Interventions du Premier ministre
Imprimer cette page 9-07-2008 17:55

Discours de François Fillon, Premier ministre, au musée des civilisations communauté française au Québec

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Monsieur le Premier ministre du Québec, messieurs les Premiers ministres, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les présidents de région, mesdames et messieurs les députés, mesdames et messieurs les maires, grands chefs, mes chers amis. La relation entre la France et le Québec c’est une relation politique, mais autant que politique c’est une relation charnelle, c’est une relation culturelle, c’est une relation émotionnelle. Aujourd’hui encore et je crois pouvoir parler pour tous les Français qui sont présents ici, une visite au Québec force les hommes et les femmes du XXIème siècle que nous sommes à modifier leurs perspectives, à modifier leur représentation intellectuelle. En venant à votre rencontre nous nous remémorons une France que nous avons trop souvent oubliée. Cette France d’il y a quatre siècles, France impérieuse, France aventureuse, capable de se lancer à la découverte du monde, déterminée à prendre sa part du grand partage des continents. En somme nous nous redécouvrons nous-mêmes. Mais nous découvrons aussi si différente cette France des Amériques, que les circonstances ont modelé. Une nouvelle France qui porte l’empreinte des premières nations et de leur culture, qui a épousé une autre nature, un autre climat, qui vit depuis 4 siècles au contact étroit du monde anglo-saxon, de ses pratiques sociales et économiques, de ses arts, de sa langue, une autre France qui dans un environnement neuf a fait ses propres choix de développement et qui a tracé le chemin de sa propre identité sans renoncer aux souvenirs de ses origines.

Quant la France observe la société québécoise, elle découvre avec un mélange de curiosité et d’étonnement la variabilité de l’histoire. Elle comprend ce qu’elle aurait pu devenir, elle comprend mieux ce qu’elle est devenue. C’est un vrai privilège de la relation franco québécoise, privilège sur lequel au fond les analystes politiques ont peut-être moins à nous apprendre que les écrivains, les linguistes, les historiens et les ethnologues. C’est pourquoi je suis très heureux que la rencontre de ce soir nous rassemble ici dans les salles du Musée de la Civilisation de Québec, où la diversité des cultures et des modes de vie reçoit une mise en valeur magnifique. Dans le dialogue entre société, le Musée du Quai Branly, le plus récent de nos musées nationaux et dont chacun sait ce qu’il doit au président Chirac occupe lui aussi une place importante. Deux de ces expositions viennent représenter la réflexion ethnologique française aux cérémonies du 400 ème anniversaire de la ville de Québec. Que 8 départements du musée du Louvre exposent en même temps leurs œuvres au Musée des Beaux Arts de Québec éclaire encore le sens de notre présence. Au cours de cette exceptionnelle année 2008 c’est toute la France, ancienne et moderne, traditionnelle et novatrice qui se tient au coté du Québec.

Le 400ème anniversaire de la Fondation de la ville de Québec est un moment clé pour l’amitié franco québécoise, et à travers elle pour l’enrichissement de la relation franco-canadienne. Ce que nous fêtons avec la naissance de Québec c’est la présence du fait français en Amérique du nord et sa permanence pendant quatre siècles. Mais c’est aussi une relation qui va bien au-delà de la sympathie ou du souvenir, et qui est comme l’indiquait le président de la République une relation de fraternité tournée monsieur le Premier ministre, vers demain. La communauté française de Québec, que je suis heureux de rencontrer ici ce soir, se trouve naturellement au centre de cette relation. Vous constituez mesdames et messieurs une population nombreuse et dynamique dont la très forte croissance révèle l’attrait constant de la province et situe la France au premier rang des pays d’origine pour l’immigration au Québec. La France est le seul pays de l’Union européenne et le seul pays développé à nourrir un tel mouvement. Je veux remercier les présidents et les présidentes des associations françaises, ici présents ce soir pour leur engagement au service de la communauté française. Je sais qu’ils ne sont pas étrangers à l’ampleur de ce succès.

Si la communauté française de Québec est à l’honneur ce soir c’est aussi parce que cet anniversaire est un peu le sien. Qu’est-ce que nous célébrons aujourd’hui ? Nous célébrons l’arrivée d’hommes et de femmes venus des campagnes de France, du Poitou, de Picardie, de Charente, de Normandie, de Bretagne. Nous célébrons l’arrivée d’hommes et de femmes qui ont cru à leur courage, qui ont cru à leur talent, qui ont cru à leur travail. Nous célébrons l’arrivée d’hommes et de femmes qui ont voulu pour eux-mêmes et pour leur famille une vie meilleure dans un pays neuf. Est-ce que nous sommes aujourd’hui aussi différents de ces premiers arrivants ? Est-ce que nous avons renoncé à ces images, à ces mythes qui entourent l’arrivée des pionniers de 1608 au Québec ? Je sais bien que les réalités ont changé, en quatre siècles le développement du pays a été prodigieux, en s’installant ici les immigrants de 2008 découvrent une société avancée, une économie performante, des infrastructures de haut niveau, mais je crois quand même que le rêve reste semblable.

