à inscrire cet effort dans le cadre plus large d’un effort européen. En effet, pour la première fois, dans son histoire, la zone euro dans son ensemble connaît un trimestre de croissance négative. L’Europe, qui est la première puissance économique et commerciale du monde, ne peut pas rester simple spectatrice de la dégradation de la situation. Il revient à la présidence française d’ouvrir le débat avec ses partenaires, pour tenter avec eux de définir une stratégie économique qui permettra à toute l’Europe de retrouver le chemin d’une croissance plus robuste et plus durable. Christine Lagarde va s’y atteler dès la réunion du conseil ECOFIN informel de Nice, avec plusieurs messages :
En matière européenne, le mois de juillet a été marqué par des résultats significatifs. Nous avons obtenu un soutien unanime aux principales dispositions du pacte européen sur l’asile et l’immigration. Nous avons réussi, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, le lancement de l’Union pour la Méditerranée. Nous avons obtenu l’adoption des premières mesures européennes d’économie d’énergie. Nous avons obtenu des progrès significatifs dans la mise en œuvre du plan européen pour la stabilité financière, et enfin, le renforcement d’Europol et d’Eurojust. Pour que la présidence française réponde aux espoirs considérables placés en elle, il lui reste à prolonger ses débuts heureux dans plusieurs domaines d’importance :
Dans tous ces domaines, comme dans ceux de la défense européenne - dont la crise en Géorgie montre plus que jamais la nécessité - ou de l’immigration, la France s’est fixée des objectifs élevés. Elle peut et elle doit les remplir. Il nous reste, je crois, 13 semaines utiles pour y parvenir ; et nous devons nous mobiliser pour que des résultats se dessinent, à la mesure des défis engagés. Je veux vous dire que votre implication personnelle - l’implication de chacun des ambassadeurs présents ici - sera cruciale. Où que vous soyez, votre information et votre analyse seront les clés de nos avancées ; et de votre dynamisme et de votre pugnacité dépendra notre capacité à convaincre. Je vous demande à tous de placer invariablement vos ambassades aux services des objectifs de la présidence française, qui sont des objectifs de portée mondiale. |
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