La France et le Québec ont sans doute besoin de mieux se connaître, de se découvrir mutuellement, de s’informer sur les besoins, les capacités, les perspectives exactes de l’autre, mais ils ont aussi besoin de rêver. Ils ont besoin de ces visions qui sont le patrimoine imaginaire d’un pays et souvent le ressort de sa force. Je pense aux visions brillantes de la France que le Québec entretient avec beaucoup de tendresse et qui nous présentent un pays de raffinement, d’exigence, de fierté. Je pense aux visions du Québec, province où l’esprit d’entreprise souffle librement sur des terres immenses, et qui continuent de parler à l’enthousiasme français.

Ces visions nous obligent et elles nous mobilisent. Quelques unes en particulier dessinent mon propre sentiment. D’abord l’image de François de Laval, premier évêque de Québec, prenant possession d’un diocèse qui à sa mort couvrait les 4/5 ème de l’Amérique du nord. L’image de la corvette, la capricieuse, rentrant en 1855 dans le port de Québec, et rétablissant le premier contact commercial avec la France après un siècle de conquête anglaise. L’image du Général de Gaulle, traversant les foules canadiennes, explorant avec Jean Lesage les transformations de la révolution tranquille et rendant une dynamique neuve à la relation franco québécoise.

Pour moi la réalité québécoise est au point de rencontre de toutes ces images. Elle est là où l’héritage français rejoint l’esprit de frontière. Elle est là où quatre siècles d’histoire aboutissent à la technologie de demain. France et Québec partagent ce privilège d’être des terres d’identité, des terres qui comptent sur leur passé, pour renforcer leur place dans la mondialisation, c’est ce qui fait d’elles des terres d’accueil fortes de leur caractère, et ouvertes à la différence.

C’est aussi ce qui fait d’elles des terres d’émotion. Mes chers amis le creuset de cette identité, le creuset de cette émotion c’est la langue. Défendre une langue c’est défendre un certain regard porté sur le monde. Partager une langue c’est projeter sur l’avenir l’éclairage d’une même expérience et d’une même mémoire. Ce n’est pas se plier au moule d’une expression unique, d’une pensée dominante, au Québec vous nous montrez tous les jours que la francophonie est plurielle. Vous nous montrez aussi qu’elle est vivante, qu’elle est moins conservatrice que créatrice, moins défensive qu’inventive. En France quand on rend compte de francophonie au Québec on prend toujours les mêmes exemples de néologisme : " clavardage " pour tchat, " pourriel " pour spam. Moi je crois que ces exemples sont positifs mais je crois aussi qu’il y a beaucoup plus que cela dans le combat d’une langue. Il y a l’affirmation d’une existence politique et sociale, il y a la conscience permanente que rien n’est jamais acquis, ni le rythme ni les couleurs ni la présence familière du langage. Il y a l’effort pour faire vivre une langue qu’on n’illustre pas mot par mot mais texte par texte, roman par roman, chanson par chanson. La vivacité de la francophonie ça n’est pas l’invention de quelques termes si sympathiques soient ils, qui vient l’approuver, c’est la présence ici sur le sol québécois de centaines d’écrivains du monde entier qui ont choisi de s’installer au Québec pour poursuivre leur oeuvre. C’est la capacité de votre province à attirer et à amplifier des voix originales. Vos chanteurs, Gilles Vigneault, Robert Charlebois ou Corneille réveillent notre langue. Robert Lepage, Michel Tremblay ou Hadji Mouhad (phon) qui sera artiste associé du festival d’Avignon en 2009 la font vivre au théâtre. Ici, la version originale c’est la version française. Voilà la vitalité qui doit nous guider en France et en Europe, où vous le savez bien les combats du français restent des combats quotidiens. Sur des points aussi essentiels que celui de la langue, nous avons autant à recevoir du Québec qu’il a à recevoir de nous.

Et forts de cette complémentarité ce que nous essayons de faire avec le Premier ministre Charest, c’est d’aller plus loin ensemble. J’ai eu l’occasion ce matin avec vous monsieur le Premier ministre d’évoquer le nouvel espace de mobilité, de coopération économique que nous voulons construire mais je veux souligner ici l’attachement de la France à une coopération universitaire plus large, plus poussée. 6 ou 7000 étudiants français fréquentent déjà les universités québécoises, je souhaite que la France reçoivent davantage d’étudiants québécois. Elle y travaille d’ailleurs, en améliorant leurs conditions d’accueil et de logement. La mobilité des étudiants sera un enjeu majeur dans une économie mondiale de la connaissance. C’est la raison pour laquelle je me félicite de la signature d’une nouvelle entente de coopération universitaire entre la France et le Québec, cette nouvelle coopération crée un conseil franco québécois de coopération universitaire dont les priorités sont la mobilité professorale et la création de partenariats stratégiques en matière d’enseignement et de recherche. Elle donnera une nouvelle impulsion à nos échanges en prenant en compte les nouveaux besoins des établissements d’enseignement supérieur français et québécois.

L’intérêt de l’université française pour le Québec se manifestera aussi par la présence ici en septembre prochain de près de 80 établissements d’enseignement supérieur à l’occasion des rencontres des acteurs de la coopération universitaire. Je crois à une même coopération dans le domaine de la santé, nous aurons en mai 2009 la troisième édition du forum franco québécois sur la santé, qui sera consacré au cancer. Et à Laval, l’Inserm français et le fonds de recherche en santé québécois viennent de signer une lettre d’intention pour mener des recherches coordonnées sur la maladie d’Alzheimer. Un autre accord a été signé dans le domaine des applications entre le Centre européen de recherche en imagerie médicale et l’Institut national de la recherche scientifique du Québec. Je crois aussi monsieur le Premier ministre a plus de convergence entre nous, dans le domaine du développement durable et de l’environnement.

Le Québec est la première province à mettre en place un plan intégré de réduction des gaz à effet de serre, il affiche un bilan enviable pour la gestion de l’eau, les énergies renouvelables, et la protection de son extraordinaire patrimoine naturel. Il doit jouer un rôle moteur à l’intérieur du Canada dont nous comprenons les contraintes spécifiques pour rapprocher le pays des efforts poursuivis en Europe par la recherche et par la loi. La France pour sa part vous le savez s’est fixée un objectif ambitieux de réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020.

Je crois enfin à l’intérêt de notre réflexion partagée dans le domaine de la modernisation de l’Etat, les réformes qui ont été entreprises ici au Canada, au Québec, dans cette matière, constituent pour nous Français un exemple stimulant et dans ce contexte les réflexions du comité franco québécois de coopération en matière de réforme de l’Etat nous sont précieuses, notamment quand elles concernent la qualité des services rendus aux citoyens et l’évaluation des politiques publiques.

Mesdames et messieurs, mes chers amis, depuis 1977 les visites alternées des Premiers ministres français et québécois sont une illustration de notre relation particulière. Québec et France peuvent compter sur leur histoire partagée, ils peuvent compter sur l’esprit de fidélité qui les engage. C’est à trois exemples de fidélité que vous me permettrez d’être sensibles ce soir. En 1609, Samuel De Champlain accompagnait un groupe d’indiens Hurons et Alconquins jusqu’aux rives du lac qui porte aujourd’hui son nom, il nouait avec eux la première alliance entre Français et nations autochtones. Je veux saluer au premier rand des amis de la France le grand chef de la nation Huron-Wendat (phon) qui nous fait ce soir l’honneur de sa présence. Je rends hommage à travers lui au peuple Huron allié indéfectible de la nouvelle France et à l’ensemble des premières nations.

Le 6 juin 1944 le régiment d’infanterie de la Chaudière prenait pied sur la place de Juno en Normandie. Avec le commando Kieffer des fusillés marins il fut la seule unité francophone à participer au débarquement. Je rends un profond hommage de gratitude à ces représentants dont les normands n’ont jamais oublié le rôle, et qui ont associé des voix françaises aux premières heures de liberté du pays. Ils savent que les vétérans québécois et canadiens sont toujours accueillis en France avec la même intense émotion.

Enfin en 1968, l’office franco québécois de la jeunesse entreprenait sa mission de rapprochement entre les jeunes de nos deux pays, il l’exerce aujourd’hui avec fidélité et avec efficacité depuis 40 ans, je félicite à travers lui les associations franco québécoises et les organismes liés à la relation franco québécoise dont les liens tissés entre nos deux sociétés sont des succès constants. Mes chers amis l’engagement noué entre nous est fort, il est durable, il puise au plus profond de cette émotion partagée dont peu d’autres nations peuvent se prévaloir. Je compte sur tous les membres de la communauté française pour contribuer à la permanence et à l’originalité d’une société franco québécoise heureuse. Je veux dire à tous les membres de la communauté française qu’ils peuvent compter sans réserve sur la passion québécoise de la France.

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